• Myrddin dit « Merlin l’Enchanteur »

     Myrddin dit « Merlin l’Enchanteur »

     

    Son histoire est à l’image du personnage, tout aussi insaisissable que l’eau, l’air ou le feu. Une histoire comparable au fleuve dont la source incertaine se perd au tréfonds de vastes forêts inconnues, à moins que ce ne soit au cœur d’infranchissables montagnes brumeuses.

    Dans le labyrinthe silencieux d’obscures bibliothèques parmi les rayonnages oubliés, il est des textes anciens qui racontent ... Ils rapportent comment, à la faveur d’une nuit sans lune, Le Diable lui-même, en quête d’un mauvais tour, s’introduit au sein d’une abbaye endormie. Après qu’il ait traversé le cloître, erré dans la pénombre de couloirs déserts, le malin pénètre dans la chambre d’une jeune nonne. Elle est aussi naïve que belle et profitant d’une chandelle demeurée éteinte, le sulfureux cornu, se glisse dans la tiédeur du lit pour abuser de l’innocente ....

    Et ce qui doit être fait est fait.
        Le Diable parvenu à ses fins s’en retourne comme il est venu, juste une ombre glissant dans la nuit.
        Passent les semaines ...
        Doucement le ventre de la femme s’arrondit
        Passe les mois ...

    Dans la nuit des temps, un enfant voit le jour. Son corps est tout couvert de poils, semblable à celui d’un animal. Les différents noms qui lui seront attribués ont pour origine la diversité des terres qu’il traversera au cours de ses voyages solitaires. Ici, au bout des falaises, il sera Myrddin, ailleurs dans  les landes perdues, Merzhin, plus les terres du sud, Merlinus ... Et combien d’autres encore. Mais pour la légende, pour la légende il sera connu sous le nom de Merlin, Merlin l’enchanteur ».

     

    De son mystérieux père, Merlin reçoit en héritage l’acquis de toutes ces choses du passé. De sa mère, la connaissance et la compréhension de l’avenir.

     Sur les parchemins jaunis relatant son histoire, il est dit qu’à la première minute de la première heure du jour de sa naissance, Merlin maîtrise la parole avec l’aisance d’un homme plein de raison.

     

    Il est dit de sa pensée qu’elle est vive, aiguisée tel le fil d’une épée tranchante.
        Il est, à propos du temps qui passe, qu’il n’a aucune emprise sur lui, car Myrddin est à la fois aujourd’hui, hier et demain.
        Il est dit grand maître dans l’art de la magie et des métamorphoses. Ici, c’est un enfant dont on ne se méfiera point. Là-bas c’est un vieillard vénérable, enclin d’expérience et de sagesse. À volonté, il peut paraître femme ou homme, animal ou chimère.

     Son savoir est aussi grand que le monde est vaste.

     L’histoire dit ... L’histoire dit qu’un sénéchal des plus fourbes, Vortigen, convoite le trône de Bretagne. Par le jeu des armes et du complot, ce seigneur perfide s’empare de la couronne et se proclame roi. Uther Pendragon, l’héritier légitime, prend la fuite. Il gagne le continent qu’il aborde en « Petite Bretagne » Vortigen vit dans la crainte de son retour. Il se méfie de chaque voile pointant à l’horizon. Pour affirmer sa force, il commande que l’on bâtisse une tour. Une tour si massive qu’elle résiste aux assauts les plus fracassants, si haute dans les nuages qu’elle en demeure imprenable. Il est une colline nommée Dinas Emry. On y bâtit la tour. Peu à peu, elle dresse sa fierté dans le ciel. L’épaisseur de ses murs, la taille des pierres utilisées laissent à imaginer sa prochaine toute puissance. Mais un matin, un matin qu’elle doit toucher les nuages, la terre se met à trembler !!! Elle tremble d’une telle violence que ses hommes ne peuvent tenir debout. Le tout vacille ... Elle vacille et s’effondre comme le ferait un fragile château de cartes.

     Sans perdre de temps, Vortigen le despote ordonne que reprennent les travaux. On échafaude un nouvel ouvrage, plus solide. La base est large, les fondations plus profondes. Jour après jour, une nouvelle tour s’érige. De nouveau, elle toise la campagne alentour, les bois, les villes et les villages... Bientôt, on atteint une  hauteur comparable à la première. Mais à nouveau le sol gronde, la terre se met à trembler... De nouveau l’édifice oscille... Avant de s’écrouler sur lui-même.

