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    M

     

    on nom est Cûchulainn, héros de l’Ulster. Bien triste héros à la vérité que celui qui chaque jour doit affronter seul de valeureux guerriers venus des quatre autre provinces de l’Irlande. Chaque jour, oui, chaque jour voir le sang couler sur mes mains sans que les guerriers de l’Ulster ne puissent s’engager à mes côtés dans leur propre combat ! 

    Il est encore tôt, le soleil vient tout juste d’étirer ses premiers rayons pour réchauffer la terre. Je suis au gué et je vois arriver mon prochain adversaire. Il s’agit du Loch.

    Nous avons à peine échangé les premiers coups que nous voilà contraints de nous arrêter. Un spectacle hallucinant s’offre à nous : cinquante génisses sont en train de nous encercler, avec à leur tête un animal d’une blancheur, une génisse extraordinaire aux oreilles rouges. Je comprends sur l’instant qu’il s’agit de la rouge Mórrigan – qui d’autre que la déesse guerrière pourrait arborer ainsi la couleur du sang jusque dans la moindre métamorphose ?  -, m’empare prestement de mon javelot et lance avec une telle dextérité que son œil explose littéralement ! Dans un cri déchirant la bête disparait alors dans le fleuve.

    J’attends... Je sais bien que ce coup n’a pas anéanti la Mórrigan, mais j’ai beau scruter les eaux troublées par le sang, je ne vois pas venir l’anguille borgne qui s’enroule autour de mes jambes me déséquilibre et me renverse. Je me débats, essaie d’agripper le poisson glissant mais je ne parviens pas à m’en défaire et l’air vient à me manquer. Malmené par l’anguille, je roule au fond de l’eau, impuissant. Je sens des pierres griffer mon corps de toutes parts, jusqu’à ce que l’une d’entre-elles, sans doute plus acérées que les autres, ne me provoque une douleur aigüe dans le bas du dos. Je m’en saisis et, dans un dernier élan, la plante dans le corps de l’animal qui lâche prise, enfin.

     

    À peine  ai-je eu le temps de reprendre mon souffle que c’est sous la forme d’une louve sanguinaire que la Mórrigan revient m’assaillir. Malgré l’acharnement de la bête cruelle et les blessures que Loch en profite pour m’infliger, je parviens à briser une patte de la louve, la repoussant ainsi définitivement.

     

    Alors que je la regarde s’éloigner sur le chemin, je sens monter la fureur en moi, mes poings se crispent sur mon javelot, et en un éclair, j’en transperce le cœur du Loch.
        Le temps a passé. Je savais bien que les blessures que j’avais infligées à la guerrière ne pouvaient être guéries que par moi, et pourtant je n’ai rien vu venir.

     Épuisé par tous ces combats livrés seul contre les armées de Mebd, assoiffé, je me suis dirigé sans méfiance vers une vieille femme souffrante qui était en train de traire une vache à trois pis. Bien volontiers, elle m’a offert le produit de cette traite.

     

    À aucun moment je n’ai soupçonné quoi que ce soit. Et c’est tout reconnaissant que par trois fois, je lui ai souhaité de recouvrer la santé !  La première fois, à l’abri d’un capuchon, l’œil crevé de la Mórrigan s’était regonflé de vie.

     

    La deuxième fois, l’entaille profonde provoquée par la pierre avait complétement disparue. La troisième fois la jambe de la guerrière s’était ressoudée.

     

    Je n’avais jusque-là pas reconnu mon ennemie que de longues étoffes rapiécées dissimulaient, mais alors que je m’éloignais, un rire profond me parvint ...

     

     

    © Le Vaillant Martial 


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  • Le loup Garou

    L 

     

     

    ’Histoire se passe à Avessac, petite commune d’Ille & Vilaine, à quelques kilomètres du Bourg de Redon, célèbre pour ses filles ... Mais là, attention pas question de plaisanter.

    En effet la vie de ce village habituellement tranquille, est un jour perturbée par des phénomènes étranges, voire inquiétants. C’est un fait, depuis plusieurs semaines, des témoins affirment avoir vu, comme un grand loup sombre, « dressé sur ses pattes de derrière ». Il apparaît d’un coup au bord des routes, devant les phares des voitures, pour la grande frayeur des conducteurs. Parfois même il rôde dans les hameaux, vers la Sicardais, gratte aux portes et aux fenêtres et au matin, les marques de ses griffes sont bien nettes sur les dormants en bois. Pas de doute, la rumeur est fondée, la bête est bien là !

