• Pouvoirs et caractéristiques des Lutins

    Pouvoirs et caractéristiques des Lutins

      algré  les nombreuses différences de nature et d’allure, La Villemarqué se hasarde à dresser un portrait général du lutin breton : « La puissance des nains est la même que celles des fées, mais leur forme est très différente. Loin d’être blancs et aériens, ils sont généralement noirs, velus, hideux et trapus, leurs mains sont armées de griffes de chat et leurs pieds de cornes de bouc : ils ont la face ridée, les cheveux crépus, les yeux creux et petits, mais brillants comme des escarboucles, leur vois est sourde et cassée par l’âge[1]. »

    Alors que les fées sont connues pour leur beauté et leurs harmonieuses proportions, les lutins portent « sur un corps noir, très petit et mal fait [...] une tête énorme et hideuse, mais ils sont doués d’une force sans limites[2] ». Leur force est telle qu’elle permet par exemple aux Jetins de Haute-Bretagne de s’amuser à jeter les menhirs et rochers sur la lande... Selon, Le Men, cette force surnaturelle n’est pas due à leur qualité physique, elle tire son origine d’un pouvoir magique. Après avoir passé en revue les éléments similaires entre les lutins et les humains, il soutient : « Voilà par quels côtés imparfaits les nains se rapprochent de l’humanité. Ils s’en éloignent par des facultés qu’ils tiennent d’un pouvoir occulte et qui sont une sorte de compensation à leur infériorité physique. Ainsi, ils ont le pouvoir de se rendre invisibles, ils comprennent le langage des oiseaux, païens et sorciers eux-mêmes, ils constamment en rapport avec les sorcières de la race humaines, et c’est par leur intermédiaire qu’elles possèdent l’art des enchantements et de la divination[3]. » L’apparente faiblesse physique des lutins ne doit pas faire oublier leur puissance magique, malheur à celui qui sous-estimerait leurs facultés !

     

    Les récits des folkloristes sont unanimes : les capacités surnaturelles des lutins sont presque sans limites. C’est la raison pour laquelle la tradition associe bien volontiers l’existence de ces créatures à celle du diable, suggérant que les premiers tirent leurs pouvoirs du second, l’auteur du Barzaz-Breiz résume : « Les nains sont sorciers, devins, prophètes et magiciens. Ils peuvent dire comme leur frère Alvis,  de l’Edda : « j’ai été partout et je sais tout[4].» Cette phrase est récurrente dans les récits, elle revient principalement dans une série de contes révélant de quelle manière il est possible de distinguer un enfant humain d’un jeune lutin lorsqu’un échange a été réalisé par les fées. La mère doit faire croire à l’enfant qu’elle prépare de la bouillie pour tout un groupe de travailleurs en faisant cuire le repas dans de simples coquilles d’œufs – si certains éléments divergent selon les sources, la structure et la conclusion demeurent les mêmes – les lutins s’étonnent et disent :

    Ninb hor beuz hada dervennou Coat-ar-zal,     Nous avons vu semer les chênes du bois de la salle
        Dansal ha hanter noz ellec’h ma lenn Brezal,  
    danser à minuit au lieu où est l’étang de Brezal
       Hogen en hor buez guel’t kemend all.               
    Mais dans notre vie, nous n’avons vu pareille chose

     

    Le Men, qui nous livre cette version, assure que ce récit est le plus populaire et le plus connu de toutes les traditions sur les lutins. Poétiquement, ceux-ci confirment à travers ces quelques mots leur science et leur connaissance du monde. Comme Alvis qui affirme : « J’ai été partout et je sais tout », les lutins de Bretagne vantent leur immense expérience, revendiquant une ancienneté et un âge plus grand que celui des plus vieux arbres, antérieur à la formation des plus vieux étangs  Bretagne. La surenchère et l’exagération  n’en attestent que plus encore des longévités de ces créatures

     

     

     Un constat qui explique parfaitement leur allure « vieillotte ». Dans une autre version du mythe, les lutins affirment avoir vu Guingamp  à l’état de bois, de pré, puis de ville ! Sachant que les premières traces d’urbanisme remontent au XIIe siècle, le détail nous permet d’affirmer que les lutins étaient déjà présents dans la région durant le Haut-Moyen-âge.