     

    Une troisième tentative connaît un sort identique. Les architectes se concernent. Ils ont beau penser, mesurer, calculer, prendre en compte la hauteur du terrain, la vitesse du vent, celle de l’hirondelle en vol, qu’elle soir africaine... européenne. Ils n’y comprennent rien. Murmures et chuchotements laissent courir le bruit d’une grande malédiction !...

     

    Des quatre coins de l’horizon, Vortigen convoque devins et astrologues parmi les plus puissants. Tandis que les uns lisent dans les entrailles, d’autres consultent les étoiles. On brûle des parfums pour en interpréter les volutes de la fumée. Tous se concertent. Si la cause des échecs successifs reste floue, tous ont lu dans les oracles... Ils ont vu l’arrivée prochaine d’un grand rival. Un « enchanteur » aux pouvoirs considérables. Mages et devins redoutent ce futur concurrent. Ensemble, ils manigancent pour le supprimer et conseillent le roi dans ce sens. Si leur souverain souhaite que la tour s’élève au-dessus des nuages, la terre d’om elle s’érigera doit être nourrie par le sacrifice d’un jeune garçon né de père inconnu !

     

    Et justement, il en est un qui se livre de lui-même sans attendre d’être découvert. Ce jeune garçon est Myrddin. Myrddin connait tout du passé et de l’avenir. Il connait tout des mystères du monde. Au roi, il s’adresse à mots choisis, lui confie savoir pourquoi la construction ne peut aboutir. Tous se moquent et rient de tant de prétention. Tous, excepté, Vortigen.

     

    Lui seul écoute avec gravité les paroles du jeune Myrddin :

    - Sous nos pieds, à quelques profondeurs de cette terre que vous avez décidé de bâtir, coule une rivière cachée. Sur chacune de ses rives, deux rochers se font face. Deux rochers, sous lesquels reposent deux dragons. Ils dorment là depuis de siècles. Le premier est aussi blanc que neige, le second plus rouge que le sang. Lorsque le poids de la tour pèse trop sur eux, ils se réveillent, se meuvent et font trembler la terre. Il te suffira de creuser, révéler au grand jour cette rivière souterraine. Détourne le cours de cette eau noire et assèche son lit. Alors je te le prédis ; les deux dragons abandonneront leur retraite.

     

    Ainsi commande Vortigen. Des centaines d’hommes s’éreintent à piocher, creuser, jour et nuit, nuit et jour jusqu’à trouver la rivière annoncée par Myrddin. À force de travaux, son cours est détourné et bientôt, le sol frémit, s’ébranle, des failles apparaissent, se ravinent avant de s’ouvrir béantes...

    Deux têtes monstrueuses jaillissent des entrailles de la terre. Les cous se tordent, se tendent. On dirait deux serpents gigantesques. La frayeur est immense, chacun veut prendre la fuite. Les chevaux hennissent, se cabrent, roulent sur leurs cavaliers. L’affolement se répand comme une cague sur la grève. Les visages prennent le masque de la terreur. On se bouscule, on se piétine... Avec la vivacité de l’éclair, la gueule des deux monstres se jette sur les mages et les devins épouvantés. Les uns sont saisis, broyés, avalés, les autres périssent sous la flamme d’un feu dévastateur. Ainsi Myrddin se débarrasse de ces adversaires à la vision trop courte.

     

    Dans un terrible face à face, les deux dragons se défient du regard... Ils se lancent l’un contre l’autre dans un combat d’apocalypse. La terre se couvre d’une ombre épaisse. Coups de gueule, coups de grilles, les queues s’enlacent, fouettent balaient les forêts et les villes sous l’emprise d’un feu ravageur. Les battements d’ailes tonnent sur l’ensemble du pays jusqu’au bord du monde. Le terrible combat dure tout le jour, se prolonge sur nuit zébrée de flammes, la lune, les étoiles n’osent se montrer. Au matin suivant, le soleil lui-même reste caché. On le devine, bas, rasant l’horizon. Et toujours les deux dragons de s’affronter dans un combat à mort.

