• Morgane

     

    Morgane

     

     

    ... Et je me souviens ...

    - Je suis Morgane, reine d’Avalon, magicienne et prêtresse celte, déclarai-je.

    Fille du roi de Cornouaille et d’Ygerne, je fus élevée, à la mort de mon père par Uther Pendragon.
        Je fus initiée aux arts, aux sciences et à toutes les magies par
    Merlin L’Enchanteur lui-même, qui devint mon mentor.

    Mais très vite, nos opinions sur l’avenir de la Bretagne divergèrent et nos chemins se séparèrent.

    Alors que je tentais par tous les moyens de sauver le culte de la déesse-mère et par là-même, l’âme celte, Merlin s’évertuait à soutenir mon frère Arthur dans sa désespérante entreprise de christianisation à travers la quête du Graal.

    Condamnant, ainsi la sagesse druidique à sombrer dans l’oubli...
        Aveuglée par le déclin de ce savoir ancestral, je ne vis pas s’obscurcir mes pensées et mes actes.
        Ces sombres années pesèrent lourd sur mon destin.

    Grâce à un sortilège, j’allais même à m’unir à mon frère Arthur dans l’ultime espoir que le fruit de notre union, notre fils Modred, sauverait le culte Celte.

    Ainsi, pour tous, je devins la déesse des ténèbres et de la mort...
        Je n’ai pas voulu ce qui advint.
        J’aimais mon frère.
        J’aimais mon fils
        Lors de la bataille de Camlann, après un combat acharné, tous s’entretuèrent.
        Et mon cœur se déchira.

     

    Dans une ultime tentative de rédemption, j’accompagnais mon frère jusqu’à sa dernière demeure, l’île d’Avalon, je me fis alors guérisseuse, je devins reine de cette prodigieuse île et gardienne de la dépouille du roi Arthur.

    Mais cela ne suffit pas.
        Ivre de chagrin, titubant sous le poids des remords, je m’abandonnais aux noirceurs de la culpabilité.
        L’amour et le soutien de mes sœurs ne suffirent pas je sombrai.

     

     

    À présent, toutes mes sœurs avaient levé les yeux et toutes m’écoutaient avec attention.
        Je repris.

    - Pendant de longues années, je cherchais le moyen de ne plus souffrir.

    Le moyen de ne plus me revoir, encore et encore, fermer pour toujours les yeux de mon frère...

     Par ma faute
        Je pris une nouvelle apparence, celle d’une vieille femme et je me fis appeler Ada. Je parcourus ainsi tout le pays en tentant de
        me racheter, de faire le bien...En toute humilité.
        Mais cela ne suffit pas.

     

    Je partais de plus en plus longtemps, de plus en plus près de la frontière.
        A la frontière de nos contrées.
        A la frontière de la raison.
        Car de l’autre côté, j’étais anesthésiée.
        Je parvenais à oublier un peu...
        Et c’est ainsi qu’un jour, je décidai de ne plus revenir.
        En quittant l’île d’Avalon,
        En quittant ce monde,
        Je quittais mon frère
        Ne pouvant m’y résoudre totalement, dans ma folie, je scellai son cœur dans un petit caillou très ordinaire, gris lisse et rond.

     

    Le temps a passé.
        Lentement,
        Inexorablement,
        Laissant dans son village la trace de son passage.

     

    Le temps a passé.
    Et j’ai fini par oublier qui j’étais réellement.
    Et je suis devenue vieille. Ada, qui marche à trois temps.
    Ainsi lorsque ce galet très ordinaire tomba de ma poche, moi Ada, je n’y prêtai pas attention.

     

    Pourtant je perdis le seul lien qui me lait encore à notre monde :
    Le cœur de mon frère.


    - De l’autre côté, je vécu à un rythme étrange. Toujours vieille et toujours Ada. Régulièrement, je m’endormais pendant quelques décennies  Toujours vieille et toujours Ada. Régulièrement, je m’endormais pendant quelques décennies au creux d’un arbre, invisible aux yeux de tous. Et puis je me réveillais et je m’imprégnais doucement de l’air du temps. Alors je reprenais le cours de ma vie, simple et modeste. Qui se soucie d’une vieille femme qui marche le long des routes ?

    J’aurais pu vivre ainsi éternellement...
    Mais le destin en avait décidé autrement.
    Car, un jour, il a fallu que je ramasse un simple caillou...

     

    Mes sœurs s’étaient rapprochées de moi. Certaines pleuraient
    -
    Tu nous as réellement manqué. Morgane, notre reine.

    Nous nous étreignîmes longuement.

    - Mes sœurs, avant de célébrer nos retrouvailles, il nous reste un rituel important à accomplir.

    Elles acquiescèrent, séchèrent leurs larmes et reprirent leur place dans le cercle.

     Je sortis le petit caillou, orné, désormais de cinq signes géométriques. Je comprenais à présent... Les éléments s’étaient gravés à chacune de mes initiations.

    La terre et Ymirée, le Végétal et Ezelwen, l’Eau et Aylinen, l’Air et Inwynn et, pour finir le Feu et Ysgarane.
        Je sortis également la boîte que m’avait offerte Aylinen.

     Le petit caillou dans une main et l’écrin de nacre dans l’autre, j’entamai le chant du souvenir, suivi en chœur par les dames d’Avalon.

    Le vent souffla de plus belle.

