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    Les Korrigans

     

     

     

    « La nuit est affaire de Fées, malheur au voyageur attardés ! »

    Les immensités sauvages et désertiques couvertes de ronciers deviennent à la nuit tombée le territoire des korrigans.

    Jaillissant de leur royaume souterrain, ils déferlent en hordes innombrables pour se lancer tout au long de la nuit en de joyeuses débauches faites de danses frénétiques et de folles sarabandes.

    Dotés d’une force peu commune, ils aiment à se lancer à la figure d’énormes rochers. On raconte qu’une de ces joutes épique, à force d’amoncellement, forme la chaîne des Monts d’Arrée.

    Rare sont les passants qui les ont vus d’assez près pour pouvoir en parler sans effroi. Toutefois Le Men affirme « qu’ils noirs et mal faits, avec une tête énorme et hideuse »

    D’autres témoins, tout aussi dignes de foi, affirment qu’ils sont pourvus d’une longue queue et enfin qu’ils sentent mauvais et qu’ils ont l’haleine fétide ...

    Les visiteurs qui parcourent l’été la région de Carnac n’imaginent même pas que sous leurs pieds s’étend la plus importante colonie de korrigans de Bretagne.

    Ils grouillent, ils fourmillent, s’activent incessamment dans les vertigineuses profondeurs de leur royaume.

     

     

    « Furieux ripailleurs, ils festoient la nuit»

     

    Les Kérions, plus précisément puisque c’est d’eux qu’il s’agit auraient remué toutes les pierres et formé les célèbres alignements.
        Quelle extraordinaire forfanterie peut-être peut être à l’origine d’un tel chambardement ?
        D’aucun se plaisent à penser que l’irraison, l’œuvre insensée n’aurait eu qu’un seul but évidemment : faire rêver les enfants.

     

    Au siècle dernier, Des Korrigans auraient été surpris d’après La Villemarqué, « au brin de nuit, commettant en rond et se tenant la main, avec mille éclats de rire diaboliques, certains actes moitié sérieux, moitié bouffons, mais toujours fort impies et cyniques ... au pied des croix et des calvaires.

    La danse est une des occupations favorites des Korrigans. Les nuits de pleine lune on entend dans les campagnes, le martèlement convulsif de leurs pieds cornus mêlés à leurs éclats de rire.

     

     

    Seule trace au petit matin des « rondes velues », le cercle d’herbe brûlée  qui marque sur le pré l’endroit où les Korrigans ont dansé. En Bretagne on ne laisse pas les vaches pâturer dans les près où les « Korils ont viré ».

    © Le Vaillant Martial 

     


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    Morgane

     

     

    ... Et je me souviens ...

    - Je suis Morgane, reine d’Avalon, magicienne et prêtresse celte, déclarai-je.

    Fille du roi de Cornouaille et d’Ygerne, je fus élevée, à la mort de mon père par Uther Pendragon.
        Je fus initiée aux arts, aux sciences et à toutes les magies par
    Merlin L’Enchanteur lui-même, qui devint mon mentor.

    Mais très vite, nos opinions sur l’avenir de la Bretagne divergèrent et nos chemins se séparèrent.

    Alors que je tentais par tous les moyens de sauver le culte de la déesse-mère et par là-même, l’âme celte, Merlin s’évertuait à soutenir mon frère Arthur dans sa désespérante entreprise de christianisation à travers la quête du Graal.

    Condamnant, ainsi la sagesse druidique à sombrer dans l’oubli...
        Aveuglée par le déclin de ce savoir ancestral, je ne vis pas s’obscurcir mes pensées et mes actes.
        Ces sombres années pesèrent lourd sur mon destin.

    Grâce à un sortilège, j’allais même à m’unir à mon frère Arthur dans l’ultime espoir que le fruit de notre union, notre fils Modred, sauverait le culte Celte.

    Ainsi, pour tous, je devins la déesse des ténèbres et de la mort...
        Je n’ai pas voulu ce qui advint.
        J’aimais mon frère.
        J’aimais mon fils
        Lors de la bataille de Camlann, après un combat acharné, tous s’entretuèrent.
        Et mon cœur se déchira.

