• Rencontre sur la Lande

    Rencontre sur la Lande

     


     

     

    Elle marchait droit devant elle, enjambant l’échalier du cimetière, déambulant entre les tombes aux dalles de schiste et de granite gris diaprées de lichens rouges et jaunes et or. Puis elle sortit, traversa la place à vive allure, enivrée par la mélodie du vent et escalada la montagne. Elle marcha longtemps. Goûtant avec une joie profonde au plaisir de fouler le sentier constellé d’éclats de quartzite.

    Parvenue au somment du Menez Mikael, le temps se calma soudain. La petite pluie fine cessa progressivement, tandis qu’un halo bleuté montait de la chaîne de reier et de meneziou qui s’étendait à perte de vue et qui, sous les effets de la Lune, faisait à la montagne Bretonne une longue crête de saurien antédiluvien.

    La fille résolut de s’asseoir sur une pierre. Puis elle ferma les yeux et ne tarda guère à s’assoupir à moitié.

    - Bonsoir fit la voix

    Se retournant, elle aperçut, à une vingtaine de mètres derrière elle une silhouette haute et fine qui s’approchait d’elle à pas lents et mesurés. Dans le halo de brume, elle ne pouvait en distinguer les contours précis, en dépit de la lumière de la lune. Mais l’homme semblait coiffé d’un drôle de chapeau à larges bords comme elle avait pu en voir sur les gravures anciennes.

    - Bonsoir, répondit-elle, sur un ton qui se voulait assuré mais qui cachait mal son trouble.

     

    Qui pouvait donc bien se promener, cette nuit, ici, en ces lieux désolés et désertiques et quelles pouvaient être ces raisons ? Se pouvait-il que ce fût un paysan égaré, sur la lande, tombé en panne peut-être ou l’un de ces insomniaques dont la Bretagne regorge ?

    L’autre ne lui laissa guère le temps de tourner ces pensées dans sa tête. D’une voix profonde métallique et caverneuse, il reprit, sur un ton presque de reproche :

    - C’est bien un drôle de temps, une drôle de nuit, mademoiselle, pour ... traîner comme ça, seule sur la lande ... Dans les Monts d’Arrée ... vous n’avez pas peur de faire de mauvaises rencontres.

    -  De quelles rencontres voulez-vous parlez ? Non je n’ai pas peur. Du reste j’arrive de Paris et il y a plus de danger là-bas qu’ici, au plein cœur de la Bretagne.


     

    - Oh tout est relatif, fit l’homme qui s’était approché, mais dont un large manteau masquait le visage. Tout est relatif ......

    - Que voulez-vous dire ?

    - Je veux dire que les dangers de là-bas ne sont pas ceux d’ici, tout simplement

    - Vous ne pouvez pas être un peu plus explicite ?

    - Eh bien ce pays  est comment dire ... habité, et que nous sommes dans une période de l’année ...particulière. Particulièrement propice à certaines rencontres.

    - Je crois que vous aurez du mal à me faire peur, vous savez. Ma voiture n’est pas très loin. J’ai des amis en bas, au village. Et mon téléphone portable dans la poche de mon kabig.

    - Oh, Oh, je vois. Alors bien sûr Pouvez-vous à ce propos appeler votre ... auberge ?

    - Oui bien sûr, fit la fille en sortant de sa poche un téléphone de la dernière génération. Mais, mais ... que se passe-t-il ? ...je ... je ... je n’ai pas de réseau ... comme si les ondes étaient brouillées. Je ne parviens pas à établir le contact ... c’est surprenant. La première fois que cela m’arrive.

    - Eh Eh fit l’homme assis maintenant sur un bloc de quartzite, à quelques mètres. Eh, eh répéta-t-il sur un ton d’autosatisfaction, comme s’il s’était réjoui d’un mauvais tour joué à l’inconnue. Qu’est-ce que je vous avais dit ?

    - Vous ne m’avez rien dit, fit la fille sur un ton où l’agacement masquait mal l’inquiétude.

    - C’est surprenant comme vous êtes vite désarçonnés, sans les béquilles de la technologie, vous les enfants perdus d’une époque désenchantée.

    - Mon époque, l’interrogea la fille ? Mais ce n’est pas aussi la vôtre, vous n’êtes pas encore ...

    - Vous voulez dire... « mort », sans doute ? Mademoiselle ...Mademoiselle ?

    - Keradeg, Enora Keradeg.

