• Qui plaisante avec la mort trouve à qui parler

    Liza Roztrenn, du manoir de Kervénou, était la plus jolie fille de paysan qui marchât dans toute la paroisse du Faouet, et même dans les paroisses d’alentour. Elle était fiancée depuis quelques mois à Loll ar Briz, un jeune homme de Plourivo, qui la venait voir une fois par semaine, le dimanche.

    Liza Roztrenn avait l’humeur gaie et plaisante. Loll l’aimait d’un amour trop grave, à son gré ; aussi l’entreprenait-elle souvent, et il n’était pas d’espièglerie qu’elle ne s’amusât à lui faire.

    Il y avait à Kervénou une petite servante, pour le moins aussi espiègle que Liza. Elle aidait sa maîtresse à lutiner le pauvre Loll. Quand celui-ci arrivait au manoir, le dimanche matin, il était rare que Liza fût là pour le recevoir. La petite servante se chargeait d’expliquer au galant l’absence de sa fiancée, et lui débitait à ce propos les histoires les plus invraisemblables.

     Or Lizaïk était tout simplement allée se cacher au grenier ou derrière le tas de paille, dans la cour. Elle se montrait tout à coup, au moment où, désappointé, Loll s’apprêtait à reprendre le chemin de Plourivo. C’étaient alors chez les deux écervelées des éclats de rire sans fin. Loll ne tardait pas à se dérider lui-même, tout en reprochant à son amoureuse de gaspiller en enfantillages un temps qu’il eût été si bon de passer à se dire de douces choses. Mais Liza était incorrigible.


    Un samedi soir, elle dit à la petite servante, avec qui elle couchait :


    - Quelle farce drôle pourrions-nous bien faire demain à Loll ar Briz ?
    - Dame ! répondit la petite servante, il faudrait en tout cas inventer quelque chose de nouveau, car nos anciennes ruses sont éventées presque toutes.

    - C’est aussi mon avis. Écoute, Annie (c’était le nom de la petite servante), il m’est venu une idée. Je voudrais voir si Loll m’aime vraiment autant qu’il le dit. Quand il arrivera demain et qu’il te demandera où je serai, tu lui répondras, avec un visage tout triste : « Hélas ! Elle s’en est allée à Dieu ! Plus jamais vous ne la verrez en ce monde. »

    - Vous ferez donc la morte, Liza ?
    - Précisément.
    - On prétend que cela porte malheur.
    - Bah ! Une plaisanterie innocente… Rien que pour juger si Loll aurait peine de cœur en me croyant perdue.
    - Soit, repartit Annie.

    Elles passèrent une grande moitié de la nuit à organiser le complot.

    Le soleil du lendemain se leva. Nos deux folles s’en allèrent à la messe matinale, comme elles en avaient l’habitude, depuis que Loll ar Briz avait été admis à faire sa cour à Liza. Celui-ci pouvait ainsi passer le temps de la grand’messe en tête-à-tête avec sa promise, le reste du personnel de la ferme se rendant au bourg pour assister à l’office. Au deuxième son des cloches, vieux parents, domestiques, porcher, tout le monde s’acheminait vers le Faouet. Il ne demeurait au manoir que Liza et la petite servante. C’était le moment que Loll choisissait pour faire son apparition.

    Dès que les deux jeunes filles se virent seules, ce dimanche-là, elles s’empressèrent de mettre à exécution le projet médité la veille. Liza Roztrenn s’étendit tout de son long sur la table de la cuisine, la tête appuyée à la miche de pain qui se trouvait, comme c’est l’usage, au haut bout, près de la fenêtre, et qu’enveloppait une nappe fraîche, sortie de l’armoire le matin même.
    Sur le corps de Liza, la petite servante jeta un drap de lit.

    Puis elle alla s’asseoir sur le banc étroit qui court le long des meubles dans la plupart des fermes bretonnes. Le troisième coup de la grand’messe venait de sonner. La vibration des cloches s’éteignait à peine, que Loll ar Briz parut dans le cadre de la porte ouverte.


