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    Calembredaines, superstitions et poudre de fée

    « Anima, Animus, Animouille, bourre et bourre et ratatouille... »

    (Vieille formule magique dont on ne sait plus très bien à quoi elle pouvait servir, et que de ce fait, on n’ose plus l’invoquer pour le découvrir)

     

    orriganeries que  tout ceci, me direz-vous ?

     

    Oui-da, je vous le concède, mais sans tomber dans l’excès, ce qui malgré tout est le lot quotidien de tout Korrigan respectable, je crois pouvoir affirmer, dans une commune mesure, ne sont pas enclins à la superstition... J’entends par superstition le genre de billevesées comme jeter du sel par-dessus l’épaule ou s’épouvanter en croisant un greffier noir comme suie ou encore contourner prudemment une échelle en évitant de passer dessous ! Tout cela reste des fariboles humaines, et est bien loin de cette sagesse acquise au fil des siècles qui nous caractérise si bien.

    Par contre, et là le propos est  on ne peut plus sérieux car il révèle tout le bon sens des Korrigans, vous ne verrez jamais :

    - Un Korrigan cracher deux fois dans la même direction.

    - Croiser un chêne par la gauche.

    - Un Korrigan sans une patte de grillon sur soi : à la rigueur un Korrigan vivant fera l’affaire.

    - Sauter par-dessus trois branches de noisetier entremêlées.

    - Oublier son jeu de runes, ce serait de bien mauvais augure !

    - Sortir de chez soi le chapeau à la main.

    - Voler de l’or ou de l’argent deux fois offert...

    Vous conviendrez donc bien avec moi qu’il s’agit ni plus ni moins de ce bon sens commun et raisonnable qui nous anime et non pas de cette vulgaire superstition dont souffrent ces pauvres humains !


     

    ... Bonne soirée, Novezh vat ...

    © Le Vaillant Martial 


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  • La Fée du Mané-Er-Hroech ...


     

    Vers la pointe de Kerpenhir, passe le petit bourg de Locmariaquer, sur l’étroite route menant à Notre Dame de Kerdo, il existe un tumulus, vestige d’une très ancienne sépulture.. Une sépulture d’avant la mémoire des hommes... à supposer qu’ils en aient une. L’endroit est nommé Mané-er-Hroech, « La butte de la femme ».

    Certains récits relatent que Jules César, lui-même, s’y serait tenu, droit sur son cheval, accompagné de ses généraux. De ce promontoire dominant Ar Mor Braz,  à l’époque arasé par les coups de vent, l’empereur aurait assisté à la défaites des navires Vénètes opposés à la puissante flotte romaine. Ce jour-là Kornog, le vent d’ouest avait trahi les siens.

    Mais il est une autre version à cette accumulation de pierres. Une histoire bien plus vraisemblable, sans le moindre doute...

    Si certains peuvent lire l’avenir dans les lignes de la main, le passé lui, se lit au travers des rides que porte le visage.

    Annwenn était une femme que la vie n’avait en rien épargnée. Plus que sa jeunesse envolée, la profondeur de ses traits révélait les dures épreuves. Ainsi était le destin des femmes de marins. Au cours des années, combien de fois avait-elle vu partir son homme, capitaine !...

    Et puis un soir, un soir qu’elle trouvait le temps trop long, elle entreprit de cocher les jours, elle cocha les semaines, les mois... en vain. Jamais plus elle n’eut de nouvelles de lui, pas plus qu’elle n’en reçut de son trois mâts...

    Plus tard, les uns après les autres, elle vit partir ses fils, tous marins...

    Quel terrible sort ! D’entre eux, seul le plus jeune était revenu de ces courses lointaines. Les autres infortunés avaient disparu en mer sans laisser aucune trace d’un probable naufrage.

    Aussi au retour d’un long voyage, Annwenn osa une requête à son cadet. Elle lui demanda de renoncer à cette vie de marin si incertaine, si périlleuse, dont elle craignait qu’elle finisse par leur être fatale à tous deux. Qu’enfin sur ces vieux jours la vieille femme connaisse une sérénité bien méritée. Le jeune homme pour apaiser sa mère n’eut pas l’âme à refuser. Il demanda juste de pouvoir s’embarquer une dernière fois. À contrecœur, Annwenn accepta.

    Oh, il ne s’agissait pas d’un long voyage. Juste rejoindre la mer d’Iroise, gagner la Manche pour rallier Dunkerque. Là-bas y acheminer une cargaison de sel... et de revenir.