     

    Dans une ultime tentative de rédemption, j’accompagnais mon frère jusqu’à sa dernière demeure, l’île d’Avalon, je me fis alors guérisseuse, je devins reine de cette prodigieuse île et gardienne de la dépouille du roi Arthur.

    Mais cela ne suffit pas.
        Ivre de chagrin, titubant sous le poids des remords, je m’abandonnais aux noirceurs de la culpabilité.
        L’amour et le soutien de mes sœurs ne suffirent pas je sombrai.

     

     

    À présent, toutes mes sœurs avaient levé les yeux et toutes m’écoutaient avec attention.
        Je repris.

    - Pendant de longues années, je cherchais le moyen de ne plus souffrir.

    Le moyen de ne plus me revoir, encore et encore, fermer pour toujours les yeux de mon frère...

     Par ma faute
        Je pris une nouvelle apparence, celle d’une vieille femme et je me fis appeler Ada. Je parcourus ainsi tout le pays en tentant de
        me racheter, de faire le bien...En toute humilité.
        Mais cela ne suffit pas.

     

    Je partais de plus en plus longtemps, de plus en plus près de la frontière.
        A la frontière de nos contrées.
        A la frontière de la raison.
        Car de l’autre côté, j’étais anesthésiée.
        Je parvenais à oublier un peu...
        Et c’est ainsi qu’un jour, je décidai de ne plus revenir.
        En quittant l’île d’Avalon,
        En quittant ce monde,
        Je quittais mon frère
        Ne pouvant m’y résoudre totalement, dans ma folie, je scellai son cœur dans un petit caillou très ordinaire, gris lisse et rond.

     

    Le temps a passé.
        Lentement,
        Inexorablement,
        Laissant dans son village la trace de son passage.

     

    Le temps a passé.
    Et j’ai fini par oublier qui j’étais réellement.
    Et je suis devenue vieille. Ada, qui marche à trois temps.
    Ainsi lorsque ce galet très ordinaire tomba de ma poche, moi Ada, je n’y prêtai pas attention.

     

    Pourtant je perdis le seul lien qui me lait encore à notre monde :
    Le cœur de mon frère.


    - De l’autre côté, je vécu à un rythme étrange. Toujours vieille et toujours Ada. Régulièrement, je m’endormais pendant quelques décennies  Toujours vieille et toujours Ada. Régulièrement, je m’endormais pendant quelques décennies au creux d’un arbre, invisible aux yeux de tous. Et puis je me réveillais et je m’imprégnais doucement de l’air du temps. Alors je reprenais le cours de ma vie, simple et modeste. Qui se soucie d’une vieille femme qui marche le long des routes ?

    J’aurais pu vivre ainsi éternellement...
    Mais le destin en avait décidé autrement.
    Car, un jour, il a fallu que je ramasse un simple caillou...

     

    Mes sœurs s’étaient rapprochées de moi. Certaines pleuraient
    -
    Tu nous as réellement manqué. Morgane, notre reine.

    Nous nous étreignîmes longuement.

    - Mes sœurs, avant de célébrer nos retrouvailles, il nous reste un rituel important à accomplir.

    Elles acquiescèrent, séchèrent leurs larmes et reprirent leur place dans le cercle.

     Je sortis le petit caillou, orné, désormais de cinq signes géométriques. Je comprenais à présent... Les éléments s’étaient gravés à chacune de mes initiations.

    La terre et Ymirée, le Végétal et Ezelwen, l’Eau et Aylinen, l’Air et Inwynn et, pour finir le Feu et Ysgarane.
        Je sortis également la boîte que m’avait offerte Aylinen.

     Le petit caillou dans une main et l’écrin de nacre dans l’autre, j’entamai le chant du souvenir, suivi en chœur par les dames d’Avalon.

    Le vent souffla de plus belle.

