• Le Chevalier- Poisson

     

     

    Dans un roman arthurien tardif daté de la fin du XIVème siècle, « Le chevalier au Papegeau », nous trouvons la trace d’un chevalier-poisson que combat cette créature extraordinaire, sans que l’on sache s’il s’agit d’un homme ou d’un monstre !

    Arthur et ses compagnons « virent de loin venir à cheval le plus hideux, le plus horrible chevalier que l’on ait jamais vu, qui répandait le bruit d’une tempête. [...] le cheval était aussi grand qu’un éléphant, le chevalier à l’avenant : il vociférait si fort que ses cris faisaient résonner les pierres et la terre, et trembler les arbres à une lieue au moins à l’entour ».

    Au cours de la bataille, le roi Arthur parvient à vaincre seul son adversaire. Cependant, son ennemi, curieusement affalé sur la selle de son cheval immobilise, donne l’illusion d’être encore vivant. En voulant lui enlever son casque, Arthur constate que c’est là chose impossible car « il ne faisait qu’un avec la tête, que celle-ci toute ronde était faite comme un heaume, et que la peau en était noire comme la peau d’un serpent... » Il comprend alors avec ahurissement « que le chevalier, le destrier, le haubert, le heaume, l’écu, l’épée et la lance étaient de même nature et ne faisait qu’un ».

     

     

     

    © Le Vaillant Martial 


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  • Les Travaux de la Terre

    Au début du siècle, la Bretagne était massivement rurale puisque 70 à 85 % des gens vivaient dans les bourgs et les villages.
        Concrètement cela signifie que l’on comptait 4500 ruraux en Ille & Vilaine ou 560 00 dans le Finistère.
        Au total en 1911, 850 00 Bretons vivent en ville et 2 400 000 (74%) à la campagne.

    La majeur partie d’entre eux était des agriculteurs qui, dans la population active, atteignaient 55% en Loire-Inférieure en 1882 ou dans le Finistère en 1911, mais jusqu’à 75% dans les Cotes d’Armor. Le pays est d’ailleurs surpeuplé par rapport à ses capacités et l’exode rural s’intensifie à partir des années 1870.

    En 1911, 400 000 Bretons vivent hors de Bretagne, dont la moitié à Paris.

    Quand les trois quart des Bretons sont ruraux, la moyenne des Française n’est que de 46%. Dans cette population, la majorité est locataire des terres : le fermage représente 45% des exploitations et la moitié du sol cultivé en Loire-Inférieure à la fin du XIXe siècle.


    Les proportions sont supérieures dans le Morbihan. Il se trouve aussi des métayers, mais comme les fermiers, ils peuvent également posséder quelques terres. Le nombre de journaliers et de domestiques est extrêmement important : plus de 670 000 dans le Finistère(1892) et 57400 dans les Côtes-du-Nord à l’époque dont 50 % de servantes de fermes. Celles-ci gagnent 98 francs par an, le maître-valet, 200 francs.

    Le nombre des exploitations est très élevé : plus de 43 000 dans le Morbihan au milieu du XIXe siècle, 89 557 dans les Côtes d’Armor en 1892, mais elles sont pour la plupart très petites.

    A Louvignè-Du-Désert les trois quart on mins de 5 hectares et à la fin du XIXe, près de 70% des exploitations Finistèriennes ont mins de 10 hectares, 62% de celle de Loire Inférieure ont moins de 5 hectares.

         

     

    De grands progrès ont lieu dans les méthodes culturales et dans l’extension des activités agricoles. Si le fermage domine, les baux de type ancien (domaine congéable) sont moins importants, ce qui favorise les nouveaux usages.

    Le partage des communaux, le progrès des moyens de communication, l’essor des techniques et de l’instruction, les défrichements, enfin, contribuent partout à transformer et moderniser lentement l’agriculture dont la production et les rendements augment pour répondre à l’essor démographique.