     

    D’ailleurs la feuille de chou locale, toujours en mal de copie, s’empresse de relayer le fait divers et même de donner dans le « People » au point d’en faire un événement. Étayé par des clichés qui prétendent montrer les traces et par des témoignages douteux, l’article parle d’un loup anormal (surtout à cet endroit, c’est sûr !) plus grand qu’un loup de ce nom. Puis visiblement inspiré par le sujet, le glorieux reporter laisse entendre que pour tuer l’animal il faudrait plus qu’une simple balle de fusil... Une en argent et bénir de surcroît... là par contre l’efficacité serait garantie !

    Voilà, c’est fait, la bête immonde est devenue un loup-garou, l’ironie cède la place à l’inquiétude. La suspicion gagne et chacun se demande si par malheur le voisin ne se transformerait pas en loup les nuits de pleine lune. Au coin des étables, dans les granges et même les lotissements, le soir tombant, on peut entendre de légers rires...

    Janvier est bien entamé, et les gens du pays, voient avec angoisse arriver la pleine lune. Et puis, comme s’il était nécessaire d’en remettre une couche, cette pleine lune sera spéciale avec une éclipse totale qui devrait donner une inquiétante couleur rouge à l’astre des nuits, du moins, ce sont les hommes de l’art qui l’affirment. Pour quelques braves gens d’Avessac, il n’y a pas de doute : « Ce rouge est bien la couleur du sang. Avec ce loup-garou qui court la campagne, va vantiében y’avoir des morts à neu ! »

    Le jour fatidique venu – plutôt  la nuit d’ailleurs – les moins courageux sont cloîtrés à l’abri de leur demeure et ils comptent bien qu’elle ne soit pas la dernière, « c’est que dame avec ces bestiaux, et ces vaches folles, on s’seu jamais ! »

     

    D’autres aussi poltrons, mais plus curieux, entament une ronde de surveillance... dans leur voiture. Quelques fusils redonneront du courage au cas où....

    Mais surtout, il  y a notre presse ! Notre « Prix Pulitzer » local, sent vraiment que sur ce coup sa vie va basculer, c’est sûr, il le tient le bon scoop ! Alors, armé jusqu’aux dents de son appareil photo automatique, et d’un stock de pellicules, il arpente les alentours de la Sicardais, ce hameau où, selon la légende récemment retranscrite par l’abbé du village, une histoire de loup-garou défrayait déjà la chronique au moyen-âge.

    Il est en certain, le monstre est de retour, et c’est lui  le fin limier qui va faire éclater l’effarante vérité à la face du monde. Pour l’heure, il piétine, frigorifié par le brouillard givrant qui tombe sur la nature – pour l’ambiance, il fallait cela – et la lumière laiteuse ne le rassure guère. Soudain, un hurlement lugubre lui glace le sang à la température pourtant déjà bien basse. C’est un cri affreux et prolongé, comme celui d’un commentateur de football lorsqu’un but est marqué, c’est dire si la chose est laide.

         Notre homme croit sa dernière arrivée et pour la prolonger encore un peu, il s’accroche désespéré à son appareil photo, comme à une bouée de sauvetage. Ses petits doigts crispés sur le boîtier déclenchent le mécanisme et la bobine se déroule en quelques secondes. Au comble de la terreur, il s’agite en tous sens, entend une galopade toute proche et tombe à la renverse, bousculé par une bête velue et puante.

     

    Ce diable d’homme devait bien posséder quelque don car, ainsi qu’il l’avait pressenti, sa vie vient de basculer... en plein dans le fossé, gorgé d’eau, de ronces mortes mais aux griffes pénétrantes comme dans la chair... Avant de tomber, cette fois dans les pommes – ce n’est pourtant pas la saison – il croit entendre des rires qui s’éloignent avec le monstre.

