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    Vous avez tous entendu parler de moi, vous pensez me connaître et pourtant...

    Pourtant la majorité d’entre vous ne veulent me voir que comme une fée séductrice aux sombres desseins. Une fée Que dis-je ? Tout au plus une enchanteresse qui ne doit son savoir qu’à l’enseignement de Merlin et qui n’a su en faire bon usage !

    A la vérité, en des temps très anciens, j’étais vénérée telle une déesse. Je régnais alors sur l’île fortunée que vous connaissez sous le nom d’Avalon, l’île aux pommes, cet endroit merveilleux et fertile où les arbres sont en fleurs et en fruits toute l’année, où nul animal venimeux n’est admis et où le poids des ans ne nous atteint pas.

     

    Mes huit sœurs et moi rendions justice à ceux qui nous sollicitaient. J’étais l’aînée et je me distinguais par ma maîtrise de l’art de guérir, ainsi que par ma beauté. Je prodiguais des soins à tous ceux qui venaient me trouver, désespérés. Je connaissais l’astronomie, étais capable de métamorphoser et de fendre les airs pour me rendre où bon me semblait.

    Malheureusement, tant de pouvoirs effraient et à l’époque où moines cisterciens – des misogynes pour tout dire – ont repris par écrit les exploits du roi Arthur, ils m’ont diabolisée pour m’ériger en contre-exemple de l’idéal féminin. Malgré tout, mon passé de guérisseuse compatissante n’a pu être totalement effacé, ce qui parfois a créé quelques incohérences au sein des terres qui ont retracé toute cette aventure... Aujourd’hui je suis tout cela à la fois et bien plus encore ! Cela ne facilite pas la tâche, lecteur, mais tu en sais bien plus que tu ne le penses sur celles que l’on nomme parfois fées... car en un sens, tout est vrai : nous évoluons au gré des idéologies et toi seul possède la clef qui décidera de notre sort prochain. Mais écoute plutôt ce qu’on a pu dire de moi et juge comme on a transformé mon histoire...

     


     

     

     

     

    Est-ce la vengeance que tu souhaites ? Celle de ton père, mort par la faute du roi Uther, celui-là même qui a pris sa place dans le lit de ta mère et qui t’a envoyée au couvent pour se débarrasser de toi ? Ou... est-ce le pouvoir que tu désires ? Celui que t’as conféré ton mariage  arrangé avec le roi Urien ne te suffit pas. Tu enrages de voir qu’Arthur, cet imposteur, ce demi-frère est devenu roi à 15 ans !

    Tu voues une haine farouche à Arthur n’est-ce pas ? N’as-tu pas tenté de le faire tuer après avoir volée son épée Excalibur, ainsi que son fourreau magique ? Fourbe ! Prétextant une réconciliation n’as-tu pas offert à ce roi un somptueux manteau destiné à le réduire en un petit tas de cendres ? Fort heureusement la Dame du lac veillait...

    Diablesse ! Je sais bien que tu vis dans la luxure ! Aucun homme ne te résiste. Est-ce dû aux enchantements que tu as appris de Merlin ?

    Longtemps encore on parlera de ces méfaits. Remémore-toi cette terre de Petite Bretagne, théâtre de ta vengeance vis-à-vis des « mâles de Brocéliande, forêt merveilleuse !

    Te souviens-tu de cette vallée magnifique, parsemée de genêts en fleurs au fond de laquelle coulait une rivière aux reflets cuivrés ? Te souviens-tu de cette sente escarpée qui t’avait menée au sommet du val ? Tu y avais surpris ton amant Guiomar en compagnie d’une autre. Ton chagrin, ta colère étaient tels que d’un hurlement lugubre tu avais plongé les lieux dans le chaos. Châtiés, les faux amants ! Condamnée, la simple servante qui avait osé se mesurer à toi ! Et quelle sentence que celle par laquelle tu l’obligeas à endurer l’effroyable brûlure d’un feu vorace des pieds jusqu’à la taille, et la morsure d’un froid hostile de la taille jusqu’à la tête !

    Insatiable, tu as ceint la vallée d’une muraille d’air et fait tant d’enchantements que les chevaliers errants à la fidélité vacillante – ne serait-ce qu’en pensée – n’ont pu repartir. En vingt années aucun des 254 chevaliers qui se sont introduits en ce lieu n’a pu en sortir ! Val... sans retour !

