•  

     

     

    Les énormes blocs de granit jetés là par on ne sait quel géant paraissaient dormir d’un sommeil rien ne semblait pouvoir perturber.
        Un sommeil obscur et immuable.
        Colossaux rochers, discrets témoins de tant d’histoires ordinaires. Seuls détenteurs du secret de leur origine et probablement tant d’autres.
        Étrange spectacle que ces énormes rochers colonisés par la mousse, dispersés  au beau milieu de cette forêt de chênes et de hêtres.

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    Parfois par centaines, blottis, entassés les uns contre les autres. Parfois solitaires ou encore les pieds dans l’eau.
        Parfois solitaires ou encore les pieds dans l’eau.
        Quelquefois, même en équilibre précaire.

     

    Chaos minéral à l’ombre bienveillante d’une forêt bretonne. Huelgoat.
        Marie soupire longuement.
        Elle réajuste son bonnet de coton joliment orné de dentelles, lissa son tablier et essuya ses larmes.
         Ces bottines cirée à la main – elle avait la chance de ne pas porter des
    boutoucoats, elle posa un pied sur le rocher brûlant. Puis l’autre.

    Cette puissance qui l’avait toujours impressionnée, sans pour autant lui faire peur. Elle savait que dans ces champs de pierres impassibles sommeillait une force bienfaisante...
        Elle l’avait toujours su.Pourtant on racontait tellement d’histoire sur cette forêt... Des histoires horribles.
        Lorsque la chaleur devint trop intense et vraiment désagréable, elle offrit un peu répit à ses pieds nus en se réfugiant sur la mousse fraîche et douce.
         Et puis, ses pieds apaisés, elle se réchauffa à nouveau au feu du rocher.

    Elle adorait ce petit jeu.
        La plupart du temps, il la sortait de tous ses tracas, de toutes ses peines.
        Mais aujourd’hui, rien n’y fit.
         Pierre l’ignorait toujours.

    Pourtant Marie l’aimait. Alors son petit cœur de jeune fille saignait.

     Pour se consoler, elle se rapprocha du beau chêne mousse dont les racines couraient sur l’une des pierres géantes.
        Il lui semblait presque qu’au fil du temps, l’arbre penché s’était peu à peu rapproché du rocher.
        Pour mieux l’enlacer,
         Pour mieux l’embrasser.

     Elle scruta les alentours.
        Personne ne devait la voir.

     Si ses amies l’apercevaient, elles se moqueraient d’elle.
        Si le prête François en avait vent, il crierait à la diablerie.
        Après avoir encore vérifié deux fois qu’elle était bien seule, Marie se blottit contre le tronc rugueux et ferma les yeux.
        Elle laissa ses larmes couler.

     Un cœur qui bat
        Un cœur qui s’ouvre

     Un cœur pas comme les autres.
         Ynora ouvrit lentement les yeux et sortit paisiblement de sa douce somnolence.

     

    Elle sourit
        Que cette étreinte est délicieuse.
        C’est si rare.
        Je sens que tu aimes, mon ami.

     

    Elle tendit l’oreille.
         Puis ferma les yeux et écouta...
         De la tristesse... Mais beaucoup d’amour aussi.
          Elle s’étira.

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    Une envie  irrésistible...
        Marie hésite
         Si on me voyait...
         Finalement, mais tout de même  un peu gênée, elle embrasse le tronc moussu
         Pas si simple de faire selon son cœur

    Mon ami je frissonne encore de ce baiser,
        Qu’il fut doux
         Tu trembles aussi...

     Soulageons cette enfant
        Libérons-le de sa peine.

     Les larmes de Marie coulèrent encore

     Et puis le flot de tristesse cessa.
        Marie essuya sa dernière larme et soupira longuement

    - Merci, fit-elle timidement

    Elle sourit
       Elle eut soudain envie de presser son dos contre l’arbre pour mieux sentir sa force
        Elle soupira encore et ferma les yeux

     Pour mieux goûter à la sérénité retrouvée.
       Pour mieux savourer ce moment précieux.
        Et ainsi, pour mieux écouter
        Pour enfin, mieux entendre.

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    Entendre le chant des oiseaux qui se répondent d’arbres en arbres. Le gazouillis des mésanges bleues, les causeries interminables du merle et les tapotements lointains du pivert.

     

    Entendre le chant des feuillages agités par la brise d’été, doux murmure si apaisant qui nous berce et nous cajole comme des enfants et qui ouvre e la rêverie.
    Entendre le chant de la rivière tout près. Le clapotement cristallin et incessant de sa course vers la mer.

     Pour entendre la vie

     Elle se laissa glisser le long du tronc et se roula en boule au pied du chêne, le cœur encore plus léger.
    À tel point qu’elle s’endormit.