    - Bonjour et joie à vous, Annie ; où est Liza, votre maîtresse ?
    - C’est mauvais jour et tristesse que vous devriez dire, Loll ar Briz, fit, d’un ton larmoyant, Annie l’espiègle.
    - Qu’y-a-t-il donc, que vous parlez de la sorte ?
    - Il y a que ma maîtresse ne sera pas votre femme, Loll ar Briz.
    - Voulez-vous signifier par-là que je ne suis plus de son goût ? Ou bien, depuis dimanche dernier, est-il venu quelque nouveau galant qui m’a déplanté ?
    - Liza Roztrenn ne sera pas votre femme ni celle d’aucun homme. Liza Roztrenn est maintenant auprès de Dieu !
    - Morte ! Liza !… Prenez garde, Annie. Toute plaisanterie n’est pas bonne à faire.
    - Mais regardez donc du côté de la table ! Soulevez le drap, et voyez ce qu’il y a dessous !

    Le jeune paysan devint tout pâle. De quoi la petite servante s’amusa fort, au dedans d’elle-même. Il alla au drap, le souleva, et recula épouvanté.
    - Hélas ! Ce n’est que trop vrai ! s’écria-t-il.
    - Loll, prononça Annie en s’efforçant de garder son sérieux, n’avez-vous pas entendu dire que des amants avaient ressuscité leurs amoureuses mortes, en les prenant sur leurs genoux, et en leur donnant un baiser ? Si vous essayiez de ce remède !…


    - Malheureuse ! Vous osez plaisanter encore !  !
    - Essayez, vous dis-je, et ne vous fâchez pas. Tenez, je vais vous aider.

     Elle se leva du banc où elle était assise. Mais elle ne se fut pas plus tôt approchée de la table, qu’elle faillit tomber à la renverse.

    Liza Roztrenn avait réellement au cou la couleur de la mort. Ses yeux agrandis n’avaient plus de regard.
    - Ce n’est pas possible ! Ce n’est pas possible ! hurla par trois fois la pauvre Annie… Ça, Loll ar Briz, prêtez-moi donc secours… Mettons-la sur son séant… Je vous jure qu’elle est vivante… Elle ne peut pas être morte !…

    Si ! Liza Roztrenn était morte, et bien morte. Les efforts réunis de Loll ar Briz et d’Annie la servante ne servirent qu’à tourmenter un cadavre.

    Le lendemain, on enterrait dans le cimetière du Faouet la jolie héritière de Kervénou.
    Il est probable que son fiancé s’en consola à la longue. Mais la petite servante en resta folle.

    Conté par Jean-Marie Toulouzan, Piqueur de Pierres – Port blanc

    © Le Vaillant Martial 



     


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  • L’habit ne fait pas le Korrigan

     


     

     

    L est impensable pour un Korrigan de n’être que deux à table, le tête-à-tête se terminant invariablement par une dispute ! Être au moins trois à table est donc conseillé. S’il ne trouve aucun compère dans les environs pour faire le troisième convive, le Korrigan a une astuce toute bête dont l’évidence laisse pantois dans sa simplicité : il trouve un animal, d’écaille, de poil, ou de plume, peu importe, lui met de beaux habits et l’installe, bon gré, mal gré, devant son couvert.

    La conversation peut prendre alors des tournants fort surprenants dès lors qu’il s’agit d’un geai ou d’une vipère, dont plus d’un connaît la réputation de commère. Si faute de mieux, le troisième se trouve être une de ces grosses loches, du genre orange et mollasse, ce sera grand dommage, car comme chacun sait, la limace est stupide, lente d’esprit et n’a aucune conversation. Le repas risque alors de se révéler d’un morne ennui, à la limite du soporifique.

    Il peut arriver un jour que, au détour d’un chemin, vous fassiez l’étrange rencontre d’un gros crapaud juché sur un caillou, portant culotte  et chapeau mou, ou d’une pie sur une branche affublée d’une redingote.


     

    On sait très bien que, par nature, le Korrigan aime à se transformer. Aussi est-il préférable de faire montre de politesse en donnant son bonjour à l’insolite animal. Il se peut qu’il vous rende votre salut : au pire vous recevrez en réponse un croassement empreint de fatalisme ou les jacasseries indignées d’une pie mécontente ! Il faut se dire que, une fois le repas terminé et faisant preuve de ce bel esprit totalement farfelu qui les caractérise, les Korrigans ont laissé les animaux en oubliant toutefois d’enlever leur défroque ! On peut alors parfaitement comprendre le désarroi dans lequel sont plongées ces pauvres bêtes.