    Ce sont nos glorieux vigiles motorisés qui le découvrent ainsi, gisant dans ce creux en bordure de route. Seules  se jambes dépassent et ils voient déjà une victime du gars-loup ! Aussi leur déception est grande en reconnaissant le journaliste qui reprend ses esprits, si tant est qu’il en eût un jour.

    Bien vite, ils le chargent dans la voiture, celle qui sert pour la chasse, qui sent le vieux chien et la bière à quatre sous (-« La chasse, ça donne soif, vain Dieu ! »). Comme lui, justement vient d’échapper à la bière, il faut lui en payer une pour lui remettre de la vie.

    Devant son verre, le reporter de choc évoque celui qu’il vient d’avoir et il a son avis : « J’ai tout compris, c’est des jeunes qui font une farce, j’ai entendu leurs rires quand ils m’ont foutu à terre. Tout ça c’est des conneries de gamins. Avec cette d’halloween, ils font comme les Ricains... Pas de quoi fouetter un chat, ni un loup-garou. Bon, je rentre, j’ai un papier à taper, mais pour la photo, y a rien à voir. » Et il sort le film du boîtier puis le laisse tomber d’un geste théâtral, dans la poubelle qui  trône à ses côtés.

    Quel dommage, car si il avait fait tiré ce film, déclenché par sa frayeur, il aurait vu de drôles de petits bonhommes, juchés l’un sur l’autre, camouflés sous une vieille peau de chien...

     

    © Le Vaillant Martial 


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  • C’étaient deux marins de Quimper.

    Ils s’étaient chargés de transporter dans leur chaloupe des fûts de cidre à destination de Bénodet.

    Peut-être s’attardèrent-ils chez l’aubergiste à qui ils avaient à livrer la cargaison. Toujours est-il qu’ils laissèrent passer l’heure de la marée. Parvenus à l’endroit qu’on nomme « la Baie, » ils n’eurent plus assez d’eau et durent échouer piteusement dans les vases..... Six heures à attendre avant la prochaine marée, et cela en pleine nuit !... Ils firent contre mauvaise fortune bon cœur. Tous deux se roulèrent dans les plis de la voile qu’ils avaient amenée. Déjà ils fermaient l’œil, quand une voix très forte les appela l’un et l’autre par leurs prénoms respectifs.

    - Ohé ! Yann !… Ohé ! Caourantinn.
     - Ohé ! répondirent Caourantinn et Yann.

     

    C’est de la sorte que les marins ont coutume de se héler entre eux.

    - Venez nous chercher ! reprit la voix.

    La nuit était si noire qu’on n’y voyait plus à deux brasses. La voix, quoique très forte, semblait venir de très loin. Puis, elle avait en vérité quelque chose d’étrange. Yann et Caourantinn se touchèrent du coude.

    - Je crois bien, dit Yann, que c’est la voix de mon vilain patron, de Yannic-ann-ôd.
    - Je le crois aussi, murmura Caourantinn. Tenons-nous coi. Ce n’est pas le moment de lever le nez.

    Et ils s’entortillèrent plus étroitement dans la voile. Mais ils avaient encore plus de curiosité que de peur. Yann, le premier, se haussa, pour regarder au-dessus du bordage.

    - Vois donc ! dit-il à son compagnon.

    Le fond de la baie, à leur gauche, venait de s’éclairer subitement d’une lumière qui semblait sortir des eaux. Et dans cette lumière se profilait une barque toute blanche, et dans la barque cinq hommes étaient debout, les bras tendus en avant. Ces cinq hommes étaient vêtus pareillement de cirés blancs parsemés de larmes noires.

    - Ce n’est pas Yannic-ann-ôd, dit Yann, ce sont des âmes en détresse. Parle-leur, Caourantinn, toi qui cette année as fait tes Pâques.


    Caourantinn se fit un porte-voix de ses mains, et cria :

    - Nous ne pouvons aller vous chercher ; nous sommes échoués ici. Venez à nous vous-mêmes ou dites-nous ce qu’il vous faut. Ce que nous pourrons, nous le ferons.

    Les deux marins virent alors les cinq fantômes s’asseoir chacun à son banc. L’un prit le gouvernail, les autres se mirent à ramer. Mais, comme ils ramaient tous du même côté, l’embarcation, au lieu d’avancer, virait sur place.