     Elle nous a confié sa peine.
     Elle nous a ouvert son âme.
     Mon mi, je suis curieuse.
     Quelque chose sommeille en elle.

     Faisons-lui signe....

     Marie se réveille d’un sommeil sans rêve au son du clocher lointain.
     Quatre coups.
    Faut que je rentre.
    Son précepteur l’attendait sûrement.
    La jeune fille se leva et se retourna vers le chêne pour une dernière caresse.

    Qu’est-ce...
    Son cœur bondit.
    Son geste resta en suspend tandis qu’elle se rapproche du tronc pour mieux voir.

    - Ce n’était pas là tout à l’heure... J’en suis sûre... !

    Elle suivit du doigt les contours des entre lacs et des arabesques inscrites dans un joli cercle parfait, profondément gravé dans l’écorce.
    Pourtant on le dirait là depuis toujours....
    Au même endroit que mon baiser.

     Des rayons de  lumière perçaient à travers le feuillage et dessinaient des taches d’un beau vert tendre dans l’herbe folle dotant ce sous-bois d’une atmosphère enchanteresse.
       Marie laissa l’étrange jeune femme la devancer de quelques pas pour admirer un instant la beauté et le charme de cette forêt.

     

     

    La belle rousse se retourna et lui sourit.
    -
    Viens... J’ai quelque chose à te montrer.
    -
    Je ne vous ai jamais vue au village, interrogea Marie, ignorant l’invitation.
    -
    Je n’y vais jamais.
    -
    Qui êtes-vous en fait ?
    -
    Tu sais garder un secret ?
    -
    Oui je crois
    -
    Je vis dans les bois avoua la rouquine. Et le m’appelle Ynora.

    Drôle de nom....

    - Moi c’est Marie, vous êtes sorcière ?
    -
    Tu aimerais ?
    -
    Je ne sais pas vraiment. Vous me faites un peu peur, j’avoue.
    -
    Ma jolie petite fille...
    -
    J’ai quinze ans ! s’indigna  Marie
    -
    Jolie jeune fille... Je suis tout simplement incapable de te faire du mal. Ce n’est pas dans ma nature. Cette discussion ne nous mène ra nulle part, assura la belle jeune femme. Viens La main délicate d’Ynora se posa alors un instant sur celle de Marie.
    -
    Un frôlement..... Une brève caresse qui procura à la jeune fille une forte et étrange sensation, Presque un sentiment....
    -
    Une impression de légèreté et d’inconnu. D’irréel même.
    Alors qu’Ynora s’éloignait, un parfum de mousse, d’herbe, de fleur submergea Marie.*Elle frissonna.

    Faut que je m’en aille !
         Ce n’est pas normal tout ça. Et le précepteur m’attend.

     La curiosité est-elle un vilain défaut ? Le père Cloarec l’aurait affirmé et certifié !
    Mais ce fut plus fort qu’elle.

     Marie rattrapa la belle rousse.

     Ynora s’était accroupie près de grande fougères.

    - Moi aussi je les ai toujours aimées, lança Marie. La façon dont chaque penne à de s’enrouler sur elle-même, comme des petits coquillages, m’a toujours amusée.
    -
    Tu es savante...
    -
    Mon précepteur, il est sévère.

    Ynora sourit.

    - En fait elles réagissent à l’ensoleillement et à la grande quantité d’humidité... Elles sont sensibles et sont uniques en leur genre. Touche-les s’il-te plait...

    Malgré ses questionnements, Marie obéit.
    Dubitative, elle les effleura distraitement et un peu brutalement sans conviction.
    Ce ne sont que des fougères, il y en a partout !

    D’abord, elle ne sentit rien.

    Et puis, brusquement elle retira sa main.
    C’est quoi ça ?
    Elle dévisagea Ynora, qui se contenta de sourire.
    Tu as été surprise...Recommence s’il te plaît.

    Marie soupira profondément
    Elle effleura à nouveau les fougères, mais cette fois,
    Bien plus délicatement, comme une caresse.
    Une longue caresse.
    Elle ferma les yeux.

     Les notes cristallines d’une mélopée délicate s’élevèrent alors avec douceur emplissant son cœur d’un profond sentiment de bonheur.

     Et puis ses larmes coulèrent.
    Comme un flot ininterrompu alors qu’elle souriait.
    Ses larmes se firent sanglots.
    Des sanglots de trop d’émotions
    Des sanglots d’émerveillement...

     Elles chantent, elles chantent...
    Les fougères chantent !
    Et c’est magnifique.

     - Oui les fougères chantent... Comme la plupart des plantes d’ailleurs. Comme autant d’odes à la vie, explique Ynora.

    Mais Marie ne répondit pas.