    - Oui c’est un nom breton, vous avez des raines ici ?

    - Oui, oui, plus ou moins ... Mais ça remonte à mes grands-parents.

    - Je vois, je vois ...

    - Et vous ?

    - Comment fit l’autre visiblement vexé. Comment vous ne me reconnaissez pas ?

    - Comment vous reconnaîtrai-je puisque je ne vous connais pas.

    - Alors se tournant vers la fille, l’homme lui fit face soudain. Elle faillit pousser un cri d’épouvante en voyant le regard vide dans les orbites décharnées de l’étranger qui semblait aussi maigre, aussi étique qu’un squelette d’une fosse commune.

    - On ne vous a donc jamais parlé de moi ?

    - Pourquoi Diable m’aurait-on parlé de vous ?

    - Chuuuut, chut fit le bougre en mettant un doigt sec comme un sarment de vigne sur sa bouche sans chair

    - Chuuuut, pas de publicité à la concurrence !  C’est vrai que l’on a tendance à m’oublier, ces temps-ci .....Je n’ai pas de nom. On me nomme tout simplement ...l’Ankou. ça veut dire l’oubli, l’angoisse ... tout ça à la fois .... Voyez-vous, Mademoiselle Keradeg ... J’étais comment dire .....un personnage célèbre jadis. Dans toute la Bretagne du reste. Héritier de Taramis et Despeter, les dieux celtiques de la mort, dont je suis un des avatars, plus ou moins christianisé, j’étais, comme vous dites maintenant une « star ». Une sorte de star, vénérée dans toute la Bretagne, du septentrional Trégor jusqu’en riante Cornouaille. Je voyageais sur ma karrigel, toujours de nuit, en quête d’âmes à moissonner. C’est cela ! J’étais un moissonneur ! Un moissonneur d’âmes. On me craignait. Mais au fond, je représentais pour les hommes et pour les femmes de vos clans cette part de mystère, sans laquelle ils ne pouvaient pas vivre. J’inspirais la terreur sans doute. Mais en même temps, ce délicieux frisson du sacré.

    Pour les anciens j’étais un peu comme un membre de la famille. J’avais mes lois et mes habitudes.

    - Lesquelles ?

    - Par exemple, je donnais au dernier mort de l’année mon propre visage. C’est lui qui avertissait ceux qui devaient quitter le monde terrestre dans l’année à venir qu’ils devaient préparer leur âme et leurs bagages pour le grand voyage. J’étais célèbre. Très célèbre. Figurez-vous que je suis même le héros d’un livre de tout un livre !

    - Oui fit la fille, qui commençait à se prendre d’affection pout cet être jadis si puissant et aujourd’hui déchu. La légende de la chez Bretons Armoricains d’Anatole Le Braz. Je l’ai lu. Enfin, j’en ai lu quelques passages, au cours de mes vacances d’été en Bretagne. J’aime cette atmosphère ...onirique ....

    - Ne dites pas cela, jeune fille. Ce qui pour vous est qu’onirisme voire fariboles et fantaisies, était pour vos ancêtres le reflet de la stricte vérité. À présent mon travail se raréfie, je ne puis œuvrer réellement que pour ceux qui croient en moi. Profondément, Sincèrement. Et ceux-là disparaissent les uns après les autres. Je n’aurai peut-être bientôt plus de raison d’être et d’autre existence que dans les vieux grimoires ou dans quelques fêtes ...folkloriques. Ce n’est guère réjouissant.

    - Je vois fit la fille, en se rapprochant insensiblement du vieux solitaire. Et personne ne se soucie plus de vous ? Vous n’avez pas de famille ?

    - De famille, pas vraiment un vague cousin ......

    - Vous n’étiez pas toujours tendre, ni généreux avec vos ouailles à ce que j’ai entendu dire ...On vous prétendait cruel, insensible à la douleur de l’agonisant comme à la peine des familles ...

    - Mais ne vous asseyez donc pas sur cette faux ! Vous pourriez vous blesser ! Vous savez, si elle ne travaille plus qu’occasionnellement, elle est encore efficace. Son fil est bien affuté.

    C’est alors qu’Enora Keradeg aperçut l’outil de travail du moissonneur de la mort. C’était une belle faux, au manche de chêne écorcé, à la poignée fermement chevillée et usée par les mains vigoureuses, et à la lame finement aiguisée qui lançait des éclairs dans la lueur de la lune. Mais elle était emmanchée à l’envers.

