• Overenn Sant Tu Pe Du

    Abaoe ma c’hoarzevas ar pez a zo en daneveh-mañ, eo bet laosket da goueza en he ‘foull ar chapel a oa da gouestet gwechall, e parrez Kêrglov, da Zant-Tu-Pe-Du pe da Zant Langiz evel ma ra c’hoaz Kêrgloviz outañ. Ha kement-se, war lavaret dre lzeirégèe belein ar barrez o-unan pe, marteze, dre urz an eskopti, o veza ma ne zeblante ket reiz penn-da-benn, e-keñver al lezenn gristzn ha reolennou ar gwiz feiz, an devosion koz-douar o-devoa Kerneviz d’ar Zant brudet : an trideg-se hervez ar reg oz, hag a roe pare a lamme o buhez digand ar glañvourien a vevze erbedet outañ, evel ma kave deañ e vie ar gwella deo.

    Depuis l’époque où se sont produits les faits contés ci-après, la chapelle dédiée autrefois dédiée en la paroisse de Kergolff, à Saint « Tu-Pe-Du » ou Saint Langiz, comme l’appellent encore les Kergloviens, est tombée en ruines. Cette situation est due, dit-on à l’insouciance des prêtres de la paroisse, ou peut-être aux instructions de l’évêché en raison de ce que la très ancienne dévotion des Cornouaillais à ce saint renommé n’était pas parfaitement orthodoxe au regard des canons de la religion chrétienne et des dogmes de la vraie foi : cet intermédiaire qui, aux dires des anciens, accordait la guérison ou ôtait la vie aux malades pour lesquels on le priait, suivant ce qu’il estimait être le meilleur pour eux.

     

    Daoust ma n’on-eus ket ar gwill da varn eur seurt tra, n’om ket evid mired da gaoud kerse d’eur mare, tremenet n’eus ket pell braz, ma oa tud or gouenn ken tomm ouz sent koz or bro ha ken leun a fiziañs en o galloud. Rag piou a gredo divenn eo kreket ar feiz en on touesk abaoe an amzer ma kaver drez ha linad etre mogeriou distrantret ha disto ti ar zant sebezeuz ha re veur a hini all c’hoaz, ken anavezet hag eñ, dilezet ive o chapellou dre zigasted ha dizanaoudégèz Bretoned ar mare-mañ, troetoh gand an danvez evid gand o zilvidigez ?

    Ben eun tamm, siouz ! e welom gand tristidigiez, en-dro deom, kredennou ha bozamañchou on tadou skubet gand kasenn ar hiziou nnvez, digaset gant ar hantved diene ha diskredig ma veveom ennañ

    Bien qu’il nous soit interdit ici de juger pareil fait, nous ne pouvons-nous empêcher de regretter le temps, pas si lointain, où les gens de notre région étaient tellement portés vers nos vieux saints Bretons et tellement confiant en leur pouvoir. Qui pourrait prétendre, en effet, que la foi a progressé parmi nous depuis qu’on voit des ronces et des orties envahir les murs en ruine de la demeure sans toit de ce saint étonnant, et de celles de biens d’autres, aussi célèbres que lui, aux chapelles également abandonnées du fait du manque d’intérêt et de reconnaissance des Bretons d’aujourd’hui, plus intéressés par leurs bien matériels que par leur rédemption.

    Petit à petit, hélas ! Nous voyons avec tristesse le courant des modes nouvelles apportées par ce siècle sans âme et sans foi dans lequel nous vivons.

     

     Sioul-meurbed e oa an iliz-parrez. Trouz ebed enni nemed hini momeder an horolaj o skoi, ingal ha dibaouez, e daoliou munud war e bouezig. Kristen ganet ebd enni kennebeud ... Eo, koulskoude, du-ze a-harz aoter ar Rozera, eur vaouezig koz daoulinet war eur gador, eur chapeled ganti en he daouarn, ha bihan-bihan da weled e-kochenn ar melladou pilerou mein a zouge al lein bolzet frank ...

    Un silence imposant régnait dans l’église paroissiale. On n’y percevait pas d’autre bruit que celui du balancier de l’horloge frappant ses coups ténus et retenus. Pas âme qui vive non plus ... Si pourtant : là-bas au pied de l’autel du Rosaire, une petite femme âgée était à genoux sur une chaise, un chapelet à la main, elle paraissait toute minuscule auprès des énormes piliers de pierre soutenant l’ample voûte de la charpente.

     

    Bannou heol teir eur, pounner ha tomm-bero er-mêz,a daole gand nerz, war leurenn a iliz, eur sklêrijenn valleret heñvel a-walh ouz liouiou ar ganevedenn. Sked ar gwer livet laoueneet gand Goullaouenn Vraz ar-Bed ...

    Les rayons du soleil de trois heures, accablants et brûlants au dehors, projetaient avec force au sol une lumière bariolée rappelant les couleurs de l’arc-en-ciel. Le reflet des vitraux égayés par la Grande lumière du Monde ...

    Daoust d’ar wrez ha da zehor miz eost da ren didruez er-mêz, e oa ken distan ti Doue ma oa eur hras beza ennañ. Hag ar zent koz koad. War o zichennou stag ouz ar pilerou o-devoa da voredi, eüruz da hijal, e-kreiz freskadurez al leh santel.

    Alors que la chaleur et la sécheresse du mois d’août régnaient sans pitié à l’extérieur, il faisait si bon dans la maison de Dieu que c’était une bénédiction de s’y trouver. Et les vieux saints de bois fixés aux piliers, semblaient sommeiller heureux et sans souci, dans la fraicheur du lieu saint.

     

    A-greiz-oll e wigouras an nor-dal hag tregernas an iliz houllo gand hekleo euz trouz he mudurennou merglet. Distroi a reas an hini goz he ‘fenn da zelled ouz eur vaouez-all, ker koz hag hi, o treuzi didrouz ti ar bedenn war he zreid diarhen, eur houlaouenn goar ganti en he dorn. Gwisket e oa evel eben, eur vechenn, pe goef ar barrez, ganti war he ‘fenn, hogen he herhenn ha goloet he gouzoug gand eur mouchouer truilleg, dispak eur horn aneañ war he hein. Poultrenn ha pellachou a oa war ha diouz roufennou he zal, ruz gand ar wrez, e tarze an dour-c-hwez evel perlezennou gliz.

    Tout à coup la porte grinça et l’église retentit de l’écho du bruit de ses gonds rouillés. La vieille femme tourna la tête et aperçut une autre femme, aussi âgée qu’elle, qui traversait silencieusement la maison de prière, nu-pieds sur le dallage, et un cierge à la main. Elle était vêtue comme la première, une béchenn, ou coiffe sur la tête, mais sans collerette sur les épaules, elle portait noué autour du cou, un grand mouchoir déchiré dont la pointe lui couvrait le dos. Ses vêtements étaient recouvert de poussière et de résidus de balles de grains, et des rides de son front rougi par la chaleur, perlaient des gouttes de sueur semblables à de la rosée.

     

    A-greiz-oll e wigouras an nor-dal e tregernas an iliz houllo gand an hekleo euz trouz he medurennou merglet. Distroi a reas an hini goz he ‘fenn da zelled ouz eur vaouez-all, ker goz hag hi, o truezi didrouz leurenn ti ar bedenn war he zreid diarhen, eur houlaouenn goar ganti en he dorn. Gwsket e oa evel eben eur vechann, pe goef ar barrez, ganti war he ‘fenn, hohen digolier he herhenn ha goloet he gouzoug gand eur mouchouer truilleg, dispak eur horn aneañ war he hein. Poultrenn ha pellachou a oa war he dillad ha diouz roufennou he zal, ruz gand ar wrez, e tarze an dourc’hwez evel perlezennou gliz.

