• Les Quatre Pleureuses

    Les Quatre Pleureuses 

    Il y avait une fois à Nantes, sur le quai de la Fosse, un boulanger qui avait fait de mauvaises affaires. Il ne savait plus à quel saint se vouer, et il était bien désolé. Un jour qu’il se promenait pour essayer de trouver de l’ouvrage, il rencontra un homme de sa connaissance, qu’il n’avait pas vu depuis longtemps, et qui était dans un triste état.

    - Pourquoi as-tu l’air si triste ? lui demanda celui-ci. Est-ce que tes affaires iraient mal ?

    - C’est pire que cela dit, le boulanger. Je suis ruiné, je n’ai plus d’ouvrage, et je ne sais même pas où nous allons loger, ma pauvre femme et moi.

     

    L’autre réfléchit quelques instants, puis il dit :

    - J’ai peut-être quelque chose qui fera ton affaire, Je possède une maison à Pont-Rousseau. Elle n’est pas habitée pour le moment. Si vous voulez y logez, ta femme et toi, je vous y recevrai bien volontiers un an ou deux sans loyer. Tu pourras ainsi trouver de quoi remonter la pente. De plus je te donnerais une barrique de vin, et tu pourras en vendre aux ouvriers qui vont à leur travail. Tu me paieras quand elle sera finie.

    Le boulanger remercia l’homme et accepta son offre. Dame ! Il n’avait pas le moyen de refuse une telle aubaine ! Il partit donc, pour le pont-Rousseau et il visita la maison. À vrai dire, elle était bien isolée, car Pont-Rousseau n’était pas très bâti comme à présent. Masi elle était grande, très commode, et il n’y avait aucune auberge aux environs.

    Il alla donc chercher sa femme qui fut bien heureuse de cette chance inattendue. Tous deux s’installèrent dans la maison. Leur petit commerce alla très bien. La femme était avenante et la première barrique de vin ne dura pas très longtemps. Lorsqu’elle fut finie, ils la payèrent et on leur en fournit une autre, aux mêmes conditions. Ils se trouvaient donc très heureux et bénissait chaque jour le généreux qui les avaient tirés de  là.

    Or, un jour que le mari était allé faire une tournée à Nantes, la femme était occupée à faire son ménage. Tout à coup, elle entendit, au-dessus de sa tête, des pleurs et des gémissements lamentables.

    - Comment ? se dit-elle. On nous avait dit que nous serions seuls dans cette maison et il semble qu’il y ait d’autres locataires. Qu’est-ce que cela veut dire ?

    Les cris et les pleurs continuaient toujours. Et la brave femme, qui avait un excellent cœur se dit :

    - Mon Dieu, peut-être ces personnes sont dans le malheur ! Il faut que j’aille vois si elles ont besoin de moi.

    Elle monta vite l’escalier, se dirigeant vers l’endroit d’où paraissait provenir le bruit. Elle arriva ainsi à une espèce de grenier dans lequel elle n’était jamais encore entrée.

    C’est de là que les cris partaient plus déchirants que jamais.

    Elle frappa à la porte. Pas de réponse. Alors elle entra, et aperçut quatre femmes qui tenaient chacune le coin d’un drap étendu, en pleurant et gémissant. Elle eut une si grande frayeur à voir ce spectacle qu’elle tomba évanouie.

    Lorsque le mari rentra le soir, il fut bien étonné de ne pas trouver sa femme en bas. Il l’appela partout, mais il ne reçut aucune réponse. Alors très inquiet, il monta l’escalier, et, voyant la porte du grenier ouverte, il y pénétra et aperçut sa femme étendue sur le plancher. Il l’emporta vite dans la chambre, mais il eut beaucoup de peine à la faire revenir à elle.

    Quand elle fut mieux, il lui demanda ce qui était arrivé. Après s’être fait bien prier par son mari, elle finit par dire que son évanouissement avait été causé par une vision effrayante. Elle lui raconta tout ce qu’elle avait vu.

    Son mari lui proposa de remonter au grenier pour s’assurer si cette vision était réelle ou non. La femme refusa.

    - Oh, non ! dit-elle. Je n’y retournerais pas ! je n’y remettrai certainement pas les pieds !

