• THÉOPHILE, L’OZÉGAN ET MOUTON

    Il était une fois un jeune peintre qui habitait avec sa mémé. Il n’avait ni père, ni mère.

    Un dimanche, il dit à sa mémé :

    - Je vais me promener avec mon camarade.
    -
    À quoi bon ? lui dit-elle. Le temps est encore assez beau, mais il va peut-être devenir mauvais.

    Il partit à cinq heures du matin. À peine était-il sorti de la maison qu’il rencontra un vieil ozégan qui lui dit :

    - Vous partez en voyage, je crois.
    -
    Je vais chercher mon camarade et nous allons nous promener ozègan.
    -
    Écoutez-moi bien, lui dit-il : si vous vous attardez, vous serez pris par l’orage et la pluie et vous ne trouverez plus votre route pour rentrer.
    -
    Vous savez donc. demanda-t-il à l’ozègan.
    -
    Oui, je sais. Je sais qu’à vous, il n’arrivera pas grand-chose, mais à votre camarade il arrivera davantage. De vous je ne serai jamais très éloigné, veillerai sur vous et je verrai où vous allez, et ce que vous faites et ce que vous dites. Votre camarade, lui n’est qu’un moqueur : il rira d’une vieille femme que vous rencontrerez sur votre route et qui s’abritera de la pluie au même endroit que vous. Mais, écoutez-moi bien : cette vieille  femme aura des noix à vendre. Votre camarade l’insultera des pires noms. Cela toutefois ne lui portera pas chance.

    Les voilà partis. Ils virent le temps s’assombrirent. Le peintre qui s’appelait Théophile, dit :

    - L’Ozègan m’a juste dit. Quel temps arrive là ! Ma mémé va se faire du souci pour moi et je ne peux rentrer à la maison ce soir.
    -
    Il vint une telle pluie qu’ils ne pouvaient plus avancer. Ils rencontrèrent alors la bonne femme et lui achetèrent des noix.

    Mais le camarade de Théophile n’en avait que des pourries, pas une seule de bonne. Théophile, lui n’en avait aucune de pourrie. Son camarade se mit à insulter la bonne femme de pires noms du monde au point que Théophile lui dit :

    - Vous n’avez pas honte d’insulter une vieille femme de cette manière.
    -
    Je n’ai pas honte du tout ! disait-il.

    Théophile alla s’abriter sous un arbre.

    L’ozègan le rejoignit :

    - Le temps s’éclaircit. Mais ne jetez pas vos coquilles de noix, gardez-les dans votre sac.
    -
    Mais, dit Théophile à l’ozégan, elles me serviront à quoi dans mon sac ?
    -
    Elles feront votre bonheur. Elles vous permettront d’accomplir neuf souhaits, de neuf sortes, ceux qui vous tiendront le plus à cœur.

    Ils ne pouvaient pas traverser toute cette eau : il posa une coquille de noix à la surface et voilà qu’en sortit un bâtiment pour les faire traverser. Mais quand son camarade voulut monter, ses jambes furent retenues à l’extérieur et mangées par les requins. Il criait tout ce qu’il pouvait, mais Théophile se souvenait de ce lui avait prédit l’Ozègan :

    - J’ai beaucoup de chagrin pour vous, mais je ne peux plus rien faire.

    Quand il arrive chez lui, sa mémé l’attrapa.

    - Ne m’attrapez pas, lui dit-il, je vais vous raconter tout de suite ce que l’Ozègan m’a dit.

    Il se mit donc à raconter.

    - Mémé, je vais demander quelque chose à ma coquille de noix, pour savoir si l’Ozègan m’a dit la vérité. Je vais demander une malle de fer remplie d’argent à ras bord, au point qu’on ait du mal  à fermer le couvercle.

    - Mais, non mon pauvre garçon, lui dit la mémé, l’Ozègan s’est moqué » de vous !
    -
    Pas du tout, car il m’a déjà donné un bâtiment pour traverser l’eau. Sans cela je perdais la vie !

    Le lendemain matin, quand il se leva, il aperçut une malle en fer près de la cheminée : il alla l’ouvrir et, lorsqu’il eut ouverte, il la découvrit pleine d’argent, en pièces de vingt livres.

    - Venez voir, mémé ! cria-t-il.

