• Les trois Jean de Brocéliande

    Les Trois Jean De Brocéliande

    Brignac est une commune située au nord-ouest de Brocéliande, aux confins de Porhoët. Outre le fait d’être située en lisière du magnifique château de la Ryaie et de sa chapelle, cette commune a le privilège de posséder en son sein, la Terre Sainte, constituée par les villages de la « Ville Dérée », « Perquée » et les « Fougerêts ». La légende dit également qu’en cette commune l’on vivait tellement vieux qui fallait aller quérir dans l’église le mat de Brignac pour assommer les habitants qui arrivaient à l ‘âge de cent ans et qui ne parvenaient pas à mourir... Ceci n’est pas sans rappeler la vieille légende du Bretonnant « la légende de Maël béniguet ».

    Ce conte commence précisément à Brignac. Il y avait, à cette époque, dans la commune de Brignac, un jeune homme si fort et vigoureux que toutes les jeunes filles du pays de Mauron n’avaient d’yeux que pour lui. Il était apprenti forgeron et faisait entre ses doigts tournoyer une barre de fer de plus de cent kilos.

        Aussi un jour décida-t-il de s’en aller de par le monde en quête d’aventures. Mais son bâton de cent kilos ne lui suffisait pas. Il demanda de lui en fabriquer un qui soit digne de son nom « Jean des fers ». Pendant plus d’une semaine, le forgeron fondit l’acier pour confectionner un bâton digne de notre homme. C’est avec joie que le maître forgeron vit son apprenti satisfait car il ne lui restait presque plus d’acier à fondre.

         C’est par un matin d’hiver, alors que la lune était encore haute dans le ciel, que Jean des fers prit la direction de Brocéliande. Après plusieurs heures de marche, il arriva en vue de Saint-Léry. Il fut étonné par un bûcheron qui portait seul plusieurs arbres à la fois.

    - Quel est ton nom ? lui demanda-t-il.
    -
    L’on m’appelle, Jean-des-Arbres.
    -
    Te plairait-il de venir parcourir le monde avec moi ?
    -
    Ma foi, pourquoi pas, je commence à m’ennuyer ici.

         Il emporta avec lui quelques arbres, les plus beaux et les plus gros qu’il trouva et se mit en route avec Jean des fers. Après avoir cheminé quelques temps, ils arrivèrent à Tréhoronteuc où leur passage en surpris plus d’un. Arrivés au moulin de la Vallée, à proximité du miroir des fées, ils furent tous surpris de voir le meunier occupé à jouer au palet sous les meules de son moulin.

    - Bigre, dirent-ils, voilà un singulier personnage. Et ils l’interpellèrent.
    -
    Quel est ton nom ?
    -
    Je m’appelle Jean-des-Meules.
    -
    Et il te plairait de parcourir le monde avec nous ?
    -
    Ma foi, bien volontiers, la récolte cette année a été bien mauvaise et n’ayant plus de blé à moudre, je m’occupe comme je peux.

         C’est ainsi que nos trois Jean, des fers, des Arbres et des Meules s’enfoncèrent plus profondément dans la forêt de Brocéliande, en espérant bien y trouver de quoi satisfaire leur soif d’aventures.

         Après avoir marché plusieurs heures, ils se trouvèrent devant un large étang.

    - En faire le tour, nous ferait perdre du temps, dit Jean-des-Arbres et jetant ses arbres, il fit un pont pour traverser cette pièce d’eau.

    Les trois Jean de Brocéliande


         Après avoir marché trois jours, ils arrivèrent soudain au détour d’une clairière devant un immense château abandonné. Comme la nuit commençait à tomber, ils décidèrent d’y dormir. Quelle ne fut pas leur surprise de trouver à l’intérieur du château des lits qui semblaient les attendre. Hormis le bruit des chauves-souris et des chouettes, ils passèrent une excellente nuit.

    -      Et maintenant, à nous la vie de château, dit Jean des fers  en se levant d’un ai joyeux.

       Déjà Jean des Arbres avait fait l’inventaire des cuisines, et revenait tout joyeux

    Les trois Jean de Brocéliande


     

         Vous pouvez aller vous distraire à la chasse si vous voulez, moi je m’occupe de la cuisine, lorsqu’il sera midi, je sonnerai la cloche.

         Jean des Meules et Jean des Fers s’en allèrent ainsi promettant à Jean des Arbres de ramener un sanglier ou quelque autre gibier. Et alors qu’ils étaient occupés à courir un sanglier de forte taille, Jean-des-Arbres au château, faisait mijoter la soupe. Mais tout à coup il vit la suie tomber dans la marmite et déjà, il commençait à maugréer que voici trois pierres qui viennent épaissir son potage.

    « Sans doute une chouette que la fumée a réveillé », pensa-t-il en ajoutant

    - Attends que je t’attrape
    -
    Attrape- moi, si tu le peux lui répondit un drôle de petit bonhomme qui venait de descendre de la cheminée.

    Jean des Arbres ne fut pas long à comprendre qu’il avait affaire à un Korrigan.

