• Merlin


     

    Sa vie fut fascinante, mystérieuse et surnaturelle.
    Et cela commença dès sa conception.


    Sa mère, Adhan[1] avait une sœur possédée par le Diable – disait –on – et qui se prostituait. Pour ne pas sombrer à son tour dans la débauche, la jeune femme se protégeait en menant une vie pieuse et vertueuse.

    Mais un soir, elle omit d’effectuer le petit rituel conseillé par le père Blaise et le Diable en profita. L’on ignore s’il la posséda par la ruse ou par la force, quoi qu’il en soit, neuf mois plus tard, un étrange enfant venait au monde.

    Poilu comme un petit animal, il sut, dès, les premiers jours, parler et marcher.
        Parce qu’il était à moitié démon, il avait reçu le pouvoir de connaître toutes les choses passées, et parce que sa mère était pure et tournée vers Dieu, il avait reçu la faculté de voir l’avenir.
        Ainsi, Merlin possédait la maîtrise du temps dès sa naissance...

    Adhan était tout amour, et bien que quelque peu troublée par l’aspect et les aptitudes extraordinaires de son enfant, elle l’aima aussitôt. N’espérant qu’une seule chose... élever son enfant modestement, dans l’amour et la vertu.

    Mais en ces temps-là, les femmes qui ne pouvaient pas nommer le père de leur enfant devaient être brûlées.
       Merlin
    , du haut de ces quelques jours de vie, fit alors sa première prédiction en assurant à sa mère que personne ne lui ferait de mal.

    Et il en fut ainsi.

    Les sept premières années de sa vie furent paisibles et, au côté de sa mère, il put voire éclore de nouvelles capacités comme communiquer par la pensée ou se transformer en animal. Les oiseaux -corbeaux ou merles – et les cerfs avaient toutefois sa préférence. Par la suite, il apprit aussi à prendre la forme de vieillard, d’homme sauvage ou encore de villageois pour délivrer un message sans être reconnu...

    Doté d’une sagesse innée, nourrie par un profond lien d’amour pour la forêt et les animaux, le jeune garçon aimait la solitude et se réfugiait fréquemment auprès de grands arbres, auxquels, d’ailleurs, il se comparait aisément. On dit même qu’il leur parlait, surtout aux pommiers avec lesquels il eut tout au long de sa vie, un lien tout particulier... Peut-être cela avait-il à voir avec l’île d’Avalon ? L’Île des pommes et des fées...

    Plus tard adulte, il fera de sa forêt sa demeure, son espace de quiétude et s’y réfugiera souvent, notamment lors d’intenses périodes de folie, lorsque tout ce savoir se fera un trop lourd fardeau, même pour l’incroyable enchanteur qu’il deviendra.

    Il rendra aussi régulièrement visite au confident de sa mère, le père Blaise, qui s’était retiré du monde des hommes dans les terres lointaines du Nord, et qui deviendra son scribe et son confident.

    En grandissant un lien étrange s’instaura entre le jeune garçon apprenti druide et les dragons, créatures pourtant unanimement craintes et détestées. Alors même qu’il n’en avait encore jamais vus, un dialogue intérieur s’établit tout naturellement  entre Merlin et certains d’entre eux. Tout au long de sa vie, ce lien puissant se renforça et il préféra les apprivoiser plutôt que de les combattre comme le faisaient alors tout bons chevaliers. Il verra en eux des protecteurs plutôt que des destructeurs.

    D’ailleurs c’est pour cette raison qu’encore enfant, il sut que deux dragons s’étaient endormis sous la tour que le roi Vortigen construisait pour se protéger des deux prétendants légitimes au trône. Uther Pendragon et Moine. Lorsqu’ils furent réveillés, les deux dragons, l’un blanc, l’autre rouge, se jetèrent l’un sur l’autre et s’entretuèrent. Symbolisant par là-même, la lutte sans merci que Vortigen et Uther Pendragon se livreraient plus tard.

    Ainsi, bien avisé, le vainqueur de ce combat Uther, prendra l’enchanteur comme conseiller lorsque celui-ci sera adulte.
        Le temps passa et Merlin devint un druide puissant et respecté. Il apprit la magie et devint un maître en la matière, le plus grand magicien du monde.

    Pourtant, malgré ses connaissances immenses, sa quête de savoirs ne semblait pas avoir de limites. Ainsi, il s’intéressa à de nombreux domaines comme, par exemple l’astronomie et l’astrologie et devint tout naturellement un grand érudit dans ces domaines.

    De plus, son talent inné pour lire les pierres fit de lui un bâtisseur hors norme, notamment de mégalithes, comme le cercle magique et céleste de Stonehenge.
        Mais ce furent surtout  ces dons de prophète – lui offrant une vision claire des arcanes de l’avenir – qui le firent entrer dans la légende.
        Merlin
    voyait loin. Très loin même. Certainement au-delà de ce que nous pourrions imaginer....
        Il savait aussi qu’il devrait tricher avec les lois de la nature, favoriser certains au détriment d’autres.

    Il savait tout cela.
        Ce fut sa force.
        Ce fut sa douleur.
        Il fit face, seul, à des choix cornéliens qu’il n’aurait pas souhaités à son pire ennemi.

     

    Mais  il savait que pour accomplir ce qui semblait juste, il devrait s’arranger avec sa conscience et que garantir le destin du royaume de Bretagne en unifiant le peuple breton et initier la quête du Graal demanderait des sacrifices.



     

    Ainsi, grâce à l’un de ces sortilèges, Merlin permit à Uther Pendragon, roi de Bretagne, dont il était devenu l’ami et le confident de prendre l’apparence de Gorlois l’époux d’Ygerne, de se rendre en son château et satisfaire son désir.