    Tout-à-coup la porte du porche grinça et l’église retentit de l’écho du bruit de ses gonds rouillés. La vieille femme tourna la tête et aperçut une autre femme, aussi âgée qu’elle, qui traversait silencieusement la maison de la prière, nu-pieds sur le dallage, et un cierge à la min. Elle était vêtue comme la première, une béchenn, ou coiffe de la commune sur la tête, mais sans collerette sur les épaules, elle portait noué autour du coup un grand mouchoir la pointe lui couvrait le dos. Ses vêtements étaient couverts de poussière et de résidus de balles de grain, et des rides de son front rougi par la chaleur perlaient des gouttes de sueur semblables à de la rosée.

     

    En tu dehou, e-barzh an iliz, e oa eur zantez skeudennet kaer ha flour, harpe the hein ouz eur piler ha troet he ‘fas etrenneg dora r porched. Ya ! Eun tamm brao a skeudenn, e gwirionez, nevez-flamm ha grêt gand danvez ker fin ha livet ken tener ma oa eun drugar he gweled. Savet e oa war eur zichenn goad kizillet a-zoare ha, dindan he zreid, e helled lenn, skrivet e lizerennou aour, ar homzou-mañ e galleg : « Santez Tereza ar Mabig Jezuz, pedit evidom ». E skoaz ar zantezig koant-se, nevez-tronet eno, e seblante sent all an iliz dopez, groz, pounner ha disneuz, par a-walh da astud reuzeudig e-keñver eur briñsezig vistr ha skañv, eviti da zougen dillad leanez. E-touesk he henseurted koad, eh en em gave, el leh santel, evel eur rouanez e-kreiz he lez.

    À droite dans l’église, se trouvait une sainte représentée de façon fort belle et élégante, adossée à un pilier, le visage tourné vers l’entrée principale. Oui ! Une bien belle statue en vérité, toute neuve, réalisée dans une matière tellement fine, et si délicatement colorée, que c’était un bonheur de la voir. Dressée sur un piédestal en bois savamment ouvragé, on pouvait lire sous ses pieds, l’invocation, en français : « Sainte Thérèse de l’enfant Jésus, priez pour nous ! ». Auprès de cette ravissante petite sainte nouvellement intronisée là, les autres saints de l’église semblaient mastoc, grossiers lourds et disgracieux, pareils à une plèbe de miséreux par contraste avec une petite princesse gracile et légère, bien que revêtue de l’habit religieux. Dans ce lieu saint, elle semblait une reine entourée de sa cour.

     

    Ha koulskkoude, tra zouezuz, n’eo ket war-zu ar zantez vrao e yeas ar vaouez gand he goulaouenn. Ouz eur piler-all, e oa eur patron santig o selled ouz ar gador-brezeg. Bitouz-bitouz e oa, disterig e zoare, poulrennet hag eet disliv gand an amzer, eur penn deañ o tenna d’eur voul-gillou ha daoulagad iskiz ha divuhez ennañ. An divaloa euz ar zent en iliz heb lavared gaou !

    Et pourtant chose étrange, ce n’est pas vers la sainte que se dirigea la femme avec son cierge. Contre un autre pilier se trouvait l’effigie d’un petit saint faisant face à la chaire à prêcher. Il était poussiéreux et avait perdu ses couleurs au fil du temps. Sa tête ressemblait à une boule de jeu de quilles et ses yeux étaient bizarres dénués d’expression. C’était sans conteste le plus vilain de tous les saints de l’église !

     

    Gand doujañs e tosteas an hini goz ouz ar hoz santig. Enaoul a reas he goulaouenn goar hag e pignas war eur gador evid lakaad war beg lemm skeudenn. Neuze e taoulinas war ar gador hag e krogas da bedi, e pare eur feiz virvidig ha gwirion, daoust d’ar glahar anad a oa enni, ne, ne ouele ket. Hogen huanadennou truezuz da fichal ha, beb eur mare, e teue ganti a vouez izel eur bedenn entanet ha leun a fiziañs : « Ma Doue, ho pet truez outañ ! Ha c’hwi Aotrou Sant Diboan benniguet, roi tar pare da Lorañsig mar plij ! »

    C’est avec respect que la vieille s’approcha du misérable saint. Elle alluma son cierge et monta sur une chaise pour le mettre sur la pointe d’un support en fer fixé dans le pilier près de la statue. Elle s’agenouilla alors sur la chaise et se mit à prier de tout son cœur. Sur son visage anxieux et grave transparaissait une foi vive et sincère. Elle était au bord des larmes et, malgré son évidente détresse, elle ne pleurait point, mais ne pouvait retenir des gémissements pitoyables. Ses lèvres ne cessaient de remuer et de temps à autre elle laissait entendre, à voix basse, une prière ardente et toute confiante :

    « Mon Dieu, ayez pitié de lui ! Et vous, Saint Diboan béni, rendez la santé à Lorañsic, s’il vous plaît ! »

     

    Tosteet ar vaouez-all, med ne gredas ket komz outi ganda on droha he ‘fedenn. Heb trouz ha war he ‘fouezig e kuiteas an iliz ha, kuriuz an tamm anezi, e chomas da hedal er porched. Ne oe ket pell o hortoz rag, dizale war he lerh, e tigoras an nor adarre hag e teuas eben er-mêz d’he zro.

    L’autre femme s’était approchée, mais elle n’osa pas lui parler, par crainte d’interrompre sa prière. Discrètement et sans hâte, elle quitta l’église et, curieuse de nature, elle resta faire le guet dans le porche. Elle n’eut pas longtemps à attendre car peu après, la porte s’ouvrit à nouveau et l’autre sortit à son tour.

     

    « Che ! paour-kêz Frañseza », eme an hini genta eur vouez o truezi, « hag unan-bennag gwall-glañv a zo du se ‘ta, pa z’oh deuet a-bres-herr d’elumi eur houlaouenn da Zant Diboan ? »

    « Doux Jésus ! Ma pauvre Frañseza » dit la première voix empreinte de pitié, « y-a-t-il donc quelqu’un de gravement malade chez toi pour que tu sois accourue de tout eurgence brûler un cierge à Saint Diboan ? »

     

    En tu dehou, e-barzh an iliz, e oa eur zantez skeudennet kaer ha flour, harpet he hein ouz eur piler ha troet he ‘fas etremeg dor ar porched. Ya ! Eun tamm brao a skeudenn, e gwirionez, nevez-flamm ha grêt gand danvez ker fin ha livet ken tener ma oa eun drugar he gweled. Savet e oa war eur zichenn goad kizellet a-zoare ha, dindan he zreid, e helled lenn, skrivet e lizerennou aour, ar honzou-mañ e gelleg : « Santez Tereza ar Mabig Jezeuzn, pedit evidom » E-skoaz ar zantezig koant-se, nevez-tronet eno, e seblante sent all an iliz dopez, groz pounner  ha disneuz, par-a-walh da astud reuzeudig e-keñver eur briñsezig vistr ha skañv evit da zougen dillad leanez.E-touesk he henseurted koad, eh en em gave, el leh santel eur rouaner e-kreiz he lez.

    À droite, dans l’église, se trouvait une sainte représentée de façon fort belle et élégante, adossée à un pilier, le visage tournée vers l’entrée principale. Oui ! Une bien belle statue en vérité, toute neuve réalisée dans une matière tellement fine, et si délicatement colorée, que c’était un bonheur de la voir. Dressée sur un piédestal en bois savamment ouvragé, on pouvait lire, sous ses pieds, l’invocation suivante en français : »Sainte Thérèse de l’enfant Jésus, priez pour nous ! ». Auprès de cette ravissante petite sainte nouvellement intronisée là, les autres saints de l’église semblaient mastoc, lourds et disgracieux, pareils à une plèbe de miséreux  par contraste avec une petite princesse gracile et légère revêtue de l’habit religieux. Dans ce lieu saint, au milieu de ses congénères en bois, elle semblait une reine entourée de sa cour.

