• LE MEUNIER ET SON SEIGNEUR.

    Il y avait quatre ans qu’il n’avait pas payé sa Saint-Michel à son seigneur. II était pauvre assez !

    - un jour le seigneur retournant de la chasse et de mauvaise humeur, parce qu’il n’avait rien pris, tira sur la vache du meunier, qu’il trouva dans son chemin, et la tua. La femme du meunier vit le coup, et elle accourut à la maison en criant avec douleur :

    - Hélas ! Hélas ! Nous sommes assez affligés (ruinés) pour le coup ! Voilà notre vache tuée par le seigneur !

    - Le meunier ne dit rien ; mais il était en colère néanmoins. Durant la nuit, il écorcha sa vache, et il alla ensuite vendre la peau à Guingamp.  Comme il avait loin à aller et qu’il voulait être de bon matin en ville, il partit de la maison vers minuit. Arrivé à passer par un bois où, selon le bruit commun, il y avait de grands voleurs, il lui vint peur, et il grimpa sur un arbre, pour attendre le jour.

       Bientôt une bande de voleurs arrivèrent sous cet arbre, pour partager leur argent. Et voilà de la chicanerie et du bruit ; ils ne pouvaient pas s’entendre.

    - Jésus, si je pouvais avoir cet argent-là ! se disait le meunier en lui-même. Et lui de songer à jeter la peau de sa vache au milieu d’eux, pour les effrayer.

       Les voleurs en voyant les cornes et cette peau noire, — car la vache était noire, — crurent que c’était le Diable qui venait les chercher. Et de déguerpir, deçà de-là, en abandonnant là tout leur argent. !

    - Mon coup a réussi, ma foi ! se dit le meunier.

       Et il descendit alors de son arbre, ramassa tout l’argent dans sa peau de vache, et de courir à la maison ! Sa femme et lui restèrent jusqu’au jour à compter de l’argent ; mais ils ne pouvaient venir à bout de faire aucun compte, c’était trop d’argent !

       Le lendemain matin, le meunier dit à sa femme d'aller demander le boisseau chez leur seigneur, pour mesurer l’argent. La femme va, et demande le boisseau.

     - Pourquoi avez-vous besoin du boisseau ? lui demanda le seigneur.
    - Pour mesurer de l’argent, monseigneur.
    - Pour mesurer de l’argent assez ! Vous voulez vous moquer de moi, je crois
    - Non, mon Dieu, mon bon seigneur ; je vous dis la vérité. Venez avec moi, et vous verrez.

     

    Le seigneur va avec elle. Quand il voit la table du meunier couverte de pièces de deux écus, il est bien surpris, et il lui dit :

    - D’où as-tu eu cet argent-là ?
    - C’est de la peau de ma vache, que j’ai vendue à Guingamp, que je l’ai eu, monseigneur.
    - De la peau de ta vache ! Les peaux de vache sont (se vendent) bien cher, alors !
    - Oui, tout de bon, monseigneur, et vous m’avez rendu un grand service en tuant ma vache.

       Et le seigneur (de courir) à la maison, tout de suite, et de faire tuer toutes ses vaches et les écorcher. Le lendemain matin, il envoie un valet en ville avec les peaux, (il y en avait la charge d’un cheval), et il lui dit de demander un boisseau d’argent de chacune.

    Le valet se rend en ville avec ses peaux.

    - Combien chaque peau ! lui demande un tanneur.
    -
     Un boisseau d’argent !
    -
    Allons ! Ne plaisante pas ; combien chaque peau !
    -
     Je vous l’ai dit,  un boisseau d’argent.

       Et comme il faisait la même réponse à tous, les tanneurs se mirent en colère, et le valet fut roué de coups par eux, roulé sur le pavé, et ils lui prirent même ses peaux.

    Quand il arriva à la maison  Où est l’argent ?  lui demanda le seigneur.

     Ah ! Oui l’argent, en vérité ! Je n’ai reçu que des coups de pied et des coups de bâton et mon pauvre corps est tout brisé !

    - Le meunier m’a trompé ! s’écria alors le seigneur, en colère ; mais n’importe, mon tour viendra aussi !
    Le meunier fit un petit festin avec la vache qui lui avait été tuée, et il dit à sa femme d’aller prier le seigneur d’y venir aussi.

    La meunière va ; elle fait son invitation.

    - Comment, (oser) venir se moquer de moi encore, dans ma maison !
    - Jésus, mon bon seigneur, moi (oser) me moquer de vous ! Ni moi ni mon homme n’oserait jamais faire cela.
    - Eh ! bien, j’irai quand même, et je parlerai au meunier. Celui-là pense être plus fin que moi, peut-être !

       Le seigneur vint souper au moulin. Il y avait du fricot, du lard, du rôti à la broche, du cidre et même du vin ! Vers la fin du repas, quand les têtes étaient un peu échauffées, le meunier dit au seigneur :

    - Tout le monde, monseigneur, sait bien que vous êtes très fin, et pourtant, je suis content de parier que vous ne ferez pas ce que je ferai, moi.

    -  Et quoi donc ?
    -
     Tuer ma femme devant vous tous, ici, et la ressusciter ensuite, en jouant d’un violon que j’ai là.
    -
     Parie vingt écus que tu ne feras pas cela.
    -
     Vingt écus que je le ferai !
    -
     Eh ! bien, voyons, dit tout le monde, puisque le seigneur tient le pari.

       Et le meunier de prendre un couteau, de sauter sur sa femme et de faire semblant de lui couper le cou. Mais il ne coupa qu’un boyau rempli de sang qu’il lui avait mis autour du cou. Le seigneur, qui ne connaissait pas le tour, comme les autres, avait horreur en voyant le sang couler. La femme tomba à terre, comme si elle était complètement morte. Le meunier prit alors son violon, et se mit à en jouer. Et aussitôt sa femme de se relever et de danser, comme une affolée. Si bien que le seigneur resta à la regarder, la bouche ouverte.

    - Donne-moi ton violon,  dit-il au meunier,  et je te laisserai le moulin, pendant deux ans, pour rien.

    Voilà le marché fait, Et le Seigneur de courir à la maison, emportant son violon, et bien content.  Ma femme, se disait-il à lui-même, en allant, est un peu vieille, et si je peux la rajeunir !...

    En arrivant à la maison, il trouva sa femme au lit, bien endormie.

    - C’est bon ! se dit-il,  comme cela elle ne saura rien.

       Il prend un couteau à la cuisine, et coupe le cou à sa femme. Et puis, le voilà de jouer de son violon ! Mais il avait beau en jouer, la pauvre femme ne dansait ni ne bougeait ; elle était bien morte !

    - Quel sot homme que ce meunier ! se disait-il ; me faire tuer ma femme, et à présent, j’ai beau jouer du violon, la vie ne revient pas en elle ! Il faut qu’il ait oublié de me dire quelque chose. Je vais, vite, l’entendre de lui.

       Il courut au moulin. Quand il y arriva, il vit le meunier en bras de chemise, tenant un fouet à la main et fouettant une grande marmite qui était au milieu de la cour et dans laquelle l’eau bouillait. (On venait de l’ôter du feu). Il resta à regarder le meunier, la bouche ouverte, et ne songeant plus à sa femme.

    - Que fais-tu donc là, de la sorte, meunier ?

    - Je fais bouillir le bouillon, monseigneur ; venez, vite, voir comme il bout. Le seigneur s’approcha pour regarder dans la marmite et dit :

    - Oui, tout de bon ! Et c’est avec ton fouet que tu le fais bouillir ainsi
    - Oui sûrement, monseigneur ; le bois est cher et serait trop dispendieux pour moi.
    - Tu dis assez vrai. Cède-moi ton fouet, et je te laisserai le moulin deux autres années pour rien.
    - Puisque c’est vous, monseigneur, le voilà.

       Et le seigneur retourna à la maison avec le fouet, et, en revenant, il se disait à lui-même : À présent, je ferai abattre le bois sur toutes mes terres, et j’en aurai beaucoup d’argent.

    - Et il vendit tout le bois sur ses terres...
    - Seigneur, je n’ai plus un seul morceau de bois, ni de fagots ; comment ferai-je, à présent, pour préparer la nourriture ?  lui dit la cuisinière, un samedi-soir.
    - Je saurai bien comment faire, cuisinière ; n’ayez pas d’inquiétude à ce sujet.

       Le lendemain matin, qui était un dimanche, le seigneur dit à tous les gens de sa maison, valets et servantes, d’aller à la grand-messe, à l’exception de Grand-Jean, son premier valet, qui resterait avec lui à la maison.

    - Et le dîner, qui le préparera ? demanda la cuisinière.
    - N’ayez pas d’inquiétude à ce sujet, et partez tous, puisque je vous le dis.

       Les voilà donc partis tous pour le bourg. Le seigneur dit alors à Grand-Jean d’apporter la grande marmite au milieu de la cour, et de la remplir d’eau. Puis il y mit du lard, de la viande salée, des choux, des navets, du sel, du poivre,  enfin tout ce qui est nécessaire pour faire de bon bouillon. Alors il ôta sa veste, prit le fouet du meunier,  et de fouetter la marmite ! Mais il avait beau frapper, l’eau restait froide.

    - Que faites-vous aussi, monseigneur ? demanda Grand-Jean étonné.
    - Tais-toi, imbécile, tu le verras tout-à-l ‘heure.

       Et le voilà de fouetter encore de son mieux. De temps en temps il fourrait son doigt dans la marmite ; l’eau était toujours froide ! Enfin, quand il fut assez fatigué, il s’arrêta et dit :

    - Décidément, le meunier, je le crains bien, se moque de moi !
    - Oui, il se moque sûrement de vous, monseigneur ;  répondit Grand-Jean.
    - Eh ! bien, n’importe ; il n'y a que la mort pour lui !
    - Le bien frotter avec votre fouet serait suffisant, je pense, monseigneur.
    - Non, non, la mort !  se moquer de moi ! Allons, vite, au moulin et apporte un sac, pour qu’il y soit mis et jeté dans l'étang, pour être noyé !

       Grand-Jean prit un sac vide sur son épaule, et ils allèrent tous les deux du côté du moulin.  Le pauvre meunier est fourré dans le sac, puis chargé sur le cheval du moulin pour être porté à l’étang, qui était à quelque distance. Comme ils y allaient, ils virent venir sur la route un marchand qui allait à la foire de Guingamp, avec trois chevaux chargés de marchandise. Le seigneur eut peur.

    - Allons-nous cacher derrière le fossé, dit-il, jusqu’à ce que ce marchand soit passé.

       Et ils vont pardessus le fossé dans le champ. Le meunier, dans son sac, fut déposé contre le fossé, au bord de la route. Quand il entendit le bruit que faisaient les chevaux du marchand en passant auprès de lui, il se mit à crier : Non, je ne la prendrai pas ! Je ne la prendrai pas !

    Le marchand, étonné, s’approcha du sac : tiens ! tiens ! dit-il, que veut dire ceci ?

    - L’autre criait toujours : Non, je ne la prendrai pas ! Je ne la prendrai pas !
    -Tu ne prendras pas qui ? demanda le marchand.
    - La fille unique d’un seigneur très-riche, très-riche, qui a eu un enfant, et que son père veut me faire épouser.
    - Et c’est vrai qu’elle est bien riche
    - Oui, la plus riche de tout le pays.
    - Eh ! bien, moi je suis content de la prendre.
    - Alors, venez, vite, ici dans le sac, et moi j’en sortirai.

       Le marchand se met dans le sac et le Meunier serre bien les liens sur lui ; puis celui-ci prend son fouet et se dirige vers Guingamp, avec les trois chevaux chargés de marchandise.

    Quand il fut parti, le Seigneur et Grand-Jean retournèrent à leur sac.

    - Je la prendrai ! Je la prendrai !  criait le marchand dedans.
    - Tu prendras qui ?  Demanda le Seigneur.
    - Votre fille, Monseigneur
    -Ah ! Fils de P... Va la chercher, alors, au fond de l’étang !

       Et il fut jeté dans l’étang, et depuis, on ne l’a pas revu.

       Le Seigneur et son valet Grand-Jean allèrent le lendemain à la foire de Guingamp. Comme ils étaient à visiter les belles boutiques qui se trouvaient là, ils furent bien étonnés d’y retrouver aussi le Meunier, avec une belle boutique d’orfèvrerie.