    La bonne femme, qui n’en avait jamais vu autant de sa vie, lui dit :

    - Je vais prendre une pièce et aller jusque chez le boulanger lui demander si c’est une bonne.

    Arrivée chez le boulanger, elle dit à celui-ci :

    - On m’a envoyée faire une commission mais j’ai peur que ma pièce de vingt livres ne  soit pas bonne.

    Le boulanger éclata de rire !

    - Il serait bon d’en avoir quelques-unes comme ça !

    Elle rentra chez elle et dit :

    - Théophile, mon fils, le boulanger m’a dit que toutes ces pièces étaient bonnes et qu’il serait bon d’en avoir quelques-unes comme ça. Nous en aurons assez puisque nous en avons une pleine malle de fer. Mais à présent, vous allez devoir acheter  un fusil et la nuit, nous ferons la garde à tour de rôle, de peur que quelqu’un ne nous tombe dessus.

    - Qui voulez-vous qui vienne lui dit Théophile. Personne ne sait que nous avons de l’argent, sauf l’Ozègan, ici présent.
    -
    Il y a un moulin, non loin d’ici, dit l’Ozègan, qui serait à abattre et à refaire à neuf, ce qui coûterait très cher.

    La mémé qui ne cessait d’avoir peur dit à son petit-fils :

    - Je veux bien acheter ce moulin, mais les gens nous demanderont où nous avons trouvé l’argent car nous étions pauvres et nous voici devenus riches.
    -
    Ne vous faites pas de soucis pour cela, dit l’Ozègan, personne ne vous demandera si vous l’avez gagné ou si vous l’avez trouvé.

    Ils achetèrent le moulin et le refirent à neuf.

    Un jour par-dessus les autres jours, l’Ozègan dit à Théophile :

    - Si vous allez dans un pays lointain à bord de votre bâtiment, puisque vous assez d’argent, vous pourriez aller chercher une cargaison de soie et en rapporter de toutes les couleurs.
    -
    Volontiers.

       Théophile partit sur son bâtiment, et une nuit qu’il se trouvait sur le pont, il aperçut un mouton blanc près du mât. On approchait d’une grande île. Il dit à celui qui était avec lui :

    - Comme c’est drôle, il y a un mouton près du mât !

    Et il entendit une voix lui dire :

    - Théophile, mon fils, ce mouton-là sera votre maîtresse. Huit jours après la fin du voyage bous l’épouserez.

    Quand ils parvinrent au pays de la soie, il en prit une cargaison de toutes sortes de couleurs. L’Ozègan lui avait dit surtout de ne pas oublier de rapporter plus de soies roses que d’autres.

    Pendant qu’ils revenaient et déchargèrent toutes leurs affaires sur la cale, la première personne qu’ils virent ce fut l’Ozègan qui demanda à Théophile :

    - Et votre mouton ?

    - Il est dans une chambre.

    Celui- ci monta sur le pont et c’était la plus belle fille qu’on pouvait trouver entre ciel et terre ! On se mit à transporter toute la marchandise au magasin. Et l’Ozègan dit à Théophile :

    - Prenez cette soie rose, c’est celle qui servira à faire l’habit de votre femme pour le jour de votre mariage. Vous, vous mettrez une ceinture de soie bleue, et moi de soie verte. Et vous allez me dire maintenant si vous avez fait bon voyage.

    - Je n’ai pas à me plaindre

    Et l’Ozègan lui dit :

    - Si vous demandez encore une chose à votre coquille de noix, là vous pourrez être trompé.

    Les voici mariés, et le jour des noces, sa femme lui dit qu’elle irait voyager avec lui.

    - Pas du tout, car vous pourriez $être malade en mer.

    - Vous pourriez vous souvenir que je ne l’étais pas quand nous étions ensemble.

    - Je ne souvenais plus de l’époque où vous étiez mouton, lui dit-il.

    Huit jours après leur mariage, ils partirent, et l’Ozègan, au moment de se séparer, leur dit :

    - Soyez prudents dans votre voyage, de peur de faire naufrage !

    Théophile demanda alors à sa coquille de noix s’ils feraient bon voyage. À peine avait-il posé la coquille de noix sur l’eau, que le bâtiment s’ouvrit par le milieu, et c’est ainsi qu’ils perdirent la vie.

    Yves le Diberder,
                                                                                                                  Contes de Korrigans, 1916

     

    © Le Vaillant Martial

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