    Lancinante et puissante, la mélodie nous pénétra jusqu’aux tréfonds de notre être... Elle nous envahit toute entière. Grave et profonde, elle nous fit vibrer à l’unisson, nous enveloppa, nous transporta à la fois jusqu’au cœur de la matière et au-delà de nous-mêmes.

    C’était si beau que cela faisait mal.
        Nous n’étions plus qu’une seule voix, unique, forte, puissante, qui montait crescendo jusqu’à...
        Jusqu’à ce que s’ouvrent les mémoires,
        Jusqu’à ce que les pierres nous parlent....

     

     Leurs voix retentirent en moi comme le tonnerre.
        Brusque, herculéennes.
        Les forces telluriques rugirent, puis, se turent brutalement.
        Je les reçus comme un coup de poing en plein ventre.
        Je vacillai.
        Elles avaient délivré leur message, avaient fait volte-face, pour se figer, à nouveau, dans l’immuabilité de la matière originelle.

     

    Je repris mon souffle.

     

    Je contemplai le galet gravé...
        Tant de puissance en une si petite chose.
        Tant de signification dans une pierre si ordinaire.
        Pourtant, mon petit caillou, gris lisse et rond, était la clef.

     

    La clef de mon retour.
         Je repris mes esprits avant de délivrer mon message

    - Ce n’est pas un hasard si nous nous retrouvons toutes enfin ici et maintenant.

    Jamais je n’aurais pu retrouver le chemin du retour seule.
        Mais le cœur d’Arthur que j’avais scellé dans cette pierre,
        M’a rappelé à lui.

     

    Tout d’abord parce le temps des larmes est révolu.
        Je dois cesser de vivre dans le passé, et dans la culpabilité
        De mes erreurs fussent-elles monumentales.
        Il est temps de demander pardon
        À mon frère.

    Je suis revenue dans un pays de femmes...
        Pour l’amour d’un homme.

     

    Mais, au-delà de mon destin personnel,

     

    Le temps de la déesse-mère s’achève.
        Le temps de la dualité est révolu.
       Unissons la lune au soleil,
        L’ancien au nouveau.
        Séchons nos larmes.
       Nous avons trop pleuré.

     

    La déesse-mère, Gaïa, est mourante.
        Mère-Nature va mal.
        Unisson le païen à l’orthodoxe.
        Unissons le féminin au masculin.

     

    Jadis Lune et soleil se sont affrontés,
        Dans une lutte de pourvoir toute aussi fratricide qu’inutile.

     

    Le temps du renouveau est venu.
        Et l’espoir de renaître.

     

    Le petit caillou devint chaud et les symboles s’illuminèrent.
    À cet instant même, la dalle de l’autel bougea légèrement. Le granit devint peu à peu tourmaline, rubis puis, finalement cristal.

    Enfin, il disparut.

     

    Le tombeau était ouvert.

     

    Je me penchai
    Et déposai le petit caillou du roi Arthur.

     

    Pardonne-moi mon frère.
    Pardonne-moi.

     

    Tandis que les dames d’Avalon entonnaient le chant sacré du renouveau, je caressai son visage, toujours aussi beau...

    - Puisses-tu par ce rituel, enfin reposer en paix.

    J’ouvris alors la boîte de nacre, déposai la petite graine, la larme d’Ondine et l’écaille de Mélusine sur le galet sculpté et soufflait sur l’ensemble.

    Les quatre éléments réunis, le petit caillou alors comme un bouton de rose, pour se transformer  en une fleur aux mille pétales écarlates, embrasant toutes mes offrandes. Il tournoya sur lui-même puis s’éleva dans les airs.

     

    Au même moment tout en douceur, comme dans un rêve, la même fleur, mais bleue, sortit de ma propre poitrine. Stupéfaite, je vis les deux fleurs entamer une danse subtile et harmonieuse. Bientôt, elles tournèrent à toute allure, et, très vite, je ne fus plus en mesure de les distinguer l’une de l’autre.

    Après quelques instants, elles finirent par se séparer à nouveau. Cependant, elles possédaient toutes deux autant de pétales bleus que de rouges.