    - C’est normal qu’elle soit comme ça ?

    - Que voulez-vous dire ?

    - Comme ça, emmanchée à l’envers.

    - Oui fit l’Ankou, sur un ton résigné. C’est plus facile pour  moissonnes les âmes. Et puis vous savez les hommes ont commencé à me représenter ainsi. À Ploumilliau ou encore à Saint - Hernin, ou à  Bulat - Plestivien où il existe quelques-unes de mes plus belles effigies, en pierre ou en bois, précisa le vieux avec une sorte de coquetterie dans la voix. Je n’ai pas voulu les décevoir, ni les faire mentir. Même si parfois j’aimerais remettre la lame des moissonneurs ... je la conserve ainsi par une sorte de respect inné de la Tradition ... Je suis un sentimental, malgré mes dehors un peu bourrus.

    - Je vois, je vois fit la fille, de plus en plus attendrie. Et moi, vous aller me faucher aussi ?

    - Non, non, ce n’était pas mon but en me manifestant à vous ? je sais que vous êtes appelé à exercer une brillante carrière littéraire. J’ai voulu en même temps vous aider ...et puis ...

    - Et puis ?

    - Et puis, profiter un peu de cette plume qui ne tardera guère à s’affirmer, pour témoigner de ma permanence ... Que voulez-vous, on n’est pas de bois ... Même moi. Dans cette civilisation du Viagra, du lavabo, du téléphone portable, d’Internet, de la télévision, du DVD ...et de toutes ces béquilles que l’homme a inventées pour calmer ses hantises du temps qui passe, de Chronos qui dévore ses propres enfants, on oublie parfois l’essentiel. Et là je voudrais, à travers vous, le leur rappeler ... un peur ...

    - D’accord, fit la fille, mais alors vous allez me transmettre votre savoir.

    - Mieux que cela, je vais vous faire voyager de l’autre côté, de l’autre côté du miroir, dans le monde dense et extraordinairement luxuriant de l’imaginaire des Bretons. Pour cela, il nous faudrait des années et vous n’avez qu’une semaine de vacances il me semble.

    - Oui c’est exact

    - Eh bien, ne perdons pas de temps !

    Au moment de se lever, Enora sentit dans la poche de son kabig quelque chose de dur et de long. En y plongeant une main curieuse, elle saisit le goulot d’une flasque remplie d’un excellent Lambig que ses compagnons de fest-noz y avaient glissée subrepticement au moment où elle leur faussait compagnie. Charmée par cette délicate attention, elle s’empara, dévissa le bouchon, en but une longue, voluptueuse rasade. Puis elle en proposa au vieux.

    - Vous savez l’eau de ... vie, ce n’est vraiment pas recommandé pour ma santé. Mais pour vous faire plaisir, je vais tout de même faire une exception à mon régime et en boire une lampée.

    Il n’en fallut guère plus pour définitivement sceller l’alliance inattendue et délier la langue de l’Ankou qui sembla soudainement oublier sa réclusion, son semi-chômage et toutes ses modernes déconvenues.

    - Si vous le souhaite, fit le vieux, je puis vous proposer un petit pèlerinage ...comme un Tro Breiz. C’est cela un  Tro Breiz des lieux de mes exploits. Et de tout l’imaginaire qui l’entoure. Il y a beaucoup à dire vous savez. À commencer par cette nuit merveilleuse, cette nuit fabuleuse.

    - Oui, Monsieur l’Ankou. J’aimerais bien, mais comment faire un Tro Breiz, en une semaine. C’est un peu court, vraiment surtout avec ma coccinelle un peu fatiguée.

    - Tut, tut, tut Jeune fille. Et d’abord, je vous prie ne me donnez pas du « Monsieur », vous pourriez m’impressionner. Appelez-moi l’Ankou, simplement comme tout le monde ici. Vous savez ma karrigel est bien un peu vieille et brinquebalante, qui plus est,  elle n’est pas bâchée et dans les mois noirs elle n’est pas réellement confortable. Mais vous verrez, elle peut traverser les landes et les forêts, parcourir sentiers et chemins creux à une vitesse qui vous surprendrait. Acceptez donc d’y prendre place.

    - D’accord répondit Enora à moitié rassurée seulement. A une condition que parfois, selon mes envies, vous me laissiez prendre ma voiture.