    - Comment, meunier, lui dit le Seigneur, est-ce bien toi qui es là ?
    - Oui sûrement, monseigneur,  vous venez m’acheter quelque chose, sans doute  ?
    - Comment, tu n’es donc pas resté dans l’étang ?
    - Comme vous voyez, monseigneur ; je ne me trouvais pas bien là : et pourtant je vous remercie, car c’est de là que j’ai apporté toutes les belles choses que vous voyez ici.
    - Vraiment ?
    - Comme je vous le dis, monseigneur. Je ne regrette qu’une chose, c’est que vous ne m’ayez pas jeté un peu plus loin ; alors, je serais tombé dans la place où il n’y a que des objets d’or.
    - Vraiment ?
    - Aussi vrai que je vous le dis, monseigneur.
    - Et tout est là encore ?
    - Oui, je pense ; mais vous feriez bien de vous hâter, si vous voulez aller voir.

       Et le seigneur de s’en retourner à la maison, avec son domestique, et de courir à l’étang ! Grand-Jean sauta le premier dans l’eau, et, comme il était très grand, il levait encore la main hors de l’eau, pour demander du secours, car il ne savait pas nager.

    - Tiens ! dit le seigneur, il me fait signe avec la main de sauter plus loin ; sans doute qu’il n’est pas allé jusqu’à l’or.

    Et il prit son élan, et sauta le plus loin qu’il put.
    Et depuis on n’en a eu aucune nouvelle.
    Et voilà le conte du meunier et de son Seigneur.

     

    Conté par Barba Tassel. Au bourg de Plouaret, - Décembre 1868.

    © Le Vaillant Martial


     

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       Pewar bloaz a oa n’hen defoa ket paeet he c’hour-mikaël [1] d’he aotro. Paour a-walc’h a oa ! un dez ann aotro, o retorn euz ar chasse, ha drouk en-han, abalamour n’hen defoa tapet netra, a dennas war vuc’h ar miliner, a gavas en he hent, hag a lac’has anehi. Groeg ar miliner a welas ann tol, hag a diredas d’ar gèr o estlammi :

    - Allas ! Allas ! glac’haret a-walc’h omp wit ann dro-ma ! Setu lac’het hon buc’h gant ann aotro !

       Ar miliner na laras mann-a-bed ; met drouk a oa en-han memeuz tra. Epad ann noz, a kignas he vuc’h, hag ec’h eaz neuze da werza he c’hroc’henn da Wengamp. Evel ma hen defoa pell da vont, hag hen defoa c’hoant da vea beure-mad en kèr, a partias euz ar gèr wardro anter noz. Digwêt da dremen ur c’hoad lec’h ma oa ar vrud a vije laeron braz, a teuas aoun d’ehan, hag a pignas war ur wezenn, da c’hortoz ann de.

       En-bezr ec’h arruas indan ar wezenn-se ur vandenn laeron, da bartaji oc’h arc’hant. Ha setu chikan ha trouz ; na oant ket ewit em glewet.

    - Jezuz, ma c’halfenn kaout ann arc’hant-se ! a lare ar Miliner en-han he-unan. Hag hen o sonjal teurrel kroc’henn he vuc’h en ho c’hreiz, ewit ho sponta. Al laeron, o welet ar c’hernio hag ar c’hroc’henn du-se,  rag du a oa ar vuc’h,  a sonjas d’he a oa arru ann Diaoul d’ho c’herc’had. Ha da skara, du-man ha du-hont, hag o leuskel eno oc’h holl arc’hant ! Deut eo ma zol da vad, war ma fe !  eme ar miliner. Hag a tiskennas neuze diwar he wezenn, hag a pakas ann holl arc’hant en kroc’henn he vuc’h, ha d’ar gèr ! Beteg ann dez a chommas he vroeg hag hen da gonta arc’hant ; met na oant ket ewit dont a-benn da ober kont a-bed, re a oa euz ann arc’hant.

    Ann dewarlerc’h ar beure, ar miliner a laras d’he vroeg mont da di ann aotro, da c’houlenn un anterrenn, da vuzura ann arc’hant. Mont a ra ar vroeg, hag a c’houlenn ann anterrenn.

    - Da betra oc’h euz-c’hui ezomm un anterrenn ? a laras ann aotro d’ehi.
    - Da vuzura arc’hant, aotro.
    - Da vuzura arc’hant a-walc’h ! ober goap ouzin a fell d’ac’h, me gred !
    - Nann ma Doue, aotro kez ; ar wirionez a laran d’ac’h ; deut ganen, hag a welfet.
    Mont a ra ann aotro gant-hi. Pa wel taol ar miliner goloët a beziou daou-skoed, ez eo souezet braz, hag a lâr d’ehan :

    - A be-lec’h a t’euz te bet ann arc’hant-se ?
    - Ewit kroc’henn ma buc’h, am euz gwerzet en Gwengamp, am euz bet an-he, aotro.
    - Ewit kroc’henn da vuc’h ? gwall-ger eo ar c’hrec’henn saout neuze eta ?
    - Ia ’vad, aotro ; rekouret oc’h euz an-on o vea lac’het ma buc’h.

       Hag ann aotro d’ar gèr, d’oc’h-tu, hag oc’h ober lac’ha he holl zaout, hag ho c’higna. Ann dewarlerc’h ar beure a kass ur mewel en kèr gant ar c’hrec’henn, a oa an-he samm un aneval, hag a lâr d’ehan goulenn un anterrenn arc’hant ewit pep-hini.  Mont a ra ar mewel en kèr, gant he grec’henn.  Pegement pep-kroc’henn ? a c’houlenn digant-han ur c’hevijer.

    - Un anterrenn arc’hant !
    - Allons ! na ra ket a voap ; pegement pep-kroc’henn ?
    - Lâret am euz d’ac’h,  un anterrenn arc’hant.

        Ha vel ma lâre ar memeuz tra d’ann holl, ec’h eaz drouk er gevijerrienn, hag a oe bac’hatet gant-he, ruillet ha diruillet war ar pave, ha lemet c’hoaz he grec’henn digant-han.

    Pa arruas er gèr :  Pelec’h eman an arc’hant ? a lâras ann aotro d’ehan.

    - Ia da ! arc’hant en eeunn ! n’am euz bet nemet tolio-treid ha bac’hado, ha ma c’horf paour a zo brewet holl.
    - Bourdet ’on gant ar miliner ! a lâras neuze ann aotro, ha drouk en-han ; met na euz forz, ma zro a deuio iwe.

     

       Ar miliner a rez un tammig fest gant ar vuc’h a oa bet lac’het d’ehan, hag a lâras d’he vroeg mont da bedi ann aotro da dont iwe. Mont a ra ar vilineres ; ober a ra he fedenn.

    - Petra, dont da ober goap ouzin c’hoaz em zi !  a lâras ann aotro d’ehi.
    - Jezuz ! aotro kez, me ober-goap ouzoc’h ? na me na ma den na gretfe bikenn ober se.
    - Ma ! mont a rinn koulzgoude, hag a komzinn gant ar miliner. Henes a sonj gant-han ez eo finoc’h ewit-on, marteze ?

        Mont a ra ann aotro d’he goan d’ar vilinn. Friko a oa, kig-sall, rost euz ar beer, jistr ha gwinn iwe. En definn ar pred, pa oa un tammig tomm ar penno, ar miliner a lâras d’ann aotro :

    - Ma ! aotro, ann holl a oar er-vad ez oc’h un den finn , ha koulzgoude ez on kontant da ober ur pa-ri na refet ket ar pez a rin-me- Petra eta ?
    - Lac’ha ma groeg dirazoc’h holl ama, hag hi ressussita goude, o c’hoari gant ur violonz am euz aze.
    - Pari ugentskoed na ri ket se.
    - Ugent skoed a rinn.
    - Gwelomp eta, eme ann holl ; ann aotro a dalc’h ar pari.

       Hag ar miliner o kommer ur gontel, o lampad war he vroeg, hag oc’h ober van da droc’ha he gouk d’ehi. Met na droc’has nemet ur vouellenn leûn a wad hen defoa laket en-dro d’he gouk. Ann aotro, pehini na wie ket ann dro, evel ar re-all, a heuze o welet ar gwad o redek. Ar vroeg a goueas d’ann douar, evel pa vije marw-mik. Ar miliner a gommeras neuze he violonz, hag a em lakaas da zoon. Hag he vroeg da
    zevel kerkent, ha da zansal evel unan penn-follet. Ma chommas ann aotro da zellet, digor he c’heno gant-han.

    - Ro d’in da violonz, a lâras d’ar miliner ha me a lezo ar vilinn daou vloaz ganid ewit netra.

       Setu gret ar marc’had. Hag ann aotro d’ar gèr, gant he violonz, ha stad en-han.  Ma groeg, a lâre en-han he-unan, o vont, a zo un tammig koz, ha mar gallan hi iaouankaad !

    Pa arruas er gèr, a kavas he vroeg en he gwele, hag hi kousket mad.

    - Hag a zo mad ! emehan, evel-se na oufeo netra.

       Tapout a ra ur gontel er geginn, hag a troc’h he gouk d’he wroeg. Ha da zoon neuze gant ar violonz ! Met kaer hen defoa zoon, ar vroeg paour na zanse ha na flache ; marw-mik a oa !

    - Sota den eo ar miliner-se ! eme-han ; lakât an-on da lac’ha ma groeg, ha kaër am euz soon, gant ar violonz, na deu ket a vuhez en-hi ! Rèd eo hen defe ankouet lâret un dra-bennag d’in. Ec’h ân prim da glewet gant-han.

       Redek a eure d’ar vilinn. Pa arruas, a welas ar miliner en korf he rochet, ur skourjez gant-han en he zorn, hag hen o skourjata ur pod-houarn braz, en kreiz ar porz, hag ann dour o virwi en-han. (A-newe diskennet a oa diwar ann tân). Chomm a eure da zellet out-han, digor gant-han he c’heno, hag ankouet gant-han he vroeg.

    - Petra a rez-te evel se, miliner ?
    - Lakaad ar zoubenn da virwi, ma aotro ; deut
    buhan da welet evel ma verw. Hag ann aotro a dos-taas ewit sellet er pod-houarn, hag a lâras :

    - Ia a-vad ! ha gant da skourjez eo a rez d’ehi birwi evel-se ?
    - Ia sur, aotro ; ar c’hoad a zo ker, hag a ve re goustuz d’in.
    - Gwir a-walc’h a lâres. Ro d’in da skourjez, ha me a lezo ganid ar vilinn daou vloaz all ewit mann.
    - Pa eo c’hui eo, aotro, setu-han aze.

       Hag ann aotro a retornas d’ar gèr gant he skour-jez ; hag o tont, a lâre d’ehan he-unan :

    - Breman a lakaïnn diskar ar c’hoad diwar ma holl douaro, hag am bô kalz a arc’hant ewit-he.

    Goerza a eure ar c’hoad holl diwar he zouaro.

    - Aotro, n’am euz ken un tamm koad na keuneud ; penoz a rinn-me breman ewit aoza boued ?
    - A lâras ar gegineres d’ehan, ur zadorn da noz.
    -
    Me a oufed mad penoz ober, kegineres ; n’ho pet ket vorc’hed gant kement-se.

       Ann dewarlerc’h ar beure, a oa ur zul, hag ann aotro a lâras da holl dut he di, mewelienn ha mitizienn, mont d’ann oferenn-bred, nemet Iann-vraz, he vewel kenta, a chomje gant-han er gèr.

    - Ha leinn, piou hen aozo ? a lâras ar gegineres.
    - N’ho pet ket a nec’hamant gant-se, hag et holl, pa lâran d’ac’h.

       Setu int-ta partiet holl d’ar bourk. Ann aotro a lâras neuze da Iann-vraz digass ar pod-houarn braz en kreiz ar porz, hag hen leunia a zour. Neuze a lakaas ebars kig-sall, kig-bewinn, kaol, irvinn, holenn, peb, holl kement a zo rèd da gaout ewit ober soubenn vad. Goude a tiwiskas he chupenn, a kommerras skourjez ar miliner,  ha da skourjata ar pod-houarn ! Met kaer hen defoa skei, ann dour a chomme ien bepred.