    Puis, dans un dernier éclair, elles pénétrèrent à nouveau nos cœurs respectifs.


     

    - Petit frère....
      Repose en paix.

     

    Au-delà de la mort, tu m’as insufflé ta force.
    Désormais, nous sommes unis à jamais...
    ... Pour que renaisse le monde celte.

    Une incroyable sérénité m’envahit, annonciatrice d’une ère nouvelle.
    L’ère du Soleil et de la Lune.

     Je fus Ada, vieille femme qui marchait à trois temps,
    Un petit caillou, gris, lisse et rond dans la poche.
    Désormais je suis Morgane.
    Porteuse du cœur du roi Arthur.

    Porteuse d’espoir.

     

    Jadis, sombre et trouble...
    Aujourd’hui, sereine et unifiée.

     

    Il me reste beaucoup de chemin à parcourir
    Et tant de choses à accomplir.
    Avec l’aide de mes chères sœurs, les dames d’Avalon,
    Jamais nous ne cesserons d’œuvrer pour que la déesse-mère s’unisse au dieu cornu.

    Et dans le cœur des hommes,
    Je place la lumière du Soleil et de la Lune.
    L’âme et le cœur de Morgane et Arthur.

     

     

     

    © Le Vaillant Martial 


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  • L’Homme sans nom

     

    V

     

    oici l’histoire d’un méchant homme qu’on ne nommera pas, car citer un nom est déjà un souvenir. Il avait tout d’un ours, poilu comme lui, aussi grand et aussi fort, et mauvais comme personne de surcroît.

    Braconnier, il vivait de la vente de son gibier aux villages avoisinant la grande forêt, à l’orée de laquelle il avait bâti sa masure.

    On ne l’aimait guère, pas pour son activité quelque peu illégale, en ce temps-là c’était toléré et il fallait bien vivre. Mais il avait la réputation, d’ailleurs les soirs de beuverie, il s’en vantait assez, de faire souffrir inutilement les animaux : chevreuil, lièvre ou faisan qu’il prenait dans ses pièges, les laissant agoniser des jours entiers.

    Ainsi pendant un certain temps du fait de sa triste renommée, personne ne s’inquiétait de plus le voir dans le patelin.

    Au bout de quelques jours pourtant, les rumeurs, allèrent bon train. Certains s’interrogèrent sur sa disparition.

    Quelques hommes décidés partirent au fin fond de la forêt à sa recherche. Ils ne mirent qu’une demi-journée à le retrouver, ils le regrettèrent bien assez...

    Un peu plus tard, on les vit revenir au village traînant une carriole, dans laquelle on devinait un corps recouvert d’un drap. Les hommes racontèrent à l’assemblée comme ils avaient trouvé le braconnier, mort, déjà raide dans les bras de l’Ankou.

    C’était assez bizarre, somme toute, qu’un homme aussi expérimenté puisse mourir de cette façon, pris à son propre piège...

    Il en avait partout, et de toutes sortes, surtout des pièges à mâchoires qui lui avaient broyé tous les os de des membres.

    On eut une rapide pensée pour son agonie, faut bien, et on se perdit en conjectures.

    Certains pensèrent bien à un règlement de compte, ça en avait toutes les apparences. Mais qui pouvait bien haïr le bonhomme à ce point, bien qu’il le méritait ?

    « Personne, à part peut-être les animaux ! », lança un plaisantin voulant faire de l’humour.

    La plaisanterie fit long feu. Un silence lugubre s’installa, certains se regardèrent entre eux.

    Mais pratiquement tous portèrent leurs regards vers la sombre forêt dont on apercevait le faîte.

    Il y a des choses qu’il vaut mieux oublier, on mit le maraud dans une boîte en sapin et on fit taire les commères.

