• Métiers de la mer et des canaux

    Métiers de la Mer et des Canaux

          

    Au début du XIXe siècle,  plus de 50 000 personnes vivent de la mer sur les côtes des cinq départements bretons, soit environ 36 000 hommes embarqués sur les bateaux et  14 000 hommes, femmes et enfants pratiquant la pêche à pied, sans compter les milliers d’ouvrières des conserveries, les 3 000 goémoniers, les paludiers et les mariniers.

    La grande pêche est consacrée à la morue, à la sardine et au thon.

    Sur la manche, de Cancale à Paimpol, 8 000 marins sont employés, principalement dans la pêche à la morue. La vie est très dure pendant les campagnes qui se font de plus en plus loin, à partir du mois de Mars. Le travail est harassant, les conditions de vie déplorables, la promiscuité, le froid, l’absence de soins, d’intimité, de sommeil, les accidents du travail, tout s’accumule pour provoquer une quatre fois plus forte que chez les mineurs de charbon.


     

    La région de Paimpol arme pour les bancs d’Islande, à son apogée en 1895, soixante-quatorze navires accueillent des équipages souvent d’origine rurale.

    La baie de Saint-Brieuc voit cette activité péricliter tandis que Saint-Malo doit se diriger vers Terre-Neuve pour trouver du poisson. En 1913, le port a un maximum de 146 voiliers et grouille d’activités au moment de la campagne de pêche. Les difficultés d’accès aux zones de pêche, le changement des goûts alimentaires des Français et les coûts d’exploitation commencent à menacer l’économie de la morue dans les années 1910. Des milliers  de jeunes ruraux attirés par les salaires, quittent leur terroir pour aller « à Islande » ;

    Un journalier agricole, quand il trouve à s’embaucher, touche au mieux 2 francs pour une journée d’été (non nourri), un homme d’équipage 800 à 1200 francs, un mousse 200 à 500 francs. Mais l’envers du décor est terrible qu’on parle de la « Géhenne[1] »  pour ces six ou sept mois de pêche.

    En 1904, Anatole Le Braz dénonce le sort des « Mousses, enfants martyrs ». Une véritable traite d’enfants, les « graviers » sévit chez les novices d’Islande. Un alcoolisme chronique aggrave la situation.

    La mortalité à bord, les disparitions en mer et les naufrages provoquent plus de 2 000 morts entre 1852 et 1935. En 1902, 50 Islandais ont péri en mer, en 1902 le « Cousins réunis » fait naufrage avec 102 graviers[2]. Les murs des disparus de Ploubalzennec et Plouèzec  attestent ces chiffres terrifiants qui ne font oublier ni les romances de Loti et Botrel, ni les maigres pensions versées aux veuves et aux orphelins.

    La côte Atlantique du Croisic à Audierne, est une des principales zones de pêche à la sardine, puis au thon, offrant des emplois à des milliers de Bretons qui quittent ainsi leurs communes rurales surpeuplées pour grossir la population des ports des trois départements les plus méridionaux.

    Les bancs de sardines sont légion jusqu’au début du XXe siècle sur le littoral de Bretagne Sud. De mai à juin, le poisson remonte de Vendée vers le Finistère et la saison commence alors pouvant s’étaler jusqu’à la fin septembre.


     

    L’invention des conserves  à l’huile permet le traitement des sardines que des milliers de femmes étêtent, vident, salent, sèchent et font frire avant que les soudeurs-boîtiers ne les enferment dans leur boîtes de fer-blanc.

    Les deux tiers de la pêche vont au patron, le tiers restant à l’équipage. Les cinq ou six marins des pinasses ou chalutiers ont aussi droit à un panier de poissons : « la cotriade ».  Les sardinières n’ont que des salaires très faibles : les soudeurs sont mieux payés.

    À l’apogée de cette spéculation vers 1880, la Bretagne avec 132 conserveries sur les 160 de France, est presque en situation de monopole. Elle exporte 90% des conserves mondiales ! Mais déjà certains industriels avisés installent leurs usines en Espagne et au Portugal, où les coûts sont moins élevés. La concurrence se déchaine.


     

    En 1905, il y a 150 conserveries bretonnes (sur les 260 de l’hexagone) dont 33 à Concarneau, 26 à Douarnenez (dont la population est passée de 1800 à 7500 habitants), 16 à Audierne, les autres à Camaret, Etel, Guilvinec, Quimper, Pont-Aven, Port-Louis, Belle-Île, La Turballe, Le Croisic... Mais Vigo en a 137 contre 3 en 1883 !

    A la concurrence étrangère s’ajoutent la raréfaction puis la disparition de l’espèce des côtes bretonnes. Une première crise frappe en 1890-1898 mais c’est surtout celle de 1902-1907 qui s’avère désastreuse et réduit à la misère pêcheurs et ouvrières des conserveries. La motorisation (le premier chalutier à vapeur apparaît en 1898 à Lorient) modernise néanmoins le travail et permet d’étendre les zones de captures.    

       

     

    La pêche au thon se pratique à la ligne sur les deux flancs des « dundees »  reconnaissables à leur voilure élégante et à leurs tangons élancés. Elle connaît un essor à partir des années 1860-1870 sur les côtes du Morbihan.

    En 1900, une dizaine de ports abrite près de 300 bateaux qui totalisent 7700 tonneaux. Groix (Port-Tudy) domine largement avec 200 bateaux suivi d’Etel. Le Croisic et six ports Morbihannais arrivent ensuite : Le Palais, Quiberon, La Trinité ...