    - Sont-ils bêtes ! grogna Yann ; en voilà des matelots d’eau douce !… J’ai bien envie d’aller leur montrer la manœuvre. C’est peut-être ça qu’il leur faut. Qu’en dis-tu, Caourantinn ? si tu restais garder le bateau ?
    - Non pas ! Si tu y vas, je t’accompagne.
    - Après tout, il n’y a pas de risque. Nous pouvons laisser le bateau là où il est. Il y en a encore pour une bonne heure avant le premier flot. Viens ça, camarade, à la grâce de Dieu !

    C’est à peine s’ils eurent de l’eau jusqu’à mi-jambe.

    Ils s’acheminèrent sur le fond de vase dans la direction de la barque blanche.

    Plus ils approchaient, plus les matelots surnaturels faisaient force rames, et plus aussi la barque blanche virait, virait, virait.

    Quand les deux compagnons furent tout près d’elle, elle sombra soudain, et avec elle disparut la lumière qui éclairait le coin de la Baie. La nuit et la mer un instant se confondirent. Puis, à la place où étaient les quatre rameurs, s’allumèrent quatre cierges.

     À leur clarté douteuse, Yann et Caourantinn s’aperçurent que le cinquième fantôme, celui qui tenait tout à l’heure le gouvernail, dressait encore au-dessus de l’eau la tête et les épaules.

    Ils s’arrêtèrent, saisis d’épouvante. À vrai dire, ils eussent préféré être ailleurs. Mais comme ils s’étaient tant avancés, ils n’osaient plus rebrousser chemin. L’homme avait, du reste, une figure si triste, si triste, qu’il eût fallu être mauvais chrétien pour n’en avoir point pitié.

    - Êtes-vous de la part de Dieu ou de la part du diable ? demanda Yann.

    Comme s’il eût deviné leur pensée et les sentiments qui les agitaient, l’homme leur dit :

    - N’ayez aucune crainte. Nous sommes ici cinq âmes qui souffrons cruellement, et mes quatre compagnons souffrent encore plus que moi. La tristesse que vous voyez sur mon visage n’est rien auprès de la leur. Voilà plus de cent ans que nous attendons en ce lieu le passage d’un homme de bonne volonté.
    - S’il n’est que de bien vouloir, nous sommes à votre disposition, répondirent Yann et Caourantinn.
    - Vous irez, s’il vous plaît, trouver le recteur de
    Plomelin, et vous le prierez de faire dire pour nous, au maître-autel de l’église, cinq messes mortuaires pendant cinq jours de suite. Puis vous aurez soin que, pendant ces cinq jours, à ces cinq messes, assistent régulièrement trente-trois personnes, vieilles ou jeunes, hommes, femmes ou enfants.
    - Doue da bardono ann Anaon ! (Dieu pardonne aux défunts !) murmurèrent les deux marins, en faisant le signe de la croix. Nous vous satisferons de notre mieux.

    Le lendemain, Yann et Caourantinn allèrent trouver le recteur de Plomelin. Ils lui payèrent d’avance les vingt-cinq messes. Ils assistèrent eux-mêmes à toutes ; pour être sûrs des trente-trois assistants exigés, ils emmenaient chaque jour de Quimper leurs femmes, leurs enfants, leurs proches et leurs amis. Jamais on ne vit tant de monde à la fois aux messes basses de Plomelin.

    Le sixième jour, Yann dit à Caourantinn :

    - Si tu veux, nous nous rendrons à la Baie, cette nuit, pour savoir si ce que nous avons fait est bien fait.

    - Soit, répondit Caourantinn à Yann.

    Et la nuit venue, ils descendirent la rivière dans leur chaloupe. Ils mouillèrent à l’endroit où ils avaient échoué six jours auparavant. Et ils attendirent. Bientôt la lumière qu’ils avaient déjà vue, commença de monter au-dessus des flots. Puis, la barque blanche se dessina, et dans la barque réapparurent les cinq fantômes. Ils avaient toujours leurs cirés blancs, mais les larmes noires n’y étaient plus. Leurs bras, au lieu d’être tendus en avant, étaient croisés sur leur poitrine. Leur face rayonnait.