    © Le Vaillant Martial 

     

     

     


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  • Saint Ronan

     

    Dans le « Barzaz-Breizh » Hersart de la Villemarqué traduit ainsi le début du sône intitulé Buhez Sant Ronan (légende de Saint Ronan) :

    Le bienheureux seigneur Ronan reçut le jour dans l’île Hibernie,[1] au pays des saxons, au-delà de la mer bleue, de chefs illustres – Un jour qu’il était en prières, il vit une clarté et un bel ange vêtu de blanc, qui lui parla ainsi :

    - Ronan, Ronan quitte ce lieu : Dieu te l’ordonne pour sauver ton âme, d’aller habiter dans la terre de Cornouaille. »

    A peu de temps de là,  des pêcheurs qui jetaient leurs filets à quelques distances de nos côtes aperçurent, venant droit vers eux, un rocher que les flots ballotaient comme une épave. Intrigués tout d’abord, ils laissèrent ensuite percer la criante que leur barque ne fût brisée. Comme ils se demandaient quelle manœuvre pour éviter la catastrophe qui leur paraissait imminente, ils remarquèrent tout à coup sur ce singulier radeau un homme agenouillé et qui semblait plongé dans une fervente oraison. Ils le hélèrent, mais le rocher navigua de telle sorte qu’il passa au milieu des barques sans n’en toucher aucune.

    Les pêcheurs le virent alors se diriger vers l’un des havres de la côte. Il y aborda peu à près. Puis laissant son rocher sur la plage, l’extraordinaire nautonier, qui n’était autre que saint Ronan en personne, mit pied à terre.

    Les rives léonardes, où les vents, soufflant sur l’ordre de Dieu, avaient poussé Ronan, n’étaient rien moins qu’hospitalières. Leurs habitants formaient l’une des plus farouches tribus de pilleurs d’épaves. Quand le saint se présenta, les hommes étaient encore à la pêche. Ce furent les femmes qui le reçurent. Elles décidèrent aussitôt de le dévaliser. Mais il avait une mine si pitoyable dans sa robe de bure à demi déchirée qu’elles s’arrêtèrent dans leur projet.

    Dès son embarquement, Ronan s’empressa d’enseigner à ceux qui l’entouraient la parole du Christ. Il s’efforça de leur faire comprendre qu’ils devaient mettre fin à leurs pratiques de la piraterie. Non seulement on ne l’écouta pas, mais on menaça de le faire taire par la force. S’il ne voulait pas se taire de bon gré, On lui demande s’il venait pour ruiner le pays, réduire les femmes et les enfants au plus effroyable dénuement. On lui dit que si c’était là tout ce qu’enseignait sa religion, mieux valait pour lui aller prêcher ailleurs.

    Voyant qu’il n’obtiendrait rien par la persuasion, Ronan sollicita Dieu de donner à une clochette qu’il avait apportée avec lui une puissance de son telle qu’on l’entendit sur toute l’immensité des océans. Sa demande fut exaucée, Ronan se servit alors de cette clochette pour prévenir les navires en mer du danger qu’ils couraient à s’approcher trop près de la côte armoricaine. Comme il n’y avait plus de naufragés, les habitants, les femmes surtout s’en prirent à Ronan.

    Le saint pour fuir ces méchantes gens, décida de s’enfoncer au cœur des forêts qui à l’époque couvraient la majeure partie de la presqu’île. Le rocher  qui lui avait servi de barque était toujours sur la grève. Il y reprit la place où il se tenait en venant d’Hibernie. Le rocher devint soudain une jument de pierre, qui passant parmi la population stupéfiée, partit à fond de train vers l’intérieur des terres.

    La jument galopa ainsi plusieurs jours et ne s’arrêta qu’au pied de la longue montagne du « Menez-Hom ». Ronan comprit que c’était là le nouvel endroit que Dieu lui désignait pour établir son pénity. Il y construit aussitôt une hutte en branchages et de terre et recommença à mener la vie cénobitique [2]  qu’il aimait. Le lieu était bien choisit au flanc de la montagne, à l’orée des bois et face à la mer. Mais Ronan n’y venait pas pour se reposer. Tout le jour il marchait : le matin dans la direction du soleil levant, le soir dans la direction du soleil couchant. Il parcourait les terres qui dépendaient de son pénity. Chaque semaine, avant de rompre son jeûne, il accomplissait une plus grande tournée de plusieurs lieues et qui faisait le tour de son asile, c’est-à-dire à peu près celui de la montagne.