    ... Revenir...


    Un matin donc, le temps était beau et clair, le jeune matelot embrassa sa vieille mère. Il l’embrassa comme s’il se rendait à la foire d’Auray à trois lieus d’ici. En ce temps-là, on n’était guère expansif dans les familles. On se gardait bien de montrer ses sentiments. Balançant son grand sac de toile par-dessus l’épaule, le fils s’engagea sur le chemin de douanier rejoindre l’équipage avec lequel il prendrait la mer avant peu.

    Annwenn se souvient. Elle passa la fin du jour à regarder, s’éloigner la goélette, le cœur serré. Le soir venu, elle s’en retourna au bourg en pleurant.

    Passèrent les jours, passèrent les semaines...

    Annwenn demeurait sans aune nouvelle et son chagrin grandissait avec l’inquiétude. Elle savait l’automne bien entamé. Bientôt les tempêtes se succéderaient les unes aux autres annonçant les prémices d’un hiver rigoureux pour qui serait en mer. Chaque après-midi, elle s’empressait, trottinant jusqu’ à la pointe de Kerpenhir. Là-bas, à l’entrée du golfe, son regard bleu-gris interrogeait l’horizon. Et chaque fois, l’horizon s’offrait à elle sans autres voiles à lui soumettre que celles des sardiniers isolés sur Mor Braz.

    Au crépuscule, soumise à un profond désespoir, Annwenn regagnait le bourg pleurant comme une madeleine. Elle pleurait tant et tant que les larmes salées ruisselaient de ses joues, elles coulaient en petits ruisseaux, inondaient le bas-côté du chemin saturant le fossé... le fossé débordait s’écoulait vers la mer. Un soir qu’elle pataugeait, sur le retour, dans un flot de ses propres larmes, elle se heurte à une femme. Le bas de sa robe traînant dans l’eau, elle interpelle Annwenn.

    - Petite mère, ne trouves-tu pas qu’il pleuve assez dans nos régions pour en rajouter comme tu le fais ? Ta peine est-elle si grande qu’il faille verser tant de larmes ?

    - Je suis si malheureuse.... Mon fils cadet, le seul qu’il me reste est parti en mer. Je demeure sans nouvelle de lui depuis son départ et je suis tourmentée par l’idée qu’il ne revienne jamais. Juste attendre que vienne bringuebaler Karrig An Ankou, « la charrette du passeur » devant ma porte ?

    - Ce n’est que cela, Rien de plus ? Allons la vieille, tu n’as plus rien à craindre, je vais t’aider à mettre un terme à ton inquiétude.


    Mystérieuse, la femme s’enfonça dans la pénombre du crépuscule. En quelques pas, elle gagnait un terrain surélevé. De sous son manteau, elle sortit une lanterne, puis comme elle claquait des doigts... d’étranges lucioles semblèrent tomber du ciel pour y prendre domicile ; Une pale lueur rayonnait soudain laissant les ombres s’étirer dans le soir. La femme ouvrit alors les bras et tel un ballet silencieux, elle tourna sur elle-même avec une grâce et une légèreté aérienne. Elle semblait vouloir dessiner un tourbillon dans le ciel.


     

    Ainsi, sous le regard subjugué d’Annwenn, des pierres jusqu’alors invisibles, commencèrent à s’élever du sol dans un imperceptible mouvement de tournoiement, tandis que d’autres semblaient venir d’ailleurs par la voie des airs. La femme tournait sur elle-même et dans la spirale de son corps, elle emportait des pierres de plus en plus nombreuses. Les premières se déposèrent en un large cercle, les suivantes se superposaient dans un tourbillon surnaturel les unes aux autres, méthodiquement, comme ordonnées par un architecte invisible. Peu à peu se formait un tertre au centre duquel la fée disparaissait la fée disparaissait au fur et à mesure que la butte s’érigeait au-dessus d’elle. Elle finit par disparaître, totalement recouverte. Les pierres terminaient de s’assembler... s’assembler jusqu’à ce que la dernière fut posée.

    Ce fut tout. Le calme régnait de nouveau.

    Annwenn restait sans voix. La fée réapparut par une petite ouverture laissée à la base sur le côté.

    - Quelle est cette diablerie ? vous êtes sorcière et fricotez avec le Cornu, s’émut la pauvre vieille recouvrant ses esprits.