     - Ça va s’inquiéta Ynora.
    Marie fit oui de la tête.
    Les mots restaient coincés dans sa gorge. Elle essuya ses joues mouillées alors qu’elle avait encore des larmes plein les yeux.
    Faut que je me reprenne.
    Prends ton temps mon enfant.

     Cette fois, la jeune fille ne releva pas. Après tout, il était vrai qu’elle ne savait encore rien de la vie... Et rien ne l’avait préparée à ce qu’elle venait de vire et surtout d’entendre.

    - C’était....

    Marie toussa.

    - C’était si beau... On aurait dit... Ah ! je ne trouve pas les mots... on aurait dit de l’amour en musique.
    -
    C’est exactement cela
    -
    Comment est-ce possible ? Vous l’avez déjà entendu ? Ce chant je veux dire ?
    -
    Je connais celui-là et bien d’autres encore.
    -
    Vous voulez dire que...
    -
    Tous les végétaux chantent, tous.
    -
    ...

    Une larme échappa au contrôle que Marie tentait d’exercer sur ses émotions tourneboulées.

    - Vous êtes sûre que vous n’êtes pas une sorcière ?
    -
    Tu y tiens à ton histoire... Je comprends. On te remplit le crâne de tellement de sottises... Comment pourrais-tu faire la part des choses à ton âge. Non, je ne suis pas une sorcière et ce n’est pas un tour ... c’est juste une réalité que tu n’as jamais perçue jusqu’ici et qui échappe à la plupart de tes congénères.
    -
    Une autre réalité, dites-bous... Je ne comprends rien !
    -
    Bon ... tu crois aux anges ?
    -
    Oui bien sûr... Dans la bible...
    -
    Tu crois en leur réalité, mais tu ne les a jamais vu, n’est-ce pas ? Pourtant je crois bien que certains hommes en ont vus...
    -
    Je croyais que c’était des fables...
    -
    Imagine un instant que ce soit vrai.

    Marie devint songeuse.
    Si c’était vrai... Ce serait incroyable....
    Et puis consciente de ce soudain silence, elle sourit.
    Un ange passe ? On dirait !
    Ynora éclata de rire. Un rire cristallin et lumineux.

    Ça ressemble au chant des ...

    - Certaines choses existent, mais ne sont pas perçues et comprises par les humains... Pourtant, elles sont bien réelles. Et tu viens d’en avoir un avant-goût.

    Marie regarda les fougères. Elle n’osa pas toucher à nouveau. Comme si c’était un sacrilège.

     Elle resta un long moment à contempler ses mains, silencieuse et pensive....

    - C’est beaucoup pour moi... Je ne sais plus trop où j’en suis. Je ne sais pas trop ce que vous êtes et je n’ai peut-être pas envie de savoir pour le moment. Voyez-vous ?
    -
    Je vais te laisser alors... Je n’aurais peut-être pas du...
    -
    Oh non ! Ne partez pas ! Non je vous en supplie, ne partez pas... Vous êtes la plus belle chose qui me soit arrivée... Ma vie est si monotone... Si réglée à l’avance, si prévisible. Non ... c‘est juste que...
    -
    Tu as besoin de temps
    -
    Oui

    Un doute passa dans ses yeux.

    - Vous me promettez que ce ne sont pas des diableries !
    -
    C’est juste la nature, Marie. La nature dans toute sa complexité et sa beauté. Aime-là comme ta propre mère car c’est notre mère à tous.

    Le clocher au loin sonna cinq coups.

    Comme un appel à l’ordre

     Je vais me faire arracher la tête ! cria presque Marie en panique.

    Elle se retourna vers Ynora

    - Je vous reverrais ?
    -
    Cela ne dépend que de toi
    -
    Alors oui !
    -
    Viens je t’accompagne

    Toutes deux quittèrent le sous-bois sans se presser. Comme pour faire durer ce moment, cet instant unique.

    À l’approche de l’orée du bois, près de l’arbre où Marie s’était endormie, Ynora ralentit et s’arrêta.

    - Vous ne venez pas ?
    -
    Je vais m’arrêter-là, si tu le permets.
    Marie fit un pas en arrière et machinalement se rapprocha du chêne
    -
    Adieu ma belle murmura Ynora.

    La jeune fille dévisagea  la belle rousse, pleine d’interrogations, mais Ynora lui effleurait déjà la joue...

     

    Et Marie s’endormit aussitôt, glissa doucement le tronc et se leva au pied du chêne.

    Marie se réveilla en sursaut quand le clocher sonna une fois.
    La demie ! De quelle heure ?
    J’ai dormi combien de temps ? Je vais me faire enguirlander, je le sens ?

     En se levant, son regard se posa avec étonnement sur le petit cercle gravé sur l’écorce du chêne au pied duquel elle s’était assoupie.