    - Vous ferez comme bon vous semble. Une ultime pardon, je ne voulais pas vous heurtez requête ?

    - Oui puisque vous y êtes, j’aimerais que vous évoquiez aussi d’autres pays de l’imaginaire de cette terre de légendes.

    - Bon, bon, puisque vous le souhaitez, bougonna l’Ankou, à demi-convaincu.

    Alors, montez donc.

    Par des chemins creux qui semblaient mener au cœur de la terre, la karrigel s’ébranla tirée par une vielle carne qui semblait multi-centenaire et que la fille avait toutes les peines du monde à distinguer dans la nuit. Longtemps, elle dévala les pentes abruptes de l’Arrée, faisant grincer ses essieux et crisser ses roues cerclées de fer, sur les plaques de schiste. Arrivée dans un endroit où la terre était gorgée d’eau, l’Ankou intima au cheval, l’ordre de s’arrêter.

    - Voilà jeune fille. Vous êtes ici au plein cœur de ce que nos anciens nommaient, avec une nuance de respect mêlé de crainte, le Yeun, le Yeun Ellez. Un endroit si sinistre, si humide et si froid en hiver qu’ils le considéraient comme l’entrée de l’enfer. C’est en cette période de l’année qu’il faut venir s’y recueillir et sentir le souffle des morts de l’autre monde.

    - Pourquoi précisément ? dit la jeune fille qui se souvenait de ces propos tenus au fest-noz par ses compagnons de comptoir.

    - Parce qu’approche la nuit de l’entrée dans l’hiver et du début de l’année. Une nuit magique que les Celtes continentaux appelaient Samonios et que les Irlandais, continuent dans leur moderne calendrier à nommer Samain. Une parenthèse dans le temps. Une suspension du temps. Une porte ouverte, grande ouverte ....

    -  Vous m’en avez dit trop ou trop peur. Et la suite ?

    - Une nuit de tous les dangers au cours de laquelle, jadis, les morts revenaient nombreux, hanter les maisons où vivants, ils avaient eu leurs repères. Pour eux la maîtresse laissait sur la table un pichet de cidre et des piles de crêpes rondes et blondes comme des soleils. La Bretagne avait de la mort une conception très différente de celle de l’Irlande. Là-bas, durant la nuit d’halloween, qui avait, comme la Toussaint, succédé à l’antique Samain, c’étaient les fairies, qu’il serait assez réducteur et maladroit de traduire par « fées » qui s’engouffraient dans le monde des vivants, pour tourmenter les hommes, les femmes, les enfants, et même les animaux ? C’était un peuple espiègle et un peu méchant qui n’aimait rien d’autre que de jouer des mauvais tours et causer des désagréments aux pauvres mortels. L’atmosphère de la Bretagne profonde était plus intimiste. On entretenait avec la mort un rapport plus familier, moins terrifiant. D’ailleurs, nul autre qu’Anatole Le Braz, le Trégorrois, ne décrivit mieux ces moments magiques et sacrés qui rythmaient l’année des Bretons comme elle avait jadis rythmé celle de leurs ancêtres Celtes. Écoutez ceci, fit le vieux, en sortant d’un pan de son long manteau troué, un ouvrage relié pleine peau. Je vais vous lire un extrait de La nuit des morts, l’un des textes les plus fins que l’on ait rédigé sur ce moment privilégié. Le Braz l’écrivit peu de temps après avoir passé une nuit de Samonios) Spézet dans la Montagne noire :

    - C’est l’annonciateur des morts me dit Ronan.

    Et il m’expliqua que le soir du 1er novembre, un homme avait mission de parcourir le bourg en agitant une cloche pour avertir de l’approche de minuit, l’heure des trépassés.

    - Allons soupira un paysan, nous avons suffisamment usé du feu


     

    Place aux ancêtres, maintenant ! Vous connaissez l’adage : « La mort est froide, les morts ont froid.

    - Nann ajouta, rassemblant ses jupes :

    - Puisse la chaleur du foyer leur être douce !

    À quoi chacun répondit : « Ainsi soit-il » comme à la fin d’une prière.

    Les veilleurs prirent congé. Je fis quelques pas hors de la maison et les regardai s’enfoncer peu à peu dans la nuit. Le vent soufflait par grandes rafales soudaines, avec de brusques accalmies. Le brouillard s’était dissipé. Une lune molle et comme à demi fondue, pareille à ses méduses qu’on voit flotter dans les transparences de la mer, entre deux eaux, baignait les formes immobiles du Menez d’une clarté morte, d’une sinistre clarté  polaire, les champs, les landes bleuissaient vaguement, tels des lacs endormis.