    Elle fut pendant quelques jours, malade de sa frayeur. Enfin, voulant se débarrasser de l’idée qui la tourmentait, elle alla trouver le curé de la paroisse, à qui elle raconta ce qu’elle avait vu.

    - Il n’y a qu’une chose à faire, dut le prêtre. Il faut que vous retourniez absolument dans ce grenier pour savoir au juste ce qui s’y trouve, et ce que veut dire l’apparition, que vous avez vue.

    La femme refusa d’abord. Mais comme les bruits continuaient à se produire et qu’elle seule les entendait, elle retourna chez le curé et lui demanda ce qu’elle devait faire.

    - Il faut absolument que vous entriez dans le grenier dans le grenier, dit le prêtre, et que vous parliez aux êtres que vous y trouverez, quels qu’ils soient. C’est le seul moyen de délivrer votre maison et vous-même.

    La pauvre femme se décida donc, bien à contrecœur, à suivre le conseil du curé. Le lendemain, surmontant mal sa frayeur, elle monta au grenier d’où s’échappaient des gémissements et des cris perçants. Elle ouvrit la porte en tremblant. Le même spectacle s’offrit à elle : les quatre femmes tenant les quatre coins du drap déployé, pleurant et gémissant à faire frémir.

    La femme s’avança vers elles et dit :

    - Si vous venez de la part de Dieu, répondez, si vous venez de la part du Diable, disparaissez !

    Aussitôt, une des pleureuses répondit :

    - C’est de la part de Dieu que nous venons. Un trésor mal acquis a jadis été caché ici, sous l’emplacement du drap que nous tenons. Il ne doit appartenir à d’honnêtes gens qui ont connu le malheur et qui pourront en faire bon usage. Fouillez donc à cet endroit et vous trouverez ce trésor qui vous est destiné.

    À peine avait-elle achevé ces paroles que toutes les autres disparurent comme si elles n’avaient jamais existé.

    La femme raconta à son mari ce qui s’était passé. Tous deux montèrent au grenier, et ils fouillèrent à l’endroit qui avait été désigné. Ils trouvèrent une grosse somme d’argent qu’ils descendirent chez eux avec le plus grand soin.

    La femme fut très longtemps malade des suites de la grande frayeur qu’elle avait eue. Mais à la fin, comme elle n’entendait plus rien et quelle n’était plus tourmentée, elle revint à la santé.

    Grâce à l’argent qu’ils avaient trouvé, ils achetèrent de la marchandise et leurs affaires prospéraient. Évidemment tout cela vint aux oreilles du propriétaire de la maison. Un jour il vint les voir et leur dit :

    - Il faut que vous ayez trouvé la pie au nid pour être aussi riche à présent.

    L’’homme raconta tout ce qui s’était passé. Le propriétaire réclama aussitôt la somme qu’ils avaient trouvé, disant que, puisque la maison était à lui, tout ce qu’y était lui appartenait de droit, que ce soit de l’argent ou autre chose.

    L’homme et la femme refusèrent de lui donner l’argent. Les quatre pleureuses avaient bien spécifié que l’argent devait revenir à quelqu’un qui avait connu le malheur. Le propriétaire ne voulut rien entendre et les fit appeler devant le juge de paix. Mais le juge lui donna tort. Il dit au propriétaire qu’il avait très mal agi en cachant que la maison était hantée, alors qu’auparavant personne n’avait pu y rester. Il ajouta que si la femme était morte des suites de sa frayeur, il en aurait été la cause.

    - Du reste, conclut le juge, le trésor a été révélé à la femme. Elle est la seule à avoir vu l’apparition, puisque jamais avant elle, on n’avait pris compris d’où venaient les cris et les gémissements. C’est elle qui a eu le courage de parler aux pleureuses. Il est juste que ce soit à elle que revienne le trésor.

    L’homme et la femme gardèrent donc la somme d’argent. Ils quittèrent la maison de Pont-Rousseau pour aller s’installer ailleurs.

    Ce récit recueilli en 1897, de la bouche d’une couturière de Nantes est caractéristique de la croyance aux trésors cachés, par des fantômes et révélés par eux à des humains qui les méritent.

    © Le Vaillant Martial

     

     

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 9 Décembre 2016 à 20:17
    Toutes ces légendes font rêver!qui n'aimerait pas trouver un trésor !!
    Bonne soirée
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