    - Peu imposte qui je suis, la vieille. Monte sur ce tertre sans aucune crainte. Ce que tu verras t’apportera peut-être le réconfort que tu cherches.

    - Dame !!! Il n’en est pas question, se rebella Annwenn.

    - Monte donc, te dis-je !

    La fée agrippa la main osseuse de la pauvre vieille affolée et avec ménagement, la força à grimper sur le tumulus. La malheureuse eut le sentiment d’être entraînée aux portes de l’enfer...

    Je ne veux pas, je ne veux pas geignait-elle misérable et ratatinée.

    À chaque pas qu’elle faisait, elle se signait, espérant ainsi conjurer le sort... Elle marmonnait de vaines paroles de pardon. Rien n’y fit... Tant bien que mal, elle finit par atteindre le sommet.

    - Allons, ce n’était pas si terrible ! Te voilà arrivée, la vieille. Maintenant regarde au loin. N’aie pas peur !

    - Je ne veux pas ... je ne veux pas regarder. Et de toute manière, il fait nuit noire. Que pourrais-je bien voir, se lamentait la pauvre Annwenn, les mains couvrant son visage.

    - Aie confiance... ouvre tes yeux et regarde, insista la fée douceur.

    Alors la petite bonne femme toute tremblante, la tête dans les épaules, écarta lentement les doigts d’une main, elle entrouvrit un œil... et malgré qu’il ait fait nuit... malgré qu’il ait fait nuit, elle vit...


    Elle vit l’océan comme elle ne l’avait jamais vu. Elle, Annwenn, qui n’avait jamais été plus loin que la pointe de Kerpenhir. Elle vit le vaste océan et au-delà, tout au bout du monde, la mer d’Iroise sauvage et blanche d’écume. Sentant le vent du large balayer ses cheveux blancs, elle vit les goélands dorés dans le couchant. Et puis au loin, une voile, une voile pourpre. Son cœur se mit à battre très fort dans sa poitrine... ses mains glissèrent doucement de son visage éclairé. La goélette fendait les flots, sur le pont, elle distinguait l’équipage s’activer aux manœuvres et son jeune fils en était, plein de vie.


     

    Elle n’en croyait pas ses yeux mouillés de larmes, larmes de joie. Mais elle voyait plus loin encore, et plus loin, il y avait deux grands voiliers. Ils filaient toutes voiles dehors, fiers sous le ciel azur. Après tant d’années, comment cela se pouvait-il ? Elle frottait ses yeux humides, incrédules. Sur le premier navire, son homme, capitaine, était à la barre tandis que sur le second, ses deux fils bordant les voiles pour revenir au port.

    S’approchant d’Annwenn, la fée souffla à son oreille :

    - De l’autre côté des mers, il est des terres mystérieuses où les navires des hommes s’échouent par mégarde. Il peut arriver que jamais la mer ne vienne libérer ces épaves ensablées. Et les équipages de rester prisonniers. Tu as versé tant de larmes d’Annwenn Le Rouzic. Ces larmes sont devenues lames, elles ont traversé les mers, elles ont submergés par vagues successives les grèves traitresses qui retenaient ceux que tu croyais perdus. Vois aujourd’hui, ils te reviennent.

    Bouleversée, Annwenn était secouée par de profonds sanglots qu’elle tentait en vain de retenir et comme elle se retournait pour remercier la bonne fée, à son côté, il n’y avait plus personne. Elle restait seule dans la nuit, seule à contempler l’horizon du Mané-er-Hroech, « La butte de la femme »

    © Le Vaillant Martial

     


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  • P

    Les monstres marins

    ersonne ne blâme une fois à terre l’équipage qui refusa de traverser certaines zones de pêche où la mémoire soupçonnait des présences malveillantes. Ces présences endormies, il ne faut pas les agacer par des passages trop fréquents. C’est pourquoi les vieux à quai hochent souvent la tête avec raison, car eux aussi savent...


     

    L

     

    e maigre, le souverain des sardines, terrorise les pêcheurs. S’il n’a pourtant rien d’effrayant, il dévore jusqu’au dernier les bancs de ses sujets. Le rencontrer, c’est une journée sans poissons assurée pour les bateaux de pêche.