    Les disettes disparaissent vers 1870. Les exportations se développent.

    Les défrichements concernent le sixième du sol dans la Finistère entre 1850 et 1914 et, dans toute la région, les étendues incultes de landes tombent de 785 000 à 422 000 hectares, au risque de faire disparaître les systèmes de pacages, litières et fourrages de certaines contrées comme les landes de Lanvaux. Les départements d’Ille & Vilaine et de Loire Inférieure sont particulièrement concernés puisque les landes n’y représentent plus que 4,7et 0,8% de la superficie en 1910.

    À l’automne commencent les grands labours : il faut préparer la terre pour les récoltes à venir et la retourner plusieurs fois à l’aide de la charrue quand elle a été en jachère. Les araires de bois ont disparus au profit des charrues modernes ou des Brabants double.

    On voit bien sur les photographies des années 1900, le contraste entre la vieille charrue à soc, timon et manchon tirée par les bœufs et celle à versoir tirée par les chevaux. La première nécessite beaucoup d’efforts et ne fait qu’égratigner le sol, la seconde le retourne en profondeur, ce qui contribue à le rendre plus aéré et permet un meilleur enfouissement des graines, donc plus de rendement. Le nombre de charrues perfectionnées n’étaient que de 1169 dans le Morbihan contre 59 5852 « charrues de pays » en 1872.

    Les terres étaient enrichies de diverses façons : maërl et goémon sur les côtes du Léon, du Trégor ou de Bretagne sud, sable calcaire et chaux transportés par le canal de Nantes à Brest par les chemins de fer à voie étroite qui innervent le pays.

    Partout on utilise le fumier des étables qui a été mélangé pendant des semaines  à la litière de paille, de genêt, de feuilles morte et de lande.

    Le transport sur les champs de ce purin  putride, devenu un riche compost, était une tâche particulièrement difficile. Les vidanges des déchets des villes étaient aussi répandues sur les cultures des légumes.

    L’avoine est semée en octobre ou au printemps, le seigle et le froment en novembre avant les gelées d’hiver. À chaque fois il faut tenir compte de la lune et, sur la côte, éviter de semer  à marée basse. Parfois on asperge le champ d’eau bénite ou on y jette des grains bénis auparavant.

    Pendant l’hiver de décembre à février, les paysans s’occupent à des travaux de coupe de bois de chauffage ou de défrichements. Les arbres sont taillés et émondés suivant un cycle de neuf ans. On fait des fagots, on entretient les talus. On répare les outils.

    En Mars ont lieu les hersages et les roulages de céréales plantées en hiver.

    Le printemps était consacré aux semailles du chanvre et du mail, plus tard aux différents légumes : pommes de terre, carottes, choux betteraves, oignons... aux différents légumes : pommes de terre, carottes, choux, betteraves, oignons...

    Le foin a mûri et sa fenaison se déroule au mois de juin. Les faucheurs par équipes de trois ou quatre homes, manient la faux avec dextérité et force sous la chaleur, dans une odeur caractéristique d’herbe coupée.

    Il faut ensuite « faner » : étendre le foin, le tourner et le retourner à la fourche de bois à deux dents ou au râteau pour qu’il soit bien sec : hommes et femmes sont de la partie.


     

    On charge ensuite les charrettes d’un vigoureux coup de fourche en entassant le plus possible de foin pour remplir les greniers ou les fenils.

     

    La grande affaire, celle qui mobilise le plus les agriculteurs c’est la moisson. Pendant plusieurs semaines, couper les céréales, les battre, les vanner, occupe une main d’œuvre masculine et féminine à plein temps, depuis l’aube jusqu’ à la tombée de la nuit car il faut faire vite à cause du temps qui est précieux, et du ciel, qui peut être menaçant. Les voisins et les journaliers sont appelés à la rescousse.