    -
    Extraordinaire cette gravure ! jamais  je n’ai vu un travail aussi fin et délicat. Il faudra que je montre cela à Pierre un de ces jours. Elle remit non sans mal  ses bottines brûlantes.
    -
    J’ai dormi plus longtemps que je ne le pensais, dirait-on.
    -
    Avec, grande précaution, elle descendit du gros rocher.
    -
    Faut pas que je me salisse trop...

    Ainsi, le pas pressé, mais sûr, Marie, la jolie petite bretonne quitta la forêt de Huelgoat.
    Mais d’où vient cette drôle de musique que j’ai dans la tête depuis que je me suis réveillée ?

    Tiens ! Un écureuil, il est mignon....

    © Le Vaillant Martial 

     

     

     

     


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  • Celle qui lavait la nuit

     

    Fanta Lezoualc’h, de Saint-Trémeur, pour gagner quelques sous, se louait à la journée dans les fermes des environs. Aussi ne pouvait-elle vaquer à son propre ménage que le soir. Or, un soir, elle se dit en rentrant : « C’est aujourd’hui samedi, demain dimanche. Il faut que j’aille laver la chemise de mon homme et celles de mes deux enfants. Elles auront de temps de sécher, d’ici à l’heure de la grand-messe, car la nuit promet d’être belle. »

    Il faisait, en effet, un magnifique clair de lune.

    Fanta prit donc le paquet de linge et s’en alla laver à la rivière. Et la voilà de savonner, et de frotter, et de taper, à tour de bras. Le bruit de son battoir retentissait au loin, dans le silence de la nuit, multiplié par tous les échos :

    Plie ! Plac ! Ploc !

    Elle était toute à sa besogne. Quel que fût l’ouvrage, elle y allait ainsi, hardiment, des deux mains. C’est sans doute pourquoi elle n’entendit pas arriver une autre lavandière.

    Celle-ci était une femme mince, svelte comme une biche, et qui portait sur la tête un énorme faix de linge aussi allègrement que si c’eût été un ballot de plume.

    - Fanta Lezoualc’h, dit-elle, tu as le jour pour toi ; tu ne devrais pas me prendre ma place, la nuit.

    Fanta, qui se croyait seule, sursauta de frayeur, et ne sut d’abord que répondre. Elle finit enfin par balbutier :

    - Je ne tiens pas à cette place plus qu’à une autre. Je vais vous la céder, si cela peut vous faire plaisir.
    - Non, repartit la nouvelle venue, c’est par badinage que j’ai parlé de la sorte. Je ne te veux aucun mal, bien au contraire. La preuve en est que je suis toute disposée à t’aider si tu y consens.

    Fanta Lezoualc’h, que ces paroles avaient rassurée, répondit à la « Maonès-noz », à la « femme de nuit » :

    - Ma foi, ce n’est pas de refus. Seulement je ne voudrais pas abuser de vous, car votre paquet semble plus gros que le mien.
    - Oh ! Moi, rien ne me presse.

    Et la femme de nuit de jeter là son faix de linge, et toutes deux de frotter, de savonner et de taper avec entrain.

    Tout en besognant, elles causèrent.

    -Vous avez dure vie, Fanta Lezoualc’h ?
    - Vous pouvez le dire. En ce moment, surtout. Depuis l’angélus du matin jusqu’à la nuit close, aux champs. Et cela doit durer ainsi jusqu’à la fin de l’août. Tenez, il n’est pas loin de dix heures, et je n’ai pas encore soupé.
    - Oh ! bien, Fanta Lezoualc’h, dit l’étrangère, retournez donc chez vous, et mangez en paix. Vous n’en serez pas à la troisième bouchée que je vous aurai rapporté votre linge, blanchi comme il faut.
    - Vous êtes vraiment une bonne âme, répondit Fanta. Et elle courut d’une traite jusqu’à sa maison.
    - Déjà ! s’écria son mari, en la voyant entrer, tu vas vite vraiment !
    - Oui, grâce à une aimable rencontre que j’ai faite.

     

    Elle se mit à raconter son aventure.

    Son homme l’écoutait, allongé dans son lit, où il achevait de fumer sa pipe. Dès les premières paroles de Fanta, son visage devint tout soucieux.

    - Ho ! Ho ! dit-il, quand elle eut fini, c’est là ce que tu appelles une aimable rencontre. Dieu te préserve d’en faire souvent de semblables ! Tu n’as donc pas réfléchi qui était cette femme ?
    - Tout d’abord, j’ai eu un peu peur, mais je me suis vite rassurée.
    - Malheureuse ! Tu as accepté l’aide d’une Maouès-noz !
    - Jésus, mon Dieu !… J’en avais eu idée… Que faire, maintenant ? Car elle va venir me rapporter le linge.
    - Achevez de souper, répondit l’homme, puis rangez soigneusement tous les ustensiles qui sont sur l’âtre. Suspendez surtout le trépied[i] à sa place. Vous balaierez ensuite la maison, de façon à ce que l’aire en soit nette ; vous mettrez le balai dans un coin, la tête en bas. Cela fait, lavez-vous les pieds, jetez l’eau sur les marches du seuil, et couchez-vous. Mais soyez preste.