    Ce que Uther n’avait pas prévu, c’est que cette nuit-là, Gorlois serait tué et qu’un enfant serait conçu : Arthur.
        Ce que n’avait pas non plus prévu Uther, c’est que l’enfant serait le prix à payer pour cette duperie.
        Ainsi, après quelques mois, Arthur fut enlevé à ses parents et confié à Antor, qui l’élèverait loin des intrigues et des luttes de pouvoirs.
        Dès lors, Merlin devint le secret protecteur du jeune garçon.

     

    A la mort d’Uther, le magicien organisa un défi qui offrait le trône de Bretagne à celui qui pourrait arracher la mystérieuse épée enchâssée dans son enclume, épée qu’il avait placée là lui-même la veille.
        Merlin
    en eut connaissait déjà l’issue puisqu’il savait depuis qui était l’élu.
         Comme prévu un jeune écuyer du nom d’Arthur, inconnu de tous, arracha l’épée, presque fortuitement.

     

    Ce ne fut pas simple ‘imposer le jeune hommes au clan des bretons et Arthur dut faire ses preuves. Ce fut Merlin qui conduisit le jeune roi auprès de Viviane, la Dame du lac, afin qu’elle lui remit Excalibur.
        Ce fut encore lui qui  œuvra pour réunir les meilleurs chevaliers de la table ronde, afin que fut initiée la quête du Graal.
        Pourtant malgré tout son pouvoir, il ne put empêcher la chute du royaume de Bretagne et la mort d’Arthur, car tout cela était écrit.
         Il s’employa cependant, à ce que le chemin qui menait à cette funeste conclusion fût le moins chaotique possible. Y parvint-il ?

    Quoi qu’il en soit, dans le chœur de tous, Merlin l’enchanteur demeura le plus grand magicien de tous les temps ...
        L’Amour qu’il portait à Viviane, tu le sais déjà, scella son destin à jamais.
        Un jour peut-être, sa puissante magie aura raison du sortilège qui l’emprisonne... Et nous aurons l’extrême privilège de voir ce vénérable vieillard fouler à nouveau la forêt de Brocéliande.

    - Merlin... Viviane ... Je commence à me souvenir.
    -
    C’est bien... Sais-tu où nous sommes ?
    -
    Avalon...
    -
    Comment allons-nous nous y rendre ?
    -
    Certains parlent d’une barque... Mais toi et moi n’avons rien d’autre que de notre volonté. Il nous suffit d’y penser et nous y serons. Es-tu prête ? Je pris une profonde inspiration.
    -
    Oui
    -
    Je fermai les yeux.

    Lorsque je les rouvris, j’étais seule, au beau milieu d’une clairière, au centre de laquelle un grand pommier trônait fièrement.
        Mon cœur battait la chamade.
        Il m’avait simplement suffit de vouloir me rendre sur cette île pour m’y trouver... Comment ?

    - Inwynn t’a bien dis que tu étais magicienne...

    Je cherchais mon interlocutrice....

    - Derrière toi.
         En me retournant, je sentis d’abord sa chaleur avant de la voir.

    Un être de feu, rouge flamboyant, flottait devant moi.
    Ni belle, ni laide, elle était... étrange et fascinante.

    - Je m’appelle Ysgarane. Je suis une salamandre, immatérielle, impalpable et je terrasse le faux et le corrompu. Ici s’achève ton chemin. Et c’est le feu qui scellera ton destin.

    Je reculai

    - Mes flammes ne vont pas te brûler... Pas comme tu le penses, en tout cas.
    -
    Vous me faites peur
    -
    Je sais. Mais c’est l’ultime porte. Tu as le choix. Si tu veux retrouver tous tes souvenirs, savoir pourquoi tu as traversé la frontière jadis, qui a scellé ton petit caillou, et surtout, savoir qui tu es, tu dois me laisser faire. Tu peux refuser mais tu te retrouveras à l’instant même à ton point de départ, de l’autre côté de la frontière... Du côté de ceux qui ne croient plus. Et tu auras tout oublié. Choisis !

    J’avais toujours eu peur du feu... Pourtant, je devais savoir. J’avais vécu trop de choses pénibles pour reculer maintenant.

    - Allez-y. Faites de moi ce que vous voulez.
    -
    Pose ton sac.

    J’obtempérai.
        Elle ouvrit les bras...
        Je serrai les mâchoires, bloquai ma respiration et fermai les yeux.

     

    - Que les flammes brûlent le voile de l’oubli et que trépasse l’ancien proclama-t-elle.
      -
    Et elle m’enserra dans une étreinte brûlante.

    Je pensais souffrir le martyre et ce fut l’inverse...
        En un instant, le poids des ans s’envola. Je me sentis purifiée de l’intérieur.
        Incrédule, je me défis de son étreinte et le fixai sans comprendre.

    - Tu étais vraiment bien enfermée dans ta carcasse de vieille femme... Sourde et aveugle à tout... Ma sœur.
    -
    Ma sœur ? Ma sœur... Oui je me souviens à présent... Je me souviens ! Oui. Ma Sœur ! Je suis moi aussi une dame d’Avalon... Bien sûr : Je ne sais pas encore pourquoi je me suis égarée, mais je sais que je vivais ici. Parmi vous. Où sont les autres ?

    - Tu en as déjà rencontré cinq si tu me comptes.
    -
    ...
    -
    Oui...
    -
    Bien sûr Ymirée, Aylinen, Ezelwen, Inwynn et vous, Ysgarane, êtes des dames d’Avalon ?
    -
    Assurément.
    -
    Il faut que je m’asseye.

     


     

     

    © Le Vaillant Martial 



    [1] Selon une vieille version des Prose Brut chronicles 

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