     


     


     

    Le blé s’est longtemps coupé à la faucille avant l’introduction des moissonneuses-lieuses et des moissonneuses-batteuses. Il faut donc beaucoup de monde, chacun travaillant sous l’autorité du fermier, sillon par sillon, en suivant la cadence.

    Les brassées d’épis sont coupées en gerbes, liées à la main, assemblées en meules puis transportées sur l’aire à battre, espace élevé de la cour de ferme, au sol bien préparé et disposé de telle sorte que les eaux de pluie puissent rapidement s’écouler en cas d’averse.


     

    Le battage sui immédiatement la moisson et se fait au fléau. Les gerbes sont étendues et dispersées sur l’aire et les batteurs placés face à face par rangs de quatre ou six au plus. Quand ceux d’un côté lèvent leur fléau, ceux d’en face l’ont abattu pour frapper les épis et cet exercice se répète en cadence ainsi pendant plusieurs heures.

    En une journée sept ou huit « airées » ont été faites et, à chaque fois il a fallu retourner les couches d’épis pour que tout soit battu.

    On a calculé qu’on levait le fléau trente-sept fois par minute et qu’à raison de dix heures par jour, cela faisait plus de 22 000 coups dans la journée, ce qui donne un aperçu de la fatigue des « batteurs ».

    A la fin battage, on ratisse et on balaie soigneusement l’aire pour ne rien perdre. L’usage du fléau a été surpassé par la mécanisation.

    Des manèges à quatre chevaux permettent de faire tourner les tambours dans lesquels les gerbes  sont broyées pour produire le grain. Cette batteuse va si vite qu’il faut désormais tenir le rythme : délier les gerbes, les enfourner dans la machine après avoir secoué les épis en les faisant défiler entre une haie d’hommes ou de femmes.

    Plus tard la batteuse à vapeur simplifiera encore plus le travail, réduira la peine et la main d’œuvre pour transformer  les gerbes en sac de grains tout prêts.


     

    La batteuse à vapeur simplifie la tâche mais est peu répandue au début du XXe siècle

    En 1892, il y a 7 880 manèges à chevaux et 204 batteuses à vapeur (à peine 3%) dans les Côtes du Nord, en Loire-Inférieure, 3 489 manèges et 215 machines à vapeur. Le Finistère totalisait à la même époque 15 000 manèges.

     

    Une autre opération à séparer la balle du grain et les poussières : c’est le vannage. Il est fait d’abord à la main en utilisant un tamis que l’on incline et secoue doucement face au vent pour faire tomber la balle et garder le grain.


     

    Les femmes sont occupées au vannage pour séparer la balle du grain

    Plus tard on utilise le tarare ou van mécanique : en tournant la manivelle, on actionne des cribles qui font voler automatiquement. Récupérée elle remplit les paillasses et les oreillers.

    La fin du battage donne lieu à un grand et copieux festin appelé « Koèn er frailleu » (souper des fléaux) en pays Vannetais ou « Décolailles » en Haute-Bretagne pour la fête du blé noir.

    Dans le pays bigouden ce « peurzorn » permet de payer les ouvriers du battage en fonction du travail qu’ils ont fourni.

    En général, les céréales occupent 60% des terres labourables.

    Dans les départements Finistère et Côtes du Nord à la fin du XIXe siècle, le blé vient en tête avec plus de 30 % des surfaces, l’avoine(27%), le sarrasin ou le blé noir (18 à 22%), puis le seigle (15 à 17%) qui recule devant l’orge.

    Le blé est de plus en plus produit en Ille & Vilaine mais les rendements n’atteignent que 14 quintaux  à l ‘Hectare.


     

    Les cultures légumières connaissent un grand essor, surtout la pomme de terre (108 quintaux à l’hectare) qui nourrit les hommes et, de plus en plus les porcs : sa production double. Les raves, les choux, les fourrages sont de plus en plus cultivés, permettant à la Bretagne de devenir une grande région d’élevage. En 1914, la Bretagne produit 10% des porcs et 14% des bovins. Et 12 % des chevaux du pays. Elle exporte cidre, lait viande et légumes (artichauts, choux fleurs, carottes oignons, fraises, haricots, petit-pois...)