     

    Fanta Lezoualc’h obéit en hâte. Elle suivit de point en point les recommandations de son mari. Le trépied fut bien assujetti à son clou, le sol de la maison nettoyé jusque sous les meubles, le balai renversé, le manche en l’air, l’eau qui avait servi à laver les pieds de Fanta répandue sur les marches du seuil.

    - Voilà ! dit Fanta, en sautant sur le « bank-tossel », et en se fourrant au lit, sans même prendre le temps de se déshabiller tout à fait.

    Juste à ce moment, la « femme de nuit » cognait à la porte.

    -Fanta Lezoualc’h, ouvrez ! C’est moi qui vous rapporte votre linge.

    Fanta et son mari se tinrent bien coi. Une seconde, une troisième fois, la femme de nuit répéta sa « demande d’ouverture ».

    Même silence à l’intérieur du logis.

    Alors on entendit au dehors s’élever un grand vent. C’était la colère de la Maouès-noz.

    - Puisque chrétien ne m’ouvre, hurla une voix furieuse, trépied, viens m’ouvrir !
    - Je ne puis, je suis suspendu à mon clou, répondit le trépied.
    - Viens alors, toi, balai !
    - Je ne puis, on m’a mis la tête en bas.
    - Viens alors, toi, eau des pieds !
    - Hélas ! Regarde-moi, je ne suis plus que quelques éclaboussures sur les marches du seuil.

    Le grand vent tomba aussitôt. Fanta Lezoualc’h entendit la voix furieuse qui s’éloignait en grommelant :

    - La « mauvaise pièce » ! Elle peut se féliciter d’avoir trouvé plus savant qu’elle pour lui faire la leçon[ii]!

     

    (Conté par Créac’h. - Plougastel-Daoulas, octobre 1890.)

    © Le Vaillant Martial 



    [i] Le trépied tient une grande place dans les légendes bretonnes ; c’est un ustensile qui a en quelque sorte une valeur ou une puissance magique ; il faut éviter avec grand soin de le laisser sur l’âtre le soir, une fois que l’on a enlevé la marmite ; un mort pourrait venir s’y asseoir et se cruellement brûler ; en punition, un membre de la famille serait frappé sans doute de quelque malheur. Cf. P. Sébillot : Coutumes populaires de la Haute-Bretagne, p. 274 ; F. Marquer : Traditions et superstitions du Morbihan (Rev. des Trad. pop., t. VII, p. 178). — [L. M.]

     

    [ii] Cf. E. Souvestre : Le Foyer Breton (1845), p. 69 ; R. F. Le Men, loc. cit., p. 421 ; P. Sébillot : Littérature orale de la Haute-Bretagne, p. 202 ; Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne. I, p. 229 et 248-52. Le Men raconte que ces femmes de nuit sont « des lavandières, qui pendant leur vie, ont, par négligence ou par avarice, gâté le linge ou les vêtements de pauvres gens, qui avaient à peine de quoi se vêtir, en les frottant avec des pierres, pour économiser leur savon. » E. Souvestre et P. Sébillot, comme Le Men, parlent des lavandières de nuit, comme d’âmes pécheresses qui lavent ainsi la nuit des linges mystérieux en châtiment de leurs fautes. Il semble que dans ce conte au contraire, le caractère humain de la lavandière de nuit tende à s’effacer, et qu’elle devienne comme le Hopper-noz, comme Iannik-an-Nod une sorte d’esprit malfaisant qui n’a jamais été incarné au corps d’un vivant. Ces transformations d’âmes en esprits ne sont point au reste un fait très rare. On retrouve les lavandières de nuit en plusieurs provinces de France. Je me souviens d’avoir, lorsque j’étais enfant, entendu raconter souvent dans l’Autunois, l’histoire des lavandières qui allaient chaque nuit, dans les ruisseaux des prés, laver les linceuls des morts, et qui obligeaient les paysans attardés à les tordre avec elles ; on retrouvait au matin l’imprudent évanoui, sur le pré, les bras tordus ; heureux encore lorsqu’il survivait à l’aventure. Cf. pour le Berry : Rev. Des trad. populaires. Nov. 1887. - [L. M.]