    Puis vint Lancelot, chevalier de la Table Ronde, qui aimait d’un amour infini la reine Guenièvre et qui ainsi mit fin au sortilèges du Val, délivrant les prisonniers par la même occasion.

    Bref, je pourrais raconter bien d’autres choses sur ton compte, toute fois il en est une que je ne m’explique pas bien. Par ruse, tu as réussi à faire un fils à Arthur, tu l’as élevé dans le seul but de nuire au roi et accéder au pouvoir que tu brigues depuis toujours. Ton fils Mordred a grandi, le moment que tu attendais est enfin arrivé et pourtant... pourtant lorsqu’il a porté le coup mortel à Arthur, tu ne t’es pas réjouie. Tu as emmené ton frère en Avalon et vous aviez à peine quitté la plaine ensanglantée de Salisbury que déjà, dans la nef qui se dirigeait vers ton île merveilleuse, tu posais tes  sur le corps inanimé qui commença alors à montrer des signes de guérison... Pourquoi, insaisissable Morgane ?

     

    © Le Vaillant Martial 


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    Tegid FOEl et moi avons eu des jumeaux.

    Si vous saviez comme j’en étais fier ! Cependant tous les opposait : Creiwy était si belle et lumineuse ! Tandis qu’Afagddu était obscur et – comment ne pas le reconnaître ? – effroyablement laid ! Pourtant je l’aimais et j’ai tenté l’impossible pour lui.

     

    J’avais mis au point une potion qu’il me suffisait de faire bouillir dans un chaudron pendant exactement un an et un jour. Ce breuvage, qui allait porter à mon fils une connaissance infinie et une immense sagesse pour lesquelles il serait respecté, nécessitait que j’aille quérir quotidiennement des herbes magiques, j’avais donc confié le soin d’entretenir le feu à Morda, un vieil aveugle, et celui de surveiller la préparation à Gwion Bach.


    L’année arrivait à son terme, le moment approchait où je devais recueillir les trois premières gouttes – les seules – gouttes porteuses de savoir. Mais il arriva un malheur pendant mon absence : les deux gardiens s’étaient mis à bavasser et ne prirent pas garde à la mixture qui gonflait, éructait et menaçait de déborder. Trois gouttes furent projetées sur le doigt de Gwion Bach qui, sous l’effet de la brûlure, porta celui-ci à sa bouche. A la seconde même où il fit ce geste, il reçut le don et par là même en priva Afagddu. Désormais prescient, il vit quelle serait ma colère et s’enfuit sur le champ.

    Lorsque je rentrai, je trouvai le chaudron éclaté, la potion fumante renversée sur le sol. Immédiatement gagné par la fureur je me lançai à la recherche de l’imposteur métamorphosé en lièvre. C’était bien mal me connaitre ! Je me transformai instantanément en lévrier, le pourchassai et ne tardai pas à le rattraper...

    Arrivé près de la rivière, voyant la tournure que prenaient les événements, Gwion Bach se changea en poisson. Je me fis alors loutre. Il opta pour le passereau, je devins faucon. C’est alors qu’il aperçut un tas de grain de blé dans lequel il se jeta, se confondant avec des milliers d’autres grains. Je n’avais rien à perdre aussi je n’hésitai pas, sous la forme d’une poule noire, à les picorer jusqu’au dernier...

     

    Cette graine germa dans mon ventre et, neuf mois plus tard, je donnai naissance à un magnifique garçon. C’était Gwion, je ne l’ignorais pas, mais cette merveille, était née de ma chair et je ne pus me résoudre à l’éliminer. Je plaçai donc le nouveau-né dans un sac en cuir et le livrai à la mer. Les courent lui furent favorables puisqu’il ne tarda pas à être recueilli  par un dénommé Efflin et devint Taliesin, le célèbre poète gallois.

    Mais ceci est une autre histoire....

    © Le Vaillant Martial 

     

     


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    Sur le fond des océans, relâchent à jamais les grands voiliers, les galions et les galères, pavillon blanc sur bleu. Étendards sanglants sur noir. Le seul vent sur leur voilure, c’est le frémissement des algues marines qui les pressent de caresses.

    Les mains des morts en mer réparent par habitude et par envie la quille détruite ou le foc inexistant, la trinquette évanouie en forme de linceul. Dans ces ports fantômes, les marins aux orbites évidées, rivées sur les grèves guettent les débris des épaves loin de ce cimetière sourd, les restes des navires naufragées, fixés aux récifs.