    Le poisson d’or des côtes du Morbihan est un génie bénéfique aux marins qui se donnent aux plus chanceux d’entre eux. Il se laisse pêcher avec joie et offre les richesses contenues dans son ventre à la seule condition d’être recousu et jeté à l’eau aussitôt l’opération accomplie pour continuer son œuvre bienfaitrice.

    Nul ne sait ses origines. Doué de parole, le corps de la taille d’un veau, sa tête de grondin cornu repose sur une carapace de la taille d’un veau, sa tête de grondin cornu repose sur une carapace de homard terminée par la queue d’une hirondelle !

    Dans la baie de Saint-Malo, les pêcheurs rencontrent souvent un de leurs confrères, le glon. Ce dernier, poisson de son état possède deux immenses perches munies d’hameçons au bout de sa tête. Rude concurrent, il écume les profondeurs, obtenant autant de prises qu’il le souhaite.

    Créature aquatique gigantesque, Le Diable des Eaux brûle tous les autres poissons qui croisent son chemin, à un tel point que les vagues s’enflamment à l’endroit où il se trouve.

    L’archipel des Triagoz, lieu de naufrage redouté, s’agite parfois d’un tremblement terrible au passage des navires. Un dragon sévit dans ces parages de hauts-fonds. Il s’attaque aux marins depuis qu’un pêcheur a ôté l’anneau qui maintenait prisonnier, dans l’antre sous-marine, une sirène.

    Furieuse aussi sont les pieuvres géantes de l’endroit. Il faut les apaiser par des offrandes jetées à l’eau comme une coquille de noix, un sabot ayant appartenu  à l’équipage ou une mèche de cheveux du mousse.

    © Le Vaillant Martial 

     


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  •     Hervez tud Sant-Toz ez eus varrikennad aour hag arhant e goulid lenn Meill-ar-Rod, du-ze er stankenn don ha glaz a zo izelloh evid ar roz Varia. Ha, war e leveront, eo diwallet anteñzor dispar-ze gand eur mell silienn, hi meurbed ha kalz teooh evid ma morzed.
        Selon les gens de Saint-Thois, il y a une barrique pleine d'or et d'argent au fond de l'étang de Meill-ar-Roc'h, là-bas dans le vert vallon encaissé au pied de la colline escarpée où se dresse la petite chapelle Notre-Dame. Et à ce qu'ils prétendent, ce fabuleux trésor est défendu par une énorme anguille, d'une longueur extraordinaire et d'une secion bien plus grosse que ma cuisse.

     

        Gand piou 'ta hag abaoe pe da vare eo bet kuzet anteñzor-ze eno a-zirag daoulagad an dud ? N'em-eus kavet kristen ganet ebed d'hen disklêria, hag ar meiller koz a oa kent o terhel ar veill n'eo ket bet gouest, kennebeud, da roi din netra da houzoud diwar-benn kement-se.
        Par qui donc, et depuis combien de temps ce trésor a-t-il été caché là-bas, hors de vue des humains ? Je n'ai  trouvé aucun être human pour le révéler, et m^me le vieux meunier qui tenait le moulin autrefois n'a pu m'apprendre quoi que ce soit à ce sujet.

     

        Eur mare a zo bet, a-rôg ma oa greet an hent braz a dremen bremañ etre ar veill hag ar roz ha ma tiskenne houmañ, krenn war-eeun, beteg al lenn, emede Primel Gaonah, eur merourig berr al lenn, gantañ, o terhel eun tammig douar e Kêrwen, warhed nebeud diouz chapel ar Roh. Hag eun deiz, war-bouez kleved ano dalhmad euz an teñzor buzuduz, e tiwanas eur zoñj iskiz en e benn.
        Il fut un temps, avant que fût construite la grand'route qui relie aujourd'hui le moulin à la colline, laquelle descendait tout droit jusqu'à l'étang où Primel Gaonac'h, un métayer de condition modeste, tenait une petite terre à Kerven, à peu de distance de la chapelle du Roc'h. Et un jour, à force d'entendre constamment parler du mereilleux trésor, une étrange idée germa dans sa tête.