     

     

     


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    Un beau dimanche de juin où il se promenait sous un chaud soleil. Tom entendit des petits claquements dans les branchages d’une haie. Lorsque le jeune fermier s’avança sur la pointe des s’avança sur la pointe des pieds, le bruit cessa. Il se pencha alors et écarta avec précaution les feuillages. Stupéfait, il découvrit nichée dans la verdure une cruche  capable de contenir au moins un bon galon de whisky et, juste à côté, un minuscule petit bonhomme tout ridé et tout ratatiné. Un bicorne vissé sur la tête et un tablier de cuir pendant tout au long de son corps, il allait et venait et semblait très occupé.

    Quand  il grimpa sur un petit tabouret en bois pour accrocher l’anse de la cruche et se hisser sur le goulot, les yeux de Tom s’arrondirent et lorsque le petit bonhomme y plongea la tête pour y aspirer de longues goulées, il pâlit d’envie. Enfin le lutin descendit, s’assit sur un tabouret et s’emparant d’une minuscule chaussure s’employa à y ajuster un talon à l’aide d’un petit marteau.

     

     

     

    - Par la casquette de mon grand-père, murmura Tom interloqué, la belle aubaine ! Un leprechaun ! Si je ne suis pas trop empoté, je serai bientôt l’homme le plus riche du comté. Alors il se pencha un  peu plus sans le quitter des yeux, car, et ça tout le monde en Irlande le sais, il ne faut jamais quitter des yeux un leprechaun au risque de le voir disparaitre, puis il l’apostropha.

    - Voilà du bien bel ouvrage cher voisin. Quelle belle journée n’est-ce pas ?

    Le petit bonhomme releva la tête sans interrompre son martèlement. Son visage était jovial et il tenait entre ses dents trois petits clous dorés.

    - Je vous remercie de tant d’attention mon petit monsieur, mais comment allez-vous vous-même ?
    -
    Parfaitement bien, je vous remercie. Mais quelle drôle d’idée de travailler un dimanche, répondit Tom.
    -
    Ce sont là mes affaires et pas les vôtres rétorqua désinvolte le petit bonhomme en tapant de plus belle sur la chaussure.
    -
    Seriez-vous assez aimable, pour me dire ce qu’il y a dans le pichet à vos côtés ?
    -
    Avec plaisir, mon petit monsieur, c’est de la bière bien fraîche et gouleyante.
    -
    De la bière ! s’exclama Tom. Par tous les diables, d’où la tenez-vous ?
    -
    Ce que je fais ? D’où je la tiens ? ronchonna le lutin agacé. Dites-moi plutôt mon petit monsieur,  de quoi vous pensez qu’elle soit faite.
    -
    Mais de malt, évidemment, de quoi d’autre voulez-vous qu’elle soit faite ?
    -
    Vous n’y êtes pas du tout mon petit monsieur, je l’ai faite avec de la bruyère.
    -
    De la bruyère ! répliqua Tom, en éclatant de rire. Pensez-vous que je sois au point de croire cela.
    -
    Pensez-vous, mon petit monsieur, c’est ainsi. Ce que je vous dis est la vérité. N’avez-vous jamais entendu parler des Vikings ?
    -
    Bien sûr que oui, déclara Tom en haussant les épaules.
    -
    Et bien quand ils occupaient ce conté, ils nus appris à faire de la bière, et depuis, ma famille en a gardé le secret.
    -
    Voulez-vous m’en faire goûter un peu ?
    -
    Sachez mon petit monsieur, qu’il est grand temps pour vous de regagner votre logis et de cesser d’importuner les braves travailleurs avec des questions stupides. Regardez plutôt vos vaches qui sont en train de piétiner le champ d’avoine, répliqua le lutin en indiquant d’un mouvement de son menton poilu un champ qui se trouvait de l’autre côté du chemin ?

    Comme il était sur le point de se retourner, Tom pensa soudainement que c’était une ruse du petit cordonnier afin de le distraire pour mieux s’échapper ! Aussi, d’un geste brusque, il le saisit et l’emprisonna dans la paume de sa main. Mais ce faisant, le jeune malhabile venait de renverser la cruche, et sous ses yeux horrifiés, le précieux contenu se perdait dans la broussaille du buisson. Alors le sang de Tom lui monta aux oreilles, ne pas tremper ses lèvres dans cette bière, c’était plus qu’il ne pouvait en supporter !

    Il secoua le lutin, hurla dans ses petites oreilles effilées et sous la menace de lui tordre le cou exigea à la fin qu’il divulgue la cache de son trésor. Le lutin tremblant comme une feuille d’automne lui répondit d’une voix fluette.

    - Venez avec moi mon petit monsieur, à quelques champs de là, je vous montrerai un pot empli de belles pièces d’or.

    Alors, sans plus attendre, ils partirent. Tom avançait en trébuchant dans les trous et les ornières du chemin, les yeux rivés sur l’infortuné leprechaun, comme s’il tenait une chandelle un jour de grand vent.