    Et, tout à coup, sonna une musique délicieuse, si attendrissante que Caourantinn et Yann en eussent volontiers pleuré de bonheur.

    Les cinq fantômes s’inclinèrent tous à la fois, et les deux marins les entendirent qui disaient avec une voix douce :

    - Trugarè ! Trugarè ! Trugarè ! (Merci ! merci ! merci !)

    (Conté par Marie Manchec, couturière, à Quimper en 1891)

    © Le Vaillant Martial 


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  • ... Le Linge et quelques Habits au début du siècle...

     

     

    Toutes les semaines pour le linge ordinaire, tous les mois ou les deux mois pour les vêtements et les draps, les femmes se chargent du lavage dans les étangs, douets (« doué »), lavoirs ou rivières.

    Bouilli dans une lessiveuse, le ligne est ensuite lavé à l’eau froide, frappé à grands coups de battoirs de bois, puis soigneusement essoré et mis à sécher  sur des fils ou dans les près.

    Chaque lavandière a sa brouette de bois, ses baquets et sa caisse où, agenouillée, elle est protégée de l’eau quand elle manie le battoir avec vigueur.

     

     

    Telles les voyons-nous à Cesson, Plouay, Châteaubriand ou Dol, et si la tâche est difficile et pénible, on imagine bien que les nouvelles circulent (vraies ou fausses) et que des inimitiés et des réputations se font et se défont au cœur de ces « buées », « buanderies » ou « buillées ».

    Dans les compagnes bretonnes les vêtements de tous les jours changent de forme et de tissus au cours du XIXE siècle en fonction du contexte, des modes et du prix des marchandises.

      


     

    Les vêtements de fête restent peut-être plus stables dans le temps mais connaissent aussi une évolution de telle sorte qu’il est vain de dire en quelques pages la richesse et la diversité des coiffes de Bretagne en 1900.

    On trouve moins de type originaux en Haute-Bretagne mais, plus on avance à l’ouest, plus les costumes se multiplient. Les modes vestimentaires et les coiffes se subdivisent alors en fonction des pays, des statuts familiaux ou sociaux, des jours de cérémonie ou de travail.

    Dans les années 1910-1920, on recense 66 grandes modes vestimentaires ! 3 en Loire Inférieure, 6 en Ille et Vilaine, 13 dans les Côtes-Du-Nord, 16 dans le Morbihan et 27 dans le Finistère, mais le costume de Batz et Guérande connaît plusieurs variantes, celui de Châteaulin une vingtaine, celui de Carhaix une cinquantaine !

     


     

     

    Au risque d’être un peu simpliste, il est tentant de se limiter à des exemples symboliques en opposant par exemple, ces photographies de trois bigoudens et de leurs frères avec ces deux gallèses du Morbihan oriental et leur frère (Malestroit) 

    Un même regard nous fixe encore avec détermination, mais la simplicité et la rigueur des uns contrastent avec les broderies, les velours, les dentelles des autres. Deux familles et des costumes qui résument la Basse et Haute Bretagne d’autrefois.

    L’étonnante floraison des coiffes bretonnes est l’objet d’un méticuleux  travail de broderie que les jeunes filles apprennent massivement et précocement Des ateliers en plein rassemblent plus d’une quarantaine de personnes, depuis les fillettes de 6-7 ans jusqu’aux femmes les plus âgées.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Les matrones de Tréguier initient les jeunes filles, à Audierne, celles-ci manient le crochet avec dextérité. À Fouesnant, les repasseuses de coiffes, comme dans bien des localités exercent leur art en maniant le fer rempli de charbon brûlant.

     

     

        

    La Mode masculine est moins complexe. À pont l’Abbé notamment on change le côté du gilet suivant les jours : dans la semaine le plus sobre et le dimanche le plus brodé.

    Les paysans Cornouaillais abandonnent progressivement les « bragou braz », ou braies qui font d’eux, dans le Finistère et la Bretagne centrale, l’archétype du « vieux chouan ». Leurs culottes bouffantes typiques sont nouées sous le genou sur des guêtre qui tombent jusqu’aux sabots.

    Gilet à bouton dorés, veste courte et chapeau à guides complètent le stéréotype. Les pantalons de toile, puis de velours prennent le relais : le coton remplace les toiles de lin ou de chanvre.