     

    Ha koulskoude, tra zouezuz, n’eo ket war-zu ar zantez vrao e yeas ar vaouez hand he goulaouenn. Ouz eur piler-all, e oa eur patrom santig o selled ouz ar gador-brezzeg. Bitouz-bitouz e oa, disterig e zoare, poultrenned hag eet disliv gand an amzer eur penn deañ o tenna d’eur voul-gillou ha daoulagad iskiz ha divuhez ennañ. An divaloa zue zent a oia en iskiz ha divuhez ennañ. An divaloa euz ar zent a oa en iliz heb lavared gaou !

    Et pourtant, chose étrange, ce n’est pas vers la belle sainte que se dirigea la femme avec son cierge. Contre un autre pilier se trouvait l’effigie d’un petit saint faisant face à la chaire à prêcher. Il était riquiqui, d’aspect minable, poussiéreux et avait perdu ses couleurs au fil du temps. C’était sans conteste le plus vilain de tous les Saints de l’église !

     

    Gand doujañ e tosteas an hini goz ar hoz santig. Enaoui a reas he goulaouenn goar hag e pignas war eur gador evid lakaad war beg lemm eun dailher houarn sanket er piler e-kichenn ar krogas da bedi a-greiz kalon. War he dremm ankeniet ha kaled, e pare eur feiz virvidig ha gwirion. Prest a-walh e oa he daoulagad da zourenna, med, daoust d’ar glahar anad a oa enni, ne ouele ket. Hogen huanadennou truezuz a laoske dalhmad. Ne ehane ket he muzellou da fichal ha, beb eur mare, e teue ganti a vouez izel eur bedenn entanet ha leun a fiziañs : »Ma Doue, ho pet truez outañ ! Ha c’hwi Aotrou Sant Diboan benniget, roit ar pare da Lorañsig mar plij ! »

    C’est avec respect que la vieille s’approcha du misérable saint. Elle alluma son cierge et monta sur une chaise pour le mettre sur la pointe d’un support en fer fixé dans le piler près de la statue. Elle s’agenouilla alors sur la chaise et se  mit à prier de tout son cœur. Sur son visage anxieux et grave transparaissait une foi vive et sincère. Elle était au bord des larmes et, malgré son évidente détresse, elle ne pleurait point, mais elle ne pouvait retenir des gémissements pitoyables. Ses lèvres ne cessaient de remuer et de temps à autre elle laissait entendre, à voix basse, une prière ardente et toute confiante : »Mon Dieu, ayez pitié de lui ! Et vous, Saint Diboan béni rendez la santé à Lorañsic, s’il vous plaît »

     

    Tosteet e oa ar vaouez-all, med ne gredas ket komz outi gan aon da droha he ‘fedenn. Heb trouz ha war he ‘fouezig e kuiteas an iliz ha, kuriuz an tamm anezi, e chomas da hedal er porched. Ne eo ket pell o hortoz rag, dizale war he lerh, e tigoras en nor adarre hag e teuas eben er-mêz d’he zro.

    L’autre femme s’était approchée, mais elle n’osa pas lui parler, par crainte d’interrompre sa prière. Discrètement et sans hâte, elle quitta l’église et, curieuse de nature, elle resta faire le guet dans le porche. Elle n’eut pas à attendre longtemps car, peu à près, la porte s’ouvrit à nouveau et l’autre sortit à son tour.

     « Chesuz Doue ! Merh kêz » a estlammas Katell, « ha ken gwaz-se eo deañ ‘ta ? N’em-oa ket klevet c’hoaz e oa klañv ! »

    « Jésus mon Dieu ! Ma pauvre fille » s’exclama Katell, « il va donc si mal ? Je n’avais pa encore entendu dire qu’il était malade ! »  

     

    « Ya, Katell baour », a respontas houmañ doaniet-oll, « ma « fotr Lorañs a zo o vond da vervel, a gredan . »

    « Oui ma chère Katell » répondit celle-ci pleine d’affliction, « mon fils Lorañs va mourir, je crois. »

     

    « Eo klañ-fall eo ha kaer –neus ar medisin poania outañ e ya bemdez war zisterra. Eun druez eo gweled outañ e ya bemdez war ziterra. Eun druez eo gweled aneañ o houzañv evel ma ra ... Ous penn eiz deiz ‘zo e vezom dalhamd war-gren e tremente en eul taol-beree. Ken berr eo warmañ ha ken gwasket e galon, ma kred din n’eus nemed an Aotrou. Sant Diboan benniguet hag a zo gouest d’ober bezañ eur vad bennag ... Ma fiziañs am-eus lakeet er zant braz-se ha, setu perag, on deuet en eur redadenn, d’an iliz, da houlen eur burzud digantañ rag, war a welan, ne hell ar medisin netra ken ... Med, siwaz ! Ma ne wella ket da Lorañsig dizale, e vo gwelloh deañ mervel evid chom da ziwaska kement a boan ...

    Kenavo a laran deoh ! Mond a ran d’ar gêr dioustu ganda on e vefe gwaseet deañ c’hoaz. »

    « Si, son état est très grave, et le médecin a beau mettre toute sa peine à le soigner, il faiblit de jour en jour. C’est pitié de le voir tant souffrir ... Depuis plus de huit jours, nous vivons dans la crainte de le voir mourir d’un instant à l’autre. Il est si oppressé et son cœur si opprimé qu’il n’y a plus je crois que le bon Saint Diboan qui puisse lui apporter quelque soulagement ... J’ai mis mon espoir en ce grand saint, et c’est pourquoi je suis accourue d’un saut à l’église pour lui demander un miracle, car à ce que je vois, le médecin ne peut plus rien pour  lui ... Si, malheureusement l’était de Lorañsic ne s’améliore pas rapidement il est préférable pour lui de mourir plutôt que de rester endurer tant de souffrance ... Je te dis au revoir ! Je m’empresse de rentrer de peur que son état ne se soit encore aggravé. »

     

    « Gwerhez Vari ! » eme neuze Katell, izel he mouez hag e-giz ma n’he-dije ket kredet anzav he zoñj didroidell, « ma ‘z’eo ken tuezuz ze stad, e vefe mad deoh lakaad eun overenn evitañ e chapel Sant-Pu-Pe-Du. N’eus ket par d’ar zant-se da ziboania buan ar glañvourien ... »

    « Vierge Marie ! » dit alors Katell à voix basse comme si elle n’osait pas avouer franchement son idée, « si son état si pitoyable, il serait bon que tu fasses dire une messe pour lui à la chapelle de Saint-Tu-Pe-Du. Ce saint n’a pas son pareil pour soulager rapidement les malades... »

     

     Kerkent ha ma oe pelleet diouz ar vourh, e kerzas Frañzesa d’an dripig, heb damant d’he zreid noaz bloñset ha kignet gand grean ha mein an hent braz. Mall he devoa da houzoud penôz e kavje he mab pa vije distro d’ar gêr. Ha, dre ma yee gand an hent, e prederie war ar pez he-devoa Katell dei o porched an iliz

    « Lakaad eun overenn evid Lorañsig e chapel Sant Pu-Pe-Du ? »

    Sitôt qu’elle eut laissé le bourg derrière elle, Frañseza se mit à trottiner sans se soucier de ses pieds nus, meurtris et écorchés par les gravillons et les pierres de la grand-route. Elle avait hâte de savoir dans quel état elle retrouverait son fils de à la maison. Et tout en cheminant, elle réfléchit à ce que lui avait dit Katell dans le porche de l’église.