    Au soir du deuxième jour, enfin, le dragon blanc semble vaincu. Il va périr sous le coup de mortelles blessures. Dans un ultime sursaut, il crache un dernier feu terrassant son adversaire en d’horribles souffrances. Et tandis que la bête de sang se consume, l’autre, couleur de neige, lentement va s’éteindre.

    Ainsi s’achève le temps des dragons

     

    Vortigen offre à Myrddin de rester à ses côtés. Le souverain  voit en ce jeune garçon un conseiller de tout premier ordre. Myrddin refuse. Cependant il révèle à l’usurpateur le sens symbolique du combat mené par les dragons. Le rouge figurant Vortigen, le blanc Uther Pendragon. Les deux se rencontreront en combat final, l’un ayant raison de l’autre quant à son droit à la couronne.

    Ce qui est écrit est écrit ...
        Et Myrddin de prédire le retour d’Uther désireux de reprendre ce trône qui lui est dû.
        Et Myrddin de prédire aussi la fin de Vortigen, l’usurpateur prisonnier des flammes de son château assailli par Uther.

    Alors Myrddin se retire dans les bois. Il va bâtir sa légende. Et le destin de suivre son cours. Aux mois succèdent les mois, comme les feuilles aux branches des arbres. Il est un nouveau roi. Uther Pendragon. À ses côtés se trouve Myrddin, « l’enchanteur », son unique conseiller.

    Face à la mer celtique, il est un château, le château de Tintagel. Dressé sur le flanc d’abruptes falaises ravinées, arasées, battues par le vent d’ouest, l’endroit résonne du craillement noir des corneilles, di cri des oiseaux de mer, de la fureur du vent et des vagues ravageant la côte déchiquetée. Dans ce château isolé du monde. Gorboët, duc de Cornouailles y préserve Ygerne, sa belle épouse, des convoitises du roi Uther.

    Pendant qu’en d’autres lieux, les troupes du Duc affrontent en de furieux combats celle d’Uther, Uther Pendragon pénètre dans le château de Tintagel. Grâce à la magie diabolique de  Myrddin, Uther roi de Bretagne porte sur le visage les traits de son rival le Duc de Cornouailles, il porte son armure, il porte ses couleurs !!!

    A la faveur de  ce machiavélique sortilège, Uther rejoint la duchesse de Cornouailles qui croit voir en lui, son fougueux époux de retour d’un épuisant combat. Et tandis qu’au loin, dans le tumulte de la bataille, trépasse le véritable duc, Uther abuse d’Ygerne tant désirée. De cette étrange union va naître un enfant, un enfant au nom d’Arthur. Au premier jour de sa vie, Arthur sera emporté par Myrddin dont il recevra, un temps son éducation, loin de la folie des hommes, au plus profond de la forêt.

     

    Les années troubles succèdent aux années troubles. Myrddin, semble avoir disparu du monde. A la mort d’Uther Pendragon, le pays de Bretagne tombe dans le chaos.

    Il est un trône vacant, une terre sans roi.
        Il est d’autres convoitises.
        Il est une épée fichée dans la roche.
        Il est écrit : « Celui-ci, qui parvient à la brandir, devient roi de Bretagne. »
        Il est des tentatives, des seigneurs plein d’espoirs ... Il est des espoirs sans lendemain.

     

    Un matin, aux premiers jours du printemps, un jeune garçon se présente devant le « roc à l’épée ». Tout autour, une bruine matinale tapisse le sous-bois. La rosée perle sur des huttes éparses et autres cabanes de fortune. Elles ont été aménagées par les curieux pour assister venus assister aux échecs successifs des barons et des chevaliers désireux de tenter leur chance. Devenir roi de Bretagne.

    Sorti de nulle part, le jeune garçon au visa bien fait n’a guère plus d’allure qu’un simple écuyer.

    De-ci de-là, quelques têtes ébouriffées émergent de sous les bâches détrempées... On baille, on se gratte, on se donne du coude et s’interpelle, amusé du spectacle à venir. « Par Saint-Georges, en voici un qui ne doute de rien ». On connait déjà la fin. Sans prêter attention aux moqueries, le garçon quelconque empoigne l’épée. Un instant  il reste là, le bras tendu, hésitant, sa  main refermée, serrée sur la poignée ... Puis il tire. Alors les yeux s’écarquillent, les bouches restent bées, les souffles coupés... Dans un bruit d’acier caressant le granit, la lame se dégage de l’emprise du rocher ! Et comme l’épée est tendue à bout de bras, le soleil glisse sur le fil de cette lame libérée. Aux yeux de tous, le jeune homme brandit Excalibur ! Il est l’élu. Il devient roi. Arthur Pendragon, roi de Bretagne.