    En pays breton comme en pays gallo on fait durer les vêtements en les raccommodant et rapiéçant à qui mieux mieux pour éviter d’avoir à en acheter trop souvent.

     

    © Le Vaillant Martial 

     


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  • Ceci se passait à Plougasnou, il n’y a pas encore très longtemps.

    Il y avait là, dans une pauvre petite ferme, un brave homme et sa femme qui, n’ayant pas le moyen de battre leur blé à la machine, le battaient au fléau. Du lever du soleil à son coucher, ils besognaient de concert, l’homme conduisant le branle et la femme réglant son pas sur le sien.

    Vous pensez si, la journée close, ils retrouvaient leur lit avec plaisir, bien que le matelas en fût de paille de seigle et les draps de grosse toile de chanvre. C’est à peine s’ils prenaient le temps de souper de quelques patates et de réciter une courte prière : l’instant d’après, ils étaient allongés côte à côte et ronflaient à qui mieux mieux.

    Le dernier soir pourtant, l’homme parla ainsi à sa femme :

    - Radegonda, chez les riches, quand l’août est fini, il y a fricot, le soir, pour les batteurs. Moi, si vous me donniez le fricot dont j’ai envie, vous me feriez des crêpes, de bonnes crêpes de blé noir comme vous savez les faire, Radegonda.

    La femme, qui tombait de fatigue, s’écria :

    - Des crêpes, mon pauvre homme ! Vous n’y songez pas. D’abord, j’ai les bras coupés. J’ai besogné autant que vous, n’est-il pas vrai ? Et, comme je n’ai pas votre force, je n’en puis plus. Où voulez-vous que je trouve le courage de me remettre à chauffer la poêle, à délayer la farine et à étendre la pâte ? Et puis, alors même que j’aurais ce courage, je serais encore bien empêchée de contenter votre envie, car il n’y a plus une pincée de farine dans la huche. Ne savez-vous pas que, depuis plus d’une semaine que nous vaquons à la récolte, vous n’êtes pas descendu chez le meunier ?

    - Oh ! Si ce n’est que la farine, je m’en charge.
    - Quoi ? Vous iriez jusqu’au moulin ?... Après avoir déjà tant sué, tant trimé ?... Votre ventre est donc un bien dur maître, Hervé Mingam ?

    Hervé Mingam répondit, suppliant :

    - Voyons, Radegonda !... Pour une fois !...

    Alors, elle, attendrie :

    - Je suis trop sotte de faire ainsi vos vingt-quatre volontés... Enfin, soit !... Allez et tâchez d’être vite de retour, si vous ne voulez pas que je m’endorme ici dans l’intervalle, tout habillée.

    Elle n’avait pas fini sa phrase que l’homme était dehors, dévalant à grandes enjambées vers le moulin. Tant qu’il vit clair dans sa route, il courut plus qu’il ne marcha ; mais, à un endroit où le chemin semblait s’enfoncer en terre, entre deux hauts talus surplombants, force lui fut de ralentir.

     Bientôt même il n’avança plus qu’à tâtons, parce qu’il avait sur lui, outre l’ombre des talus, celle des très vieux arbres dont ils étaient plantés. Il allait donc avec précaution, assujettissant chacun de ses pas. Or, dans le silence qui était profond, et quoique l’air demeurât immobile comme il arrive généralement par les chaudes soirées d’août, voici qu’il entendit, au-dessus de sa tête, le feuillage commencer à bruire d’une manière bizarre et tout inattendue.

    « Tiens, c’est, ma foi, une chose assez particulière », pensa-t-il.

    Il leva les yeux et, malgré l’obscurité, reconnut, à la blancheur argentée de l’écorce, que les arbres dont les ramures bruissaient de la sorte étaient deux hêtres d’aspect vénérable qui se faisaient vis-à-vis d’un talus à l’autre et mêlaient leurs branches comme pour s’embrasser. On eût dit de longs bras décharnés qui se rejoignaient.

     

    Ce qu’il y avait de plus étrange, c’est que leur murmure très léger ressemblait à un chuchotement de voix humaines. Hervé Mingam suspendit son pas et prêta l’oreille. Plus de doute : les deux hêtres causaient entre eux. Notre homme, pour les écouter, oublia moulin, farine et crêpes.