    Certaines régions sont connues pour leurs spécialités légumières : Roscoff, Saint-Pol-de Léon, Plougastel, Erdeven, Pontivy... Les côtes portent ainsi le surnom de « ceinture dorée », à cause de la richesse de leurs cultures.

    En pays Nantais, la viticulture occupe les coteaux de la basse Loire et du pays de Clisson.


     


     


     

     

    Source : Bertrand Frelaut  Il y a un siècle... la Bretagne.

    © Le Vaillant Martial 

     

     

     

     

     

     


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  • L’Ankou


     

    L’Ankou est l’ouvrier de la mort (oberour ar maro)


    Le dernier mort de l’année, dans chaque paroisse, devient l’Ankou de cette paroisse  pour l’année suivante.
        Quand il a eu dans l’année, plus de décès que d’habitude, on dit, en parlant de l’Ankou en fonction :

    - War ma fé, heman zo eun Ankou drouk (Sur ma foi, celui-ci est un Ankou méchant)

    On dépeint ‘l’Ankou, tantôt comme un homme très grand et très maigre, les cheveux longs, la figure ombragée d’un large feutre, tantôt sous la forme d’un squelette drapé d’un linceul, et dont la tête vire sans cesse au haut de la colonne vertébrale, ainsi qu’une girouette autour de sa tige de fer, afin qu’il puisse embrasser d’un seul coup d’œil toute la région qu’il a mission de parcourir.

    Dans l’un et l’autre cas, il tient à la main une faux. Celle-ci diffère des faux ordinaires, en ce qu’elle a le tranchant tourné en dehors. Aussi l’Ankou ne la ramène-t-il pas à lui quand il fauche : contrairement à ce que font les moissonneurs de blé, il la lance en avant.


     

    Le char de l’Ankou (Karrik ou Karriguel an Ankou) est fait à peu près comme toutes les charrettes dans lesquelles on transportait les morts autrefois.

    Il est traîné d’ordinaire par deux chevaux attelés en flèche. Celui de devant est maigre, efflanqué, se tient à peine sur ses pattes. Celui du limon est gras, a le poil luisant, est franc du collier.

    L’Ankou se tient debout sur la charrette.

    Il est escorté de deux compagnons, qui cheminent à pied. L’un conduit par la bride le cheval de tête. L’autre a pour fonction d’ouvrir les barrières des champs ou des cours et les portes de maisons. C’est lui aussi qui empile dans la charrette les morts que l’Ankou a fauché.



     

    Lorsque l’Ankou se met en route pour sa tournée, sa charrette est dit-on pleine de pierres, afin de rouler plus lentement et de faire plus de bruit.
        Arrivé près de la maison ou se trouve le moribond qu’il doit cueillir, il décharge brusquement sa charrette, pour faire place à son nouveau « lest ».
        De là ce fracas de pierrailles que l’on entend si souvent dans les logis où l’on veille un mourant, juste à  l’instant où celui-ci rend le dernier soupir.

    Marie-Yvonne Manguy – Port Blanc

    © Le Vaillant Martial


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    Colportage et troc de breloques


     

    l’est de ces personnages dont on ignore parfois l’existence et qui pourtant son indispensable à tout un chacun.


    C’est le cas du colporteur. Le bonhomme, personnage fort sympathique au demeurant, porte un énorme chapeau en cloche, tient toujours un bâton à marcher en forme de croche, et sous sa grande houppelande sont cousues moult et moult poches, sans parler des multiples bourses et sacoches qu’il trimbale sur dos et à sa taille ! Tous ces plis et replis qu’il possède dans sa vêture lui sont fort utiles pour entreposer ses trouvailles !