     

        Diêz e oa beva ha, rag-se, resta arhant en e dammig atant ha, pa veze deuet gouel an dudchentil paour, e fazie bewech eun nebeud skoejou e yalh Primel evid kaoud peadra da gas e ouel-mikêl d' ar perhenn. Setu ma ree hemañ beh d'e verour ha ma hourdrouze, beb bloaz, klask an urcher war e dro da lakaad gwerza unan euz e zaou ejenn evid kaoud e zigoll.
       La vie était dure, et de ce fait il  n'était pas facile d'économiser de l'arent dans sa fermette et, quand arrivait la fête des pauvres gentilshommes, il manquait à chaque fois quelques écus dans la bourse de Primel pour avoir de quoi payer l'annuité à son propriétaire, à la Saint-Michel. Alors ce dernier accablait son métayer et le menaçait, tous les ans, de lui envoyer l'huissier et de mettre en vente l'un de ses bœufs pour obtenir son dédommagement.

     

        N'e-nevoa Primel netra a dalvoudegez nemed eur houblad ejenned kaer ha mad da labourad, ha lorn a oa ennañ ganto. Setu e oll zanvez hag eur rann-galon a vije bet deañ koll hini pe hini aneo. Ha penôz e-nije grêt evid labourad e zouar, ma vije bet didruez a-walh ar mestr da denna unan aneo digantañ ?
        Primel ne possédait rien qui eût de la valeur, sinon un beau couple de bœufs bons au travail, et qui faisaient sa fierté. Voila toute sa fortune, et c’eût été pour lui un crève-cœur que d'en perdre l'un ou l'autre. Et comment eût-il fait pour travailler sa terre, si  son maître avait assez impitoyable pour le priver de l'un d'eux ?

     

        Ar boaz-se, eta, dre ma tostee miz gwengolo, e tiêsee da spered Primel, rag platoh evid biskoaz e oa e yalh. Heb ehan e ruille hag e tiruille soñjou trubuilluz dre e benn, ankeniet gand an neh rag an amzer da zond dre an diouer a arhant. Hogen, goude beza prederiet e-pad pall, e teuas eñvor deañ euz teñzor lenn Meill-ar-Roh.
        Cette année-là, donc, alors qu'approchait le mois de septembre, l'inquiétude de Primel allait s'aggravant, car sa bourse était plus plate que jamais. Il n'arrêtait pas de broyer du noir, angoissé par la peur du futur à cause du manque d'argent. Cependant, après réfléchi, il se souvint du trésor fr l'étang de Meill-Roch.

     

        "Ya !" emeañ outañ e-unan, "perag ne glaskenn ket an tu da besketa ar varrikennad aour hag arhant-se a zo kuzet du-ze el lagenn ?"
        "Oui !" se dit-il, "pourquoi ne chercherais-je pas le moyen de repêcher la barrique pleine d'or et d'argent qui est cachée là-bas dans la vase?"

     

        Ne jomas ket hirroh da dermal ha, goude beza sternet e zaou ejenn ouz ar harr, e yeas ganto etremeg ar veill, eun tammig eñkrez en e galon. Dre ma kerze gand an hent e pede ar Wernez Vari hag e lavare beb eur mare :
        Il ne resta pas plus longtemps à tergiverser et, après avoir attelé ses deux bœufs à la charrette, il se dirigea vers le moulin, le ventre un peu noué. Tout en faisant son chemin, il priait la Vierge Marie et répétait de temps à autre :

     

        "Ma teuan a-benn da benna an teñzor euz an dour hag ar vouillenn, e roin an hanter an añ da intron Varia ar Roh!"
        "Si je parviens à arracher le trésor à l'eau et à la boue, j'en donnerai la moitié à Notre-Dame du Roc'h"

     

       Ha, leun a fiziañs e tigouezas e-kichenn al lenn,  e leh ma stagas e lôned ouz eur vodenn haleg
       Et, plein de confiance, il parvint près de l'étang, où il attacha ses bêtes, ç un buisson de saule.

     

        Heb chom da yari na da varhata, e tiwiskas e zillad ha, gand eur meil keuneudenn en e zorn, e fiskennas e-barz an dour. War evez emede ha mad a reas rag ne zaleas ket ar zilienn da zilammad warnañ euz a-douezh ar pri, o klask e zanta gand he genou ledan ha leun a zent hir ha stank, ken lemm hag ôtennou.
        Sans traîner, ni hésiter, il enleva ses habits et, une énorme pièce de bois  à la min, il descendit dans l'eau. Il se tenait bien sur ses gardes et nien lui en prit, car l'anguille ne tarda pas à jaillir de la boue et à se jeter sur lui, cherhcant à le mordre de sa large gueule garnie de longue dents aussi affputées que des lames.