     

    Il est un royaume retourné.
        Il est des chevaliers, Yvain, Perceval, Jaufré ...
        Il est une Dame, Guenièvre, elle devient Reine, épouse d’Arthur.

     Il est un autre chevalier de tous le plus vertueux. Lancelot du lac, fils du roi de Ban de Bénoïc, et de la reine Elaine. Lancelot du lac, héritier du royaume d’Armorique.

     Il est une forêt dont il est issu. Une foret aussi profonde que le lac où Lancelot, au matin de sa vie, fut enlevé par la Demoiselle fée Viviane. Cette forêt est celle de Brocéliande. Un écrin de mystères et de merveilles. Une partie du monde protégée de l’autre. Là, dans l’ombre épaisse des taillis vivent les dryades et les nymphes protectrices des lieux.

     

     Merlin se plaît à ressentir la présence magique de ces êtres invisibles, si délicats, si timides. Il aime à se retirer parmi les arbres, les enserrer tels de vieux amis retrouvés, se mêler à leur écorce, écouter la mémoire des racines du monde et, devenu arbre lui-même, méditer, loin des intrigues et de la fureur des hommes. C’est là en Brocéliande que l’Enchanteur se ressource, s’égare au hasard des sentiers bordés d’euphorbes ou de jonquilles, s’abandonne à la flânerie de ses pensées.

     Il porte l’apparence de son humeur. Monté sur un cerf ou cerf lui-même, tel un roi en son royaume de verdure, il peut être un vieillard courbé sous son lourd manteau de laine élimé, marchant à l’aide d’un bâton torsadé. Et le bâton de siffler et de se lover à son bras s’il le demande ...  il peut être un jouvenceau laissant courir ses doigts agiles sur les cordes d’une lyre avec pour seul compagnon d’écoute un rayon de soleil traversant le feuillage joueur.

    Merlin ne serait-il pas ce berger auprès de ces moutons. Parfois il n’est qu’une ombre, un souffle dans les feuillages, une feuille qui tremble par une journée dépourvue de vent. Mais le plus souvent, le plus souvent, il révèle une silhouette étrange. Il est cet homme sauvage, évoquant un faune sur son domaine. Il porte sur la tête deux bois qui ont poussé, deux rameaux de pommier, le pommier l’arbre de la connaissance lié à l’immortalité.

     À l’identique de cette chevelure, cette ramure prend la couleur du temps. Pas le temps qu’il fait, non point... Celui qui nous regarde passer. Le temps lié au fil des saisons. Merlon rôde, ainsi « couronné » être sylvain, mi-homme, mi- arbre. Un merle blanc l’accompagne dans ses errances forestières. L’oiseau se pose parfois sur ces « cornes » insolites et il siffle. Il siffle et l’Enchanteur lui répond. Mais le merle est aussi l’œil et l’oreille de Merlin. Il sautille sur la branche des chênes de l’ancestrale forêt. Puis s’envole haut dans le ciel. Il va se poser sur le rebord d’une fontaine, collecter les récits chantés par l’eau claire. Le merle blanc traverse les mers, rallie  la plus haute tour d’un château lointain, là-bas, quelque part, sur un trumeau de  fenêtre... Le merle écoute, il voit. Le merle blanc rapporte tout de ses voyages. Il est l’autre conscience de Merlin.

     Les pères des plus vieux chênes se souviennent... C’est beau jour de mai. L’Enchanteur chemine aux abords de « Folle-Pensée », la forêt entière résonne du chant tapageur des oiseaux célébrant le renouveau du printemps. Partout ce n’est que parterres fleuris, clairsemés de papillons colorés. De jeunes pousses se dressent d’entre les racines moussues de leurs vénérables aînés. Et merlin d’éprouver l’ardent désir d’imiter cette nature pleine de jeunesse. Le temps d’un souffle il se métamorphose, se redresse. Le visa se lisse, les traits s’affinent, des mèches brunes et bouclées s’allongent sur ses épaules. Le regard dérobe au ruisseau l’éclat de son eau vive.