    « Faire dire une messe pour Lorañsic en la chapelle de Saint Tu-Pe-Du ? »

     

    Ya ! Aliez e oa bet deuet ar zoñj-se dei ha, bewech, he-devoa her haset kui diouti, rag ar zant-se ne hoarie ket. Ha ma raje d’ar paour-kêz Lorañs mond d’ar bed-all e leh roi deañ ar pare ? Gouzoud a ouie an oll ne fazie morse, unan a zaou, da zigas ar yehed d’ar glañvourien a veze erbedet outañ, pe da temel o buhez diganto evel ma c’hoarveze liez gwech, oh o lakaad da vond e tu pe du, hervez ma da lesannvet e-unan, pa ne ouie den ano mad ebed deañ.

    Oui ! bien souvent elle y avait pensé elle-même, mais chaque fois que cette idée lui était venue, elle l’avait repoussée, car ce saint-là ne plaisantait pas. Et si, au lieu de lui apporter la guérison, il faisait passer le pauvre Lorañsic dans l’autre monde ? Chacun savait qu’il ne manquait jamais d’apporter la guérison aux malades qu’on lui recommandait, soit de leur ôter la vie comme cela arrivait maintes fois, en les laissant passer d’un côté ou de l’autre, ce qui lui valait ce surnom de Saint-Tu-Pe-Du, puisque personne ne lui connaissait de nom propre.

     

    Gand ar zoñjou-se war he spered, e oa diêz-braz penn Frañseza o klask gouzoud petra d’ober. Hivoudi a ree, mantret ha divenn, hag eur pouez ankeniuz a waske he halon. Med komzou Katell o voudinella bepred en he diskouarn, a gendalhe d’he zouella ha da zanka enni-mui ar mennoz e vije red dei en em droi ouz ar zant hag a oa, dre Aotrou Doue, mestr war ar vuhez hag ar maro. Ha kement-se petra bennag a hllje en gavoud da houde.

    L’esprit occupé par ces pensées, Frañzesa était très contrariée, ne sachant quelle décision prendre. Elle gémissait, accablée et indécise, une pesante angoisse sur le cœur. Cependant, les paroles de Katell résonnaient sans cesse à ses oreilles continuaient à la tourmenter et à la convaincre de plus en plus qu’il fallait s’adresser au saint qui, par la grâce de Dieu, était maître sur la vie et sur la mort. Et ce, quoi qu’il put se produire par la suite

     

    Pa zigouezas er pors a oa dirag he zi, e klevas ar veill-nizad o vond en-dro. Fañch Dorval, he gwaz, a oa o voueta ar benveg ha Mari, he merh, eur grennarder bleo du, o lakaaad tro ennañ. Poultrenn ha pellachou a nije dioutañ, dindan bannou skeduz an heol bero o para war leur striz ha mank. Ne oa ket eur berad avel dindan an oabl glaz ha digoumoul ha, daoust ma vije bet, n’eao ket eno en dije c’hwxezet e gwasked ar bern foenn hag ar bern plouz, hemañ dibell c’hoaz abaoe an dorna.

    Lorsqu’elle arriva dans la cour devant sa maison, elle entendit le bruit du tarare[1] en marche. Fañch Dorval, son mari, alimentait la machine et Marie sa fille, une adolescente aux cheveux noirs, tournait la manivelle. Des poussières et fétus de balle volaient hors de l’appareil, sous les rayons étincelants d’un soleil de plomb qui inondait l’aire à l’exiguïté oppressante. Il n’y avait pas un souffle de vent sous le ciel bleu immaculé et, même s’il y en avait eu, ce n’est pas ici qu’on l’aurait senti, à l’abri du tas de foin et du tas de paille, ce dernier encore non peigné depuis le battage.

     

    Tagnouz e oa d’an ozah hag emede da vad o hourdrouz e verh, war zigarez ne droe ket ar veilliniza plên a-walh. Mond a ree ganti gwechou a-dourtadou ha gwechou all re houstadig. Anad a oa e oaskluz-maro ar grennardez hag e ranke ober beh da gas an  ijin en-dro. O weled e wreg oh erruoud, e hozmolas en tieg eun dra bennag etre e zent. Ha goude kerkent, avouez uhel ha gand kasoni :

    Le patron était grincheux et réprimandait sans retenue sa fille au motif qu’elle n’actionnait pas le tartare avec assez de régularité, parfois elle le faisait tourner par saccades, et parfois trop lentement. Il était évident que la jeune fille était morte de fatigue et qu’elle peinait beaucoup à faire tourner l’engin. A la vue de sa femme qui rentrait, le cultivateur ronchonna quelque chose entre ses dents. Puis aussitôt après, haussant la voix, il l’apostropha méchamment :

     

    « E pe leh oh bet o koll hoh amzer e-giz-se ? » emezañ. N »N’eo ket bremañ ema ar mare da vond diwr-dro ar gêr p’ema an eost ganeon da nizad ha da gas d’ar zolier ha p’e-neus ranket an hini gouesta ahanom chom war e wele d’an ampoent ma oa ar muia a ezomm aneañ ! »

    « Où donc as-tu été perdre ton temps ainsi ? » lança-t-il, « Ce n’est pas le moment de quitter la maison, alors que nous avons la moisson à vanner et à monter au grenier, et que le plus fort d’entre nous est cloué au lit au moment même où nous avons le plus besoin de lui ! »

     

    Na daolas ar vaouez er homzou dizoare hag e yeas gand mall d’an ti, gwasketoh he halon evid biskoaz. War al leuz-zi, dindan an daol-voued, e oa eun nebeud yer o tisktrapa o pigosa eun tamm kreuñ bara. An heol, o para dre doull an nor, a dape beteg bank ar gwele-koz, o lakaad an arrebeuri-all koz ha magedet, da veza teñvalloh c’hoaz evid kustum

    La femme ne prêta pas attention à ces paroles désobligeantes, et se hâta vers la maison, le cœur plus oppressé que jamais. Par terre, sous la table de la cuisine, quelques poules grattaient et picoraient un croûton de pain. Les rayons du soleil entrant par l’ouverture de la porte parvenaient jusqu’au banc du lit clos, et par contraste les autre meubles, vieux et marqués par la fumée, en paraissaient encore plus sombre qu’à l’ordinaire.

     

    Pignad a reas ar vamm war ar bank hag e sellas e-barzh ar gwele. Ken mantret e oe gand ar pez ar wetas ma tarbas dei kaoud eur ‘fallaenn. Astennet war liven e gein e klaske ar halañvour tapa e anal, e henou gantañ digor-barz. Gleb-teil e oa o c’hwezi hag euz e zaoulagad leun a spont hag a eur, ne welas Frañseza nemed  ar gwenn.hogen euzusoh e oa c’hoaz ar rohonell a deue euz toull e houzoug ha ken ankeniet e oe ganti ar vamm baour ma kredas nevije ket evid taloud ouz he halonad. En eur redadenn e oe beteg al leur, skoeffet ne daoulagad ha penn follet oll, e-giz m’he dije kolet he slkiant-vad.

    La mère s’empressa de monter sur le banc et regarda à l’intérieur du lit. Elle fut si agitée de ce qu’elle vit qu’elle faillit s’évanouir. Couché sur le dos, le malade cherchait son souffle, la bouche grand ouverte. Il était en nage et Frañseza ne vit de ses yeux épouvantés que le blanc. Mais plus horrible encore était le râle qui émanait de sa gorge, et la pauvre mère en fut si bouleversée qu’elle crut ne pas pouvoir supporter sa douleur. Elle courut à l’aire à battre, les yeux hagards et complétement affolée, comme si elle avait perdu raison.