     

        Kerkent e lakeas Primel ar roaz en e gerhenn hag, e-serr darhoi eur meil taol war benn ar zilienn, e lavaras : "Dre halloud Intron Varia ar Roh, ra vo friket an amprevan-mañ:" Ne oe ket dao deañ skol diou wech; tra-walh e oa bet ar mestaol he-devoa tapet evid he divella hag he lakaad da reuda. "Ema lipet ganti he loa!" eme Brimel neuze, fougeet deañ, en eur gerzed da greiz al lenn.
        Aussitôt, Primel se signa et tout en décochant un violent coup sur la tête de l'anguille, il dit"Parle pouvoir de Notre-Dame du Roc'h, que cette bête soit écrasée!" Il ne fut pas nécessaire
    de frapper uen deuxième fois, le méchant coup qu’elle avait reçu avait suffit à la défaire et à l'étendre raide. "Elle a son compte !" dit alors Primer, gonflé d'orgueil, en se rendant au milieu de l'étang.

     

        Eno, dindan dreid, e kavas eun dr agaled hag e-nevoa doare da denna d'eur fustaill. Hag eñ da bloma war e benn en dour don-braz en takad eñ da bloma war e benn en dour don-braz en takad-se. Tapa a reas peg ar pez a yeas e zaouarn warnañ, da lavared eo eur varriken, hag, o burzud ! daoust da joumañ da veza pounner meurbred, e oe gouest d'he zamma heb ober muioh a veh ma vije bet vraid plouz.

        Là, sous ses pieds, il sentit quelque chose de dur aqui avait l'air de ressembler à un fût. Et lui de plonger la tête la première dans l'eau fort profonde à cet endroit. Il se saisit de ce qui tomba sous ses mains, à savoir une barrique, et, ô, merveille ! bien qu'elle fût d'un poids considérable, il fut capable de la charger sans plus d'effort que pour une brassée de paille.

     

        P'en em gavas Primel war ribl al lenn, e taolas e deñzor war ar haled hag e wiskas e zillad. Leu-barr e oa galon gand al levenez ha ne bade ket gand ar blijadur, deuet e oa gantañ e daol da vad. Heb an disterra diêzrhant ha souezzt-maro o weled pegement a nerz a oa deuet deañ, e kargas ar varrikenn e harr.
        Quand Primel se retrouva sur la rive de l'étang, il projeta son trésor sur la terre ferme et se rhabilla. Il débordait de joie et son plaisir le submergeait : il avait mené à bien son entreprise. Sans la moindre difficulté et sidéré par la force qui lui était venue, il cargea la barrique sur la charrette.

     

        Goude e lavaras yao d'e zaou ejenn hag eñ ganto war-zu ar grehenn a zo a-uh d'al lenn. Mond a ree an daou lôn war o 'touezig, heb ober nemeur a veh, ken êz ha ma vije bet goulio ar harr a oa d'o heul.
        Puis il dit "hue" à ses deux bœufs et les voilà tous partis ver s la côte qui domine l'étang. Les deux bêtes allaient leur train de sénateur, sans guère de peine, avec la même aisance que si  la charrette avait été vide.

     

        War a lavare ar re gos gwechall :                                           Comme le disait les anciens autrefois :
        Ar paour, pa binvidika,                                                          Le pauvre, quand il devient riche,
        Gand an diaoul a ya                                                             
    Du Diable il s'entiche
    .

     

        Techet an da gredi eo gwir-bater kement-se rag, dre ma tostee Primel ouz lein ar oz, e teue euz e henou komzou sebezuz. "Kreñvig a-walh, a gredan", emeañ, "am-eus prometet d'an Itron Varia evid he lod, rag gand piou eo bet grêt al labour nemed gamin-Me ? Le 'zoñj p'am-bo profet dei er plad eul louiz aour e ugent lur pe zaou, da zeiz he 'fardon, he-devo bet he digoll diganin !"
        J'incile à croire qu'il n'y a rien de plus vrai que cela car, à mesure que Primel approchait du sommet de la colline, des propos surprenants sortaient de sa bouche. "J'y ai été un peu fort, je crois bien,"
    sur la part que j'ai promise à Norte-Dame, car qui a fait le travail si e n'est moi-même ? Je pense que quand je lui aurai offert à la quête un louis d'or de vingt ou quarante livres, le jour de son ardon, j'en serais quitte avec elle !"