    - Petra a ret iwe, aotro ?  a laras Iana-vraz souezet.
    - Ro peuc’h, genaouek, brema-soudenn a weli.

     

       Hug hen da skourjata are, euz he wella. A wez-an-amzer a voute he viz er pod-houarn ;  bepred a oa ien ann dour ! - Pa oe skuiz a-valc’h, a paouezas iwe, hag a lâras :

    - Arsa, ar miliner, ’m euz aoun, a ra goap ouzinn ?
    - Ia, goap a ra ouzoc’h sur, aotro.  a lâras Iann-vraz.
    - Ma ! na euz forz ; na euz nemet ar maro ewit-han !
    - Larda anehan er-fad, gant he skourjez, me gred a vo a-walc’h, aotro.
    - Nann, nann, ar maro ! ober-goap ouzin-me ! eomp buhan d’ar vilinn, ha digass ganid ur zac’h ma vo boutet ebars ha tolet er stank da veuzi.

       Iann-vraz a gommerras ur zac’h goullou war he skoaz, hag ec’h ejont ho daou trezeg ar vilinn. Boutet eo ar miliner paour er zac’h ha zammet war ar marc’h-porté ewit bea kasset d’ar stank, pehini a oa un tammig pell euz ar vilinn. Pa oant o vont, a weljont o
    tont gant ann hent ur marc’hadour, pini a hee da foar Wengamp, ha gant-han tri a gezek sammet a varc’hadoures. Ma teuas aoun d’ann aotro.

    - Eomp da em guza dreg ar c’hleuz, emehan, ken a vo tremenet ar marc’hadour-se.

       Mont a reont dreist ar c’hleuz er park. Ar miliner, en he zac’h, a oe harpet euz ar c’hleuz, war vord ann hent. Pa glewas trouz kezek ar marc’hadour, o tremen a-biou d’ehan, a em lakaas da grial : Nann, na gommerrinn ket anehi ! na gommerrinn ket anehi !

     Ar Marc’hadour, souezet, a dostaas d’ar zac’h :

    - Sell ! sell ! emehan, petra eo kement-man ?
    - Egile a grie bepred :

    - Nann, na gommerrinn ket anehi ! na gommerrinn ket anehi !
    - Na gommerri ket piou ? a c’houlennas ar marc’hadour.
    - Penheres un aotro pinvik-pinvik, a deûz bet ur bugel, hag a fell d’he zad ober d’in he c'hommer.
    - Ha gwir eo pinvik-braz?
    - Ia, ar pinvika euz ar vro.
    - Ma ! me a zo kontant d’he c’hommer.
    - Deut aman neuze buhan er zac’h ha me aïo e-mèz.

       Mont a ra ar marc’hadour er zac’h, ar miliner a skoulm warnehan, ha neuze a kommer he skourjez hag ec’h a etrezeg Gwengamp, gant ann tri marc’h sammet a varc’hadoures.

    Pa oe êt-kuit, ann aotro hag Iann-vraz a retornas d’ho zac’h.

    - Me a gommerro anehi ! me a gommerro anehi ! a grie ar Marc’hadour, a oa ebars.
    - Te a gommerro piou ? eme ann aotro.
    - Ho merc’h, aotro.
    - Ah ! mab gast ! kerz da glask anehi neuze en fonz ar stank !

    Hag a oe tolet er stank, hag a-boe na eo ket bet gwelet.

       Ann aotro hag he vewel Iann-vraz a eaz ann dewarlec’h da foar Wengamp. Pa oant o sellet euz ar staliou-kaer a oa eno, a oent souezet braz o welet ar miliner eno iwe, ha gant-han ur stal aourfredour ar c’haera.

    - Petra miliner, eme ann aotro, te eo a zo aze !
    - Ia ’vad, ma aotro ; deut oc’h da brena un dra-bennag diganen michamz ?
    - Penoz, n’ont ket chommet er stang eta ?
    - Evel ma welet, ma aotro ; na em gavenn ket mad eno ; ha koulzgoude a trugarekann anoc’h, rag a-c’hane eo deut ganen ann holl dreo-kaer a welet ama.
    - Ha gwir ?
    - Evel ma laran d’ac’h, aotro. N’am euz keun nemet da un dra, hag a eo dre ma n’ho poa ma zolet un tammig pelloc’h ; neuze a vijenn kouezet el lec’h ma na euz nemet treo aour.
    - Ha gwir ?
    - Ken gwir ha ma lâran d’ac’h, aotro.
    - Hag e-maint eno c’hoaz ?
    - Ia, me oar vad ; med mad a ve d’ac’h hasta, mar oc’h euz c’hoant mont da welet.

     

       Hag ann aotro d’ar gèr gant he vewel ; ha d’ar stank ! Iann-vraz a lampas da genta en dour, hag evel ma oa braz-kaer, a save c’hoaz he dorn warc’houre ann dour, da c’houlenn zikour, rag na wie ket neuial.

    - Sell ! eme ann aotro, diskouez a ra d’in gant he zorn lampad pelloc’h ; michamz na eo ket êt beteg ann aour.

    Hag a kommerras ke lanz, hag a lampas pella ma c’hallas.
    Hag a-boe na euz bet kezlo a-bed an-he.
    Ha setu aze kaoz ar miliner hag he aotro.

     

                              Kontet gant Barba Tassel. En bourk Plouaret. - Miz kerzu - 1868.

    © Le Vaillant Martial

     

     

     

     



    [1] — Gourmikaël est évidemment une corruption de goel-mikaêl, — mot-à-mot : fête-Michel. — On désigne ainsi la Saint-Michel, qui se trouve le 29 septembre. C’est l’époque où le fermier breton paie ordinairement son seigneur, ou son propriétaire, comme on dit aujourd’hui.


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  • BURZUD INTRON VARIA DREGURON

     

      Eun ilizig koant eo chapel Treguron, e Gwezeg, gand he zourig mistr ha beget temm hag he zoenn vraz o tiskenn izel war he mogeriou ledan. En tu dehou d’an aoter, e-barz eur hustod henvel ouz eun arbel gand an diou zor gwerennet digor unan a beb tu deañ, ez eus skeudenn gaer meurbed : hini ar Werhez Santel skwer an oll vammou, he Mabig Jezeuz, ar Bugel-Doue, choupet ganti war hebreh kleiz. Dremmet eo ar zantez evel eur wreg yaounk en he bleuñv, seder ha laouen da vezalakeet er bed eur hrouadur koant ha leun a yehed. Heñvel eo gwisket ouz eun intron a ouenn uhel pe gentoh ouz eur briñsez fran euz ar zeitegvedkantved he dargreiz stardet mistr ha moan gand eur gorvenn hir, digor war he brennid hag o leuskel dizolo he divronn gwenn ha flour. Ha dorn he mab, oh ober allazig da unan anezo, a laka da zivera diouti eun nebeud beradou lêz.

     C’est une jolie petite église que la chapelle de Treguron en Gouezec, avec son petit clocher élancé et pointu, et son grand toit descendant bas sur des murs épais. À Droite de l’autel, dans une niche semblable à une armoire aux deux portes à vitraux ouvertes de chaque côté, on découvre un tableau enchanteur : la sainte vierge, modèle de toutes les mères, portant son fils jésus le divin enfant, sur le bras gauche. La sainte est figurée sous les traits d’une jeune femme en beauté sereine et toute à joie d’avoir mis au monde un bel enfant éclatant de santé. Elle est vêtue comme une dame de haut rang, ou plutôt comme une princesse richement habillée du dix-septième siècle, la taille finement enserrée avec élégance dans un étroit corsage, laissant apparaître ses seins blanc et lisses. Et la main de son enfant, caressant l’un deux en faisant couler quelques gouttes de lait.

     

     

    BURZUD INTRON VARIA DREGURON


        En tolead a-bez eo brudet braz intron Varia Dreguron. Fiziañq o-deus en he galloud ar gwragez o tougen hag ar mammou nevez-gwilioudet : ar reg enta da zond vad gand o zro hag re all da gaoud lêz a-walh da vaga obugale. N’eus ket par da zour he feunteun vurzuduz da barea ar pennou-bronn goret diwar derzienn al lêz hag an diêzamañchou all o-devez ar merhed dimezet hag ar mammou o vez o vaga. Ha beb bloaz, da seiz he ‘fardon, e tired daved ar Werhez Santel, d’he chapel Treguron, danvez-mammou ha gwragez bugaleet.

      Notre Dame de Treguron a grande renommée dans toute la contrée. Les enceintes et celles qui viennent d’accoucher se fient à son pouvoir, les premières pour mener à bien leur grossesse et les autres afin d’avoir assez de lait pour nourrir leur progéniture. L’eau de sa fontaine n’a pas sa pareille pour guérir les tétons enflammés par la fièvre du lait et les autres ennuis qu’ont les femmes mariées et les mères qui allaitent. Et chaque année, le jour du pardon, des femmes enceintes ou venant d’enfanter accourent vers la Sainte Vierge, en sa chapelle de Treguron.

     

       Pell braz ‘zo e ch’oarvezaz an darvoud emaon o vond da zisplega, tremen hanter-kant vloaz moarvad, da lavared eo a-barz ma eo cheñchet devez d’ober pardon an intron Varia a lider bremañ d’ar zul war-lerh an eiz a viz gwengolo hag a veze kent antronoz gouel Yann. Ne zeree ket ouz. Gwezegiz, evid doare, lakaad an deiz-se evid enori ar Werhez o veza ma ree dezo koll eun devez war ar ‘foenn. Setu ma rejont o zeiz gwella evid ma vije ampellet goude labouriou braz an hañv ha ma oe seventet gand o ‘ferson ha pennou braz an eskopti.

       L’évènement que je vais raconter ce produisit il y a fort longtemps, plus de cinquante ans probablement, c’est-à-dire avant que fût changée la date du pardon de Notre Dame que l’on célèbre maintenant le dimanche suivant le huit septembre, et qui auparavant l’était le lendemain de la Saint-Jean. Ce jour-là, semble-t-il, ne convenait pas aux Gouézécois pour honorer la vierge, car ils perdaient de ce fait une journée pour faire les foins. C’est pourquoi ils se démenèrent pour obtenir de leur curé et des pontes de l’évêché que l’on repousse le pardon après les grands travaux d’été.

     

       Ahane, da zeiz ar pardon, e klever abaoe, euz an tu-all d’a Stêr Aon, mouez kloh chapel Garz-Varia, savet ive en enor d’ar Werhez, o hrevel Pleibeniz da zond da bardona da ilizig patronez o Zreo Bihan. Hag hervez darn anezo, rag meur a deod fall a zo en o zouesk, e lavar ar hlohig-se dre e gan lirzin ha mentet ingal :

    Tud Goezeg,
    Laeron oll, laeron oll !

       E-keit ha ma respont sklintin klohadou hini Treguron, lakeet brall ennañ da wiska an overenn pe da dinta ar gousperou :

    ‘Vel ma ‘z int ez int !
    ‘Vel ma ‘z int ez int !

       Depuis lors, le jour du pardon, on entend de l’autre côté de la rivière de l’Aulne, le son de cloche de la chapelle de Garz-Varia, également dédié à la vierge, appelant les Pleybenois à se rendre au pardon à la petite église de la patronne de leur petite trève. Et selon certains d’entre eux, car on compte bien des mauvaise langues dans leurs rangs. Voici ce que dit cette petite cloche de son chant clair et régulier :

    Gens de Gouézec,
    Tous des voleurs, tous de voleurs !
     

       Cependant que celle de Treguron, mise en branle pour annoncer la messe ou les vêpres, répond par ses sonneries brillantes

    Ils sont comme ils sont !
    Ils sont comme ils sont !

     

       Ar bloaz-se, eta da seiz ar pardon, pa darzas an heol laouen miz even a-uh d’ar Meneziou Du ha da stanken ar Stèr-Aon, emede da vad Jermen Favenneg o vuzula hent bourk Pleiben ha Treguron

       Cette année-là, donc, quand le joyeux soleil de juin resplendit au-dessus des Montagnes Noires et de la vallée de l’Aulne, Germain Favennec parcourait d’un pas résolu la route menant du bourg de Pleyben à Treguron.