    Le premier des deux arbres, celui de droite, disait :

    - Je crois que tu as froid, Maharit. Tu trembles de tous tes membres.

    Et le second arbre, celui de gauche, répondait en grelottant :

    – Oui, Gelvestr, je suis glacée, glacée, en vérité, jusqu’aux moelles. Toutes les fois que la nuit tombe, c’est ainsi ; la fraîcheur me pénètre au point que c’est comme une nouvelle mort... Heureusement que, ce soir, on fait des crêpes chez notre fils : il y aura bon feu et, sitôt que sa femme et lui seront couchés, nous pourrons, à notre tour, aller nous chauffer à la braise.

    Alors le premier arbre :

    – Je t’accompagnerai, pour ne pas te laisser seule, Maharit. Mais si tu m’avais obéi, de ton vivant, tu ne serais pas dans la nécessité d’attendre que l’on fasse des crêpes chez notre fils pour sentir un peu de chaleur. Combien de fois ne t’ai-je pas demandé d’être plus charitable aux pauvres ! Sous prétexte que tu possédais peu, tu ne voulais rien donner. Et maintenant tu en es punie. Parce que tu as eu le cœur froid, tu accomplis une pénitence glacée. Et moi, parce que j’ai été trop faible envers ton péché, je suis puni avec toi. Mais, du moins, je ne souffre pas ce que tu souffres.

     Les pauvres que tu refusais, je les dédommageais de mon mieux à ton insu. Par exemple, je leur donnais, en carême, des morceaux de beurre enveloppés dans des feuilles de choux ; aux jours gras, des morceaux de lard enveloppés dans des bouts de papier : et, depuis, ce papier et ces feuilles de choux me font un vêtement qui me tient chaud.

    – Hélas ! Soupirait le second arbre, avec un tel accent de tristesse qu’on eût dit qu’il rendait l’âme...

    Hervé Mingam n’en écouta pas davantage. Au risque de se casser vingt fois la tête, en trébuchant aux pierres du chemin creux, il dégringola tout d’un trait la pente jusqu’au gué du moulin de Trohir.

    Au retour, il prit un trajet deux fois plus long pour ne point passer sous les vieux arbres.

    - Ma foi, lui dit sa femme, j’ai cru que vous ne rentreriez plus.

    Et, remarquant son air hagard :

    - Qu’est-ce que vous avez donc ? Vous avez la mine toute pâle.
    - Il y a que je suis à bout de forces. J’ai les membres rompus. Après la rude journée, cette course était vraiment de trop.
    - Quand je vous le disais !... Enfin, consolez-vous. Puisque vous avez apporté de la farine, vous allez avoir des crêpes.
    - Oui, murmura-t-il, plus que jamais il faut que vous en fassiez.

    Pensant qu’il voulait signifier par-là que l’attente avait encore accru son envie, Radegonda se mit en devoir de le servir diligemment. D’ordinaire douze crêpes n’étaient pas pour lui faire peur, mais, cette fois, dès la troisième, il se déclara rassasié.

    - J’ai décidément plus besoin de dormir que de manger, prononça-t-il.
    - Oh ! bien ! Si j’avais su, je n’aurais pas fait tant de feu, dit sa femme.

    Elle se disposait à écarter les tisons, après avoir enlevé la poêle, mais il l’arrêta.

    - Laisse brûler ce qui brûle et couchons-nous.

    Il attendit qu’elle fût déshabillée et, pendant qu’elle lui tournait le dos pour monter au lit, il jeta une nouvelle brassée de copeaux dans la flamme. Radegonda ne fut pas plutôt allongée qu’elle s’endormit. Mais, lui, resta les yeux ouverts, l’oreille aux aguets. Par les volets ajourés du lit clos placé juste en face de la fenêtre, on pouvait voir le courtil et la campagne au loin, car il y avait clair de lune. La nuit était silencieuse, sans une haleine de vent, comme elle est généralement au cœur de l’été. Dix heures, onze heures sonnèrent. Rien ne venait. L’homme commençait à douter...