    Dès que ces éclats épars seront là, c’est sûr, on pourra calfater la coque et reprendre la mer sous les vagues, guidés par les courants sous-marins vers la Terre des Jeunes enfin. Courage dans l’attente du paradis les gars !

    Combien de rêves perdus. Que de gloires passées dorment à tout jamais en des courants passés. Au fond de noirs abysses. En des lits incertains. Aux draps d’algues déchirés par une trop longue étreinte.



     

    Le « Lestr an Anaon », le navire des âmes, hante la côte bretonne. Quiconque l’aperçoit apprend sa mort prochaine. Au large de l’île d’Arz, vogue un trois-mâts infernal composé d’un équipage de damnés : marins maudit ou lâches en mer, pilleurs de bateaux et de marchandises, naufrageurs, pendus à bord...

    Des démons sous l’aspect de chiens gigantesques les harcèlent et les incitent à aborder tout bâtiment croisant au large.

    Seul demeure dans l’air l’appel strident des conques marines  qui assurent le commandement sur cette nef fantôme. Ce son lugubre prévient indirectement les autres bateaux de s’éloigner au plus vite.

    Le Navire Errant bat, lui aussi, pavillon fantôme et ténébreux. Le Capitaine Noir, un malouin, le dirige avec son équipage de pirates composés de mort-vivants. Ce brick de deux cent tonneaux surgit de la mer surgit de la mer et s’y engouffre aussitôt. Sa malédiction est due à une pierre merveilleuse trouvée sur les rochers par un matelot du navire français qu’il combattait. Lancée sur le pont du vaisseau pirate, elle le coula sous le poids d’une terrible pression. Signe de malheur pour tous les marins, le Navire Errant traque sans fin tous les bateaux qui croisent sa route pour retrouver le matelot responsable de leurs tourments.



     

    D’autres vaisseaux fantômes sévissent encore : à Erquy, aux grandes marées, la corvette française la Salamandre[1] hante le rivage. Elle cherche toujours à fuir la frégate anglaise qui la coula en 1850. Fracassé sur les écueils de l’île Lern[2], un navire corsaire Hollandais, disparu depuis deux siècles, fait résonner les soirs de tempête ses clairons et ses tambours.

    © Le Vaillant Martial



    [1] Une flûte (1814 - 1838) de 550 tonneaux est en service en 1814 sous le nom de Loire. Cela pourrait être l'ex Généreux venu en parlementaire de l'Ile de France à Rochefort. Selon le registre des bassins de Brest 1817-18 elle serait de provenance anglaise. Du 5/10/1810 au 16/7/1811, et du 25/9/1814 au 29/9/1815, elle est armée à Rochefort. Le 17 juin 1816, elle quitte Rochefort pour le Sénégal (division Méduse). En 1817-18, elle fait campagne à l'Ile de France avec l'Éléphant et la Salamandre. Le 13 novembre 1821, elle est redésigné "corvette de charge" comme toute les flûtes. Du 28/3 au 20/6/1832, elle fait un voyage de Brest pour porter des troupes aux Antilles et retour (LV Montfort). Du 9/12/1835 au 23/3/1836, elle fait un nouveau voyage de Brest pour Cayenne et les Antilles puis retour (LV Louvel). Désarmée à Brest le 1/7/1838, son équipage est reversé sur l'Aube. Elle sera réarmée puis condamnée le 8/8/1838 (en Guadeloupe? ou 7/1838 : Démoli à Brest ?).

    [2] L'île de Lerne est une petite île située dans le Golfe du Morbihan, à l'est de l'île d'Arz. Elle fait partie de la commune de l'Île-d ‘Arz et possède une forme quasi-circulaire d'environ 200 mètres de diamètre.