     

       Eur goapêr hag eur penn-kleiz a zen a oa aneañ, troet d’ober fent ha da gavoud abeg en traou sakr ha santel hag e monzou ar veleien. Klevet e-novoa ano euz pardon Treguron hag euz diodezed, evel ma alavare, a yee di, gand o bronnou krognet hag o dardreziou pounner, da bedi eur zantez koad livet, lakeet da zoskouez d’an oll he briched diskrubuill heb en disterra mez. Hag an orged o vrouda e galon a ree deañ kerzed, gand mall da weled eun arvest dizeread war e veno, hag a roje tu deañ da hodisa ar gwragez kredi-se ha d’ober allu ganto.

       Ce dernier était un homme moqueur, et une forte tête, porté à détourner en dérision et à remettre en questions les choses sacrées et saintes, ainsi que la parole des prêtres. Il avait entendu parler du pardon de Treguron et des sottes, comme il disait, qui s’y rendaient, les seins gonflés et la taille alourdie, pour prier une sainte de bois peint, exhibant à la vue de tous sa poitrine découverte sans la moindre honte. Et, piqué par une curiosité malsaine, il s’empressait d’aller contempler un spectacle inconvenant d’après lui, ce qui lui donnerait l’occasion de railler ces femmes crédules, et de les tourner en ridicule.

     

       Nebeud a-rôg an overenn-bred e tigouezas elleh santel. Eno en distro, e-kreiz eun dachenn leun a wez braz, e kavas ar chapelig koant a zo eur frealz hag eun dudi d’ar gristenien troi enni da bedi. Kalz tud a oa tro-war-dro o hortoz mare an ofis, en o zouesk eun niver braz a verhed, anad warno edont o vaga pe o tostaad ouz o amzer. Meur a vaouez a ziskennas beteg feunteun an Intron Varia hag, o kemered dour anei gand o dorn, a hlebias o divronn o tevel pe hwezet stenn gand al lêz.

       Peu avant la grand-messe il arriva au lieu saint. C’est là, à l’écart, au milieu d’un terrain couvert de grands arbres, qu’il trouva la jolie petite chapelle pleine de charme où les croyants peuvent prier et trouver le réconfort. Il y avait foule alentour à attendre l’heure de l’office, parmi eux un grand nombre de femmes, qui à l’évidence allaitaient ou approchaient du terme.  Nombre de ses femmes descendirent jusqu’à la fontaine de Notre Dame et, y prenant de l’eau avec leur main, mouillèrent leurs seins gonflés par la montée de lait.

     

       Eet e oa Jermen Favenneg d’o heul hag e zaoulagad gadal, o vous’choarzin diaouleg, a jome da arvesti heb mez ouz al lid iskiz pagan an orin aneañ marteze, hogen santelleet abaoe meur a gantved dre hras Mamm Zakr ha Dinamm Or Zalver.

       Germain Favennec les avait suivies et, souriant malignement, son regard vicieux s’attarda sans vergogne sur le rite étrange, peut-être bien d’origine païenne, mais sanctifié depuis des lustres par la grâce de la Mère sacrée et immaculée de Notre Sauveur.

     

       Gwisket e oa en e gaerra, giz e barrrez gantañ eur chupenn vezer du war e gein ha, war e vruched, eur chelet voulouzennet, digor ha diskloz evel ma oa ar hiz. War zigarez farsal e ree tud ar parreziou all, ouz ar pez dillad-se, eur chaelet debri youd euz o loa, e choment ennañ hag e oant kuit da vond da goll war an douar.

       Il avait mis ses plus beau habits, le costume de sa paroisse : sur le dos une veste de toile noire, et sur la poitrine un gilet de velours entrouvert comme le voulait la mode. C’était un sujet de moquerie pour les gens des autres paroisses, qui l’avait surnommé gilet mange-bouillie car, disaient-ils, quand les Pleybennois laissaient tomber de la bouillie de leur cuillère, elle y restait, ce qui l’empêchait de tomber par terre et donc d’être perdue.

     

       A-greiz-oll, o skrigna hag o hoapaad, e tilammas Jermen e-touesk ar merhed ha, ken dineh ha tra gand ar gwall-skwer a roe deo, e tilasas e roched war e vruched hag eh en lakeas d’e hlebia gand dour euz ar ‘feunteun. Darn euz ar gwragez a dehas kuit gand ar vez, med lod all, hardisoh ha feuket gand eun dra ken dizoare, ne oent ket evid mired d’e gunaja. Hohen ne reas van an istrogell hag, evid godisa muioh-mui, e tapas euz e hodell eun nebeud spillou da gloza e chelet war e boull-kalon, evel ma ree merhed e barrez da spillenna o hroazed war o brennid.

       Tout à coup, Germain se précipita parmi les femmes en ricanant et en se moquant et, sans aucune gêne pour le mauvais exemple qu’il leur donnait, il déplaça sa chemise sur sa poitrine qu’il se mit à mouiller avec de l’eau de la fontaine. Une partie des femmes s’enfuit devant une telle honte, mais d’autres plus hardies et choquées par de si mauvaises manières, ne purent s’empêcher de l’injurier. Mais le provocateur n’en avait cure et, pour se moquer toujours plus, il sortit de sa poche quelques épingles pour refermer son gilet sur la poitrine, comme le font les filles de sa paroisse avec leur couvre-gilet.

     

       Med, allaz ! Kerkent e teoeas divronn ar pôtr, ken e teujont par a-walh da re gwell       magerezed a oa eno. Ken krognet e oant ma strinke al lêz diouto, o hlebia deañ e zillad, penn-da-benn e gov, beteg e durbant glaz. Neuze, stratuillet gand ar zoñj e oa bet troet e maouez marteze, e laoaskas e ardou hag e kerzas juit, ken flep hag eul louarn a vije bet louze gand eur yar.

       Mais hélas ! Aussitôt les seins de l’homme prirent du volume, jusqu’à égaler ceux des plus belles nourrices qui se trouvaient là. Ils étaient si gonflés que le lait en giclait, mouillant ses habits sur tout le ventre, jusqu’à son turban bleu. Alors affolé à l’idée qu’il avait peut-être changé en femme, il renonça à ses simagrées et il s’en alla, aussi mortifié qu’un renard qui aurait été blousé par une poule.

     

       Koulskoude ne oa ket chomet ar merhed heb komz diwar e benn hag, a-barz makavas an tu d’en em ripa war-zu ar gêr, e oa tosteet ar wazed d’e zismegañsi. Kalz anezho a oa goubet d’e frea pe da roi deañ eur prebad, evel ma lavarent. Sevel a rejont o mouez da riotal ha da glask kann.

       Les femmes cependant ne s’étaient pas privées de parler de lui et, avant qu’il n’eût le temps de s’échapper en direction de de chez lui, les hommes s’étaient approchés pour le couvrir d’opprobre. Beaucoup d’entre eux auraient bien voulu le battre ou lui flanquer une raclée, comme ils disaient. Ils élevèrent la voix pour le disputer et cherche la bagarre.

     

       « Petra an tanfoeltr eo hemañ ‘ta », eme zarn aneo, « gwaz pe vaouez, kement e vrennid ha tevez eur vuo nevez-halet ? »
       « Diable ! Qu’est-ce donc que ce type-là », dirent certains d’entre eux, « un homme ou une femme tellement sa poitrine ressemble au pis d’une vache qui vient de vêler ? »

     

       « Ya ! », a lavare lod all, « petra eo al loen, divalo-mañ hag a gred dond amañ da roi gwall-skwer ha d’ober goap euz ar giziou santel ? Kerz prim ahann, aillon an diaoul, mez-e-eled, pe da ler a zamanto ! »
       « Oui ! », disaient d’autres, « qu’est-ce que c’est cette sale bête qui ose venir ici faire de la provocation et se moquer des rites saints ? Va-t’en vite d’ici, diable de vaurien qui se donne en spectacle honteusement, ou il t’en cuira ! »

        Ne jomas ket Jermen Favenneg da goza e Treguron, e hillit kredi ! Redeg a ree evel eur hi difelhet, e vruched pounner o lammad heb ehan dindan e chelet spillennet re stard. Dizale e oe ken gleb e gein gand ar hwezenn hag en tu a-raog euz e gorv-braz gand al lêz o tivera bepred diouz e zivronn leun-tenn.
       Germain Favennec ne resta pas faire de vieux os à Treguron, vous pouvez le croire ! Il courait comme un dératé, sa lourde poitrine se balançant sans arrêt sous son gilet agrafé tropserré. En peu de temps son dos fut aussi trempé de sueur que ne l’était le devant de son buste par le lait qui coulait toujours de seins pleins à craquer.

        P’en em gavas er gêr e yeas d’e wele, oh ober an neuz da veza klañv. Ne oa ket lañv a galon, a spered avad ne lavaran ket rag, kaer e-nevoa ober ha dizober, ne yeas ket da zilêz ha ne gurzas ket e zivronn.
       Quand il fut rendu à la maison il alla au lit, feignant d’être malade. Le cœur n’était pas atteint, mais le mental je ne dis, pas car il eut beau tout tourmenter, le lait ne tarit pas et ses seins en diminuèrent pas de volume.

       Pa gredas sevel euz e weele ha mond da labourad, e ouezas an oll petra a hoaroe gantañ. Eet e oa ar vrud aneañ dre ar vro kalz tud a glaske an tu d’e weled evid kaoud digarez da hoarzin diwar e gouste. Meur a hini a lavare ne oa ket da o deañ mond ken d’ar park d’em suiza, rag bremañ, pa oa gouest d’ober eur vagéréz vad, e vije didorroh deañ entent ouz magadennou. Med, hervez lod all, e oa bet sorset ha ne oa e lêz nemed eun evaj kontammet a lakaje ar vugale da gleñvel.
       Quand il se risqua hors de son lit pour aller travailler, tout le monde sut ce qui lui était arrivé. Sa réputation avait fait le tour du pays et beaucoup de gens cherchaient le moyen de le voir pour avoir l’occasion de rire à ses dépens. Plus d’un disaient qu’il n’avait plus besoin de se fatiguer à aller au champ, car maintenant il pouvait faire comme une bonne nourrice, il serait bien moins fatiguant pour lui de s’occuper de nourrissons. Mais selon d’autres, il avait été ensorcelé, et sont lait n’était qu’un breuvage empoisonné qui rendrait les enfants malades.

       Pell e padas merzenti Jermen Favenneg. Pa veze war-zao e ranke spillenna kloz e chelet,evid mired ouz e vell brennid da zispaka a-zindanni. Ne zigrogne tamm hag e-kendalhe da vera ken gwaz ha biskoaz, o terhel e zillad leiz bepred. Ha pegen displijuz ‘ta labourad gand ar zamm-ze, hij-dihjih, a waske ha a ziêze e boull-kalon !
       Le martyre de Germain Favennec dura longtemps. Lorsqu’il était debout il devait fermer son gilet avec des épingles pour empêcher son énorme poitrine de s’en échapper. Elle ne perdait nullement de volume et elle continuait à couler de plus belle, remplissant ses habits. Et qu’il était désagréable de travailler avec cette charge qui ballotait, et qui opprimait et gênait son poitrail !

        Tost da vloaz emede e-giz-se, o houzañv e wall-blanedenn, pa deuas soñj deañ da goves e behed ouz unan euz ar gureed.
       Cela faisait presque un an qu’il était dans cet état, endurant son mauvais sort, quand il eut l’idée de confesser son péché à l’un des vicaires.

       Ar beleg her selaouas hegarad hag, o weled e geuz e hlahar d’an dra dizakr e vroude e goustiañs hag e gastize e gorv, a roas dezañ an absolvenn. Evid e binijenn e-nevoe Jermen da vond diarhen, da seiz pardon, da bedi intron Varia Dreguron da gemered truez outañ ha da lemel kuit ar walenn he-devoa taolet warnañ.
       Le prêtre l’écouta avec compassion et, voyant son regret et son affliction pour avoir commis un sacrilège qui tourmentait sa conscience et mortifiait son corps, il lui donna l’absolution. Pour sa punition Germain reçut l’ordre d’aller nu-pieds, le jour du pardon, prier Notre-Dame de Treguron de prendre pitié de lui et de lever la malédiction dont elle l’avait frappé.