    En 1906 Concarneau commence ce type de pêche qui permet une diversification dans le contexte de la crise sardinière.

    Les femmes aident au débarquement du thon qui est vendu dans les criées, construites spécialement à cette époque, ou mis en conserve.

    La rétribution se fait  à la part : Les 11 parts se répartissent en 4 pour l’armement et 7 pour l’équipage, soit 5 par marin et 0,5 pour le mousse et 1,5  pour le patron.

    Une multitude de petits bateaux se livre à la pêche côtière pour le ravitaillement quotidien : maquereaux, mulets, raies, soles ou aiguillettes pêchées à la torche.

    Les Forbans et les Sinagots du golfe du Morbihan, les bisquines de cancale, les chasse-marée du Finistère, les sloops et autres gréements pittoresques se pressent et s’activent sans cesse.

    Certains ports  se sont spécialisés dans la capture des crustacés : homards et langoustes à Bénodet, Guilvinec, Audierne, Loguivy, Belle-Île, Houat, Hoëdic...

    Un peu partout sur le littoral, la pêche ou l’élevage des mollusques et des coquillages permettent de faire vivre les familles bretonnes : palourdes, ormeaux (à Perros-Guirec), bigorneaux élevés en parc au Croisic, crevette, coques, huîtres...

    Dans les estuaires, les filets et les carrelets sont fréquemment utilisés comme à Saint-Nazaire ou dans le vallon du Loch, près de Tréauray.

     

     

     

     À marée basse, pêcheurs retraités, enfants ou femmes arpentent les grèves avec leurs paniers, leurs haveneaux, leurs épuisettes ou les couteaux à débusquer, les palourdes. Il faut parfois porter des « sabots-planches » pour ne pas s’envaser mais, la plupart du temps, c’est pieds-nus et jupes retroussées que les coquetières du Mont St Michel ou les pêcheuses de Cesson se font photographier comme s’il s’agissait d’une mode.

    Les huîtres sont d’abord été pêchées à la drague sur les bancs naturels du Morbihan, de Cancale ou de Saint-Malo où à la « Caravane » des bisquines avait lieu chaque année dans des conditions très strictes.

    Dès les années 1850, à Saint-Brieuc, Damgan et Séné par exemple, sont déposées les premières de mandes de concession pour la création de parcs d’élevage des huîtres. L’ostréiculture gagne alors d’autres sites du Morbihan ou du Finistère Sud provoquant une intense activité.

    La mytiliculture se développe mais coquillages et crustacés ne sont pas encore connus partout : Pierre-Jakez Hélias nous raconte que dans son pays de Pouldreuzic à quelques kilomètres de l’océan si on se faisait une obligation de manger du poisson le vendredi (mais uniquement de la sardine et du maquereau) et d’aller ramasser des coquillages le vendredi saint, on ne savait pas ce qu’étaient les langoustes, nu les huîtres. Personne n’avait voulu des premières qui finirent sur les tas de fumiers, quant aux secondes, la bonne du médecin les avait jetées également croyant que c’était des vulgaire pierres !

    Les fleuves et les canaux bretons – canal de Nantes à Brest -, canal d’Ille et Rance – sont fréquentés par des péniches qui, à une époque où les camions n’existent pas, jouent un grand rôle dans le transport des pondéreux. Halées par des chevaux, mues à la voile et au moteur elles desservent plusieurs ports de l’intérieur et la vue assez étonnante du port de Rennes avec ses bateaux donne une idée de l’importance de ce trafic autrefois.

    Les Marais Salants

     

    Le pays de Guérande mais aussi la région de Carnac, la Trinité-sur-Mer et quelques communes du golfe du Morbihan comme Séné produisent du sel grâce à un système ingénieux et méticuleux de chauffage et d’évaporation de l’eau de mer dans une série de bassins de profondeur décroissante.

    Aux grandes marées l’eau pénètre dans une vasière puis, par des étiers, elle passe successivement dans les cobiers, des vives, des adernes pour parvenir enfin à des vastes étendues de 10 mètres sur sept : les œillets, où la profondeur n’est que de 5 centimètres.

     

    De juin à septembre les paludiers, avec leurs râbles, ratissent le sel qui s’entasse dans des petites plates-formes rondes appelées ladures. Leurs femmes ou leurs filles le transportent alors dans des jarres placées sur la tête et vont décharger sur des tas pyramidaux : les mulons. Le sel est alors mis en sac, et vendu ou stocké dans des grands magasins ou salorges. Un œillet. Un œillet peut produire 1 200 Kg de sel gris et 80 de blanc.

    À la fin du XIXe siècle, les paludiers, qui n’étaient pas propriétaires de leurs œillets, étaient réduits au quart de la récolte et ne gagnaient que 300 francs par an.

    © Le Vaillant Martial 


    [1] Géhenne : enfer, dans les écrits bibliques.   Littéraire. Souffrance presque intolérable ; supplice, torture.

    [2] Les graviers sont ces jeunes hommes embauchés devant notaire pour aller travailler la morue à Saint Pierre et Miquelon ou à Terre-Neuve sur le french shore, la partie du littoral tolérée au traité d’Utrecht en 1713. Vivant à même la grave (la grève en patois bordelais), réalisant un travail exténuant, le séchage de la morue, et transportés dans des conditions épouvantables outre-Atlantique.

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