     

    © Le Vaillant Martial 


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  • Vieux et jeunes, suivez mon conseil. - Vous mettre sur vos gardes est mon dessein ; - Car le trépas approche, chaque jour, - Aussi bien pour l’un que pour l’autre.

    - Qui es-tu ? dit Adam,
    - À te voir j’ai frayeur.- Terriblement tu es maigre et défait ;
    - Il n’y a pas une once de viande sur tes os !
    - C’est moi l’Ankou, camarade !
     - (C’est moi) qui planterai ma lance dans ton cœur ;
    - Moi, qui te ferai le sang aussi froid - Que le fer ou la pierre !
    - Je suis riche en ce monde ; - Des biens, j’en ai à foison ; - Et si tu veux m’épargner, - Je t’en donnerai tant que tu voudras.
    - Si je voulais écouter les gens, - Accepter d’eux un tribut, - (Ne fût-ce) qu’un demi-denier par personne, -Je serais opulent en richesses !

     

    Mais je n’accepterai pas une épingle, - Et je ne ferai grâce à nul chrétien, -Car, ni à Jésus, ni à la Vierge, - Je n’ai fait grâce même.
    Autrefois, les « pères anciens [i] » - Restaient neuf cents ans sur la brèche. - Et cependant, vois, ils sont morts, - Jusqu’au dernier, voici longtemps !
    Monseigneur saint Jean, l’ami de Dieu ; - Son père Jacob, qui le fut aussi ; - Moïse, pur et souverain ; - Tous, je les ai touchés de ma verge.
    Pape ni cardinal je n’épargnerai ; - Des rois, (je n’en épargnerai) pas un, - Pas un roi, pas une reine, - Ni leurs princes, ni leurs princesses.
    (Je n’épargnerai) archevêque, évêque, ni prêtres, - Nobles gentilshommes ni bourgeois, - Artisans ni marchands, - Ni pareillement, les laboureurs.
    Il y a des jeunes gens de par le monde, - Qui se croient nerveux et agiles ; - Si je me rencontrais avec eux, - Ils me proposeraient la lutte.
    Mais, ne t’y trompe point, l’ami ! - Je suis ton plus proche compagnon, --Celui qui est à ton côté, nuit et jour, - N’attendant que l’ordre de Dieu.

    N’attendant que l’ordre du Père Éternel !… Pauvre pécheur, je te viens appeler. - C’est moi l’Ankou, dont on ne se rachète point. - Qui se promène invisible à travers le monde ! - Du haut du Ménez, d’un seul coup de fusil, - Je tue cinq mille (hommes) en un tas !

     

    (Chanté par Laur ar Junter. - Port-Blanc, août 1891.)

    © Le Vaillant Martial



    [i] Les patriarches. 


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  • Autrefois, il y avait au collège de Tréguier de grands élèves dont quelques-uns avaient vingt-deux et même vingt-cinq ans. C’étaient de jeunes paysans auxquels on n’avait fait commencer leurs études que sur le tard. Bien qu’ils se destinassent à la prêtrise, ils se livraient souvent à des plaisanteries qui sentaient le rustre.
    Un jour, débarqua au petit séminaire un garçonnet de chétive apparence, et dont l’esprit n’était guère plus robuste que le corps. Il était, comme on dit chez nous, briz-zod, c’est-à-dire un peu bête. Ses parents avaient pensé qu’à cause de sa simplicité même il ferait un bon prêtre, et s’étaient saignés aux quatre veines pour l’entretenir au collège.

    Le cher pauvret ne tarda pas à devenir le souffre-douleur de ses camarades. Il n’était pas de méchant tour qu’on ne lui jouât.

    Il avait, d’ailleurs, une âme sans rancune et se prêtait bonassement à tout ce qu’on exigeait de lui. En ce temps-là – je ne sais si cela existe encore – les grands élèves avaient au collège des chambres qu’ils occupaient à deux ou trois. On les appelait pour cette raison des chambristes.

    Notre « innocent » avait pour compagnons de chambrée Jean Coz, de Pédernek, et Charles Glaouier, de Prat.