    Il va sans dire que le lutin prenait un malin plaisir à mener son ravisseur par les voies les plus malaisées. Aussi, lorsque Tom enjamba un muret de pierres, il se tordit un pied, puis traversant des ronciers, il arracha une manche de sa chemise, enfin pataugeant dans une tourbière, il y laissa une chaussure...

    - Nous y voilà, dit le lutin, quand ils arrivèrent en haut d’une colline, où s’étendait un grand champ planté de hauts buissons d’ambroisie. Voyez là-bas cette haute tige, creusez à son aplomb et vous découvrirez une grande potiche débordante de guinées.

    Si par mégarde un corbeau s’était posé sur les épaules du pauvre Tom, il aurait parachevé son apparence d’épouvantail. Dépenaillé, meurtri et crotté il claudiqua jusqu’au buisson en soufflant comme une vieille rosse. Il pensa alors qu’il n’avait pas le moindre outil pour creuser le sol et qu’il lui fallait rentrer à la ferme afin de s’en procurer. Mais le jeune homme qui n’était pas tombée de la dernière averse, sortit de poche un mouchoir rouge et le noua à la tige d’ambroisie.

    - Je présume mon petit monsieur, hasarda très poliment le leprechaun, que vous n’avez plus usage de mes services.
    -
    Non, dit Tom, vous pouvez y aller maintenant. Toutefois, promettez-moi de ne pas toucher à ce tissu rouge.
    -
    Eh bien, c’est entendu, au revoir, mon petit monsieur dit le leprechaun, vous avez  ma parole et soyez sûr que je réjoui par avance du bon usage que vous ferez de ce que vous allez découvrir !

    Tom déposa sur le sol le petit vieillard tout ridé et tout ratatiné ; lequel agita son bicorne en signe d’adieu et disparut sous un buisson d’aubépine, puis le jeune fermier s’en fut claudiquant vers son habitation. Trouver une bonne belle ainsi qu’une brouette pour mettre au jour et transporter son trésor fut une affaire rondement menée et sans plus attendre il reprit le chemin inverse, en rêvant à  sa prochaine découverte.

    Lorsqu’il arriva au pied de la colline, son pas  se cala au rythme de son cœur qui cognait si fort dans sa poitrine. Malgré son pied tordu, il gambada comme un chevreau, mais lorsqu’il parvint au sommet son sang se figea dans ses veines et sa brouette lui échappa des mains.

    Le lutin avait tenu parole. Il n’avait pas enlevé le mouchoir nué à l’ambroisie, mais il en avait accrochés des multitudes, parfaitement identiques sur tous les autres buissons, si bien que le champ, couvert de tissus rouges à perte de vue était aussi coloré qu’un champ de tulipes au printemps.

    Abattu et sans espoir de retrouver son trésor, le jeune homme rentra chez lui en traînant sa brouette la tête basse. Les années s’écoulèrent, et chaque fois qu’il passait près de la haie, il lui semblait entendre le tic-tac, tic-tac d’un petit marteau martelant le cuir et, lorsqu’il s’en approchait le rire étouffé du leprechaun.

    Lorsqu’il fut à son tour un vieux monsieur tout ridé et tout ratatiné, Tom aimai à raconter, en échange d’une bonne pinte de bière, sa mésaventure dans les pubs de son village. Ce souvenir d’un dimanche où il faillit devenir un gentleman riche et respecté était devenu une bonne histoire, parmi tant d’autres, propre à déclencher l’hilarité de ses compagnons de comptoir. Pourtant, qui l’aurait bien observé aurait pu déceler au fond de ses petits yeux rieurs, une lueur de regret et d’amertume.

    Plus que les pièces d’or du leprechaun, Tom, rêvait encore souvent à cette bière dans laquelle il n’avait jamais pu tremper ses lèvres....

    © Le Vaillant Martial 

     


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    Entre Saint-Nicolas des Eaux et Bieuzy ,les eaux du Blavet parcourent un méandre encaissé qui se referme sur lui-même pour contourner la colline de Castennec.

    À l’intérieur de cette boucle, la pente est plus douce avec des dépôts d’alluvions, tandis qu’à l’extérieur, la rive est plus escarpée et davantage soumise à l’érosion.

    Avec une topographie idéale pour assurer une position défensive, il n’est pas étonnant d’avoir retrouvé des traces d’occupation humaine très ancienne : une stèle gauloise sphérique, mais aussi deux bornes militaires sur le tracé de la voix romaine reliant Vannes à Carhaix – celles-ci étaient placées en théorie, tous les milles (environ 460 mètres).

     

     

     

    La mystérieuse Vénus de Quinipily, que l’on peut désormais admirer près de Baud, surplombait autrefois le Blavet.