     

    C’est un élégant jeune homme, fort de toute sa vigueur qui traverse un rayon de soleil baigné de poussière dorée des pollens en sus pension. Il respire, les yeux clos, ressent la brise si douce, si légère. Et la brise de lui offrir chaque senteur de ce pays d’ombre et de lumière... Elle accompagne le chant secret d’un ru, courant en une succession de cascades jusqu’à la campagne humide. Et les deux murmures enlacés de laisser l’illusion d’un chant sibyllin...  Un chant porté par une voix légère, si douce... Une voix ? Est-ce possible en ce lieu isolé ? Qui peut ainsi chanter ? Est-ce une ondine lascive, une damoiselle fée ? Et le chant clair continue de s’étendre, se répandre, marié à celui des oiseaux du vent et de l’eau. Il est pur, semble un présent du ciel. Il évoque l’éclaircie après l’ondée, la beauté insaisissable de l’arc en ciel désignant le trésor caché de mondes souterrains.

     

    Merlin s’avance dans les volutes cristallines de cette mélodie céleste. Ce n’est pas un chant, c’est un charme qui se diffuse dans les profondeurs ombreuses de la forêt... Son cœur s’emporte soudain. Assise sur le rebord d’une fontaine, coiffée de chaume, se tient une jeune fille d’une beauté égale aux lieux qu’elle occupe. Elle pourrait être la nature personnalisée. L’Enchanteur est troublé par cette vision irréelle tant elle est parfaite. Le délice de ses traits ceints de longs cheveux chatoyants, le teint frais, la grâce de sa tenue. Merlin reste un temps, fasciné à écouter cette voix enchanteuse avant d’oser quelques pas.

     

    Presque à regret, il se reprend et sort de l’ombre, avance vers cette nymphe délicieuse. Leurs regards de se croiser. La jeune fille n’est même pas effarouchée par ce visiteur inattendu ... Imprévu ? Elle continue de chanter, ses yeux azur plongés dans ceux de Merlin.

     

    Il est une fontaine, Barenton.
        Il est une relation courtoise entre deux jeunes gens qui se cherchent, se découvrent...
        Il est une jeune femme ayant reçu le joli nom de Vivianne.

    Elle habite avec son père, un riche manoir solitaire dont les murs sont baignés de belles eaux  bordées d’arbres majestueux.

    Vivianne a pour mère une fée, une fée qui la dota à sa naissance de trois pouvoirs précieux.

     Être aimée de l’homme le plus sage du monde :

    Lui faire accomplir toutes ses volontés sans jamais subir les siennes :

    Apprendre de lui toutes les choses qu’elle voudrait savoir.

     

    - Et vous, mon beau seigneur, quels sont... vos talents ? Demande Vivianne le regard baissé ?
    -
    Toutes sortes de choses, et plus encore répond l’Enchanteur.

    Les femmes, même jeunes, ont ce pouvoir particulier de libérer les langues du poids de leurs secrets.

    - Je pourrais vous bâtir, ici même sous vos yeux, un château garni de tours dressées vers le ciel... La plus haute avoisinerait la lune et les êtres qui la peuple. Dedans, ce château, vous trouveriez des gens pour vous servir et tant de chevaliers vaillants que la place en deviendrait invincible. Une rivière traverserait l’endroit. Elle serait telle que marcher dessus vous serait possible sans risque de mouiller votre joli pied.

     Merlin s’éloigne de quelques pas. Il joint le geste  à la parole. D’une baguette de sureau, il trace un large cercle puis s’en retourne près de Viviane. Au centre de la figure magique paraît une arche de lumière. Son éclat est tel ... C’est à peine si l’on distingue les silhouettes surgir de cette porte merveilleuse. Des chevaliers étincelants comme annoncé, aussi des belles dames et gentils messieurs, des pages et des danseurs, jongleurs et troubadours... Le son joyeux des instruments emporte chacun en de folles farandoles. En même temps, sur la bruyère s’érigent les murs et les tours d’un somptueux château du haut duquel résonnent buccins et trompettes. Au bas des murailles s’étend un jardin délicieux composé d’arbustes taillés de fleurs odorantes rafraîchies par l’eau claire de Barenton.