       Hag, ar bloaz-se, e oe gwelet ar hanfard divoutou ha biloerou, o pedi devod-braz dirag skeudenn Mamm Doue, oh ober an dro d’he chapel war e zaoulin noaz hag o vond goude d’he ‘feunteun vurzuduz da eva dour.
       Et cette année –là, on vit le petit maître, sans chaussures ni chaussettes, priant avec grande dévotion devant la statue de la Mère de Dieu, faisant le tour de la chapelle sur ses genoux nus et allant ensuite à la fontaine miraculeuse boire de l’eau.

       Pa deuas ahane e oa bet selaouet e bedenn. Eet e oa e zivronn ken plad ha kent, ha ne verent ket ken. Distroi a reas d’ar gêr en eur veuli ar Werhez, skañv e galon, dibreder e spered ha dizonet da vad diouz ar ch’oant ha hodisa an danvez-mammou hag ar gwragez o vaga.
       Quand il revint sa prière avait été entendue. Ses seins étaient redevenus aussi plats qu’avant et ils ne coulaient plus. Il retourna à la maison en louant la vierge, le cœur léger, l’esprit soulagé et guéri pour de bon de l’envie de railler les femmes enceintes et celles qui allaitaient.

        Ahane, da zeiz ar pardon, e klever abaoe, euz an tu-all d’a Stêr Aon, mouez kloh chapel Garz-Varia, savet ive en enor d’ar Werhez, o hrevel Pleibeniz da zond da bardona da ilizig patronez o Zreo Bihan. Hag hervez darn anezo, rag meur a deod fall a zo en o zouesk, e lavar ar hlohig-se dre e gan lirzin ha mentet ingal :

    Tud Goezeg,
    Laeron oll, laeron oll !

       E-keit ha ma respont sklintin klohadou hini Treguron, lakeet brall ennañ da wiska an overenn pe da dinta ar gousperou :

    ‘Vel ma ‘z int ez int !
    ‘Vel ma ‘z int ez int !

       Depuis lors, le jour du pardon, on entend de l’autre côté de la rivière de l’Aulne, le son de cloche de la chapelle de Garz-Varia, également dédié à la vierge, appelant les Pleybenois à se rendre au pardon à la petite église de la patronne de leur petite trève. Et selon certains d’entre eux, car on compte bien des mauvaise langues dans leurs rangs. Voici ce que dit cette petite cloche de son chant clair et régulier :

    Gens de Gouézec,
    Tous des voleurs, tous de voleurs !
     

       Cependant que celle de Treguron, mise en branle pour annoncer la messe ou les vêpres, répond par ses sonneries brillantes

    Ils sont comme ils sont !
    Ils sont comme ils sont !

     

       Ar bloaz-se, eta da seiz ar pardon, pa darzas an heol laouen miz even a-uh d’ar Meneziou Du ha da stanken ar Stèr-Aon, emede da vad Jermen Favenneg o vuzula hent bourk Pleiben ha Treguron

       Cette année-là, donc, quand le joyeux soleil de juin resplendit au-dessus des Montagnes Noires et de la vallée de l’Aulne, Germain Favennec parcourait d’un pas résolu la route menant du bourg de Pleyben à Treguron.

     

       Eur goapêr hag eur penn-kleiz a zen a oa aneañ, troet d’ober fent ha da gavoud abeg en traou sakr ha santel hag e monzou ar veleien. Klevet e-novoa ano euz pardon Treguron hag euz diodezed, evel ma alavare, a yee di, gand o bronnou krognet hag o dardreziou pounner, da bedi eur zantez koad livet, lakeet da zoskouez d’an oll he briched diskrubuill heb en disterra mez. Hag an orged o vrouda e galon a ree deañ kerzed, gand mall da weled eun arvest dizeread war e veno, hag a roje tu deañ da hodisa ar gwragez kredi-se ha d’ober allu ganto.

       Ce dernier était un homme moqueur, et une forte tête, porté à détourner en dérision et à remettre en questions les choses sacrées et saintes, ainsi que la parole des prêtres. Il avait entendu parler du pardon de Treguron et des sottes, comme il disait, qui s’y rendaient, les seins gonflés et la taille alourdie, pour prier une sainte de bois peint, exhibant à la vue de tous sa poitrine découverte sans la moindre honte. Et, piqué par une curiosité malsaine, il s’empressait d’aller contempler un spectacle inconvenant d’après lui, ce qui lui donnerait l’occasion de railler ces femmes crédules, et de les tourner en ridicule.

     

       Nebeud a-rôg an overenn-bred e tigouezas elleh santel. Eno en distro, e-kreiz eun dachenn leun a wez braz, e kavas ar chapelig koant a zo eur frealz hag eun dudi d’ar gristenien troi enni da bedi. Kalz tud a oa tro-war-dro o hortoz mare an ofis, en o zouesk eun niver braz a verhed, anad warno edont o vaga pe o tostaad ouz o amzer. Meur a vaouez a ziskennas beteg feunteun an Intron Varia hag, o kemered dour anei gand o dorn, a hlebias o divronn o tevel pe hwezet stenn gand al lêz.

       Peu avant la grand-messe il arriva au lieu saint. C’est là, à l’écart, au milieu d’un terrain couvert de grands arbres, qu’il trouva la jolie petite chapelle pleine de charme où les croyants peuvent prier et trouver le réconfort. Il y avait foule alentour à attendre l’heure de l’office, parmi eux un grand nombre de femmes, qui à l’évidence allaitaient ou approchaient du terme.  Nombre de ses femmes descendirent jusqu’à la fontaine de Notre Dame et, y prenant de l’eau avec leur main, mouillèrent leurs seins gonflés par la montée de lait.

     

        Eet e oa Jermen Favenneg d’o heul hag e zaoulagad gadal, o vous’choarzin diaouleg, a jome da arvesti heb mez ouz al lid iskiz pagan an orin aneañ marteze, hogen santelleet abaoe meur a gantved dre hras Mamm Zakr ha Dinamm Or Zalver.

       Germain Favennec les avait suivies et, souriant malignement, son regard vicieux s’attarda sans vergogne sur le rite étrange, peut-être bien d’origine païenne, mais sanctifié depuis des lustres par la grâce de la Mère sacrée et immaculée de Notre Sauveur.

     

       Gwisket e oa en e gaerra, giz e barrrez gantañ eur chupenn vezer du war e gein ha, war e vruched, eur chelet voulouzennet, digor ha diskloz evel ma oa ar hiz. War zigarez farsal e ree tud ar parreziou all, ouz ar pez dillad-se, eur chaelet debri youd euz o loa, e choment ennañ hag e oant kuit da vond da goll war an douar.

       Il avait mis ses plus beau habits, le costume de sa paroisse : sur le dos une veste de toile noire, et sur la poitrine un gilet de velours entrouvert comme le voulait la mode. C’était un sujet de moquerie pour les gens des autres paroisses, qui l’avait surnommé gilet mange-bouillie car, disaient-ils, quand les Pleybennois laissaient tomber de la bouillie de leur cuillère, elle y restait, ce qui l’empêchait de tomber par terre et donc d’être perdue.

      

      A-greiz-oll, o skrigna hag o hoapaad, e tilammas Jermen e-touesk ar merhed ha, ken dineh ha tra gand ar gwall-skwer a roe deo, e tilasas e roched war e vruched hag eh en lakeas d’e hlebia gand dour euz ar ‘feunteun. Darn euz ar gwragez a dehas kuit gand ar vez, med lod all, hardisoh ha feuket gand eun dra ken dizoare, ne oent ket evid mired d’e gunaja. Hohen ne reas van an istrogell hag, evid godisa muioh-mui, e tapas euz e hodell eun nebeud spillou da gloza e chelet war e boull-kalon, evel ma ree merhed e barrez da spillenna o hroazed war o brennid.

       Tout à coup, Germain se précipita parmi les femmes en ricanant et en se moquant et, sans aucune gêne pour le mauvais exemple qu’il leur donnait, il déplaça sa chemise sur sa poitrine qu’il se mit à mouiller avec de l’eau de la fontaine. Une partie des femmes s’enfuit devant une telle honte, mais d’autres plus hardies et choquées par de si mauvaises manières, ne purent s’empêcher de l’injurier. Mais le provocateur n’en avait cure et, pour se moquer toujours plus, il sortit de sa poche quelques épingles pour refermer son gilet sur la poitrine, comme le font les filles de sa paroisse avec leur couvre-gilet.

     

       Med, allaz ! Kerkent e teoeas divronn ar pôtr, ken e teujont par a-walh da re gwell       magerezed a oa eno. Ken krognet e oant ma strinke al lêz diouto, o hlebia deañ e zillad, penn-da-benn e gov, beteg e durbant glaz. Neuze, stratuillet gand ar zoñj e oa bet troet e maouez marteze, e laoaskas e ardou hag e kerzas juit, ken flep hag eul louarn a vije bet louze gand eur yar.
       Mais hélas ! Aussitôt les seins de l’homme prirent du volume, jusqu’à égaler ceux des plus belles nourrices qui se trouvaient là. Ils étaient si gonflés que le lait en giclait, mouillant ses habits sur tout le ventre, jusqu’à son turban bleu. Alors affolé à l’idée qu’il avait peut-être changé en femme, il renonça à ses simagrées et il s’en alla, aussi mortifié qu’un renard qui aurait été blousé par une poule.

           Koulskoude ne oa ket chomet ar merhed heb komz diwar e benn hag, a-barz makavas an tu d’en em ripa war-zu ar gêr, e oa tosteet ar wazed d’e zismegañsi. Kalz anezho a oa goubet d’e frea pe da roi deañ eur prebad, evel ma lavarent. Sevel a rejont o mouez da riotal ha da glask kann.
       Les femmes cependant ne s’étaient pas privées de parler de lui et, avant qu’il n’eût le temps de s’échapper en direction de de chez lui, les hommes s’étaient approchés pour le couvrir d’opprobre. Beaucoup d’entre eux auraient bien voulu le battre ou lui flanquer une raclée, comme ils disaient. Ils élevèrent la voix pour le disputer et cherche la bagarre.

        « Petra an tanfoeltr eo hemañ ‘ta », eme zarn aneo, « gwaz pe vaouez, kement e vrennid ha tevez eur vuo nevez-halet ? »
       « Diable ! Qu’est-ce donc que ce type-là », dirent certains d’entre eux, « un homme ou une femme tellement sa poitrine ressemble au pis d’une vache qui vient de vêler ? »

        « Ya ! », a lavare lod all, « petra eo al loen, divalo-mañ hag a gred dond amañ da roi gwall-skwer ha d’ober goap euz ar giziou santel ? Kerz prim ahann, aillon an diaoul, mez-e-eled, pe da ler a zamanto ! »
       « Oui ! », disaient d’autres, « qu’est-ce que c’est cette sale bête qui ose venir ici faire de la provocation et se moquer des rites saints ? Va-t’en vite d’ici, diable de vaurien qui se donne en spectacle honteusement, ou il t’en cuira ! »

        Ne jomas ket Jermen Favenneg da goza e Treguron, e hillit kredi ! Redeg a ree evel eur hi difelhet, e vruched pounner o lammad heb ehan dindan e chelet spillennet re stard. Dizale e oe ken gleb e gein gand ar hwezenn hag en tu a-raog euz e gorv-braz gand al lêz o tivera bepred diouz e zivronn leun-tenn.
       Germain Favennec ne resta pas faire de vieux os à Treguron, vous pouvez le croire ! Il courait comme un dératé, sa lourde poitrine se balançant sans arrêt sous son gilet agrafé tropserré. En peu de temps son dos fut aussi trempé de sueur que ne l’était le devant de son buste par le lait qui coulait toujours de seins pleins à craquer.

        P’en em gavas er gêr e yeas d’e wele, oh ober an neuz da veza klañv. Ne oa ket lañv a galon, a spered avad ne lavaran ket rag, kaer e-nevoa ober ha dizober, ne yeas ket da zilêz ha ne gurzas ket e zivronn.
        Quand il fut rendu à la maison il alla au lit, feignant d’être malade. Le cœur n’était pas atteint, mais le mental je ne dis, pas car il eut beau tout tourmenter, le lait ne tarit pas et ses seins en diminuèrent pas de volume.