    Également comparé à la déesse égyptienne Isis, celle-ci fit l’objet d’un culte contesté par l’Église, si bien qu’elle fut mutilée et jetée à plusieurs reprises dans le fleuve au cours de VIIe siècle.

    Superbement blottie au creux d’un rocher, la chapelle Saint Gildas date du XVe siècle. Elle aurait été construite à l’emplacement d’un ermitage du VIe siècle, où Gildas de Rhuys haranguait les foules, accompagné de Saint Bieuzy. Chose plus certaine, l’édifice abrite une « pierre sonnante » qui a la particularité de produire un son qui rappelle celui d’une cloche lorsqu’elle est frappée avec une autre pierre.

     

    Source : La Bretagne Curieuse et Insolite, Pierre Deslais

    © Le Vaillant Martial 


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    En tailleur, dans l’herbe, je repassai mon périple en revue. Je repensai à toutes les histoires que l’on m’avait racontées. Sur le moment je ne comprenais pas, bien sûr. Mais parmi ces légendes, mon histoire se lisait en filigrane. Guenièvre, Arthur, Lancelot, Viviane, Merlin... je les connaissais tous et toutes.

    Je les connaissais tous et toutes.
    Je n’en revenais pas

    - Une dame d’Avalon. Moi Ada. La vieille Ada qui marche à trois temps.
    -
    Pas si vieille que ça, regarde tes mains.

    Je les contemplai, perplexe.

    - Bien sûr... L’île d’Avalon... L’île de la jeunesse éternelle. Je suis redevenue jeune...

    Une petite cloche tinta au loin au même instant.

     

    Je levai la tête.
    Elles étaient trois
    Toutes de blanc vêtues, une couronne de fleurs dans les cheveux. Aussi belles les unes que les autres, et pourtant si différentes.


     


     

    - Bienvenue chère sœur....

    Mon cœur battait la chamade.

    - Merci, murmurai-je.

     

    Puis, suivirent Ymirée, Aylinen, Ezelwen, Inwynn et Ysgarane. Également toutes vêtues de blanc. Inwynn, la petite fée, était devenue aussi grande que les autres et ses ailes avaient disparu.

    Quant à la brûlante Ysgarane, restée à mes côtés, bien que toujours aussi étrange, son corps n’était plus assailli par les flammes.

    Aylinen l’ondine, s’avança vers moi.

    - Je suis heureuse de te retrouver sous tes véritables traits... Je t’avais promis qu’on se retrouverait.

    Tu as surmonté ton ultime peur... Je suis fière de toi. Bien que je n’aie jamais douté de toi, en vérité.

    - Je te remercie infiniment. Je ne sais que dire. Je suis encore troublée et mes souvenirs sont encore flous.

    Je ne comprends pas... Êtes-vous des Fées ou les dames du lac ?

    - Nous sommes les deux. Nous sommes toute de nature féerique et avons toutes nos particularités. A la seconde où tu as posé le pied de ce côté de la frontière, nous avons su que tu étais de retour. Il était important que nous prenions soin de toi et que nous te fassions recouvrer la mémoire peu à peu.

    - Je comprends mieux... Et vous remercie pour tout.

    Même si parfois, vous n’y êtes pas allées de main morte...

    Aylinen esquissa un sourire ...

    - Nous étions neuf sœurs, il me semble. Nous sommes donc toutes là, n’est-ce pas ? Aylinen...

    Elle me sourit malicieusement en relevant un sourcil

    - Qu’en penses-tu ?
    -
    Cela ne m’étonnerait pas en tous cas...
    -
    Eh bien... non.
    -
    Non ? Mais laquelle de vous alors ?
    -
    Viens cela te sera révélé... Mais pour le moment suis-nous.

    Nous marchâmes jusqu’à un ensemble de pierres levées.

    Les neuf menhirs formaient un cercle parfait, au centre duquel était une pierre oblongue qui devait office d’autel. Une longue robe grenat y avait été déposée, ainsi qu’un grand bâton entièrement sculpté et orné d’une belle jade.

    Aylinen me coiffa d’une couronne de fleurs.

    Le vent se leva et fit danser es longs cheveux noirs.

    Les dames d’Avalon vinrent se placer à l’intérieur du cromlec’h, chacune devant un menhir.

    Je me plaçai devant la dernière pierre.

    Mes sœurs se recueillirent en une prière silencieuse et je tentai de faire de même.

     

    Je ne sais si ce fut la prière commune, le lieu – sacré et rassurant -  ou encore mes sœurs toutes réunies, mais un déclic se fit en moi.

    Je m’avançai au centre du cercle de pierres. Je m’habillais de la robe et me saisis su spectre.

    Les brumes de l’oubli étaient à présent totalement dissipées...

    © Le Vaillant Martial 


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