     

    « Ahanta ! » emei, treñk, ha dicheg he mouez, « labour a-walh a zo grêt amañ hirio ha, kaer a vo, e chomo labour atô d’ober war on lerh !. N’eo ket dao en em jala kement-se gand  niza pa z’eo ken kaer an amzer ha p’ema Lorañsig kêz o vervel, Gwelloh e vefe mond da glask ar beleg hag ar medisin war e dro !... »

    « Eh bien donc ! » dit-elle, sur un ton aigre et avec défi, «  on a assez travaillé ici pour aujourd’hui et on aura beau faire, il restera toujours du travail après nous ! Ce n’est pas la peine de tant s’inquiéter pour le vannage alors qu’il fait si beau, cependant que le malheureux Lorañsic est en train de mourir. Il vaudrait mieux appeler le prêtre et le médecin à son chevet ! »

     

    Dont a reas ar beleg da nouenna ar hlañvour. Ne oe ket pell ar  medisin war e lerh kennebeud, ha ne jomas ket da zelea en «’ti. Eun hij a reas  d’e ziouskoaz, goude beza teutet Lorañsig hag eveseet ouz e skevent gand eur benveg-selaouer.A-vouez izel e tisklêrias d’an tad ha vamm e eo echu d’o mab. Marteze, emeañ, e heilje padoud c’hoaz eun  nebeud deveziou-all, ma ne lammje ket re an derhienn warmañ. Hogen ne oa netra d’ober evid e zavatei ha kalz poan a rankje diwaska a-barz mervel.

    Le prêtre vint administrer l’extrême onction au malade. Le médecin ne tarda pas à lui succéder, mais ne traîner dans la maison. Après avoir ausculté Lorañsic et écouté sa respiration à l’aide d’un stéthoscope, il haussa les épaules. À voix basse, il déclara au père et à la mère que leur fils était condamné. Peut-être, ajouta-t-il, qu’il pourrait se traîner quelques jours encore, si sa fièvre ne s’emballait pas. De toute manière, il n’y avait rien à faire pour le sauver, et il aurait encore à endurer beaucoup de souffrance avant de mourir.

     

     Eun dizaouzan, glaharuz a oe ar hormou-ze d’ar vamm rag beteg neuze, ha daoust da bep tra, he-devoa miret e goulid he halon ar fiziañs e pareje he mab. Ha, ken ankeniet e oa, mane rannas ger pa gimiadas ar medisin.

    Ces paroles furent une désillusion cruelle pour la mère qui, jusqu’alors et malgré tout, avait conservé au fond d’elle-même l’espoir de voir son fils guérir. Et son angoisse était telle qu’elle ne put dire mot lorsque le médecin prit congé.

     

    E-pad an noz penn-da-benn, e chomas da veilla Lorañsig. Hag eur wall-nozvez a oe honnez, e gwirionez. Beteg div eur diouz ar mintin tost da vad e veze, beb eil gwech, o lavared he chapeled hag o hlebia, gand dour fresk, muzellou ar hlañvour eet hlebia, gand dour fresk, muzellou ar hlañvour eet seh-skorn ha spinahet gant an derzienn. Med dond a reas da wasaad deañ hag oh alteri e savare a-vouez uhel. Hag oh alteri e savare a-vouez uhel. Hag e gomzou diskiant n’o-devoa na penn na lost.E-keist-se ha beb eur mare, evel sinadou strafuilluz, e tregerne an noz gand yudadennou eur hi ha skrijadennou lapous an Ankou.

    Toute la nuit durant elle resta veiller Lorañsic. Ce fut une nuit forte éprouvante en vérité. Jusqu’à près de deux heures du matin elle récitait son chapelet, tantôt elle humectait avec de l’eau fraîche les lèvres du malade, desséchées et gercées par la fièvre. Puis son état s’aggrava, il se mit à délirer parlant à haut-voix, mais ses paroles n’avaient aucun sens. Cependant, de temps à autre, comme autant d’intersignes effrayants, les hurlements d’un chien et les cris de l’oiseau de la mort retentissaient dans la nuit.

     

    En eun taol-kont e klaskas Lorañsig sevel euz e wele hag e rankas ar vamm reuzeudig stourm outañ, a-bouez he oll nerz, evid e zerhel ennañ. Kaled e oe ar hrogad ne oa ket Frañseza gwall-greñv ken, ha Lorañsig, evitañ da veza eet sempl gand ar heñved, ne oa ket dinerzet tre. Koulskoude e-oe treh ar vamm d’ar mab hag hemañ, fêzet gand ar beh e-nevoa grêt, a jomas da ziflaka war ar gwele. Ha goude eur gaouad poan skijuz, eh êseas deañ hag e seblantas moredi.

    Brusquement Lorañsic tenta de sortir de son lit, et la malheureuse mère dut lutter de toutes ses forces pour le convaincre d’y rester. Frañseza dut lutter durement, car elle n’était plus très vigoureuse, alors que Lorañsic, tout affaibli qu’il était par la maladie, n’avait pas perdu toutes ses forces. Finalement la mère eut le dessus sur son fils et ce dernier épuisé par l’effort qu’il venait de fournir, s’affala sur le lit. Enfin après une crise de douleur intense, il se calma et sembla s’assoupir.

     

    Neuze eñ azezas Frañseza d’ober eun diskuiz ha da druezi adarre war stad vantruz he mab. Eun dra anad a oa e houzañve Lorañsig evel eur merzer hag e vije gwelloh deañ mervel chom da ziwaska kelent a boan. Sammet gand he glahar, eh anzave ar vaouez outi he-unan e vije eur hras kaer, marteze, ma teuje an Aotrou Doue da hervel davetañ an tohor kêz. Ne oa ket ankoueet ganti ar huzul he-devoa roet Katell dei e porched an iliz. Ha daoust pegen diêz bennag e kave gand eur seurt menoz e reas ha soñj da lakaad eun overenn evid ar hlañvour e Chapel Sant Tu-Pe-Du.

    Alors Frañseza s’assit pour faire une pause et s’apitoya encore sur l’état affligeant de son fils, il était évident que Lorañsic souffrait le martyre et qu’il valait mieux pour lui mourir que de rester endurer tant de souffrances. Accablée de chagrin, la femme admit en son for intérieur que ce serait peut-être une belle grâce que le Seigneur vînt le rappeler à lui le pauvre agonisant. Elle n’avait pas oublié le conseil que lui avait donné Katell dans le porche de l’église. Et quelque pénible que lui parût une telle idée, elle se décida à faire dire une messe pour le malade en la chapelle de Saint-Tu-Pe-Du.

     

    Kement-se, a-dra zur, ne vije ket êz da zeveni. Eur pennad hir a hent a zo etre ar Feunteun-Wir, e-leh m’emede o chom, ha chapel ar zant braz savet war zouar parrez kêrglov. War he zroada e yaje di, rag, a briz ebed, ne houlejnnje digand Fañch Dorval, he gwaz, ar gazeg hag ar charbañ evid ober he zroiad, na ne anzavje he zoñj outañ zoken.

    Une telle démarche, assurément ne serait pas facile à  accomplir, il y avait un bon bout de chemin entre Feunteun-Wir, où elle habitait, et la chapelle du grand saint édifiée sur le territoire de la paroisse de Kergloff. C’est à pied qu’elle s’y rendrait car, à aucun prix, elle ne demanderait à Fañch Dorval son mari, la jument et le char à banc pour ce voyage, elle ne lui dévoilerait même pas son intention.