       Pa gredas sevel euz e weele ha mond da labourad, e ouezas an oll petra a hoaroe gantañ. Eet e oa ar vrud aneañ dre ar vro kalz tud a glaske an tu d’e weled evid kaoud digarez da hoarzin diwar e gouste. Meur a hini a lavare ne oa ket da o deañ mond ken d’ar park d’em suiza, rag bremañ, pa oa gouest d’ober eur vagéréz vad, e vije didorroh deañ entent ouz magadennou. Med, hervez lod all, e oa bet sorset ha ne oa e lêz nemed eun evaj kontammet a lakaje ar vugale da gleñvel.
       Quand il se risqua hors de son lit pour aller travailler, tout le monde sut ce qui lui était arrivé. Sa réputation avait fait le tour du pays et beaucoup de gens cherchaient le moyen de le voir pour avoir l’occasion de rire à ses dépens. Plus d’un disaient qu’il n’avait plus besoin de se fatiguer à aller au champ, car maintenant il pouvait faire comme une bonne nourrice, il serait bien moins fatiguant pour lui de s’occuper de nourrissons. Mais selon d’autres, il avait été ensorcelé, et sont lait n’était qu’un breuvage empoisonné qui rendrait les enfants malades.

       Pell e padas merzenti Jermen Favenneg. Pa veze war-zao e ranke spillenna kloz e chelet,evid mired ouz e vell brennid da zispaka a-zindanni. Ne zigrogne tamm hag e-kendalhe da vera ken gwaz ha biskoaz, o terhel e zillad leiz bepred. Ha pegen displijuz ‘ta labourad gand ar zamm-ze, hij-dihjih, a waske ha a ziêze e boull-kalon !
        Le martyre de Germain Favennec dura longtemps. Lorsqu’il était debout il devait fermer son gilet avec des épingles pour empêcher son énorme poitrine de s’en échapper. Elle ne perdait nullement de volume et elle continuait à couler de plus belle, remplissant ses habits. Et qu’il était désagréable de travailler avec cette charge qui ballotait, et qui opprimait et gênait son poitrail !

        Tost da vloaz emede e-giz-se, o houzañv e wall-blanedenn, pa deuas soñj deañ da goves e behed ouz unan euz ar gureed.
       Cela faisait presque un an qu’il était dans cet état, endurant son mauvais sort, quand il eut l’idée de confesser son péché à l’un des vicaires.

        Ar beleg her selaouas hegarad hag, o weled e geuz e hlahar d’an dra dizakr e vroude e goustiañs hag e gastize e gorv, a roas dezañ an absolvenn. Evid e binijenn e-nevoe Jermen da vond diarhen, da seiz pardon, da bedi intron Varia Dreguron da gemered truez outañ ha da lemel kuit ar walenn he-devoa taolet warnañ.
       Le prêtre l’écouta avec compassion et, voyant son regret et son affliction pour avoir commis un sacrilège qui tourmentait sa conscience et mortifiait son corps, il lui donna l’absolution. Pour sa punition Germain reçut l’ordre d’aller nu-pieds, le jour du pardon, prier Notre-Dame de Treguron de prendre pitié de lui et de lever la malédiction dont elle l’avait frappé.

       Hag, ar bloaz-se, e oe gwelet ar hanfard divoutou ha biloerou, o pedi devod-braz dirag skeudenn Mamm Doue, oh ober an dro d’he chapel war e zaoulin noaz hag o vond goude d’he ‘feunteun vurzuduz da eva dour.
       Et cette année –là, on vit le petit maître, sans chaussures ni chaussettes, priant avec grande dévotion devant la statue de la Mère de Dieu, faisant le tour de la chapelle sur ses genoux nus et allant ensuite à la fontaine miraculeuse boire de l’eau.

     

     

    BURZUD INTRON VARIA DREGURON 

    BURZUD INTRON VARIA DREGURON


     

       Pa deuas ahane e oa bet selaouet e bedenn. Eet e oa e zivronn ken plad ha kent, ha ne verent ket ken. Distroi a reas d’ar gêr en eur veuli ar Werhez, skañv e galon, dibreder e spered ha dizonet da vad diouz ar ch’oant ha hodisa an danvez-mammou hag ar gwragez o vaga.
       Quand il revint sa prière avait été entendue. Ses seins étaient redevenus aussi plats qu’avant et ils ne coulaient plus. Il retourna à la maison en louant la vierge, le cœur léger, l’esprit soulagé et guéri pour de bon de l’envie de railler les femmes enceintes et celles qui allaitaient.

    © Le Vaillant Martial

     

     


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  •      Ur Parizian a oa deuet evit ar wech kentañ da vakansién e Breizh penn-kentañ miz gouere 2013. Fall-put e eo an amzer, glav forzh pegement, bemdez koulz lavaret, Setu enoët-marv en den a-benn tri devezh. Ne oa ket posubl dezhañ mont d’an aod. Divizout a rae, neuze, mont da bourmen gant e oto dre-an hentoù treuz. N’eo ket se a vank dre amañ[1]


             Setu en em gavet-eñ war-dro kerneblec’h ha stanket an hent bihan a-greiz-stout. Ur vandennad a oa dirazañ o vale sioulik hag ar potr yaounk o kas anezho. Hemañ a oa souezhet-marv o welet un oto eus Paris deuet da goll betek e garter.
    « Pell ‘zo ra glav er vro vrein-mañ, paour-kaezh patrig ? a c’houelnn an tourist en ur c’hoarzhin glas[2].
    - O ! N’on ket evit lavaret an dra-se-deoc’h war un doare resis, me, n’om nemet pemzek vloaz ! »

     

     

     Le Parisien et le temps

             Un Parisien découvrait la Bretagne début juillet 2013 à l’occasion des vacances, le temps était exécrable : il pleuvait tous les jours, pour ainsi dire. Au bout du troisième jour, notre homme s’ennuyait ferme, car pas question d’aller se promener en voiture par les chemins de traverse, ce n’est pas ce qui manque dans le coin..


             Le voici arrivé  à Kerneblec’h où la petite route était bouchée au milieu de tout. Devant lui un troupeau de vaches marchait d’un pas tranquille, guidé par un jeune homme tout étonné de voir une voiture immatriculée « 75 » s’aventurer jusqu’à son hameau.
    « Il y a longtemps qu’il pleut dans ce pays pourri, mon pauvre petit ? demande le touriste en riant jaune
    - Oh ! Ça, je ne peux puis vous le dire exactement, moi je n’ai que 15 ans ! »

     



    [1] « Ce n’est pas ce qui manque ». Comprenez : il y en a plusieurs, il y en a à foison. Calque du Breton : n’eo ket se a vank. Notez cette formulation à la forme négative qui comme la litote ou encore l’euphémisme est une constante en Breton. D’aucuns y voient toute l’humilité de la culture Bretonne transposé dans notre parler local. Tout comme cette habitude de répondre par l’adjectif opposé. C’est pas mal doit se comprendre : c’est très bien, voire excellent. En engageant une conversation à propos du temps, ne vous étonnez pas d’entendre comme réponse : « Y’a pas à se plaindre ! » (n’ez eus da glemm !), même si le soleil brille vaillamment dans un ciel bleu azur. Et, s’il fait beau depuis quelques jours à une période inhabituelle, un Breton authentique ne manquera pas de vous ajouter « on va payer ça un jour  » !

    [2] En ur c’hoarzin glas  se traduit littéralement par « en riant bleu ». En Français la couleur est différente jaune

     


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  • Les deux fils du pêcheur

    Une fois il y avait, une fois il y aura,
    Pour donner carrière à tous les contes [i]

    Il y avait une fois un vieux Pêcheur dont la femme était enceinte. Un soir il revint à la maison, n’ayant rien pris. Mais sa femme avait envie de manger du poisson, et il lui fallut retourner tout de suite au rivage. Il jeta ses filets et amena un très-beau poisson. Il en était tout heureux :

    - À présent, du moins, se disait-il, ma femme me donnera un peu de paix. Mais voilà qu’au moment où il voulut prendre le poisson, celui-ci se mit à parler, et lui dit :

    - Quand je serai mort, donnez ma chair à manger à votre femme ; mon cœur, avec l’eau où j’aurai été lavé, à votre jument ; et mes entrailles et mes poumons, à votre chienne.

    Le vieux Pêcheur fut bien étonné d’entendre parler un poisson, comme un homme. Jamais il n’avait vu pareille chose. Il répondit :

    - Je le ferai. Puis, il s’en revint à la maison.

    En arrivant, il dit à sa femme :

    - C’est moi qui ai pris un beau poisson !  Voyez, femme, comme il est beau et grand !
      - Oui vraiment ; il faut le faire cuire.
      - Si vous saviez ce qu’il m’a dit !
      - Qui ? Le poisson ?
      - Oui, le poisson.-

     Et que vous a-t-il donc dit ?

    - Qu’il faut vous donner sa chair à manger, son cœur, avec l’eau qui aura servi à le laver, à notre jument, et ses entrailles et ses poumons, à notre chienne.-

    - Alors il faudra faire comme il a dit.

    On fit cuire le poisson, et la femme du pêcheur mangea sa chair, la jument mangea son cœur et la chienne, ses entrailles.

    Tôt après, la femme du pêcheur accoucha et elle donna le jour à deux jumeaux, deux enfants superbes. Ils se ressemblaient si bien, qu’il fallut mettre un ruban au bras de l’un d’eux, pour les distinguer l’un de l’autre. La jument aussi eut, le même jour, deux petits poulains, qui se ressemblaient parfaitement, et la chienne mit bas également deux petits chiens qu’il était impossible de distinguer l’un de l’autre.

    - À merveille ! dit le pêcheur ; un poulain et un chien pour chacun de nos enfants.

    Les deux enfants venaient bien. Quand ils furent arrivés à l’âge de quinze ou seize ans, l’un d’eux dit à ses parents qu’il s’ennuyait à la maison et qu’il voulait voyager. Son père, sa mère et son frère firent de vains efforts pour le retenir ; il fallut le laisser partir. Mais avant de se séparer, il recommanda à son frère d’aller tous les matins, en se levant, donner un coup de couteau dans le tronc d’un laurier qui se trouvait dans le jardin ; quand il en sortirait du sang, alors il serait mort ; mais jusqu’alors, il n’aurait pas à être inquiet sur son sort.

    Il partit, emmenant son cheval et son chien. Il marcha tant et tant qu’il arriva, un jour, dans une longue avenue de vieux chênes. Il suivit cette avenue et, à l’extrémité, il se trouva devant un beau château. Il frappa à la porte : on lui ouvrit, et il demanda au portier si l’on n'avait pas besoin d'un domestique dans le château. On le prit comme valet d’écurie. Comme il était laborieux, adroit, et un beau garçon aussi, il plut, vite, au seigneur ; et son cheval et son chien lui plaisaient aussi. Mais s’il plaisait au seigneur, il plaisait davantage encore à sa fille, une jeune demoiselle d’une grande beauté. Enfin, il lui plut si bien, qu’ils se marièrent ensemble, au bout d’un an.

    Les deux jeunes époux vivaient heureux, se promenant tous les jours dans les jardins et les bois qui entouraient le château. Un jour, le fils du pêcheur remarqua que les fenêtres et les portes d’un côté du château étaient toujours fermées. Il en demanda la raison à sa femme.

    - C’est que, répondit-elle, il y a de ce côté du château une cour qui est remplie de bêtes venimeuses, couleuvres, crapauds, salamandres et autres reptiles.

    À partir de ce moment, il ne faisait que songer à cette cour, et il avait une grande envie d’aller voir si ce qu’on lui en avait dit était vrai. Un jour, qu’il se promenait de ce côté du château, avec son cheval et son chien (sa femme ne l’accompagnait pas ce jour-là),  en passant devant la porte, il se dit :

    - Il faut absolument que je voie ce qu’il y a là !

    Il frappa à la porte ; elle lui fut ouverte par une vieille petite femme qui lui parla de la sorte :

    - Bonjour, mon fils ; tu viens donc me voir, enfin ?
    - Bonjour, grand-mère.
    - Entre, vite, et viens que je te fasse voir les belles choses que j’ai ici. Tiens, voilà deux chaînes, pour attacher ton cheval et ton chien.