    Un soir qu’Anton L’Hégaret – ainsi se nommait le briz-zod – était resté prier à la chapelle, Charles Glaouier dit à Jean Coz:

    – Si Autrefois, il y avait au collège de Tréguier de grands élèves dont quelques-uns avaient vingt-deux et même vingt-cinq ans. C’étaient de jeunes paysans auxquels on n’avait fait commencer leurs études que sur le tard. Bien qu’ils se destinassent à la prêtrise, ils se livraient souvent à des plaisanteries qui sentaient le rustre.

    Un jour, débarqua au petit séminaire un garçonnet de chétive apparence, et dont l’esprit n’était guère plus robuste que le corps. Il était, comme on dit chez nous, briz-zod, c’est-à-dire un peu bête. Ses parents avaient pensé qu’à cause de sa simplicité même il ferait un bon prêtre, et s’étaient saignés aux quatre veines pour l’entretenir au collège.

    Le cher pauvret ne tarda pas à devenir le souffre-douleur de ses camarades. Il n’était pas de méchant tour qu’on ne lui jouât.

    Il avait, d’ailleurs, une âme sans rancune et se prêtait bonassement à tout ce qu’on exigeait de lui. En ce temps-là – je ne sais si cela existe encore – les grands élèves avaient au collège des chambres qu’ils occupaient à deux ou trois. On les appelait pour cette raison des chambristes.

    Notre « innocent » avait pour compagnons de chambrée Jean Coz, de Pédernek, et Charles Glaouier, de Prat.

    Un soir qu’Anton L’Hégaret – ainsi se nommait le briz-zod – était resté prier à la chapelle, Charles Glaouier dit à Jean Coz:

    – Si tu veux, nous allons bien nous amuser, aux dépens de l’idiot.

    – Comment cela ?

    – Tu vas défaire tes draps. Puis, nous les suspendrons, l’un à la tête, l’autre au pied de mon lit, de manière à former une « chapelle blanche ». Je me coucherai, et, lorsque l’Hégaret entrera, tu lui annonceras, les larmes aux yeux, que je suis mort. Tu seras censé m’avoir veillé jusqu’à ce moment, et tu l’inviteras à te remplacer. Tu sais comme il est docile. Il ne sera pas nécessaire de le supplier. Tu auras soin, en sortant, de laisser la porte entr’ouverte. Tu diras aux camarades des chambres voisines de se tenir avec toi dans le couloir. Je vous promets à tous une scène désopilante. Si jamais, après une pareille nuit, L’Hégaret consent à veiller un mort, je veux que le crique me croque.

    – Bravo! s’écria Jean Coz, il n’y a que toi pour avoir des imaginations aussi extraordinaires !

     

    Les voilà de se mettre à l’œuvre. En un clin d’œil, les draps sont attachés au plafond. Une serviette est disposée sur la table de nuit. L’assiette, où les étudiants ont coutume de déposer leur savon, sert de plat pour l’eau bénite. On allume à côté quelques bouts de chandelle. Bref, tout l’attirail funèbre est au complet, et, dans le lit, Charles Glaouier, rigide, les mains jointes, les yeux mi-clos, simule à merveille le cadavre.

    … Lorsque Anton L’Hégaret entra, il ne fut pas peu surpris de voir Jean Coz à genoux au milieu de la chambre et récitant le De profundis.

    – Qu’est-ce qu’il y a donc? demanda-t-il.
    – Il y a que notre pauvre ami Charles a rendu son âme à Dieu, répondit Jean Coz d’un ton bas et lugubre.
    – Charles Glaouier ! Il était si bien portant tout à l’heure.
    – La mort a de ces coups imprévus. Voici deux heures que je le veille. J’ai dû l’ensevelir, tout seul. Je suis brisé d’émotion et de fatigue. Vous êtes, comme moi, son frère de chambrée. Je vous serai reconnaissant de prendre ma place auprès de sa dépouille mortelle, jusqu’à ce que je vienne vous relever, après avoir goûté quelques repos.

    – Allez, allez-vous reposer, murmura « l’innocent ».

    Et il s’agenouilla sur le carrelage de brique, à l’endroit que Jean Coz venait de quitter. Tirant de sa poche son livre d’heures, il se mit à débiter toutes les oraisons d’usage en pareille circonstance. De temps en temps, il s’interrompait pour moucher une des chandelles, pour jeter un peu d’eau soi-disant bénite sur le corps, et aussi pour dévisager timidement le camarade que Dieu avait rappelé à lui. Car c’était peut-être la première fois qu’Anton le simple se trouvait face à face avec un trépassé.