     

    Eur bloaz bennag kentoh, he devoa prometet mond da bardona da Zantez Anna-Wened ha, pa oa falvezet ganti Virj ouz ar chetañ, e oa têret d’an ozah koz : « M’ho-peus prometet Frañseza », e-nevoa lavaret dezi, kintuz ha fuhet,  « chwi ‘zi brmeto, rag ma hazeg da Zantez Anna-Wened ne yay ket ! »

    Environ un an auparavant, elle avait vœu d’aller en pèlerinage à Sainte-Anne d’Auray, et lorsqu’elle voulut atteler Virj au char-à-banc, le vieux patron s’était emporté : « Si tu as fait ce vœu Frañseza », lui dit-il hargneusement et hors de lui, « tu le déferas, car à Sainte-Anne d’Auray ma jument n’ira pas ! »

     

    Ya ! War droad eta, e kerjze da di Sant-Tu-Pe-Du, ne ven pegen hir ha skuizuz e vije ar veaj. O ! Gouzoud mad a oulie an hent beteg eno ha n’eo ket souezuz kement-se. Gwechall, pa oa yaounk hag a-rôg m’en devoa kemeret he gwaz ar Feunteun-Wir diouz ferm, e ree micher da vond Blevin, da bedi Sant Diboan, evid anaon re dremenet ar barrez. Devod-braz e oa an dud dre amañ d’ar zant-se ha Devod-braz e oa an dud dre amañ d’ar Zant-se ha neb piou bennag e-neveze kollet unan euz e gerent tost a yee da bardonna d’iliz, pe a gase eur hannad euz eberez, da houlenn ma vije diboaniet ene an hini maro diouz tan ar purgator. Beteg ma veze eet ken tost dei, e hirree Frañseza he zro hag, en eur zond d’ar gêr war he hiz, e c’choarveze ganti troi d’ober eur gwel, war barrez Kêrglov, da japel an Aotrou Sant Tu-Pe-Du, ar zant iskiz ha misteriuz-se hag e-neus perz, evel m’am-eus lavaret misteriuz-se hag e neuz perz, evel m’am-eus lavaret uhelloh, da roi ar pare d’ar glañv pe d’o lakaad da vervel, hervez ma plij gatañ, p’e-nevez an dibad-se d’ober. Hogen daoust ha ma kare ha ma touje kalz sent koz ar vro, ne oa ket douget-braz ar vaouez deañ. Neh kement-se dre an abeg d’ar galloud kuz-se e-nevoa a-berz Doue.

    Oui ! C’est donc à pied qu’elle se rendrait à la demeure de Saint Tu-Pe-Du, peu importe la longueur et la fatigue du voyage. O ! Elle connaissait bien la route qui y menait, et cela n’avait rien d’étonnant. Autrefois quand elle était jeune et avant que son mari ne prenne Feuteun-Vir en fermage, elle, elle faisait métier de se rendre à Plévin prier Saint Diboan pour les âmes des trépassés de la paroisse. Les gens d’ici portaient une grande dévotion à ce saint, et quiconque avait perdu un proche allait en pèlerinage en son église, ou bien déléguait quelqu’un pour demander de sa part la délivrance de l’âme du défunt du feu du purgatoire. Et, tant qu’à passer sur le chemin du retour pour faire une visite en la chapelle de saint Tu-Pe-Du, ce saint étrange et mystérieux auquel il appartient comme je l’ai mentionné plus haut de guérir ou de faire trépasser les malades selon sa convenance, lorsque le choix lui en revient. Une telle puissance inquiétait, et elle avait une sorte de méfiance à son égard, et ce en raison de ce pouvoir mystérieux qu'il détenait de Dieu.

     

    Ha, setu perag, ne oa ket falvezet ganti morse, eviti da veza bet pedet meur a welc d’hen ober, lakaad averennou da zant ollvrudet Kêglov, en e chapel, evid tud klañv war o zremenvan.

    C’est d’ailleurs pourquoi elle n’avait jamais consenti, bien qu’elle eût été sollicitée très souvent pour cela, à recommander des messes pour des agonisants, en sa chapelle, auprès du saint de Kergloff à la renommée universelle.

     Bremañ siwaz ! Ne oa ket heñvel ar gudenn. Reg riz e oa poaniou Lorañsig evvid beza laosket pelloh da houzañv, heb klask an tu d’zivehia. Hag, eur wech c’hoaz, mil-welloh e oa deañ beza er bed all ma rankje chom er verzenti m’emede enni ...

    Maintenant, hélas ! C’était une tout autre affaire. Les souffrances de Lorañsic étaient trop cruelles pour le laisser subir plus longtemps, sans cherche le moyen de le soulager. Et une fois encore, il valait infiniment mieux pour lui être dans l’autre monde s’il ne pouvait échapper à un tel martyre ...

    Dinezr ha raouliet, e klemme Lorañsig goustadig. E vamm a hlebias deañ e vuzellou gand korn eun torchouer bet soubet ar zaillad dour hag e tregernas kan sklitin eur hog, ha bannou kenta an heol, o para en ti-dreuz gwer ar prenest, a lakeas ar houlaouenn war-enaou da goll he sked. Neuze e tiskennas an orah euz ar zolier ha, goude beza grêt eur skarz d’e houzoug, e lavaras emede o vond d’ar park da gerhad eur harrad melchen. Eur zell a daolas da gerhad eur harrad melchen. Eur zell a daolas war ar hlañvour heb distage eur grik.

    À bout de force, Lorañsic gémissait faiblement d’une voix rauque. Sa mère lui humecta les lèvres avec le coin d’un  torchon trempé dans le seau d’eau et lui sécha le front moite de sueur. Au-dehors retentit le chant du coq, et les premiers rayons du soleil pénétrant dans la maison à travers les vitres, firent pâlir la lumière que donnait la flamme de la bougie. C’est alors que le patron descendit de l’étage et, s’étant raclé la gorge, qu’il allait au champ prendre une charretée de trèfle, il jeta un œil sur le malade, sans prononcer un mot.

     

     Pa  oe eet er-mêz an ti, e tihunas Frañseza he merlh. Gourhemenn a reas dei teurel evez ouz kement tra ha beza aketuz war-dro he breur, e-keit ma yaje da glask eul louzou a wellaje deañ.

    Quand il fut sorti, Frañseza réveilla sa fille. Elle lui ordonna de s’occuper de tout et de prendre soin de son frère, cependant qu’elle irait lui chercher un médicament susceptible de le soulager.

     Euz he gwele e kelvas Katell skoi war he dor. Kerkent e tilammas da zigori hag e kavas Frañseza dirazi, distroñket-oll ha liou ar maro warni. Ne oe ket hir ar gaoz « Katell gêz » erne Frañseza, « choant  braz am-eus da ginnig eun overenn, evid Lorañsig, da Zant-Tu-Pe-du en e chapel, rag ne hell ket padoud ken gand boan. Ha deuet on da houlenn diganeoh mond da gestal ar werz anei, mar plij ! »

    Katell était encore au lit quand elle entendit frapper  à sa porte Elle s’empressa d’aller ouvrir et elle découvrit Frañseza l’air défait et pale comme la mort. La conversation fut brève : « chère Katell’ » dit Frañseza, « j’ai grande envie d’offrir une messe pour Lorañsic à Saint-Tu-Pe-Du en sa chapelle car il n’ne peut plus de souffrir ainsi. Et je suis venue te demander s’il te plaît, de faire la quête pour les honoraires ! »

     N’ema ket ar hiz, gand an  neb a laka eun overenn da Zant Tu-Pe-Du evid eun den klañv, da bêa ar beleg gand e arhant e-unan. Diwar an aluzenn e ves dastumet gwerz an overenn-ze-hag ar gest a vez grêt gand unan bennag, na kar na par d’ar hlañvour, e-touesk an amezeiein hag an anaoudègèz ha kemeent gwenneg kestet, kalz pe nebeud evel ma anezo, na muioh na nebeutoh, eo a roer e prof d’ar beleg.