     Et elle s’arracha deux cheveux de la tête et les lui présenta. Et aussitôt les deux cheveux se changèrent en deux chaînes, avec lesquelles il attacha son cheval et son chien à deux poteaux de pierre qui étaient là, un de chaque côté de la porte. Le cheval et le chien, en voyant cela, se mirent à se démener, pour s’en défendre, à hennir et à hurler ; mais ce fut en vain, ils furent attachés et il leur fallut rester là.

    - Suis-moi, à présent, mon fils, que je te fasse voir mon château, reprit la vieille femme ; viens voir toutes les belles choses que j’ai ici ; jamais tu n’as rien vu de pareil. Allons d’abord voir le moulin de rasoirs.

    Quand ils furent devant la grande roue, toute garnie de rasoirs :

    - Vois, mon fils, quelle merveille ! Mais baisse toi un peu, penche-toi par ici, tu verras mieux.

    Et comme il se penchait sur l’abîme, sans songer à mal, la vieille diablesse le poussa, et il tomba sur la roue et fut haché menu et moulu, comme de la sciure de bois !

    Son frère, qui était resté à la maison, allait chaque matin, en se levant, donner un coup de couteau dans le tronc du laurier du jardin, et, comme il n’amenait pas de sang, il ne s’inquiétait de rien et il se disait :

    - Dieu soit loué ! Il est toujours en vie, mon frère chéri ?
    - Mais hélas ! Ce matin-là, dès qu’il eut donné son coup de couteau, comme à l’ordinaire, le sang jaillit du tronc du laurier.
    - O malheur ! Mon pauvre frère est mort ! s’écria-t-il aussitôt.

     Et le voilà d’aller trouver son père, les larmes aux yeux, et de lui dire :

    - Hélas ! Mon père, mon pauvre frère est mort !
    - Comment peux-tu savoir cela ?
    - Il m’avait recommandé, avant de partir, d’aller tous les matins, en me levant, donner un coup de couteau dans le tronc du laurier de notre jardin, me disant que lorsque j’amènerais du sang, il serait mort. Hélas ! Ce matin, le sang a jailli du tronc du laurier : mon pauvre frère est mort ! Mais je veux aller à sa recherche, et je ne cesserai de marcher, ni la nuit ni le jour, que quand je l’aurai retrouvé.

    Son père et sa mère eurent beau le supplier, en pleurant, de ne pas les abandonner dans leur vieillesse, il ne les écoutait, et il partit, emmenant aussi son cheval et son chien, comme son frère. À force de marcher, nuit et jour, sans jamais s’arrêter, il arriva dans la même avenue de chênes que son frère. Il frappa aussi à la porte du château, et on lui ouvrit aussitôt. La femme de son frère, en le voyant entrer dans la cour, le prit pour son mari, et, descendant l'escalier au plus vite, elle vint se jeter dans ses bras, en criant :

    Te voilà donc, mon pauvre époux ! Dieu, que tu m’as causé du chagrin ! Je craignais que tu ne fusses allé dans la cour de derrière du château, car de là personne ne revient ! —

    Celui-ci vit bien qu’on le prenait pour son frère, et il dit :

    - Je m’étais égaré dans le bois, je ne sais comment ; mais je n’ai pas éprouvé de mal.

    Et la joie de renaître dans le château, au milieu de la plus grande affliction ! —

    Quand l’heure du repas fût venue ils mangèrent à la même table, puis, ils montèrent ensemble à leur chambre à coucher. Avant de se mettre au lit, le jeune homme plaça son épée nue entre la femme de son frère et lui.

    - Pourquoi donc fait-il cela ? se disait en elle-même la jeune femme, étonnée.

    Le fils du pécheur, qui tremblait d’être reconnu, dit qu’il était accablé de fatigue et qu’il voulait dormir. Mais la jeune femme ne cessait de l'interroger, lui demandant comment il avait passé son temps, depuis son absence, et beaucoup d’autres choses.  Il était bien embarrassé, vous le pensez bien, et ne savait que répondre, le plus souvent. Il demanda aussi pourquoi toutes les portes et les fenêtres étaient closes dans tout un côté du château.

    - Mais je te l’ai déjà dit ; tu ne te le rappelles donc pas ?
    -  Non sûrement ; je l’ai oublié.
    - Eh ! bien, je vais te le dire à nouveau : de ce côté du château il y a une cour toute pleine de reptiles venimeux, et de bêtes plus méchantes encore, et celui qui s'aventurerait là, n'en reviendrait jamais.

     Il pensa aussitôt que son frère était allé là. Le lendemain malin, après déjeuner, il alla se promener de ce côté du château, avec son cheval et son chien. Mon frère doit être là, se disait-il en lui-même, et, arrive que pourra, il faut que j'aille voir.

    Et il frappa à la porte. La vieille vint lui ouvrir. II entra, et reconnut aussitôt le cheval et le chien de son frère, bien qu'ils fussent si maigres qu'ils paraissaient prêts de mourir de faim.

    - Bonjour, mon fils, lui dit la vieille femme ; tu es donc aussi venu me voir ? Entre, vite, que je te fasse voir toutes les belles choses que j'ai ici. Mais prends d'abord ces deux chaines, pour attacher ton cheval et ton chien, là, auprès de la porte, jusqu’à ton retour.

    Et elle s’arracha deux cheveux de la tête et les lui présenta. Mais lui souffla dessus, et ils tombèrent à terre et se changèrent aussitôt en deux vipères.

    -  Eh ! reprit la vieille, en voyant cela, si tu ne veux pas attacher ton cheval et ton chien, laisse-les là en liberté, dans la cour, et viens toujours avec moi, pour visiter mon château.

    Et il la suivit. Quand ils furent arrivés au moulin de rasoirs :

    Regarde, mon fils, mets la tête à ce trou-là, et tu verras quelque chose de merveilleux.

    - Montrez-moi comment je dois faire, grand-mère.
    - Tiens, comme ceci, mon fils.

     Et elle passa sa tête par le trou. Aussitôt le fils du pêcheur la prît par les pieds et la précipita sur la roue garnie de rasoirs et, en un moment elle tomba en bas moulue et hachée en morceaux menus comme de la sciure de bois.

    - Alors, il se promena partout par le château, pour voir s’il ne retrouverait pas son frère. Il rencontra un renard femelle, qui lui dit :

    - Comment avez-vous pu venir ici ?
    - Vous parlez donc aussi, vous ? lui répondit-il, tout étonné.
    - Comme vous le voyez.
    - Oh ! J’ai su venir à bout de la vielle femme, moi !
    - Comment cela ?
    - Comment ? Je l'ai précipitée, la tête la première, sur sa roue garnie de rasoirs, et elle a été hachée en morceaux menus comme de la sciure de bois.
    - Oh ! Que je voudrais que ce fût vrai !
    - Rien n’est plus vrai, vous pouvez m’en croire.
    - Alors vous m’avez délivrée !

        Et aussitôt le renard femelle se changea en une princesse, d’une beauté merveilleuse !

    - Voilà cinq cents ans, dit-elle, que j’étais retenue ici sous un charme par cette sorcière maudite !
    - Et mon pauvre frère, ne pouvez-vous me dire ce qu’il est devenu !
    - Votre frère a été précipité par elle sur la roue garnie de rasoirs, et il a été réduit en morceaux menus comme de la sciure de bois. Mais rassurez-vous, j’ai tout ramassé, sa chair, ses os, son sang, et avec de l’eau de vie dont nous trouverons une fiole dans la chambre de la vieille sorcière nous le rappellerons à la vie.

    Chair, os, sang, on mit le tout dans un tas, on répandit dessus une fiole de l'eau de vie, et aussitôt le corps se reconstitua et le fils du pécheur se releva, bien vivant et bien portant, et dit :

    - que j’ai bien dormi !
     - Oui, mon pauvre frère, et sans moi et celle belle princesse, tu ne te serais pas réveillé de sitôt !

     Les deux frères se jetèrent alors dans les bras l’un de l’autre et pleurèrent de joie de s’être retrouvés. Puis, accompagnés de la belle princesse qu’ils avaient délivrée, ils revinrent dans la partie opposée du château, et la jeune femme fut bien étonnée de se voir deux maris, au lieu d’un, et elle ne pouvait distinguer lequel était le véritable, tant ils se ressemblaient ! — Ils lui racontèrent tout, et alors elle comprit pourquoi le second avait placé son épée nue entre elle et lui, pendant la nuit qu’il avait passée avec elle.

    Alors celui des deux frères qui n’était pas marié, se maria avec la belle princesse qu’il avait délivrée et qui était sous la forme d’un renard femelle.

    On envoya un beau carrosse pour prendre le vieux pêcheur et sa femme, et, pendant un mois entier, il y eut des jeux, des danses et des festins comme vous n’en avez jamais vu.

    La grand’mère de ma trisaïeule était un peu parente du vieux pêcheur, et elle fut aussi invitée à la noce ; et c’est ainsi qu’on eut des nouvelles de cette fameuse noce dans le pays.

    © Le Vaillant Martial

     


     Daou vab ar pesketaer.

    Ur wez a oa, ur wez a vo,
    Ewit rei roll d’ann holl gaozo.

    Ur wez a oa ur Pesketaër koz, hag a oa dougeres he vroeg. Un abardez ec’h arruas er gèr ha n’hen defoa tapet netra. He vroeg a c’hoantaas debri pesked, hag a renkas retorn d’oc’htu d’ann aod. Teurel a ra he roejo, hag a tigass gant-hanur pesk ar c’haera. Ma oa stad en-han :

    - Brema bepred, a lare d’ehan he-unan, am bo peuc’h digant ma groeg.
     - Met setu pa oa kregi er pesk, heman a em laka da brezeg, hag a làr d’ehan :

    - Pa vin marw, ro ma c’hig da debri d’as groeg ; ma c’halon hag ann dour en pehini a vin bet gwalc’het, d’as kazek, ha ma bouellou ha ma skevend d’as kiez.

     Ma oe souezet braz ar Pesketaër o klewet ur pesk o prezeg evel un den ; biskoaz n’hen defoa gwelet kement-all. Laret a reaz : Ober a rinn. Hag a teuas neuze d’ar gèr.

    Pa arruas, a laras d’he vroeg :

    - Me ’vad am euz tapet eur pesk kaer ! sellit, groeg, pebeuz da besk !
     - Ia ’vad ; rèd eo lakaad anehan da boazad.
     - Ma ouvefac’h peira hen euz laret d’in ?
     - Piou ? ar pesk ?
     - Ia, ar pesk.
     - Petra hen euz làret eta ?
     - Rei he gig d’ac’h da debri, he galon hag ann dour a vo bet o walc’hi anehan, d’ar gazek, hag he vauellou hag he skevend, d’ar giez.
    - Rèd a vô ober evel ma hen eûz làret.

     Setu poazet ar pesk eta, debret he gig gant groeg ar Peskelaër, he galon, gant ar gazek, hag he vouellou, gant ar giez.

    Prestig goude a willioudas ar vroeg, hag a c’hanas daou vugel, daou baotr ar c’haera, ha ken henvel ann eil euz egile, ma oa rèd staga ur ruban euz brec’h unan anhè, ewit anavezout ann eil euz egile. Ar gazek a âlas iwe, ar memeuz de, hag a defoe daou ebeul-bihan, ha na oant ket dishenvel, en nep-feson ; hag ar giez a defoe iwe daou gi-bihan, ha na oant ket dishenvel iwe.

    -  Hag a zo mad ! a laras ar Pesketaeër ; pep a ebeul ha pep a gi da bep-hini ma bugale.

    Ann daou baotr a deue mad. Pa oent digwet gant ann oad a bemzek pe a c’houezek vioaz, a laras unan an-he a oa skuiz er gèr, hag a renkje mont da vale-brô. Kaer ho defoa hen pedi da choum er gèr, he dad, he vamm hag he vreur, na dalvee ket, rèd a oa hen lezel da vont. Met a-rok a laras d’he vreur mont bepbeure, kerkent ha ma savje, da skei un tol kontell en troad ul loreenn a oa er jardinn, ha pa deuje gwad gant-han, neuze a vije marw ; met bete neuze n’hen dije ket ezomm da gaout morc’hed gant-han.