    Viviane est émerveillée de tant de beauté. Rayonnante, elle frappe des mains, s’enthousiasme des musiciens et des danseurs, du parfum des fleurs, du gazouillis des oiseaux facétieux. Les soies colorées et délicates sont soulevées par la brise printanière... La fête dure tout le jour, jusqu’au dernier rayon de soleil. La nuit tombée, le charme est rompu. Tandis que Vivianne et Merlin se découvrent l’un à l’autre, la belle assemblée disparaît comme elle est venue. Les airs de musique s’évanouissent dans les premiers bruits du crépuscule et la nuit, la nuit couvre de son voile l’ensemble du château, disparaissant à jamais.

    À la demande de Vivianne, ne subsistera au matin suivant que le merveilleux jardin de nature. Ensemble, ils décidèrent de le nommer jardin de joie.

    Au terme de cette heureuse journée, Merlin l’Enchanteur prend congé de sa belle amie. Il s’e va rejoindre Arthur sur l’Isle de Bretagne.

    Passent les hommes et les saisons.

    Ses devoirs auprès du roi étant accomplis, Merlin brûle d’un ardent désir. Retrouver le jardin de joie et sa douce amie.

    Vivianne l’y attend avec l’impatience de sa jeunesse. Elle est encore plus belle qu’au jour de leur première rencontre. Merlin sait tout du passé, il connait tout de l’avenir et pourtant, pourtant il se noie à plaisir dans le regard azur de sa bien-aimée. Il se laisse convaincre de lui enseigner ce qu’il sait de l’art de la magie. Diriger le fil de l’eau, ouvrir la terre en de profondes crevasses. Il transmet le secret des métamorphoses. Instruit sa jeune élève à la compréhension des langages de l’univers, celui des arbres, des animaux, de la pluie ou de la colère du ciel... Un jour, peut-être un soir, Vivianne demande à merlin de lui révéler la manière qu’ont les magiciens d‘alourdir les paupières. Endormir à volonté qui leur plairait.

    - Ceci pour user d’un charme bien innocent sur mes chers parents afin de vous retrouver en toute quiétude.

    Mon père m’emprisonnerait, si il savait nos retrouvailles régulières et je mourrais de ne plus vous voir tant votre présence me trouble, dit-elle en rougissant.

    Merlin, le prophète connait le fond de sa pensée. Il résiste sans plus, aux relances délicieuses de sa bien-aimée.

    Puis de de désir ....


     

    Au retour d’une errance lointaine, il retrouve Vivianne plus belle que jamais. Elle le fête de ses rires, de ses chants, de maintes caresses et de baisers délicats. Merlin la considère, ému. Elle danse autour de lui, si légère, plus belle encore que la plus séduisante des dryades. Elle est un ruisseau posé sur l’herbe tendre d’un pré au printemps. Elle est la brise tiède et parfumée dans les arbres d mai. Ses cheveux plus blonds que les blés découvrent ses blanches épaules... Il est des éternités plus enviables que d’autres.

     

    ... Merlin finit par céder. L’enchanteur enseigne à Viviane les trois paroles, celles qui endorment quiconque les entend murmurer au creux de l’oreille.

    Aux jours complices succèdent voyages lointains. S’ensuivent des retours toujours plus doux. Au terme d’une longue absence, Merlin revient à Barenton tel un jeune homme passionné. C’est la belle époque, celle des églantiers en fleurs. Il porte au front des boucles brunes d’une couronne de verdure ornée de liserons blancs. Viviane le trouve si charmant qu’elle lui témoigne plus d’amour encore.


     

     

    - ... Et le temps m’a paru si long.

    Et les deux de se complaire à cheminer dans le Jardin de joie, se retrouver, se découvrir comme s’ils en s’étaient jamais connus.

    - Mon doux ami. Il y a une dernière chose, de vos pouvoirs, que vous ne m’avez pas apprise et dont je voudrais être instruite.

    - Laquelle ma douce dame.

    - Je voudrais être connaître le moyen d’emprisonner quelqu’un sans que les murs soient de pierre, de bois ou de fer, une prison transparente. Juste par le fait d’un enchantement. Le pourriez-vous, le ferez-vous ?