    Il y  un dicton de par chez nous qui dit « Quand s’en vient le colporteur cache ton beurre ! » C’est lui prêter grande méchanceté que de dire cela, mais il est vrai que tout bon colporteur qui se respecte emprunte, récupère, glane ou chaparde tout ce qui peut lui plaire ! Ce qui fait, vous imaginez bien, beaucoup de choses qui, bien souvent ont déjà trouvé propriétaire !

    Bon gré mal gré, notre colporteur s’en accommode tant il reçoit bon accueil à toutes les portes de terrier où il va frapper. Il faut dire que le colporteur a toujours la petite chose qui manque à la maisonnée et qui devient bien vite essentielle quand on tombe sous le charme de son boniment ! Le colporteur, en bon professionnel, a sa propre déontologie : on peut vendre, échanger ou troquer n’importe quoi avec n’importe qui, du moment que le client est satisfait !

    Notre bonhomme met un véritable point d’honneur à contenter quiconque et l’on peut être sûr qu’il se mettra en quatre pour trouver l’introuvable. Si une taupe désire une paire de besicles, elle l’a dans l’heure ! Une truie a perdu ses porcelets : il les trouve pour elle ! Et un pot de cette délicieuse gelée royale de la ruche du vieux chêne ! Et un dé à coudre de farine de cette bonne farine de chez l’humain Kerbrat !  Et une poignée d’asticots pour le dernier-né de la famille crapaud ! Et trois longueurs d’orvets de ce brocart vermeil pour la fête d’automne du roi des saules ! Aux yeux de tous, en somme, le colporteur est providentiel.

    Tout à ses recherches, notre téméraire va souvent en des lieux inconnus, voire très dangereux ! Ainsi, au mépris de la sécurité, il a pris l’habitude de s’aventurer  dans les demeures  humaines pour grappiller les mille et un petits trésors qui s’offrent à sa convoitise. Remerciant sa bonne fortune, il fait alors main basse sur un sac de farine ou un pot de confiture. Tout est bon, cela peut aller du vieux bouton de nacre trouvé sous un lit-clos aux dix bonnes longueurs de fil coton prélevées sur un pantalon de toile, et c’est tant pis pour le pauvre bougre d’humain qui ira au jour venu,  ses affaires à l’air  !

     

    O ! Combien de souris, combien de musaraignes ont subi, le courroux sans pareils de l’humain alors qu’elles n’y’étaient pour rien ! Combien ont disparu, tristes et pauvres victimes, pour servir de pâture à quelconque canine ! Pardonnez-moi ce lyrisme malséant mais je vous laisse imaginer le désordre indestructible dans lequel le colporteur peut laisser une maison après son passage et la colère de celui qui découvre le spectacle !

    Il  peut aussi arriver qu’un colporteur fasse du troc avec un teuz rencontré dans une maison ou une ferme. Celui que l’humain appelle lutin du logis ou génie du foyer voit en effet d’un sale œil qu’un importun vienne mettre la pagaille là où il vit. S’ensuivra alors, après un interminable marchandage une transaction acceptable pour les deux compères qui se sépareront à grand rendort de tapes dans le dos.

     

     

    Parfois, un colporteur plus audacieux que les autres et grand voyageur par nature décide de mettre le cap par-delà les marches levantines ou vers les vastes étendues marines qui s’étendent à l’ouest. Faisant fi des oiseaux de mauvais augure qui lui promettent d’un danger, lui rêve déjà à toutes les denrées délicieusement inconnues et à toutes les merveilleux objets qu’il va pouvoir rapporter dans ses bagages ! D’ordinaire pour entreprendre ce genre d’expédition, notre courageux fouineur s’adjoint les services d’un ou plusieurs partenaires. On devrait plutôt en l’occurrence, parler de moyen de transport !