    Il était si préoccupé de remplir décemment sa fonction de veilleur funèbre qu’il n’entendait pas les chuchotements qui se faisaient à quelques pas de lui, dans l’entrebâillement de la porte. Toute la bande des camarades dont les cellules donnaient sur ce couloir était là, les yeux aux aguets; ils n’attendaient, pour se gaudir, que la burlesque scène promise par Jean Coz au nom de Glaouier. Ils attendirent longtemps.

    Les heures nocturnes sonnèrent, l’une après l’autre. Minuit retentit, quand son tour fut venu. Une impatience mêlée de peur commençait à gagner chacun. Un des écoliers dit à mi-voix :

    Glaouier ne bouge pas. Si cependant il était un mort pour de bon!…. Ce fut le signal d’une débandade. Seuls, les plus résolus demeurèrent.
    – Entrons ! Il faut savoir ! Prononça Jean Coz. Peut-être Glaouier a-t-il imaginé de nous mystifier tous et non plus seulement Anton L’Hégaret. Il est de force à cela.

    Ce-fut une irruption dans la chambre. Mais, dès les premiers pas, les « apprentis prêtres » restèrent cloués sur place par l’épouvante. Le visage de Glaouier était jaune comme cire. Ses yeux étaient convulsés et fixes. Le souffle de l’Ankou avait terni son regard. L’âme, pour s’échapper, avait écarté les lèvres. On ne voyait plus entre les dents blanches qu’un trou béant, un creux noir et sinistre.

    – Le malheureux! S’écrièrent d’une commune voix les étudiants, il est mort, il est réellement mort !
    Jean Coz ne vous l’avait-il donc pas dit? interrogea tranquillement l’idiot.

    - tu veux, nous allons bien nous amuser, aux dépens de l’idiot

    -  Comment cela ?
    – Tu vas défaire tes draps. Puis, nous les suspendrons, l’un à la tête, l’autre au pied de mon lit, de manière à former une « chapelle blanche ». Je me coucherai, et, lorsque l’Hégaret entrera, tu lui annonceras, les larmes aux yeux, que je suis mort. Tu seras censé m’avoir veillé jusqu’à ce moment, et tu l’inviteras à te remplacer. Tu sais comme il est docile. Il ne sera pas nécessaire de le supplier. Tu auras soin, en sortant, de laisser la porte entr’ouverte. Tu diras aux camarades des chambres voisines de se tenir avec toi dans le couloir. Je vous promets à tous une scène désopilante. Si jamais, après une pareille nuit, L’Hégaret consent à veiller un mort, je veux que le crique me croque.

    – Bravo! s’écria Jean Coz, il n’y a que toi pour avoir des imaginations aussi extraordinaires !

    Les voilà de se mettre à l’œuvre. En un clin d’œil, les draps sont attachés au plafond. Une serviette est disposée sur la table de nuit. L’assiette, où les étudiants ont coutume de déposer leur savon, sert de plat pour l’eau bénite. On allume à côté quelques bouts de chandelle. Bref, tout l’attirail funèbre est au complet, et, dans le lit, Charles Glaouier, rigide, les mains jointes, les yeux mi-clos, simule à merveille le cadavre.

    … Lorsque Anton L’Hégaret entra, il ne fut pas peu surpris de voir Jean Coz à genoux au milieu de la chambre et récitant le De profundis.
    – Qu’est-ce qu’il y a donc? demanda-t-il.
    – Il y a que notre pauvre ami Charles a rendu son âme à Dieu, répondit Jean Coz d’un ton bas et lugubre.
    Charles Glaouier ! Il était si bien portant tout à l’heure.
    – La mort a de ces coups imprévus. Voici deux heures que je le veille. J’ai dû l’ensevelir, tout seul. Je suis brisé d’émotion et de fatigue. Vous êtes, comme moi, son frère de chambrée. Je vous serai reconnaissant de prendre ma place auprès de sa dépouille mortelle, jusqu’à ce que je vienne vous relever, après avoir goûté quelques repos.

    – Allez, allez-vous reposer, murmura « l’innocent ».

