• Sur le passage de l'Ankou

    Un dimanche soir que je m’étais attardé au bourg, je trouvai en rentrant au logis, ma femme et ma servante à demi-mortes de peur. Elles avaient des figures si bouleversées que je fus effrayé moi-même. Évidemment il avait dû en mon absence, survenir quelque malheur. J’élevais à cette époque un magnifique poulain. Ma première pensée fut qu’il s’était cassé une jambe.

    Voyant que les femmes restaient là, sans mot dire, comme hébétées, je m’écriai :

    - Mais enfin, parlez donc ! Qu’est-ce qui est arrivé ? Ma femme finit par ouvrir la bouche :
    -
    N’as-tu rien rencontré sur ta route ? fit-elle d’une voix haletante
    -
    Non rien ! Pourquoi ?...
    -
    Tu n’as pas vu déboucher une charrette par le chemin de la mort ?
    -
    En vérité, non.
    -
    Nous non plus, nous ne l’avons pas vue, mais en revanche je te le promets que nous ‘avons entendue ! C’est là-bas, dans la montée. Jésus Dieu quel bruit ! Les chevaux  soufflaient avec une telle force qu’on eut dit le fracas d’un vent d’orage... Le grincement de l’essieu vous déchirait l’oreille... À un moment l’attelage s’est mis à piétiner sur place, comme impuissant à gravir la côte... Ah ! il en donnait des coups de sabots dans le sol ! Cela sonnait comme les marteaux de l’enclume... Le bruit a duré cinq à six minutes, puis subitement tout s’est tu... Marie la servante et moi, nous nous regardions avec stupeur pendant tout ce vacarme. Nous n’osions bouger ni l’un ni l’autre. Je ne sais pas comment nous ne sommes pas devenues folles.
    -
    Folles assez, vraiment ! est-ce qu’on se met dans ces états, pour une charrette qui passe ?
    -
    Oh ce n’était pas une charrette comme les autres !... D’abord il n’y a que les charrettes d’enterrement qui se risquent dans ce chemin et il n’y personne de mort dans le quartier.
    -
    Alors ?
    -
    Hausse les épaules tant que tu voudras. Je te dis, moi que Carr an Ankou est en tournée dans les parages. Nous ne tarderons pas à savoir quelle est la personne qu’il vient chercher.
    -
    Je laissai dire ma femme et sortis là-dessus pour aller donner un coup d’œil aux étables. Comme je revenais, je trouvai dans la cuisine un de nos proches voisin. Il avait la mine affligée. J’allais lui demander la raison quand ma femme me dit :

    - J’espère que vous ne vous moquerez plus de moi, René. Voilà Jean-Marie qui vient nous annoncer que sa fille aînée à trépassé subitement, et me prier d’aller faire la veillée auprès du cadavre.
    -
    Naturellement, je ne trouvais rien à répondre.

     

    - Conté par René Alain – Quimper 1887 –

     

    © Le Vaillant Martial 

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