    Lancinante et puissante, la mélodie nous pénétra jusqu’aux tréfonds de notre être... Elle nous envahit toute entière. Grave et profonde, elle nous fit vibrer à l’unisson, nous enveloppa, nous transporta à la fois jusqu’au cœur de la matière et au-delà de nous-mêmes.

    C’était si beau que cela faisait mal.
        Nous n’étions plus qu’une seule voix, unique, forte, puissante, qui montait crescendo jusqu’à...
        Jusqu’à ce que s’ouvrent les mémoires,
        Jusqu’à ce que les pierres nous parlent....

     

     Leurs voix retentirent en moi comme le tonnerre.
        Brusque, herculéennes.
        Les forces telluriques rugirent, puis, se turent brutalement.
        Je les reçus comme un coup de poing en plein ventre.
        Je vacillai.
        Elles avaient délivré leur message, avaient fait volte-face, pour se figer, à nouveau, dans l’immuabilité de la matière originelle.

     

    Je repris mon souffle.

     

    Je contemplai le galet gravé...
        Tant de puissance en une si petite chose.
        Tant de signification dans une pierre si ordinaire.
        Pourtant, mon petit caillou, gris lisse et rond, était la clef.

     

    La clef de mon retour.
         Je repris mes esprits avant de délivrer mon message

    - Ce n’est pas un hasard si nous nous retrouvons toutes enfin ici et maintenant.

    Jamais je n’aurais pu retrouver le chemin du retour seule.
        Mais le cœur d’Arthur que j’avais scellé dans cette pierre,
        M’a rappelé à lui.

     

    Tout d’abord parce le temps des larmes est révolu.
        Je dois cesser de vivre dans le passé, et dans la culpabilité
        De mes erreurs fussent-elles monumentales.
        Il est temps de demander pardon
        À mon frère.

    Je suis revenue dans un pays de femmes...
        Pour l’amour d’un homme.

     

    Mais, au-delà de mon destin personnel,

     

    Le temps de la déesse-mère s’achève.
        Le temps de la dualité est révolu.
       Unissons la lune au soleil,
        L’ancien au nouveau.
        Séchons nos larmes.
       Nous avons trop pleuré.

     

    La déesse-mère, Gaïa, est mourante.
        Mère-Nature va mal.
        Unisson le païen à l’orthodoxe.
        Unissons le féminin au masculin.

     

    Jadis Lune et soleil se sont affrontés,
        Dans une lutte de pourvoir toute aussi fratricide qu’inutile.

     

    Le temps du renouveau est venu.
        Et l’espoir de renaître.

     

    Le petit caillou devint chaud et les symboles s’illuminèrent.
    À cet instant même, la dalle de l’autel bougea légèrement. Le granit devint peu à peu tourmaline, rubis puis, finalement cristal.

    Enfin, il disparut.

     

    Le tombeau était ouvert.

     

    Je me penchai
    Et déposai le petit caillou du roi Arthur.

     

    Pardonne-moi mon frère.
    Pardonne-moi.

     

    Tandis que les dames d’Avalon entonnaient le chant sacré du renouveau, je caressai son visage, toujours aussi beau...

    - Puisses-tu par ce rituel, enfin reposer en paix.

    J’ouvris alors la boîte de nacre, déposai la petite graine, la larme d’Ondine et l’écaille de Mélusine sur le galet sculpté et soufflait sur l’ensemble.

    Les quatre éléments réunis, le petit caillou alors comme un bouton de rose, pour se transformer  en une fleur aux mille pétales écarlates, embrasant toutes mes offrandes. Il tournoya sur lui-même puis s’éleva dans les airs.

     

    Au même moment tout en douceur, comme dans un rêve, la même fleur, mais bleue, sortit de ma propre poitrine. Stupéfaite, je vis les deux fleurs entamer une danse subtile et harmonieuse. Bientôt, elles tournèrent à toute allure, et, très vite, je ne fus plus en mesure de les distinguer l’une de l’autre.

    Après quelques instants, elles finirent par se séparer à nouveau. Cependant, elles possédaient toutes deux autant de pétales bleus que de rouges.

    Puis, dans un dernier éclair, elles pénétrèrent à nouveau nos cœurs respectifs.


     

    - Petit frère....
      Repose en paix.

     

    Au-delà de la mort, tu m’as insufflé ta force.
    Désormais, nous sommes unis à jamais...
    ... Pour que renaisse le monde celte.

    Une incroyable sérénité m’envahit, annonciatrice d’une ère nouvelle.
    L’ère du Soleil et de la Lune.

     Je fus Ada, vieille femme qui marchait à trois temps,
    Un petit caillou, gris, lisse et rond dans la poche.
    Désormais je suis Morgane.
    Porteuse du cœur du roi Arthur.

    Porteuse d’espoir.

     

    Jadis, sombre et trouble...
    Aujourd’hui, sereine et unifiée.

     

    Il me reste beaucoup de chemin à parcourir
    Et tant de choses à accomplir.
    Avec l’aide de mes chères sœurs, les dames d’Avalon,
    Jamais nous ne cesserons d’œuvrer pour que la déesse-mère s’unisse au dieu cornu.

    Et dans le cœur des hommes,
    Je place la lumière du Soleil et de la Lune.
    L’âme et le cœur de Morgane et Arthur.

     

     

     

    © Le Vaillant Martial 

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