    Il ne faut pas se méprendre, le colporteur fait ses affaires tout seul. Mais comme il ne peut pas tout transporter au fond de ses larges poches de sa défroque  ou sur son dos, il demande alors l’aide d’un grand volatile. Car la voie des airs, juge-t-il et en cela il n’a pas tort, est nettement moins semée d’embuches ! Il se trouve toujours une grande corneille noire ou deux ou trois pies (on suppose que c’est pour avoir trop observé les colporteurs que les pies sont devenues voleuses et des chapardeuses invétérées !) J Toutes prêtes à chevaucher vers de lointains horizons, moyennant bien sûr une récompense à la mesure de leurs efforts.

    Si son choix se porte vers l’ouest, au-dessus des mers incertaines, il va aller sur les falaises  là où nichent les grands oiseaux marins pour humblement demander l’aide d’un goéland sauvage. Ceux-ci ont la maîtrise des cieux marins depuis toujours et savent aussi bien profiter des vents portants que des grands voiliers dans la mâture desquels, durant la traversée, ils peuvent se reposer sans que, du pont du navire, on puisse discerner quoi que ce soit d’insolite juché sur leurs dos. Mais ils n’accordent que très rarement audience, et ce n’est qu’au terme de palabres infinis que l’un d’eux va accepter de le porter sur le dos.

     

    Les goélands pratiquent des prix de transports exorbitants qui peuvent aller jusqu’à cent fois leurs poids en poissons, très frais cela va sans dire et seulement les espèces qu’ils préfèrent !

    Il faut avouer que notre colporteur aime ses aises et, s’il a l’aventure chevillée au corps, il n’est pas prêt à sacrifier son confort à cette vie d’errance, du moins ce qu’il considère comme le minimum acceptable ! En bon Korrigan qui se respecte, notre petit curieux ne se sépare jamais de son chez-soi. Cela peut aller de la simple tente en branches et feuilles cousues, entre elles à une véritable demeure, avec murs, plancher et toiture à l’avenant !

     

    On comprend alors mieux les réticences du goéland à lui porter assistance...

    D’ordinaire, quand il est à terre, un vaste choix d’animaux de bât, s’offrent à lui. Cela peut aller du scarabée, qui est très placide, pour en pas dire lent, mais qui se conduit fort bien, à la belette qui est rapide et peur se faufiler partout mais qui devient incontrôlable sitôt que lui vient aux narines une odeur de sang frais !

     

    © Le Vaillant Martial 


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      Ces artisans les sont ceux qui travaillent les produits textiles. La Bretagne était réputée jadis pour ses toiles de lin et de chanvre que l’on fabriquait partout.

    Le chanvre était tissé à Locronan, Merdrignac, Dinan, Romillé  et dans la région de Noyal-sur-Vilaine - Vitré , Châteaugiron, le lin dans plusieurs dizaines de villes de Bretagne du sud et de l’est (Ancenis, Clisson, Nantes, Nort-sur-Erdre, Vannes, Lorient, La Guerche) mais surtout dans le Nord-Ouest où l’on produisait les « Crées » de Landerneau-Roscoff, les toiles de Guingamp-Lannion et les fameuses « Bretagne » de la manufacture de Quintin, Uzel et Loudéac.

     

    Au début du XXe siècle, l’évolution va très vite. Le lin est cultivé dans le Trégor, Léon et Goëlo (Saint-Brieuc). La terre soigneusement préparée est semée en mai, sarclée en juin et la récolte se fait en juillet.

    Des opérations multiples et longues se déroulent en automne pour donner le produit fini : égrenage, immersion dans des « routoirs », séchage, puis la fibre  vendue aux fileuses, doit subir le pilage, le pesselage (assouplissement) et le cardage qui consiste en un peignage dans une machine à dents de fer.

     

    Le lin peut être alors filé, au rouet où à la quenouille, ce qui est la tâche des femmes qui y consacrent tout l’hiver pour fabriquer les écheveaux ensuite achetés par  les tisserands des bourgs ou des villes. Le spectacle des fileuses est assez commun : on en trouve dans presque toutes les campagnes. Le XIXe siècle  a vu s’effondrer cette activité artisanale devant la mécanisation du nord de la France, la concurrence étrangère et la vogue sans cesse croissante du coton.