         Une rude échauffourée suivit qui se termina, bien entendu au bénéfice du korrigan, qui poussa et coinça Jean des Arbres entre une huche et le mur.

         Déjà midi passé depuis longtemps. Ses compagnons n’entendant pas le clocher sonner, décidèrent de   rentrer au château. À leur arrivée, ils furent tout surpris de trouver Jean des Arbres dans une telle posture.

    - Que s’est-il-passé en cette demeure, pour que tout soit sens dessus dessous ? demanda Jean des Meules.
    -
    Ce château est hanté, il est la propriété d’un korrigan. C’est lui qui l’a mis dans cette fâcheuse posture, dit tout gémissant et tout sanguinolent Jean des Arbres.
    -
    Qu’à cela ne tienne, demain, je te vengerai, répondit Jean des Meules.

         Le lendemain, Jean des Arbres et Jean des Fers, s’en allèrent à la chasse pendant que Jean des Meules jouait le chef cuisinier. Afin de mieux surveiller le korrigan, il avait déposé ses meules à proximité de la cheminée.

         La pendule du château indiquait presque les midis, la soupe de légumes bouillonnait, et Jean des Meules commençait à mettre en doute les déclarations de Jean des Arbres quant à l’existence du Korrigan, lorsque quelques pierres vinrent épaissir le potage qui fumait dans la marmite à laquelle aurait certainement fait honneur Gargantua.

    - Te voici enfin, aurais-tu eu peur de mes meules pour m’arriver qu’à présent ! cria Jean des Meules dans le conduit de la cheminée.
    -
    Peur de tes meules ! Pauvre idiot, tu veux me connaître et bien me voici. Permets-moi de te dire tout de même que le pays d’où tu viens doit être un pays pauvres pour avoir des meules de moulin de si petite taille, en mon pays, il faudrait plus d’un siècle pour moudre la récolte d’une journée.

         Aussitôt, un rude combat s’engagea entre Jean-des-Meules qui devait regretter son beau pays de Théhoronteuc et le korrigan coinça notre Jean entre ses meules avant de le jeter au fond d’un puits asséché.

         Lorsque Jean des Arbres et Jean des Fers arrivèrent, la maison était vide et la soupe était servie, mais sur la terre battue leur compagnon dans tous les recoins du château. Ce n’est qu’en traversant la cour, qu’ils perçurent des cris désespérés venant du fond du puits où se trouvait Jean-des-Meules.

         Aussitôt, Jean des Fers, lui tendit la barre de fer dont Jean des Meules se servit comme d’une corde pour remonter à la surface.

    - Le korrigan est un malin esprit, il vaut mieux quitter ce château qui est sa demeure, dit Jean des Meules en ayant du mal à se remettre de son aventure.
    -
    Quitter cette demeure sans que moi-même, je n’aie testé ma force à ce lutin, il n’en est point question, dit Jean des Fers de Brignac. Demain, c’est moi qui resterai aux cuisines le temps que vous alliez à la chasse.

         Le lendemain, Jean des Arbres de Saint-Lèry et Jean des meules de Trèhorenteuc s’en furent à la chasse, pendant que Jean des Fers de Brignac s’affairait aux cuisines.

     


     

         La soupe mijotait déjà depuis un certain temps lorsque des pierres venues d’on ne sait où, vinrent épaissir le bouillon.

         Alors que la grande barbe du korrigan apparaissait Jean des Fers de Brignac  s’était saisi de sa barre et commençait à en faire goûter la rudesse à notre lutin qui criait pitié.

    Le combat fut de courte durée et cette fois, le korrigan en fut le perdant.

    Jean des Fers, avec l’aide de sa barre, le saisit et l’envoya choir dans une auge de granit.

    Lorsque ces deux compagnons rentrèrent la soupe trônait sur la table.

    Les trois Jean de Brocéliande


     

    - Comment, tu es venu à  bout de korrigan ! s’exclamèrent Jean des Arbres et Jean des Meules.
    -
    Bah, il n’était pas si fort que vous le prétendiez. Venez plutôt avec moi le contempler, je l’ai envoyé dans l’auge de granit au fond de la cour.

         Quelle ne fut pas leur surprise en arrivant au lieu indiqué. Dans l’auge, il ne restait plus que la barbe ensanglantée  du Korrigan.

         Jean des Fers, pestant après tous le Diables, s’empara violemment de la barbe du korrigan en la déchirant.

         Aussitôt un grondement se fit entendre, en se retournant, nos compagnons, virent alors le château tombé en ruines, la terre s’ouvrit brusquement sous leurs pieds, et ils disparurent dans les entrailles de la terre.

         Depuis ce jour, nul n’a entendu parler de Jean des Fers, ni de Jean des Arbres, pas plus que Jean des Meules et encore moins du château hanté par le Korrigan.

     

    © Le Vaillant Martial

     

    « Les mains les plus blanchesLe sac de Belzig »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :


================================== 1- jssants.js (external javascript jsfile) ================================== ================================== 2- jssaints.js (external javascript jsfile) ================================== ================================== -3 sants.html (html file) ================================== JavaScript code/Saint's Day
Breton calendar - Saint's Day : 
...Calendrier français :