    Et il s’agenouilla sur le carrelage de brique, à l’endroit que Jean Coz venait de quitter. Tirant de sa poche son livre d’heures, il se mit à débiter toutes les oraisons d’usage en pareille circonstance. De temps en temps, il s’interrompait pour moucher une des chandelles, pour jeter un peu d’eau soi-disant bénite sur le corps, et aussi pour dévisager timidement le camarade que Dieu avait rappelé à lui. Car c’était peut-être la première fois qu’Anton le simple se trouvait face à face avec un trépassé.

    Il était si préoccupé de remplir décemment sa fonction de veilleur funèbre qu’il n’entendait pas les chuchotements qui se faisaient à quelques pas de lui, dans l’entrebâillement de la porte. Toute la bande des camarades dont les cellules donnaient sur ce couloir était là, les yeux aux aguets; ils n’attendaient, pour se gaudir, que la burlesque scène promise par Jean Coz au nom de Glaouier. Ils attendirent longtemps.

    Les heures nocturnes sonnèrent, l’une après l’autre. Minuit retentit, quand son tour fut venu. Une impatience mêlée de peur commençait à gagner chacun. Un des écoliers dit à mi-voix :

    Glaouier ne bouge pas. Si cependant il était un mort pour de bon!…. Ce fut le signal d’une débandade. Seuls, les plus résolus demeurèrent.
    – Entrons ! Il faut savoir ! Prononça Jean Coz. Peut-être Glaouier a-t-il imaginé de nous mystifier tous et non plus seulement Anton L’Hégaret. Il est de force à cela.

    Ce-fut une irruption dans la chambre. Mais, dès les premiers pas, les « apprentis prêtres » restèrent cloués sur place par l’épouvante. Le visage de Glaouier était jaune comme cire. Ses yeux étaient convulsés et fixes. Le souffle de l’Ankou avait terni son regard. L’âme, pour s’échapper, avait écarté les lèvres. On ne voyait plus entre les dents blanches qu’un trou béant, un creux noir et sinistre.

    – Le malheureux! S’écrièrent d’une commune voix les étudiants, il est mort, il est réellement mort !
    Jean Coz ne vous l’avait-il donc pas dit? interrogea tranquillement l’idiot.

    Conté par Catherine Carvennec – Port Blanc -

    © Le Vaillant Martial

     


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    Le Leprechaun est un lutin Irlandais dont l’occupation principale est de fabriquer des chaussures. Quand il ne les fabrique pas, muni de son petit marteau et de quelques clous, il les répare. À proprement parler le Leprechaun déploie tout son art et tout son savoir-faire pour œuvrer sur une seule  et même chaussure. Le deuxième faisant la paire, ne semblant pas présenter d’intérêt pour celui qu’on surnomme le petit cordonnier.


     

    C’est un petit être ridé et barbu qui n’en est pas moins une créature élégante et raffinée. On le décrit revêtu d’une longue veste rouge ou parfois verte, richement parée de rangées de boutons et de lacets d’or. Il porte sur le crâne un bicorne et aux pieds de rutilants escarpins ornés d’une boucle d’argent.

    Quand il est à l’ouvrage, il revêt un tablier de cuir et porte sur le bout de son nez de fines lunettes cerclées.

     


     

     

    Selon B. Yeats  les Leprechauns auraient accumulés de fabuleux trésors  en s’appropriant les magots enterrés dans les temps anciens pendant les périodes troublées. Trésors qu’ils ont enfouis à leur tour au pied des arc-en-ciel.


     

    C’est pourquoi les petits cordonniers attisent la convoitise des humains qui alertés par le tick tick, tick  caractéristique des petits marteaux frappant le cuir, tentent de les capturer.

    Les ont-ils saisis dans le creux de leur main ? Alors les infortunés lutins négocient leur salut en échange de trois vœux qu’ils s’engagent à  accomplir.

    D’autrefois ils offriront un shilling d’or ou d’argent qui, quand ils seront en lieu sûr, reviendra dans leur bourse ou se transformera en feuille morte ou encore en crotte de mouton.

    Bien qu’étant des créatures solitaires les petits cordonniers aiment à se retrouver pour festoyer dans les collines ou dans les antiques fortifications qui parsèment les landes.

    D’aucuns pensent que c’est ce goût immodéré pour la danse que vient aux leprechauns cette curieuse manie, de réparer à longueur de journée leur plus bel escarpin.

    L’idée est séduisante si on admet qu’ils aiment à gambiller sur un seul et unique pied

     

    © Le Vaillant Martial 

     


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