    En 1890, les derniers tisserands subsistent difficilement à Uzel ou Loudéac. La manufacture de Lin de Landerneau qui avait 2500 ouvriers en 1860, ferme en 1895 et licencie 1000 personnes.

    La production de chanvre pratiquée alors surtout dans le Vannetais, connaît la même transformation.

     

    Après égrenage puis rouissage d’une semaine ou deux dans un ruisseau (voire dans la Loire en pays nantais), la fibre est séchée, blanchie, taillée et peignée. De décembre à mars elle est filée dans les fermes puis confiée aux tisserands.

     

    (Métier à tisser)

    Dans les années 1900-1910, les fileuses et les tisserands se raréfient. Quelques ateliers de confection travaillent encore à Nantes ou Rennes mais les Bigoudens, les plus riches, nous raconte Per Jakez-Hélias  méprisent les toiles locales et lui préfèrent le drap de Montauban, au point d’être surnommés par les Quimpérois les « Montaubaned ».

    Même dans les autres régions, on voit disparaitre progressivement les vêtements de chanvre et de lin au profit du coton.


     

     

    Les Tailleurs

      Connus pour leur savoir-faire, les tailleurs ont une réputation pire que celle des meuniers, qui sont partout mal considérés.

    Ils sont méprisés par ce qu’ils ont les mains blanches et délicates, travaillant dit-on, sans fournir d’efforts physiques comme les cultivateurs. Pire ! Ils sont assis ! Il ne faut pas s’étonner que cela cache quelques défauts physiques. Ne sont-ils pas Bossus ? Cagneux ? Boiteux ?  Il est vrai que leur nom Breton : Kemener fait penser au mot « boiteux », « Kam ».

    Mais ils ont bien d’autres défauts : ils les collectionnent. Ils sont gourmands, menteurs, tricheurs, voleurs, médisants et un peu sorciers. Ils parlent un langage à part. Ils content fleurette aux jeunes filles et font la cour aux femmes... Ce sont des conteurs d’histoires et, comme ils circulent beaucoup, ils connaissent toutes les nouvelles, les secrets du pays, la vie privée des gens, ils colportent les cancans et les rumeurs.

    Cette science les rend tout de même indispensable car ils savent les contes et les légendes, ils chantent tant de ritournelles ! Ne fait-on pas appel à eux pour s’entremettre les mariages ?

    Leur compétence est proverbiale. On les retient huit jours à l’avance et, quand ils arrivent, ils s’assoient dans la grange ou sue pas de la porte, jaugeant d’un coup d’œil  le travail à faire et le réalisant avec habileté et rapidement du moins à l’époque où ils avaient encore du travail.


     

     

    Les Meuniers

      

    Les meuniers sont très influents puisqu’on doit passer par eux pour faire moudre les grains et obtenir la farine. Leur outil de travail parque le paysage. Les Moulins  à vent, à eau sont nombreux, on en comptait 837 dans le Morbihan en 1906, et presque chaque commune en possède sur ses rivières, ses coteaux ou ses étangs avant le développement des minoteries.

    Les moulins à eaux, tributaires du débit des rivières et fleuves, transforment plutôt les grains d’avoine, sarrasin et seigle pour la nourriture des animaux, mais les retenues d’eau leur assurent un travail plus régulier.

    Les moulins à marée ne fonctionnent qu’au moment de flux et de reflux à moins d’avoir stocké l’eau des marées hautes par un système de retenues à vannes.

    Dans les moulins à vent qui sont parfois d’une construction soignée (moulin du Diable) à Guérande, de Kervoyal à Damgan, de Belle-Île...), le meunier est assisté d’un mouleur (malour)  et d’un porteur de sacs (portéour).