    C’est pour perpétuer le souvenir des ceux deux troménies (Tro Menehi, tour de l’asile) et non Tromenez, tour de la montagne, comme on l’a écrit quelquefois) la petite et la grande, que tous les ans, le pardon de Saint Ronan dure un jour et tous les six ans une semaine.

    Dans les saints plus ou moins orthodoxes de la Bretagne, il y avait deux catégories bien distinctes : les évêques, les prêtres ou les moines qui furent de véritables évangélisateurs, et les anachorètes, qui menèrent une vie plutôt cachée en Dieu. C’est à la catégorie de ces derniers qu’appartient Ronan. Il ne prêche pas, il ne parle pas à la foule. Il n’aime pas la société des hommes, il lui préfère celles des arbres, des plantes, des animaux et même des pierres. C’est ainsi que les loups lui obéissaient, et deviennent semblables à celui de Saint Hervé, doux comme des moutons.

     

    Les habitants en revanche, redoutent cet étranger arrivé ils ne savent de quelle région. Ils voient en lui un sorcier, un être malfaisant, qui sait ? Un loup garou. Ils le chargent de tous les méfaits, de tous les crimes. Un chêne s’abat sur le bûcheron qui sape son tronc. Immédiatement on affirme que c’est Ronan qui l’a poussé et l’on décide de se débarrasser de lui. Une bande se forme. La nuit suivante, quelques-uns de ceux qui la composent iront lâchement frapper l’ermite pendant son sommeil. Au moment où ils s’apprêtent à partir, le penn-tiern de Kernévé, chef du pays, les arrête :

    - Si Ronan. Dit-il est vraiment un enchanteur, un mauvais génie, il saura se préserver de vos coups. S’il n’a rien à se reprocher, vous risquez de commettre un acte blâmable.

    Le penn-tiern jouit d’une grosse autorité. On écoute ses conseils et on décide de l’envoyer lui-même, en parlementaire auprès de l’anachorète. Ronan le reçoit avec affabilité. Il lui parle de la religion et le visiteur, touché par la grâce, déclare qu’il veut désormais demeurer aux côtés d’un aussi saint homme.

    Mais Ronan l’engage à retourner près de siens pour rendre compte de sa mission. Le penn-tiern obéit. Pourtant dès qu’il le peut, il reprend le chemin du pénity pour devenir le disciple de celui qui l’a converti. Il ne parvient cependant pas, bien contre son gré à embrasser la vie anachorétique que mène son hôte.

    Sa femme Kébèn, dont le nom est considéré maintenant comme une insulte, puisqu’il est synonyme de méchante femme, s’y oppose. Elle voit, en effet d’un très mauvais regard, les relations de son mari avec Ronan. Celui-ci n’était-il pas la cause que son époux la néglige ? Pur se défaire de lui, elle s’abouche avec les ennemis du saint et les décide, à venir, avec elle, mettre le feu à sa cellule. Ils approchent dans la nuit et se croisent bien près de perpétuer leur forfait.

    Soudain, la jument  de pierre, qui sommeille depuis plusieurs années, s’éveille, se dresse hennit.

    Tous les incendiaires prennent la fuite, Kébèn les injurie et blâme-leur manque de courage. Elle ira seule chez Ronan. Celui-ci est apparu sur son seuil. Il ordonne à Kébèn de se retirer. La mégère veut se jeter sur lui, lui griffer le visage. Elle s’élance déjà. Mais ses jambes se paralysent et elle n’en retrouve l’usage que pour se retirer, que lorsque le saint décide de le lui rendre.

    Kébèn ne se tient pas pour battue. Pendant de nombreux jours, elle rumine en sa tête le plus infernal des projets. Une nuit, elle se lève, va prendre dans son lit sa petite fille, celle que le penn-tiern aime le mieux, et elle l’enferme dans un coffre étroit caché derrière des tas de fagots. Puis, jouant une odieuse comédie, elle pleure à tous les échos la disparition de son enfant, assurant qu’elle n’a pu être enlevée que par le loup garou de la montagne, c'est-à-dire Ronan.