     

    Autre pouvoir surprenant le don de métamorphose est très présent dans les textes. Les lutins y ont fréquemment recours pour se jouer des humains, comme le rappelle Paul Sébillot : « Ce sont des esprits méchants qui tourment les hommes au point de les faire mourir. Ils prennent toutes sortes de formes, celles d’un taureau, qui tue les passants à coups de cornes ou d’un lièvre qui se glisse entre les jambes de ceux qui traverse un pont, et les fait tomber dans l’eau. Mais leur forme favorite est celle d’un chien barbet qui jette du feu par la gueule. »

    Le Men attribue cette méchanceté « naturelle » au sentiment d’infériorité des lutins : « Les nains ont parfaitement conscience de la supériorité physique des hommes sur eux. Ils en ressentent une jalousie extrême qui se traduit par des vexations de toutes sortes qu’ils font éprouver à ceux que le hasard fait tomber entre leurs mains, ou qui ont le malheur d’exciter leur rancune. » Il poursuit en relativisant quelque peu son propos, montrant que les lutins peuvent tout à fait rendre service aux hommes à travers leurs espiègleries : « Celui qui veut se venger d’un ennemi peut se rendre le soir près de la demeure des nains, et là, exposer à haute voix ses griefs. Les nains, engeance maudite dont le seul plaisir est de faire le mal, s’empresseront de répondre à cet appel, et la personne dénoncée ne tardera pas à ressentir les effets de ce pacte. »

            Dans cet exemple, les lutins ne font qu’accompli r la volonté des hommes, témoignant d’une certaine rapidité à s’exécuter. Pour le folkloriste, cette prompte et docile réponse des lutins ne peut être la conséquence que de leur esprit malicieux, cherchant toujours à nuire aux hommes, par simple plaisir. Il poursuit son argumentation : « On les verra parfois labourer un champ avec tant de soin qu’il semble qu’après le travail il n’y ait plus qu’à semer le grain, mais le lendemain toute trace de culture aura disparu. » Cette petite farce tient plus de la taquinerie que de la mesquinerie.

     Le témoignage des récits pousse Le Men à adoucir un peu plus son propos, l’obligeant même à reconnaître que le Petit Peuple est capable de gentillesse : S’il leur arrive, dans un moment de joyeuse humeur de rendre service à un honnête homme, ce service ne sera jamais complet, la griffe du diable y  apparaîtra toujours. »

    L’auteur ne manque de souligner la rareté de ces moments et de les attribuer à une bonne humeur aussi surprenante que révélatrice de leur esprit versatile. Toutefois, Le Men prend soin de préciser que les lutins ne montrent leur gentillesse qu’à l’égard des hommes honnêtes, apportant la preuve que ces créatures que l’on dit volontiers « diaboliques » possèdent un sens de la justice et que leurs bonnes ou mauvaises actions ne sont pas seulement le fait d’un coup du sort.

     Les récits rapportés par nos auteurs ne manquent pas de sincérité à cet égard. Nombre d’entre eux mettent en scène des lutins punissant chèrement l’opportunisme, l’égoïsme  et l’avarice, mais récompensant l’honnêteté et la fidélité. Le Men achève sa démonstration en reconnaissant la sensibilité des lutins : « Je dois dire cependant qu’ils sont très accessibles à la vanité et que l’in peut, en les flattant, en tirer quelques services. Il suffit par exemple, de se rendre  près de leurs tanières, et d’implorer humblement de leur bienveillance, soit une charrue, soit une paire de bœufs, ou tout autre chose dont on peut avoir besoin, pour qu’ils s’empressent d’y mettent ce qu’ils possèdent à la disposition de la personne qui a recours à eux. On est sûr de trouver le lendemain matin à sa porte l’objet demandé. Mais il faut le leur rendre avant le coucher du soleil, où l’on s’expose aux plus grands malheurs. »

     Pour résumer, la gentillesse des lutins est fonction de leur humeur, de l’honnêteté de celui qui s’adresse à eux et du respect dont il fait preuve, ce que Le Men attribue à de la flatterie, Sébillot, moins critique, approfondit ce dernier point. Selon lui, les lutins sont des esprits familiers qui rendent service aux personnes qu’ils affectionnent et qui font toutes sortes de malices à celles qui les ont offensées. »

     Il souligne que pour obtenir les bonnes grâces de ce capricieux esprit, il faut être avec lui plein d’attentions et de prévenances. La moindre offense suffit pour l’irriter, et alors il ne laissera échapper aucune occasion de vous jouer un mauvais tour. »

     Avec plus ou moins d’animosité, les auteurs s’entendent pour reconnaitre aux lutins un caractère intransigeant, mais juste. Le Petit Peuple condamne vivement ceux qui veulent abuser de sa sympathie ou qui lui manquent de respect. Les lutins sont passés maitres dans l’art de la farce et la plaisanterie, ils n’hésitent pas à vous jouer un vilain tour ni à se moquer des hommes s’ils en ont l’occasion, allant jusqu’à violenter et punir sévèrement ceux qui les ont offensés.

    Pour certains conteurs, ce comportement est le fruit d’une nature diabolique, pour d’autres, il est la conséquence de l’extrême simplicité des nains, de leur sentiment d’infériorité à l’égard des hommes, les poussant à utiliser leurs immenses pouvoirs pour venger cette injustice manifeste.

     

     

    © Le Vaillant Martial 



    [1] La Villemarqué : Barzaz-Breiz, Page 74.
    [2] Le Men, « TSBB », revue celtique Page 227.
    [3] Le Men  « TSBB », revue celtique Page 228.
    [4] La Villemarqué, Barzaz-Breiz, Page 74

     

     

     

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