    Mais, la demie de onze heures approchant, il entendit un léger bruit, comme de branches qui traînent et qui frémissent ; puis, peu à peu, le bruit grandit, devint une rumeur pareille à celle des bois agités par la brise, et l’homme aperçut distinctement les grandes ombres mouvantes des deux hêtres qui s’avançaient vers la maison. Ils marchaient aussi près que possible l’un de l’autre, sur le même rang ; on eût dit que la terre les portait ; on voyait, à la lumière de la lune, briller leurs troncs argentés sous leurs feuillages immenses. Ils traversèrent enfin le courtil.

    « Frou... ou... ou !... Frou... ou... ou !... » Gémissaient leurs vastes ramures.

    L’homme, sous ses draps, claquait des dents. Jamais il ne se fût imaginé que deux arbres pussent ainsi, à eux seuls, faire tout le murmure d’une forêt. Leur bruit, maintenant, était autour de lui, au-dessus de lui, partout.

    « Ils vont renverser la maison », se disait-il.

    Il entendait le frôlement des grandes branches contre les murs et sur le chaume du toit. Par trois fois, les deux hêtres firent le tour du logis, sans doute cherchant la porte. Brusquement elle s’ouvrit. L’homme se cacha la tête dans les mains pour ne point voir ce qui allait suivre. Mais, au bout de trois ou quatre minutes, ne percevant aucun remue-ménage, il s’enhardit à regarder par les trous des volets.

    Et voici ce qu’il vit : son père et sa mère étaient assis sur les escabelles de bois, de chaque côté du foyer, tels qu’ils étaient de leur vivant. Il les reconnaissait distinctement et c’étaient eux qui étaient venus sous leur forme d’arbres.

    Et ils devisaient entre eux, à voix basse. La vieille avait relevé un peu sa jupe de futaine rousse pour se chauffer le devant des jambes, et le vieux lui demandait :

    - Sens-tu un peu de chaleur ?
    - Oui, répondait-elle. Notre fils a eu la précaution de jeter dans le feu une nouvelle brassée de copeaux.

    L’homme, alors, réveilla sa femme.

    - Regardez.
    - Quoi ? Où ?
    - Là, dans le foyer, ces deux vieux. Ne les reconnaissez-vous pas ?
    - Vous rêvez ou vous avez la mauvaise fièvre, mon pauvre mari. Il n’y a, dans le foyer, que le feu qui brasille.
    - Mettez donc votre pied sur le mien, Radegonda, vous verrez comme moi.

    Elle mit son pied sur le sien et vit, en effet, les deux vieux.

    - Dieu pardonne aux défunts !... Mais c’est votre père et votre mère ! Balbutia-t-elle en joignant ses mains, de stupeur et d’épouvante.

    Il répondit :

    - De grâce, ne dites rien et ne faites rien qui puisse les troubler.
    - Que nous veulent-ils ?
    - Je vous expliquerai la chose quand ils seront partis.

    Dans l’âtre, le vieux disait à la vieille :

    - Êtes-vous réchauffée, Maharit ? Voici bientôt notre heure.

     

    Et la vieille disait au vieux :

    - Oui, je n’ai plus froid, Gelvestr. Mais il me tarde bien que ma dure pénitence soit finie.

    Sur ce, l’horloge tinta le premier coup de minuit. Les deux vieillards se levèrent, disparurent. Et alors la grande rumeur de feuillage recommença le long de la maison :

    « Frou... ou... ou !... Frou... ou... ou !... »

    Puis le bruit s’éloigna, à mesure que s’éloignait aussi l’ombre des deux grands arbres sous la lune. Dans son lit, Radegonda frissonnait, ne comprenant rien à toutes ces choses extraordinaires. Quand la nuit fut redevenue déserte et silencieuse, l’homme raconta ce qui lui était arrivé et comment il avait surpris le secret des deux morts.

    - C’est bien, dit Radegonda. Demain je donnerai une tourte d’oing pour les pauvres de la paroisse qui n’ont même pas le peu que nous avons, et nous commanderons des messes à l’église.

    Ainsi firent-ils, et, depuis lors, les deux hêtres ne parlèrent plus.

    - Conté par Jacquette Craz - Lanmeur -

    © Le Vaillant Martial 

     

     


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