    Tout le pays est ameuté par elle et réclame justice. Kébèn se rend à Quimper et, devant le roi Gradlon, accuse formellement Ronan de sorcellerie et d’assassinat.

    - Ton accusation, lui répond le roi, me surprend fort. Cependant tes dires vont être examinés.

    Gradlon, à cette époque est plutôt encore favorable aux païens. Son entourage est très divisé en ce qui concerne les faits reprochés à Ronan. Pour les uns Kébèn n’apporte que des mensonges, pour les autres, elle dit la vérité, et justice doit être faite.

    À la demande de Gradlon, Ronan se présente librement. Il affirme son innocence. Kébèn maintient ses accusations. Gradlon ne sait qui entendre. Tout à coup, une idée lui vient à l’esprit.

    - Je possède, dit-il, deux dogues terribles dans mes chenils. Ils ont la force des lions et sont à même de déchirer de leurs dents acérées tout homme ou bête contre qui on les excite. Nous allons les lancer sur Ronan. S’il est innocent, son innocence le sauvera.

    Ces sortes d’épreuves étaient coutumières à cette époque. Les molosses sont détachés. Ils s’élancent sur Ronan avec des abois furieux. Le saint lève la main, fait le signe de croix en disant :

    - Obéissez à Dieu !

    Les monstres apaisés viennent se coucher aux pieds de Ronan et lui lèchent les mains.

    Gradlon adresse des excuses à l’ermite.

    - Nous étions aveuglés par les mensonges de cette femme, dit-il. Ta sainteté a réduit à néant la calomnie, que nous avions admise. Ne t’irrite pas contre nous.

    Ronan assura le roi de son respect et lui demanda, que pour éclairer l’affaire, on apportât un certain coffre qui se trouvait dans le bûcher de son accusatrice et que qu’on l’ouvrit. Il est était ainsi ordonné et c’est l’enfant morte que l’on trouve au fond du coffre.

    Kébèn essaie d’accuser encore, mais, à la voix de Ronan, la fillette se lève et se jette dans les bras de son père, témoin de cette scène.

    La foule a compris cette fois. C’est Ronan qu’elle veut venger des accusations infâmes portées contre ui. Elle irait même jusqu’à lapider son ennemie, si le saint n’exigeait qu’un la laissât retourner chez elle saine et sauve.

    Dès lors Ronan vit honoré et respecté de tous. Il a pardonné à ceux sui lui voulaient du mal. Par exemple, il est toujours aussi sauvage et n’a guère de relations qu’avec le penn-tiern de Kernévé. Un jour saint Corentin vient de Quimper pour le visiter. Quand l’évêque arrive devant la porte de la cellule, il voit une immense toile d’araignée qui la tapisse, tel un fin et soyeux rideau, et c’est en vain qu’il essaie de la déchirer avec sa crosse. Il doit se retirer ....

    À quelques temps de là, les accusations recommencèrent contre Ronan. Le saint était las de lutter. Il courba la tête et ayant médité la parole du sage : « Mieux vaut habiter avec le lion et le dragon qu’avec une méchante femme » Il résolut de partir. Il traversa la Cornouaille et la Domomonée et vint se réfugier à Hillion, auprès de Saint-Brieuc. C’est là qu’il décéda une veille de vendredi saint.

    Le bruit de sa mort se répandit aussitôt dans toute la Bretagne. Les Comtes et les Évêques des divers pays de Rennes et Vannes, de Cornouaille, se disputèrent l’honneur de lui offrir une sépulture. Aucun d’eux, cependant n’était certain de deviner ce que le saint désirait que l’on fit de son corps.

