• Les Korrigans de Bréhat

    Les Korrigans de Bréhat 

    Autrefois, les follikeds étaient nombreux dans l’île, et presque chaque maison avait le sien. Mais on leur a joué tant de mauvais tours, comme par exemple de rougir au feu le galet sur lequel ils venaient s’asseoir au coin du foyer, qu’ils ont presque tous disparu.

    Souvent aussi on ne se montrait pas reconnaissant pour leurs services : les ménagères et les servantes les négligeaient, mettaient tout sous clef, et alors ils étaient obligés de chiper ce qu’ils pouvaient attraper, pour ne pas mourir de faim, les pauvres petits bonhommes. Voici ce que mon père m’a raconté et ce qui est arrivé dans notre île.

    Il y avait un homme riche, nommé Iann Kertanhouarn, et sa femme. Bien qu’ils fussent les plus riches de l’île, ils étaient peu donnant et ne songeaient qu’à amasser du bien.

    Leur maison était fréquentée, depuis longtemps, par des follikeds, qui y faisaient presque tout l’ouvrage, et ils n’avaient ni valet, ni servante. Pourtant, ils se montraient peu reconnaissants envers eux, et les pauvres petits n’avaient pour toute pitance que les miettes de pain tombées sous la table et les pelures de pommes de terre et de carottes. Ils faisaient maigre chair. Cependant, ils restaient dans la maison, parce que le père de Kertanhouarn et sa mère avaient été bons pour eux. Pour ne pas mourir de faim, ils guettaient le moment où Kertanhouarn et sa femme s’absentaient, oubliant sur la table, soit le pain, soit les crêpes, ce qui arrivait rarement. C’était aussi une bonne fortune pour eux quand ils pouvaient rester seuls dans la maison auprès du pot-au-feu, car alors, ils en enlevaient des choux cuits, et quelquefois une tranche de lard.

    Kertanhouarn, je vous l’ai déjà dit, n’avait ni valet ni servante et ne prenait jamais personne pour l’aider à cultiver les quelques arpents de terre qu’il possédait dans l’île, pour ne pas donner quelques sous à gagner aux pauvre gens : c’eût été de l’argent dépensé inutilement, pensait-il. Il travaillait donc aux champs, sa femme et lui, quel que fût le temps, comme les plus pauvres.

    On préparait le pot-au-feu avant de partir, avec des choux, des carottes et un peu de lard, et, de temps en temps, la femme venait à la maison pour entretenir le feu. Mais, quand elle trempait la soupe, les choux et quelquefois le lard avaient disparu ou étaient sensiblement diminués. Où étaient-ils passés ?

    - C’est toi qui les as mangés ! disait Kertanhouarn à sa femme. Celle-ci protestait que non.

    - Et qui donc, puisqu’il n’y a que toi dans la maison ?

    - Je ne sais pas, c’est peut-être le chat.

       Et on ne laissait plus le chat, seul, à la maison. Mais les choux et le lard ne disparaissaient pas moins. Kertanhouarn voulut alors lui-même surveiller le pot-au-feu. Il s’occupa donc désormais des préparatifs des repas. Mais cela n’empêcha pas qu’au moment de tremper la soupe, les choux et le lard avaient encore disparu, ce qui l’intriguait fort et le mettait de mauvaise humeur.

    - Il faut que ce soient les follikeds qui mangent ainsi nos choux et notre lard, dit un jour sa femme.

    Et il fut convenu qu’un d’eux se tiendrait de hors, près de la porte fermée, et observerait, par le trou de la serrure, ce qui se passerait dans la maison en leur absence. Kertanhouarn se tin donc en observation pendant que sa femme était à tirer des pommes de terre et il vit bientôt les follikeds qui se disposèrent à retirer les choux et le lard du pot. Il ouvrit soudainement la porte et se précipita dans la maison, avec un bâton à la main, pour châtier les voleurs. Mais il ne put les atteindre, et ils disparurent, qui par la cheminée, qui par la porte restée entrouverte.

    Kertanhouarn complota alors avec sa femme le moyen de se débarrasser des voleurs, et voici ce qu’ils pensèrent qu’il fallait faire, parce qu’ils avaient entendu dire que pareille chose avait été faite ailleurs avec succès.

    Tous les soirs, les follikeds se réunissaient sur la pierre du foyer pour se chauffer, et l’un d’eux qui paraissait être le chef, s’asseyait sur un galet rond, qui était au coin de l’âtre, et qui servait d’escabeau près du feu, comme cela se voyait autrefois dans toutes les maisons de l’île.

    Kertanhouarn, avant de se mettre au lit, chauffa le galet au feu, et le remit à sa place ordinaire. Puis de son lit-clos, au lieu de dormir tout de suite comme à l’ordinaire, il observa ce qui allait se passer.

    Les follikeds vinrent comme d’habitude, se ranger sur la pierre du foyer, et le chef, sans défiance, s’assit sur le galet. Mais il poussa aussitôt un cri épouvantable et s’enfuit avec les siens en brisant toute la vaisselle de la maison, et c’est depuis cette époque, dit-on, qu’on n’en revoit plus que rarement dans l’ile.

    Quant à Kertanhouarn et sa femme, ils n’eurent pas de chance, à partir de ce jour.

    Des voleurs leur dérobèrent leur trésor, tout leur or et leur argent, et il y en avait lourd, paraît-il. D’autres prétend que ce furent les follikeds eux-mêmes qui firent le coup. Toujours est-il que Kertanhouarn et sa femme moururent pauvres et réduits, dit-on à la mendicité, après avoir été des plus riches de l’île.

    François-Marie Luzel, L’île de Bréhat, 1873.

    © Le Vaillant Martial

     

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