    Dans le bourg, les portes se fermaient, les verrous criaient et les étroites lucarnes percées sous l’auvent des toits s’éteignaient l’une après l’autre.

    Ronan me héla :

    - Il faut rentrer ... Nous n’avons plus à nous que quelques instants, Nann et ma femme ont fini  de dresser le couvert des Anaons.

    Sur la table de la cuisine s’étalait une nappe de toile passée u safran, avec de longues franges qui pendaient : des mets de toute sorte y étaient disposés, une tranche de lard, des galettes de Sarrazin, une énorme jarre de crème mousseuse.

    - Les morts disait le pillaouer, sont friands de lait, le lait purifie.

    J’avais devant les yeux tous les préparatifs d’un repas des Ames d’une « parentation » à la manière antique. Le spectacle ne laissait pas d’avoir son originalité.

    - Et les morts viendront ? demandai-je

    - Pouvez-vous en douter, répliqua vivement Gaïda. Certes oui, ils viendront. En ce moment même ils sont sur le point d’arriver. Ils s’assoiront là où nous sommes assis, et ils causeront de nous, comme nous avons causé d’eux, et ils s’en iront qu’au petit jour, après avoir promené de tous côtés leurs regards à qui rien n’échappe, contents ou fâchés selon que l’inspection leur aura semblé bonne ou mauvaise.

    - Quelqu’un les-a-t-il vus ?

    - Personne, je pense n’a eu l’audace de les épier.

    - Si fait, intervint la vieille Nann. Gab Prunennec les voulut voir. Il glissa un coup d’œil furtif par-dessus les draps. Mal lui en prit. Les défunts de sa famille, son propre père à leur tête, lui arrachèrent les prunelles avec les ongles, et tout le restant de ses jours, il pleura des lares de sang ...Si vous ne m’en croyez pas, homme de la ville, dormez cette nuit face tournée vers la muraille.

    Un frisson parcourut ses membres.

    - Tenez, ajouta-t-elle, devenue très pâle, c’est un signe ! ....Une âme vient de me frôler ... Bonsoir ! »

    - Brrr, ce n’est pas très gai votre histoire, grommela Enora, lorsque l’Ankou, marquant une pose, ferma l’ouvrage en prenant soin de marquer la page au moyen de son index décharné.

    - Peut-être. Mais c’est la réalité de cette époque où vos ancêtres vivaient dans la présence permanente des défunts. Un reflet du monde Celtique qui ignorait les frontières véritables et tranchées entre l’ici-bas et l’au-delà.

    - Des histoires, comme celle que vous venez de me lire, vous en avez encore beaucoup dans votre musette ?

    - Plus que vous ne l’imaginez. D’ailleurs je ne vous ai pas lu toute l’histoire, mais seulement un extrait. Pour vous montrer que jadis, les Bretons prenaient soin des morts du clan.

    - Au fond la nuit est propice au frisson. Et je commence à me sentir bien avec vous. Vous m’en racontez une autre ?

    - Si vous voulez. Alors celle de ce vaurien de Wilherm Postik, un conte collecté par Émile Souvestre dans la première moitié du XIXème siècle et, magnifiquement mis en scène dans les derniers Bretons. Le Morlaisien Souvestre, après avoir tenté une carrière littéraire Parisienne était finalement revenu au pays où il résolut de faire œuvre de collectage populaire. C’était l’un des premiers « folkloristes ». Mais c’est aussi un homme de lettres hors pair. Une plume, un peu injustement oubliée aujourd’hui. À l’époque, il faut croire que ces récits et tout particulièrement sa version modernisée de La Ville D’Ys et ses Lavandières de la nuit, impressionnèrent les esprits. Car deux peintres de talent et de renom les traduisaient en tableaux très évocateurs. Les « lavandières » de Yann Dargent obtinrent même un franc succès au Salon des Indépendants de 1861. C’est une immense huile sur toile que vous d’ailleurs admirer aujourd’hui au musée des Beaux-arts de quimper, dans un fonds consacré à la Bretagne du XIXème  siècle, réhabilité après avoir connu le purgatoire des caves du musée durant des décennies ....

    - Vous racontez ????

     

     © Le Vaillant Martial

     

     

     

     

     

     

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