    Ernest Renan a raconté fort gracieusement cette scène ;

    « Si l’on ne tombait pas juste, on craignait une peste, quelque engloutissement de ville, un pays tout entier changé en marais, tel ou  tel de ces fléaux dont il disposait de son vivant. Le mener à « l’église de tout le monde » eût été une chose peu sûre. Il semblait parfois l’avoir en aversion. Il eût été capable de se révolter, de faire un scandale. Tous les chefs étaient assemblés dans la cellule autour du grand corps noir, gisant à terre, quand l’un d’eux ouvrit un sage avis : 

    « De son vivant, nous n’avons jamais pu le comprendre, il était plus facile de dessiner la voie de l’hirondelle au ciel que de suivre la trace de ses pensées : mort, qu’il fasse encore à sa tête. Abattons quelques arbres. Faisons un chariot où nous attèlerons quatre bœufs, il saura bien les conduire où il veut qu’on l’enterre ». Tous approuvèrent. On ajouta les poutres, on fit les roues avec des tambours pleins, sciés dans l’épaisseur des gros chênes, et on posa le saint dessus.

    « Les bœufs, conduit par la main invisible de Ronan, marchèrent droit devant eux, au plus épais de la forêt. Les arbres s’inclinaient ou se brisaient sur leurs pas avec des craquements effroyables. Arrivé enfin au centre de la forêt, l’endroit où étaient les plus grands chênes, le chariot s’arrêta, on comprit : on enterra le saint et on bâtit son église en ce lieu. »

    Ce qu’Ernest Renan n’a pas dit c’est qu’en voyant s’avancer le char funèbre, Kébèn insulta le cadavre de Ronan, et même d’un coup de battoir, rendit dagorne l’un des bœufs.

    La légende rapportée par Anatole Le Braz donne une autre version des obsèques de Ronan.

    Quand le chariot fut arrêté, on creusa la fosse. Mais, dit Anatole Le Braz, lorsqu’il s’agit de descendre le corps du saint, les efforts réunis de vingt hommes demeurèrent impuissants à le soulever : « Peut-être ne veut-il pas qu’on l’enterre », opina quelqu’un : « Laissons-le en cet état et attendons les événements ».

    - Or il advint une chose extraordinaire. Dans l’espace d’une nuit, le cadavre se pétrifia, ne fit plus qu’un avec la table du chariot transformée en dalle funéraire, et apparut comme une image éternelle sculptée dans le granit d’un tombeau. Les arbres d’alentour étaient eux-mêmes devenus de pierre : ils s’élançaient maintenant avec une sveltesse de piliers, entrecroisaient là-haut en guise voûte les nervures hardies de leurs branches »[3]

    Et ce serait là « le premier schéma de l’église de Locronan et du cénotaphe qui s’y voit encore dans la chapelle du Pénity ».

    © Le Vaillant Martial 

     

     

     



    [1] Irlande

    [2] . Personne vivant de façon austère, comme retirée du monde. 

    [3] Anatole Le Braz : « Au pays des pardons » 


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  • Les fées rustiques, plus généralement appelées les « Margots-La-Fée », vivent dans des cavernes à proximité des chaos rocheux et des ruisseaux.

    La tradition rapporte que du temps de la magnificence des « Belles Dames », l’entrée des cavernes était aussi vaste que le porche d’une église.

    Quand chassées, elles doivent quitter les lieux, l’ouverture rétrécit peu à peu, jusqu’à ne plus former qu’une étroite fissure dans la roche.

     

     

    Nb : Souvent, elles vivent en groupe et ont des compagnons. Ceux-ci sont très effacés et on les voit très peu. On dit toute fois que la présence d’hommes les rend irritables. Il en va tout autrement pour les « Margots »  que l’on sait très attirée par les jouvenceaux !

    La danse est une de leurs distractions favorites. Les allées couvertes et les tumulus servent souvent de cadre à leurs rondes effrénées. Bien que leurs activités quotidiennes soient semblables à celles du voisinage. Elles n’en demeurent pas moins des fées dotées de puissants pouvoirs. Elles peuvent ainsi se rendre invisibles, prendre l’apparence d’animaux où transformer quiconque en ce qui leur passe par la tête.

    © Le Vaillant Martial 

     


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