    Le temps est arrivé. Pour Merlin, il n’est pas d secret. L’enchanteur devine tout de la pensée de Viviane, il sourit avec amour.

    - Ma douce aimée, je vois bien ce que vous voulez. Votre désir est de me retenir à vos côtés pour ne plus avoir à subit ce trop longues absences. Et bien je vous avoue, vous êtes à mon cœur si chère qu’il me faudra bien me résoudre à vous obéir.

    Viviane saute au cou de Merlin le couvrant de baisers.

    - Ainsi renonçant pour ma part à mes chers parents, nous nous appartiendrons entièrement.

    L’enchanteur consent donc à l’accomplissement de cet ultime  caprice. Sur le perron de Barenton au ton d’une secrète confidence, il instruit sa disciple bien-aimée le terrible sortilège d’emprisonnement.

    Or un jour qu’ils se promènent dans les méandres du jardin de Joie, accompagnés de papillons argentés et autres libellules diaprées, ils trouvent un arbuste d’aubépines chargé de mille fleurs blanches. L’air est si tiède et son ombre si fraîche. Le soleil diffus miroite au travers de l’épaisse floraison. L’invitation est si forte... Les deux amants décident de s’asseoir  dessous le feuillage. Merlin repose alors sa tête sur les genoux de Viviane laquelle commence à  glisser ses doigts fins entre les longues boucles brunes de son bel ami. Le chant des oiseaux mêlé au vol d’une abeille, l’ondoiement d’un ruisseau font que Merlin se laisse aller, non sans plaisir, à une douce somnolence. La caresse est si délassante, le souffle de Viviane si paisible ... il est des éternités... Merlin finit par s’endormir. Plongé dans un profond sommeil qu’elle souhaite serein. Viviane pose sur le dormeur une couronne de lys des champs dont la vertu est de chasser les cauchemars, puis doucement elle se lève... Elle se lève et agitant une étoffe de soie dans le sillage de se spas, neuf fois elle tourne autour du buisson d’aubépine. Et comme elle tourne, elle prononce les paroles magiques enseignées par Merlin.

     

    Ceci fait, elle revient s’asseoir près de lui.

    Au réveil, le jardin de joie et le beau paysage de Brocéliande se devient comme au-dedans d’un vieux miroir piqué. Là où il se trouve, Merlin est allongé sur un large lit de fleurs éternelles, prisonnier de l’amour de Viviane, demeurée assise à ses côtés.

    - Qu’avez-vous fait demande la mage.

    - Mon doux ami, lui répond-elle, j’ai mis à profit ce que vous avez bien voulu m’enseigner. Je vous possède dans ce manoir enchanté aux murs de verre. Comme nous l’avons souhaité, nous n’aurons plus à nous quitter. Nous sommes liés à jamais.

    Et la fée Viviane d’enlacer son amant. Il avait choisi.

    Ainsi finit le temps de Merlin l’Enchanteur. Ainsi se termine sa légende pour ce qui est de sa relation avec ce côté du monde, là où vivent es hommes. Cependant, au cœur des arbres séculaires, dans l’onde vive d’un ruisseau, l’esprit du magicien demeure au cœur de Brocéliande. Il faut savoir s’y perdre.

    Lorsque la nuit commence à faiblir, qu’une à une les étoiles s’éteignent dans le ciel, il n’y a qu’à tendre l’oreille... Un merle vient chanter aux premières lueurs du jour. C’est l’esprit de Myrddin., merle prophète.


     

    Si l’on savait écouter, nous pourrions comprendre, nous pourrions savoir, car ce chant, chaque matin, différent, nous dit tout de la journée à venir.

    Qui cherche l’esprit de l’Enchanteur doit savoir se perdre... Il doit savoir aussi écouter.


     

    © Le Vaillant Martial 

     

     

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  • Commentaires

    1
    Mardi 31 Janvier à 08:16

    Coucou 

    J'espère que tu en fait un livre ..Je suis preneuse tout de suite ..

    Merci pour ce blog ..

    Bises Martial

      • Mardi 31 Janvier à 12:40

        Non pas de livre .... pas assez doué en écriture, mais ils proviennent de bon livres, il faudrait que je fasse un rubrique des livres que j'utilise. Bonne journée, Claudine.

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