    La coutume veut que ce ne soit pas à celui qui recommande une messe à Saint Tu-Pe-Du de payer le prêtre de ses deniers. C’est par l’aumône que l’on rassemble les honoraires de cette messe, et la quête est assurée par une personne non apparentée au malade, choisie parmi les connaissances. Il n’y a aucun montant de fixé pour de telles messes, et c’est le produit obtenu, important ou modeste, qui est remis en intégralité au prêtre.

     « Henoz », eme Gatell, « em-eus huñvreet e vijeh deuet da houlenn ar gefridi-ze diganin. Distroit buan d’ar gêr war-dro ho mab bremaig, kerkent moneiz am-bo dastumet. Emberr e chomin gand ho merh da veilla Lorañsig, rag re ‘fall  eo ma divesker evid mond evidoh beteg Kêrglov. »

    « Cette nuit » dit Katell, « j’ai rêvé que tu viendrais chez moi me demander ce service. Rentre chez toi auprès de ton fils et tout à l’heure aussitôt que j’aurais déjeuné, je ferai la quête et je te rapporterais les sous que j’aurai récoltés. Tantôt je resterai avec ta fille pour veiller Lorañsic, car j’ai de trop mauvaises jambes pour aller pour toi jusqu’à Kergloff. »

     

     P’en em pevas gavas Frañseza en he zi, emede ar hlañvour o klemm hag ar verh, an daelou en he daoulagad, oh aoza lein. Ne oa ket distro c’hoaz euz ar park « Bremaig » eme ar  vamm d’ar verh, « e vo dao din kerhad d’o preur al louzou, am-eus goulennet evitañ. Med arabad lavared d’ho tad petra e vin eet d’ober, na beza souezet hoh-unan ma vezan daou zevez gand ma zro. Emberr e teuy Katell goz euz ar vourh da veilla Lorañsig ganeoh »

    Quand Frañseza fut de retour chez elle, le malade était en train de gémir et la jeune fille, en pleurs, préparait le petit déjeuner. Le patron n’était pas encore revenu du champ. « Tout à l’heure », dit la mère à la fille » il me faudra aller chercher les médicaments que j’ai commandés pour ton frère. Mais il ne faudra pas dire à ton père ce que je serai partie faire, ni t’étonner si mon tour me prend deux tournées. Ce soir la vieille Katell du bourg viendra veiller Lorañsic avec toi. »

     War-dro div eur bennag diwezatoh, e tigoueze Katell en ti hag e roe da Frañseza arhant ar gest he-devoa grêt : naonteg real hag eur genneg en oil. E kement ti, emei, e oa digemeret mad ha, dre druez, e nevoe pep hini e dammig aluzenn. Neuze e wiskas Frañseza he dillad sul hag e lakeeas, da gas ganti, eun tamm bara manennet hag eun nebeud krampouezh e-touek eur mouchouer. Ha eun bihan he balon, e yeas kuit, goude beza poket d’he ma ha taolet warnañ eur zell truezuz. Eun dra bennag a oe enni hag a lavare dezi n’her gwelje ket beo morse ken ...

    Deux heures plus tard environ, Katell arriva à la maion et remit à Frañseza le produit de la quête qu’elle venait de faire ! Dix neuf réaux et un sou en tout. Dans caque maison, précisa-t-elle elle avait été bien reçue et par compassion, chacun avait donné sa petite aumône. Alors Frañseza revetît son habit du dimanche et emballa dans un mouchoir une tranche de pain-beurre et quelques crêpes. Puis, le cœur serré, elle partit après avoir embrassé son fils et avoir posé sur lui un regard plein de pitié. Au fond d’elle-même, quelque chose lui disait qu’elle ne le reverrait jamais plus vivant.

     Mad e roas c’hoaz ar vamm baour da vale ha dibaouez e kerzas, dilu a-walh da genta. Med, beb eun tamm, e pounnerreas he divesker oh heda an hent skuizuz hag iniouüz. Heb ehan e pede kaloneg, chapeled. Hogen hir-nraz eo an hent etre ar Feunteun-Wir ha Kêrglov, nao leo bennag d’an nebeuta, ha treuzi a ra unan euz ar braoa takadou a zo e kerne. Ne oa chalet Frañseza, avad gand al lehou kaer a wele a bep tu : he nehamant hag he glahar he zammz dreist he gallou.

    La pauvre mère était encore bonne marcheuse et elle avança sans s’arrêter, à un rythme assez soutenu au début. Peu à peu cepandant, cette route fatigante et fastidieuse pesa sur ses jambes. Sans cesse elle priait avec ferveur, ses doigts courant d’un grain à l’autre de son chapelet. Mais il y a une grande distance de Feunteun Vir à Kergloff, au moins neuf lieus d’une route qui traverse une des plus belles contrées de Cornaouilles. Cependant Frañseza ne se souciait guère des beaux sites. Qu’elle voyait de chaque côté, son inquiétude et son chagrin l’accabalaient au-delà du soutenable.

     

     Koulskoude, evel eun naer diflac’h ha moderet, eh en em astenne ar Stêr Aon kamm-digamm a-dreuz ar vro, o tigas ganti freskafurez er stankennou sioul, disheoliet gant melladou gwez evlezh hag onn. A beb tu d’an hent braz, war  ar hrehennou hag ar plênennou, parkadou ed savannet ha re all aho an eost enno, o hortoz beza medet. War an uhel, avad, e oa broutah gand an amzer hag e taole an heol bera gwrez pounner e vannou tomm-skaot war boultrenn graz an hent.

    Pourtant la rivière Aulne, telle un serpent assoupi, immobile, ondulait de tout son long à travers le pays, apportant avec elle quelque fraâicheur dans les paisibles vallées ombragées par des ormes et des frênes  énormes. De part et d’autre de la grand’route, sur les coteaux de blé, en javelles ou dont la moisson arrivée à maturité attendait la récolte. Sur les hauteurs par contre régnait une chaleur orageuse et le soleil ardent dardait ses rayons brûlants sur la poussière désséchée du chemin.

     Dalhmad e ranke Frañseza ober eur zeh d’he zal gand kil he dorn, eet e oa d’an eurvar hag e krede e vije red dei en em deurel ha hourvez e foz an hent. Med ar zoñj euz Lorañsig, dalhet du-ze wara e wele gand an derzienn ‘foll, a deue, evel eun taol foet, da zigas imor dei adarre. Hag e kendalhe da vale en desped d’he skuizer, hanter-Zallet he daoulagad gand he ‘freder heskinuz hag sklêrijenn re splann. Eur c’hoant brividig ha divrall hag eur fiziañs divent e Doue hag e Sant Tu-Pe-Du he heñche, hag e kerze bepred, brevet he horv ha rannet he halon.

    A tout instant, Frañseza devait s’essuyer le front du revres de la main, elle était à bout de force et crut qu’elle serait obligée de se laisser aller dans e fossé pour s’y étendre. Mais l’image de Lorañzic cloué là-bas au lit par une fièvre délirante lui fit l’effat d’un coup de fouet et lui redonna de l’énergie. Alors elle persévérait dans sa marche malgré sa fatigue, la vue troublée par son obsession et par la lumière trop crue. Une volonté ardente et inébranlable, et une confiance en Dieu et en Saint-Tu-Pe-Du la guidaient, et elle avançait san relâche, le corps rompu et le cœur brisé.

     Tremen a reas war zouar kalz parreziou, Sant-Toz, Kastell-Nevez-Ar-Faou, Plonevez, Landelo, Kelden-Poher, hag eet e oa an heol da guzad p’en em gavas dor presbital Kêrglov...