    On le soupçonne d’être paresseux car il fait travailler les autres en écoutant le tic-tac de son moulin.

    C’est un joyeux conteur plein de malice mais un peu filou et car on lui apporte beaucoup et en échange on reçoit peu ...

    La coutume veut qu’il prélève pour prix de son travail douze livres sur cent livres de grain.

    On l’accuse d’avoir la main lourde mais aussi de s’intéresser d’un peu trop près aux jeunes filles qui viennent apporter les sacs.

     « Ha pe doste’er bled d’er sah, Toste er milener d’er plah ! »

    « Et quand la farine approchait du sac, Le meunier s’approchait de la fille ! » dit un proverbe Breton.

    Devant la concurrence des minoteries, le meunier fait sa tournée en charrette ou à cheval pour aller chercher les grains à domicile.

     

     

    Les métiers du bois

       Par leurs bois, les forêts font vivre les bûcherons, sabotiers, menuisiers, charpentiers ou tonneliers.

     


     

     

     

    Les charbonniers travaillent à l’écart, dans une chaleur et une fumée permanente, ils placent les rondins en cercle et les couvrent de terre pour que le bois s’y carbonise lentement.

        

     

     

    Les sabotiers sont des nomades car ils exploitent les coupes de hêtres en voyageant d’un coin de la forêt à l’autre ; Ils se construisent des huttes de terre sèche couverte de genêts, appelées des « loges » Un mobilier rustique entoure l’armoire et le foyer central.   

     

     

    Après avoir débité le tronc à la scie, les sabotiers à coup d’herminettes, parois et tarières, fabriquent des paires de sabots qui seront teint en rouge, en noir ou en jaune en utilisant le tanin de chêne, le noir de fumée ou les décoctions de bouleau. Un feu permanent permet de les faire sécher. Dans les forêts de Fougères, le Gâvre, Camors ou Huelgoat, cette population, qui vit de façon tribale – hommes, femmes et enfants travaillent ensemble – e mêle peu aux agriculteurs sédentaires sauf sur les marchés où elle vend sa production. Les artisans de la forêt ont donc une vie à part et sont souvent considérés comme des populations sauvages.


    Villages et campagnes de Bretagne abritent encore beaucoup de de petits métiers. Certains étaient consacrés à la maison et à son mobilier : maçons, couvreurs d’ardoises (ou de chaume jusqu’à ce que les incendies trop fréquents en interdisent l’usage), tailleurs de pierre, fabricants de meubles ou d’ustensiles comme les cuillères en bois ...

    Les chiffonniers qui autrefois achetaient les cheveux de femme arpent les routes avec leur carriole. Ce sont les « Pillaouer » ou les marchands de paillots en haute-Bretagne.

    Les menuisiers vont et viennent à domicile et se logent dans les fermes pour construire les meubles.

    Les potiers sont établis près de la matière première l’argile. Ils étaient particulièrement célèbres dans la région de Redon (Saint Jean la Poterie), à Quimper, à Chartres de Bretagne en Brière (Landieul et Kerbilé)

    Dans chaque commune ou canton se trouvent des barbiers ou perruquiers des cordiers (réputés pour être des descendants de lépreux et tenus à distance) des rémouleurs et aussi des bourreliers, selliers, charrons, forgerons et maréchaux-ferrants qui sont repérables au feu de leur forge et au bruit de leur marteau frappant l’enclume. Ils sont indispensables pour la réparation des outils, le ferrage et l’équipement des chevaux, si nombreux à l’époque. Ils sont réputés et enviés pour leur force et leur compétence.

    La recherche de combustible incombe aux déterreurs de turbe ou aux piocheurs de morta en Grande Brière.

    Dans les îles ou dans certains villages de la côte, l’absence de bois conduit à faire sécher les bouses de vaches pour s’en servir comme combustible.

    Source : Bertrand Frelaut  Il y a un siècle... la Bretagne.

     

    © Le Vaillant Martial 

     

     


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