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  • Pouvoirs et caractéristiques des Lutins

      algré  les nombreuses différences de nature et d’allure, La Villemarqué se hasarde à dresser un portrait général du lutin breton : « La puissance des nains est la même que celles des fées, mais leur forme est très différente. Loin d’être blancs et aériens, ils sont généralement noirs, velus, hideux et trapus, leurs mains sont armées de griffes de chat et leurs pieds de cornes de bouc : ils ont la face ridée, les cheveux crépus, les yeux creux et petits, mais brillants comme des escarboucles, leur vois est sourde et cassée par l’âge[1]. »

    Alors que les fées sont connues pour leur beauté et leurs harmonieuses proportions, les lutins portent « sur un corps noir, très petit et mal fait [...] une tête énorme et hideuse, mais ils sont doués d’une force sans limites[2] ». Leur force est telle qu’elle permet par exemple aux Jetins de Haute-Bretagne de s’amuser à jeter les menhirs et rochers sur la lande... Selon, Le Men, cette force surnaturelle n’est pas due à leur qualité physique, elle tire son origine d’un pouvoir magique. Après avoir passé en revue les éléments similaires entre les lutins et les humains, il soutient : « Voilà par quels côtés imparfaits les nains se rapprochent de l’humanité. Ils s’en éloignent par des facultés qu’ils tiennent d’un pouvoir occulte et qui sont une sorte de compensation à leur infériorité physique. Ainsi, ils ont le pouvoir de se rendre invisibles, ils comprennent le langage des oiseaux, païens et sorciers eux-mêmes, ils constamment en rapport avec les sorcières de la race humaines, et c’est par leur intermédiaire qu’elles possèdent l’art des enchantements et de la divination[3]. » L’apparente faiblesse physique des lutins ne doit pas faire oublier leur puissance magique, malheur à celui qui sous-estimerait leurs facultés !

     

    Les récits des folkloristes sont unanimes : les capacités surnaturelles des lutins sont presque sans limites. C’est la raison pour laquelle la tradition associe bien volontiers l’existence de ces créatures à celle du diable, suggérant que les premiers tirent leurs pouvoirs du second, l’auteur du Barzaz-Breiz résume : « Les nains sont sorciers, devins, prophètes et magiciens. Ils peuvent dire comme leur frère Alvis,  de l’Edda : « j’ai été partout et je sais tout[4].» Cette phrase est récurrente dans les récits, elle revient principalement dans une série de contes révélant de quelle manière il est possible de distinguer un enfant humain d’un jeune lutin lorsqu’un échange a été réalisé par les fées. La mère doit faire croire à l’enfant qu’elle prépare de la bouillie pour tout un groupe de travailleurs en faisant cuire le repas dans de simples coquilles d’œufs – si certains éléments divergent selon les sources, la structure et la conclusion demeurent les mêmes – les lutins s’étonnent et disent :

    Ninb hor beuz hada dervennou Coat-ar-zal,     Nous avons vu semer les chênes du bois de la salle
        Dansal ha hanter noz ellec’h ma lenn Brezal,  
    danser à minuit au lieu où est l’étang de Brezal
       Hogen en hor buez guel’t kemend all.               
    Mais dans notre vie, nous n’avons vu pareille chose

     

    Le Men, qui nous livre cette version, assure que ce récit est le plus populaire et le plus connu de toutes les traditions sur les lutins. Poétiquement, ceux-ci confirment à travers ces quelques mots leur science et leur connaissance du monde. Comme Alvis qui affirme : « J’ai été partout et je sais tout », les lutins de Bretagne vantent leur immense expérience, revendiquant une ancienneté et un âge plus grand que celui des plus vieux arbres, antérieur à la formation des plus vieux étangs  Bretagne. La surenchère et l’exagération  n’en attestent que plus encore des longévités de ces créatures

     

     

     Un constat qui explique parfaitement leur allure « vieillotte ». Dans une autre version du mythe, les lutins affirment avoir vu Guingamp  à l’état de bois, de pré, puis de ville ! Sachant que les premières traces d’urbanisme remontent au XIIe siècle, le détail nous permet d’affirmer que les lutins étaient déjà présents dans la région durant le Haut-Moyen-âge.

     

    Autre pouvoir surprenant le don de métamorphose est très présent dans les textes. Les lutins y ont fréquemment recours pour se jouer des humains, comme le rappelle Paul Sébillot : « Ce sont des esprits méchants qui tourment les hommes au point de les faire mourir. Ils prennent toutes sortes de formes, celles d’un taureau, qui tue les passants à coups de cornes ou d’un lièvre qui se glisse entre les jambes de ceux qui traverse un pont, et les fait tomber dans l’eau. Mais leur forme favorite est celle d’un chien barbet qui jette du feu par la gueule. »