     

        Siwaz ! ne oa ket echu gantañ distaga ar homzou dizakr ha dizanaoudeg-se, ma welas e garr o tidala hag ar varrikenn bounneer o vond a-ruillou, mell-divell, d'an traoñ gand ar roz. Dre ma tiskenne etremeg ar stankenn,  e stirlinke laouen enni ar peziou aour hag arhant, e-giz ma vijent bet oh ober goap eur ar paour-kêz Primel, mantret e galon ha kouezet ar sabatur warnañ dirag ar gwall-zarvoud.
         Hélas ! il n'euat pas achevé ces propos sacrilèges et ingrats, qu'il vit le hayon de sa charrette s'ouvrir, et la lourde barrique rouler follment vers le bas de la colline. Alors qu'elle descendait en direction du vallon, son contenu de pièces d'or et
    d'argent tintait joyeusement, comme pour se oquer du pauvre Primel, effondré et effacé à la fois par cette catastrophe.

     

       Koueza a reas war he 'fenn e-barz al lenn, oh ober eun trouz spontuz hag o lakaad dour ha lagenn sda strinka a beb tu. Don-braz e sankaz e goulid, e- touesk ar pri hag al lehid, e-leh ma tiskennas ive d'he heul ar zilienn vraz, divorfilet war an taol, hag a zo eno abaoe, war a leverer, o tiwall an teñzor prisiuz a zo chomet enni.
        Elle tomaba droit dans l'étang dans un bruit effrayant, et enfaisant gicler l'eau et la boue de tous les côtés. Elle sombra au plus profon d dans le lig de l'étang, au milieu de la boue et de la vase, où la suivit l'anguille géante, ranimée sur le coup, et qui depuis se trouve là, à ce qu'on dit, à gerder le précieux trésor qui y demeure.

     

        Hag, allaz ! ar bloaz-se e teuas an urcher da lakaad foar war stal Primel gêz, reuzeudig ha paour-raz hag o keuzia, en aner, d'ar gwall-fazi e-nevoa grêt o nah ouz an Intron Varia ar pez a dlee dezi.
        Et hélas ! Cette année-là, l'huissier vint saisir les biens du pauvre Primel, malheureux et pauvre comme Job, et qui regrettait, en vain, la malencontreuse faute qu'il avait commise en reniant son engagement envers Notre-Dame.

    © Le Vaillant Martial

     

     

     

     

      

     

     


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  • Pontivy et ses environs


     

    Les plans égarés de Napoléonville

    Soucieux de doter le Centre-Bretagne d’une grande ville et de contrôler cette région qui fut agitée par la chouannerie, Napoléon jeta son dévolu sur la petite cité de Pontivy, qu’il rebaptisa Napoléonville en 1804.

    Au sud de la vieille ville médiévale, il fit construire une ville neuve, où les rues rectilignes ont des noms de rues qui rappellent encore aujourd’hui es plus hauts faits d’armes.

    Les travaux ne débutèrent qu’en 1807, bien que les plans aient été dessinés quelques années plutôt, ils avaient été égarés....


     

    La cité accueillit le premier lycée du département, et la sous-préfecture fit face au tribunal, sur la place Aristide Briand.

    La population tripla au cours du XIXe siècle qui vit la ville retrouver le nom de Napoléonville sous le second empire, après que de vaines demandes eurent été effectuées pour prendre le nom de Bourbon-Bretagne sous la restauration.

    De nos jours Pontivy est la plus grande ville de centre Bretagne sans toutefois dépasser une quinzaine de milliers d’habitants.


    La capitale des Bretons d’Amérique

     

    Pourquoi est-il possible d’admirer une statue de la liberté à Gourin ? Cette petite ville des montagnes Noires fut en effet le cœur de l’émigration Bretonne vers l’Amérique du Nord au XIXe siècle. La relative misère des campagnes aux terres parfois peu fertiles poussa de nombreux habitants des environs à tenter leur chance outre-Atlantique, où des réseaux d’anciens Bretons se tissèrent rapidement.

     


     

    Si quelques milliers de Bretons choisirent New York  comme destination, quelques familles gourvinoises plus aventureuses fondèrent Gourin City, un village de l’Alberta (Canada) qui vient de fêter le centenaire de sa création.

    Pour gérer ces flux, la compagnie générale transatlantique ouvrit un bureau à Gourin en 1905, avant d’être supplanté par une agence locale d’Air-France après-Guerre.


     

    © Le Vaillant Martial 


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