    Elle traversa de nombreuse paroisse : Saint-Thois, Châteauneuf du Faou, Plonevez, Landeleau, Cléden-Poher, et le soleil était couché quand elle parvint à la porte du presbytère de Kergloff...

     

    Antronoz, mintin mad, emede ar vamm reuzeudig e chapel ar zant gand ar beleg hag ar machigod. Lavaret e oe neuze an overenn evid Lorañsig. Sioulig hag evel morgousket c’hoaz e oa ar chapel, neb trouz enni nemed sardon ar beleg o lida ar zarkrifis santel ha balbouz ar marchigod o respont d’ar pedennou latin.

    Le lendemain matin de très bonne heure, la malheureuse mère se trouvait en la chapelle du saint avec le prêtre et l’enfant de chœur. La messe pour Lorañsic fut alors dite. La chapelle était calme et comme assoupie encore, sans autre bruit que le murmure du prêtre célébrant le saint sacrifice et le babil de l’enfant de chœur rondant aux prières en latin.

     Daoulinet  e oa Frañseza war an douar kaled, he ‘fenn stouet gnti war he bruched. Euz a-greiz he halon e pede gand feiz, o houlenn ma vije diboaniet he mab da vad, dre ar yehed pe ar maro, hrevez youl zantel an Aotrou Doue han an aotrou Sant-Tu-Pe-Du.

    Frañseza était agenouillée sur le sol dur, la tête penchée sur la poitrinne. Du fond de son cœur elle priait avec foi, demandant que son fils soit soulagé définitvement, par la guérison ou la mort, selon la sainte volonté du Seigneur et de Saint-Tu-Pe-Du.

     Da vare ar gorreou, pa glevas klohig ar marchigod o kemenn emede ar bara hag ar gwin o troi e korv ha e gwad Or Zalver dre nerz buzuduz komzou ar beleg, e oe hijet he horv a-bez gand eur jouadenn ankeniuz. War he meno e oa ar grenienn-ze sinadou da Lorañsig adarre, med daoust da ze, ne greskas ket he rann-galon. Nann, eur peoh frealzuz eo a oa oh en em zila enni, par a-walh d’an hini en em led, goude ar gorventenn, war ar mor dirollet o sioullaad. Ha, koulskoude, n’emede ket ken war e rankje he mab mervel ma ne oa ket tremenet c’hoaz a-benn neuze. Hogen red e oa plega da youl zantel Doue ha da varnedigez Sant-Tu-Pe-Du, lakeet ganti da drideg war an diskoulm a houlenne hag a roje dei he disentez a-barz pell. Eur goulid ha halon a lavare dei e oa dizamm he mab eur poaniou ar bed-mañ. Gand mall e hortoze an overenn da echui, evid distroi d’ar gêr da arvesti ouz ar horv divuhez ha da bedi en e gichenn. En em rezolvet e oa, evel ma lavare outi he-unan, peurhêt ganti he zakrifis.

    Au moment de l’élévation, lorsqu’elle entendit la clochette de l’enfant de chœur annonçant que le pain et le vin allaient devenir le corps  et el sang de notre Sauveur par le pouvoir merveilleux des paroles du prêtre, tout son être fut parcouru par un frisson angoissant. Elle était persuadée qu’il ‘agissait là encore d’un intersigne concernant Lorañsic, mais cependant cela n’augmenta pas sa détresse. Non, c’était une paix réconfortante qui se glissait en elle, pareille au calme qui suit la tempête sur la mer en furie lorsqu’elle s’apaise. Et cependant elle ne se demandait plus si son fils devait mourir, s’il n’était déjà mort à cette heure. Car enfin il fallait se plie à la volonté divine et au jugement de Saint-Tu-Pe-Du qu’elle avait désigné comme arbitre au dénouement qu’elle sollicitait et dont elle connaîtrait l’issue sans tarder. Une voix secrète s’élevant du tréfonds de son cœur lui disait que son fils était délivré des tourments de ce monde. Elle attendait impatiemment la fin de l’office, pour retourner à la maison contempler le corps sans vie et prier à côté. Elle s’était résolue, comme elle se disait à elle-même, son sacrifice accompli.

     

    Pa oe fin d’al lid santel, e kemeras penn an hent d’ar gêr, didan an heol mintin o houlaoui skeduz ha laouen. Hag e kerzas adarre, poan ganti da genta o lakaad an eil troad-a-rôg egile ken krevet e oa he horv. Esoh, avad, e oa he spered evid an derhent hag an hast da weled c’hoaz dremm gare the mab, a-barz ma vije douget d’ar bez, a roe nerz dei da zifrea ar gwellika ma helle...

    Quand le saint office fut terminé, elle prit la route du retour sous le soleil du matin qui répandait une lumière éclatante et gaie. Et elle marcha de nouveau, peinant au début à mettre un pied devant l’autre, tant son corps était fourbu. Son esprit cependant soulagé depuis la veille, et la hâte de voir encore le visage aimé de son fils, avant qu’il ne fût porté en terre, lui donnait l’énergie de se dépêcher du mieux que lui permettaient ses faibles forces.

     

    Deuzt e oa an noz p’en em gavas er ‘Fenteun-Wir. Kenta tra a welas, en eur zigouezoud en ti, a oe eur houlaouenn goar war elum e-kichenn gwele he mab. He gwaz, he merh ha Katell goz, daoulinet o-zri dirag bank ar gwele, a zibune ar pedennou a lavarer evid ar re a vez war o zremenvan.

    La nuit était tombée au moment où elle parvint à Fenteun-Vir. La première chose qu’elle vit en entrant dans la maison, ce fut un cierge allumé près du lit de son fils. Son mari, sa fille et la vieille Katell, tous trois agenouillés devant le banc du lit, récitant les prières des agonisants.

     

    Strafuillet-oll e lammas Frañseza war ar bank da zelled e-barz ar gwele.

    Bouleversée Frañseza se précipita sur le banc pour regarder à l’intérieur du lit.

     

    « Eun elfenn a vuhez a zo ennañ c’hoaz ! » emei outi he-unan gand estlamm

    «  Une parcelle de vie l’habite encore ! » se dit-elle, surprise

     

    « Ha me hag a grede e oa maro a-benn vremañ ! »

    « Et moi qui le croyais déjà mort »

     

    Nann, ne oa ket maro-tre ar hlañvour. Digori a reas e zaoulagad hag eh anavezas an hini a oa stouet a-uh deañ. « Mamm ! » emeañ etrre e zent, hag e laoskas e huanadenn diweza.

    Non, le malade n’était pas tout à fait mort. Il ouvrit les yeux et reconnut celle qui était penchée au-dessus de lui : « Mamman ! » Dit-il entre les dents et i lrendit son dernier soupir.

     

    Neuze e tiskennas Frañseza diwar ar bank, ar mantr hag an dristidigez o para war he dremm ha seh he daoulagad :

    Alors Frañseza descendit du banc, le visage marqué par l’accablement et la tristesse, et les yeux secs :

    « Diboannet eo, Doue d’e bardono ! » emei gand eur vouez virvidig ha leun a feiz. « Bolonte doue ha Sant Tu-Pe-Du benniguet bezet grêt !... Ha ma bennoz deo p’odeus roet din ar hras da weled anezañ o vervel !... »

    « Il ne souffre plus, que Dieu lui pardonne ! » dit-elle d’une voix ardente et plein de foi. « Que la volonté de Dieu et de Saint-Tu-Pe-Du soit faite !... Et merci à eux qui m’ont donné la grâce de le voir mourir ! »

    © Le Vaillant Martial



    [1] Machine servant à séparer le grain des poussières et des substances légères de la balle après le battage, et qui se compose d'une trémie distribuant les grains sur une grille oscillante où ils sont triés et nettoyés grâce à la soufflerie d'un ventilateur 

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