    Le Men attribue cette méchanceté « naturelle » au sentiment d’infériorité des lutins : « Les nains ont parfaitement conscience de la supériorité physique des hommes sur eux. Ils en ressentent une jalousie extrême qui se traduit par des vexations de toutes sortes qu’ils font éprouver à ceux que le hasard fait tomber entre leurs mains, ou qui ont le malheur d’exciter leur rancune. » Il poursuit en relativisant quelque peu son propos, montrant que les lutins peuvent tout à fait rendre service aux hommes à travers leurs espiègleries : « Celui qui veut se venger d’un ennemi peut se rendre le soir près de la demeure des nains, et là, exposer à haute voix ses griefs. Les nains, engeance maudite dont le seul plaisir est de faire le mal, s’empresseront de répondre à cet appel, et la personne dénoncée ne tardera pas à ressentir les effets de ce pacte. »

            Dans cet exemple, les lutins ne font qu’accompli r la volonté des hommes, témoignant d’une certaine rapidité à s’exécuter. Pour le folkloriste, cette prompte et docile réponse des lutins ne peut être la conséquence que de leur esprit malicieux, cherchant toujours à nuire aux hommes, par simple plaisir. Il poursuit son argumentation : « On les verra parfois labourer un champ avec tant de soin qu’il semble qu’après le travail il n’y ait plus qu’à semer le grain, mais le lendemain toute trace de culture aura disparu. » Cette petite farce tient plus de la taquinerie que de la mesquinerie.

     Le témoignage des récits pousse Le Men à adoucir un peu plus son propos, l’obligeant même à reconnaître que le Petit Peuple est capable de gentillesse : S’il leur arrive, dans un moment de joyeuse humeur de rendre service à un honnête homme, ce service ne sera jamais complet, la griffe du diable y  apparaîtra toujours. »

    L’auteur ne manque de souligner la rareté de ces moments et de les attribuer à une bonne humeur aussi surprenante que révélatrice de leur esprit versatile. Toutefois, Le Men prend soin de préciser que les lutins ne montrent leur gentillesse qu’à l’égard des hommes honnêtes, apportant la preuve que ces créatures que l’on dit volontiers « diaboliques » possèdent un sens de la justice et que leurs bonnes ou mauvaises actions ne sont pas seulement le fait d’un coup du sort.

     Les récits rapportés par nos auteurs ne manquent pas de sincérité à cet égard. Nombre d’entre eux mettent en scène des lutins punissant chèrement l’opportunisme, l’égoïsme  et l’avarice, mais récompensant l’honnêteté et la fidélité. Le Men achève sa démonstration en reconnaissant la sensibilité des lutins : « Je dois dire cependant qu’ils sont très accessibles à la vanité et que l’in peut, en les flattant, en tirer quelques services. Il suffit par exemple, de se rendre  près de leurs tanières, et d’implorer humblement de leur bienveillance, soit une charrue, soit une paire de bœufs, ou tout autre chose dont on peut avoir besoin, pour qu’ils s’empressent d’y mettent ce qu’ils possèdent à la disposition de la personne qui a recours à eux. On est sûr de trouver le lendemain matin à sa porte l’objet demandé. Mais il faut le leur rendre avant le coucher du soleil, où l’on s’expose aux plus grands malheurs. »

     Pour résumer, la gentillesse des lutins est fonction de leur humeur, de l’honnêteté de celui qui s’adresse à eux et du respect dont il fait preuve, ce que Le Men attribue à de la flatterie, Sébillot, moins critique, approfondit ce dernier point. Selon lui, les lutins sont des esprits familiers qui rendent service aux personnes qu’ils affectionnent et qui font toutes sortes de malices à celles qui les ont offensées. »

     Il souligne que pour obtenir les bonnes grâces de ce capricieux esprit, il faut être avec lui plein d’attentions et de prévenances. La moindre offense suffit pour l’irriter, et alors il ne laissera échapper aucune occasion de vous jouer un mauvais tour. »

     Avec plus ou moins d’animosité, les auteurs s’entendent pour reconnaitre aux lutins un caractère intransigeant, mais juste. Le Petit Peuple condamne vivement ceux qui veulent abuser de sa sympathie ou qui lui manquent de respect. Les lutins sont passés maitres dans l’art de la farce et la plaisanterie, ils n’hésitent pas à vous jouer un vilain tour ni à se moquer des hommes s’ils en ont l’occasion, allant jusqu’à violenter et punir sévèrement ceux qui les ont offensés.

    Pour certains conteurs, ce comportement est le fruit d’une nature diabolique, pour d’autres, il est la conséquence de l’extrême simplicité des nains, de leur sentiment d’infériorité à l’égard des hommes, les poussant à utiliser leurs immenses pouvoirs pour venger cette injustice manifeste.

     

     

    © Le Vaillant Martial 



    [1] La Villemarqué : Barzaz-Breiz, Page 74.
    [2] Le Men, « TSBB », revue celtique Page 227.
    [3] Le Men  « TSBB », revue celtique Page 228.
    [4] La Villemarqué, Barzaz-Breiz, Page 74

     

     

     


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    Alanig Avel-Hoel rode dans les coins sombres de Saint-Goustan. Après que la douzième heure ait sonné au clocher, il faut s’attendre à voir son ombre glisser le long des murs à pans de bois de la petite cité endormie. Les soirs d’hiver, lorsque la bise noroise s’engouffre dans les ruelles étroites, elle souffle à nos oreilles... elle souffle l’histoire d’Alanig Avel-Hoel.

     

    Elle rapporte comment un jour de décembre de l’an de grâce 1776, un navire venu d’Amérique dut se rabattre sur le port de Saint-Goustan plutôt que de rallier Nantes. Les vents contraires l’y avaient poussé malgré la volonté du capitaine et Alanig Avel-Hoel ne fut pas étranger à ce contretemps, trop impatient qu’il était de retrouver sa Bretagne et hanter d’autres lieux que les soutes fétides et la sainte-barbe d’un navire à bord duquel, embarqué comme Gabier, il avait perdu la vie au large des côtes du New-Jersey.

    C’est ainsi que Benjamin Franklin ne fut pas le seul à débarquer ce 4 décembre 1776 sur les quais du petit port breton. Dans ces pas ce n’était pas le vent d’hiver qu’il devait sentir effleurer sa nuque, mais le souffle glacial d’un revenant ! Revenant dans les deux sens du terme. Ainsi Alanig Avel-Hoel laissa-t-il la grande histoire du monde continuer sa route, pleine de honte et de gloire pour se consacrer à sa modeste condition de spontaill.

     

    A parti de ce jour, chacun put témoigner de ses facéties. Le turbulent toquait aux portes, battait les volets clos. Il libérait les amarres des bateaux à quai pendant le sommeil des matelots. Combien de fois les cloches de Saint-Sauveur n’ont-elles pas sonné au cœur de la nuit, occasionnant au recteur impuissant de noirs regards de la part de ses paroissiens en colère.

     Le malheureux eut beau jouer de goupillon, autour de l’église, dans le clocher... rien n’y fit.

    Une autre occupation Alanig Avel-Hoel était de tourmenter les gardes du poste d’octroi. Le fantôme invisible passait et repassait, provoquait moult tapages, laissant imaginer aux hommes de factions qu’une charrette, un cavalier se présentait, les obligeant à sortir promptement. Las de ne jamais voir personne, les gens d’arme ne s’exécutaient plus, y compris lorsqu’il le fallait vraiment.

     

    Cela occasionnait de sévères réprimandes dont s’amusait Alanig Avel-Hoel. Un de ses grands plaisirs étaient de tourmenter les filles. Il chahutait leur linge alors qu’elles s’affairaient à l’étendre, dénouait les coiffes des unes et sifflait les autres à la manière d’un Hopper-Noz pour les effrayer.

    Alanig Avel-Hoel, élut domicile en plusieurs endroits, principalement sous le petite pont de pierre qui enjambe la rivière du Loc’h. Il se cachait là...  Il s’y trouve toujours, dans l’ombre de l’arche, juste à côté de la maison de l’octroi, parfois dans la maison elle-même. On peut encore l’entendre ricaner de ce que sont devenus les hommes. Son murmure se confond avec le bruit de l’eau. Alanig Avel-Hoel se plaît à interpeller ceux qui passent d’une rive à l’autre. Aux imprudents qui viendraient se pencher pour savoir qui peut bien les appeler, ils seraient saisis  dans l’instant par une main invisible et attirés par-dessus le parapet. Gare, Gare aux enfants  imprudents. Pire encore aux esprits insolents.

    Je leur botterai le train
    Digue-don din
    Je leur tirerai le menton
    Digue-don-don

     

    Plouf !

     

     

     

    © Le Vaillant Martial 


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