    Mont a ra en hent, gant he varc’h hag he gi. Bale a ra kement ha ker-bihan, ma tigwez iwe en ur vali gwez-dero braz, ur vali hirr-hirr. Mont a ra beteg ar penn, hag a wel ur c’hastell kaer. Skei a ra war ann or. Digoret eo d’ehan. Goulenn a ra ha na euz ezomm a vewel a-bed. Kommerret eo da baotr marchosi. Dre ma oa ur paotr stummet mad, akuit en he labour, hag ur paotr koant iwe, a plije kaer d’ann Otro ; hag he varc’h hag he gi a blije d’ehan iwe. Met mui a plije c’hoaz da verc’h ann Otro, un dimezell iaouank ar c’hoanta. Kement a reaz o plijout d’ehi, ma oent dimét hag eureujet a-benn ur bloaz.

    Ann daou bried iaouank a vewe evuruz, o vale bemde dre ar jardino hag ar c’hoajo, en-dro d’ar c’hastell. Un dez a tolas-ewez mab ar Pesketaër penoz en un tu ar c’hastell ann orojo hag ar prennestro a vije serret bepred, hag a c’houlennas digant he e vroeg petra a oa kiriek da-ze.

    -  Ato, emezhi, euz ann tu-se ar c’hastell a zo ur porz leûn a loened benimuz, aered, sourded, touseged hag a bep-seurt amprefaned.

    Setu diwar neuze na ree nemet sonja er porz-se, hag hen defoa ur c’hoant vraz da vont da welet he-vran ha gwir a oa laret d’ehan. Un de pa oa o vale en tu-se ar c’hastell, gant e varc’h hag he gi, (he vroeg na oa ket gant-han ann dro-se), o tremen abiou ann or, a laras :

    -  Rèd eo d’in gweled petra a aze.

    Skei a ra war ann or. Digorret eo kerkent gant ur vroac’hig koz, pini a lar d’ehan :

    - De-mad d’id, ma mabig ; deut oud d’am gwelet eta ?
    - De-mad d’ac’h, mammig koz.
    - Hast buhan dont ebars, ma tiskouezinn d’id ann treo kaer a zo ama. Sell aze diou chadenn da staga da varc’h ha da gi.

     Hag a tennas diou vlewenn euz he fenn, hag a roas anhe d’ehan. Ha kerkent a oent troet en diou chadenn, hag a stagas gant-he he varc’h hag he gi euz daou beul-men a oa eno en daou du d’ann or. Ar marc’h hag ar c’hi, pa weljont, a em lakaas da lampad, da c’hourignal, da iudal ; met na dalvee ket, stag mad a oant, rèd a oa chomm.

    - Deuss ganen brema, mabig, ma tiskouezinn d’id ma c’hastell ; deuss da welet ann holl dreo-kaer am euz me ; biskoaz na t’euz gwelet kement-all. Eomp da genta da welet ar vilinn-aotenno.

    Pa oent e kichenn ar rod vraz, goloët holl a aotenno :

    - Sell, mabig, kaera da dra ! Laka da benn dre aze, em bleg un tammig, ewit gwelet gwelloc’h.Pa oa sellet en toull, hep sonja en drouk, ann Diaoules koz a voutas anehan war ar rod, hag a koueas d’ann traon draillet ha malet evel brenn-heskenn !

    He vreur, a oa chommet er gèr, ac’h ee bemde da gontella troad al loreenn, hag evel na deue ket a wad gant-han, a lâre bep-tro :

    Doue ra vo meulet, beo eo c’hoaz ma breurig !

    Met allas ! ar beure-se, kerkent hag hen doe roët he dol-kontell, a tilampas ur bouill gwad Marw eo ma breur kez, siouas ! a laras kerkent. Hag hen raktal da gavoud he dad, o oela, ha da laret d’ehan :

    - Allas ! ma zad, marw eo ma breur paour !
    - Ha penoz a ouzoud te se ?
    - Laret hen defoa d’in, a-rok mont kuit, mont bep-beure da skei un tol-kontell en troad al lorenn a zo er jardinn, ha pa deuje gwad ganen, neuze a vije marw. Allas ! ar beure-ma, kerkent hag am euz skoët al loreenn, a zo dilampet ur bouill-gwad ! Ma breurig paour a zo marw ! Rèd eo d’in mont brema d’hen klask, ha na baouezinn a vale, nag en noz nag en de, ken am bô kavet anehan !

     Kaer ho defoe he dad hag he vamm goela hag hen pedi da chomm er ger gant-he, en ho c’hozni, na dalvee ket ; mont a ra en hent, gant he varc’h hag he gi, evel egile. Bale a ra, bale a ra, kement ha ken buhan ma tigwez iwe er memeuz bali gwez-dero evel he vreur. Skei a ra war dor ar c’hastell, ha kerkent ez eo digorret d’ehan. Pa hen gwell o tont er porz groeg he vreur, a tiskenn buhan-ha-buhan euz he c’hambr, hag a teu da lampad en he gerc’henn, o laret :

    -  Arru ’oud eta, ma fried kez ! Jezuz ! vel am euz bet nec’hamant ganid ! Aoun am boa a vijes êt er porz a-dre ar c’hastell, rag a-c’hane na retorn den.

    Heman a welas prest a oa kommerret wit he vreur, hag a laras :

       Em gollet a oann er c’hoad, na ouzon penoz ; met n’am euz bet droug a-bed. Setu joa vraz er c’hastell, a greiz ma oa glac’haret ann holl. Pa oa deut ar c’houlz , a koanjont asambles, ha goude a pignjont ho daou da ho c’hambr, ewit mont da gousket. Met a-rok mont er gwele, heman a lakaas he gleze noaz etre-z-he ho daou.

    - Daoust petra a zo kaoz d’ehan da ober se ? a lare en-hi ic’h-unan ar vroeg, souezet.

      Mab ar pesketaër hen defoa aoun braz da vea anaveet hag a laras a oa skuiz hag hen defoa c’hoant kousket. Met ar vroeg na baouez ket a brezeg, ha da c’houlenn digant-han he doare a-boe ma oa êt euz ar gèr, ha kalz a dreo-all. Heman oa nec’het braz, ha na wie petra laret. Ma c’houlennas iwe, perag ma oa serret kloz holl orojo ha preunestro un tu ar c’hastell.

    - Perag ? met laret am euz d’id c’hoaz ; na t’euz ket a sonj eta ?
    - Nann sur ; ankouet am euz.
    - Ma ! me a laro did c’hoaz :

    - En tu-se ar c’hastell a zo ur porz leun a aered, sourded, touseged, holl amprefaned benimuz, ha loened-all falloc’h c’hoaz hag ann hini a afe eno, na zistrofe bikenn.

       Ma sonjas kerkent penoz a oa êt he vreur eno.

       Ann dewarlerc’h ar beure, goude dijuni, ec’h a da vale en tu-se ar c’hastell, gant he varc’h hag he gi :

    - Aze,  a lare en-han he-unan, a renk bea ma breur, ha na euz forz petra a c’hoarveo, red eo d’in mont da welet. Skei a ra war ann or. Dont a ra ar vroac’h koz da digorri : Anaveout a ra kerkent marc’h ha ki he vreur, ewit-he da vea treut ka prest da verwel gant ann naoun.
    - Demad d’id, mabig ! a lar d’ehan ar vroac’h, deut out iwe d’am gwelet ? deuss ebars buhan, ma tiskouezinn d’id ann holl dreo-kaer am euz ama. Kommer ann diou chadenn-se, da staga da varc’h ha da gi aze en toul ann or, ken a zistroï.

    Hag a tennas diou vlewen euz he fenn, hag a astennas he dorn wit ho rei d’ehan. Met heman a c’houezas war-n-he, hag a kouezjont d’ann douar, troët en diou aer-wiber.

    - Ma? mar na fell ket d’id staga da varc’h ha da gi, ho losk aze, ha deuss ganen bepred da welet ma c’hastell.

    Mont a ra gant-hi. Arru e-kichenn ar vilinn aotenno :

    - Sell, mabig, bout da benn en toull-se, hag a weli ur burzud ar c’haera
    - Diskouezit d’in penoz ober, mamm-goz, ewit gwelet.
    - Sell, evelhenn, mabig.

     Hag a votas he fenn en toull. Met kerkent mab ar Pesketaer a grogas en he zreid, hag hi zanfoeltras war ar rod goloët holl a aoeteno.

    Hag a koueas d’ann traon, draillet munud evel brenn-heskenn.

    Neuze ec’h a da vale dre ar c’hastell, da welet ha na gavo ket he vreur. Ma tigwez gant-han ul Louarnes, pehini a lar d’ehan :

    - Penoz oc’h euz c’hui gallet dont ama ?
    - Petra, c’hui a gomz iwe ? a c’houlennas, souezet braz.
    - Evel ma welet.
    - Oh ? me am euz gouveet ann tu da dont a-benn euz ar vroac’h koz.
    - Penoz se eta ?
    - Penoz ? tolet am euz anehi war he fenn bars ar vilinn aotenno, hag ez eo bet draillet munud evel brenn-heskenn.
    - Oh ! me ’gare a ve gwir a larfac’h ?
    - Na euz netra a wiroc’h, kredit anoun, pa larann d’ac’h.
    - Neuze oc’h euz ma delivret !

     

    Ha kerkent a oe troët al louarnes en ur brinses ar gaera.

    - Pemp-kant vloaz a oa, emehi, a oan-me dalc’het aman indan gazel-gae gant ar zorseres milliget se !
    - Ha ma breur paour, na ouzoc’h doare anehan ?
    - Ho preur a zo bet tolet gant-hi er vilinn-aotenno, hag ec’h eo bet draillet munud evel brenn-heskenn.

       Met na euz ket a forz ; me am euz dastummet holl, he gig, he wad hag he eskern, ha gant ur vuredad dour a vuhez a zo en kambr ar vroac’h-koz a rentfomp d’ehan c’hoaz ar vuhe.

       Laket a oe ann holl dammo en ur bern, kig, gwad hag eskern, tolet war-n-he ur vuredad dour a vuhez, ha kerkent a weljont o sevel ac’hane mab all ar Pesketaer, beo ha iac’h evel biskoaz, hag a laras :

    - me a-vad am euz kousket !

    - Ia, ma breur paour, ha penamet-on hag ar Brinses-kaer ma, na vijes ket dishunet c’hoaz !

     Ma em doljont ann eil en kerc’henn egile, hag a oeljont gant ar joa da em gavoud. Neuze a tristrojont ho zri en tu-all d’ar c’hastell, hag ar vroeg iaouank a oe souezet o welet daou bried dehi el-lec’h unan, ha na wie ket pehini a oa ann hini gwir, kement ha ma oant henvel ann eil euz egile. Ma oe kontet holl d’ehi. Neuze ec’h anaveas perag ann eil hen defoa laket ur c’hleze noaz er gwele, epad ann noz hen defoa tremenet gant-hi.

    Neuze an hini an-he na oa ket dimêt, a dimêzas d’ar brinses hen defoa delivret hag a oa en stum ul louarnes.

    Laket a oe kerc’had ar pesketaer koz hag he vroeg, en ur c’harronz kaer, hag a oe eno neuze, epad ur miz penn-da-benn, festo, danso ha c’hoario evel n’och euz gwelet biskoaz.

    Mamm-goz ma mammio-goz a oa un tammig kar d’ar pesketaër koz, hag a oe iwe pedet, hag evel-se a teuas kezlo bars ar vro euz ann eured-se.

     

    Kontet gant Marc'harit Fulup, a baroz Plunet

    © Le Vaillant Martial

     


     

    Conté par Marguerite Philippe, de la commune de Pluzunet, (Côtes- d’Armor).

    C’est une des nombreuses formules usitées pour entrer en matière : Chaque conteur a ordinairement la sienne, et souvent plusieurs, suivant la nature des récits.



    [i] Tous mes contes ont été recueillis en breton, comme celui-ci, et traduits fidèlement sur ces textes authentiques. Si je n’ai donné que des traductions dans ce qui précède, c’est afin de ne pas faire un livre de cette brochure qui n’est, en quelque sorte, qu’un prospectus du recueil plus considérable que je prépare, et qui est déjà entièrement rédigé. — Ce texte et ceux de : — Jésus-Christ en Basse-Bretagne et le Meunier et son seigneur suffiront pour faire juger de ma méthode

     

     


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  • Al leue a zaou benn
    « a ‘ta Erwan penaos emañ ar jeu ganez [1] ?
    Distenger [2] ha ganez petra a nevez ?

    -     E ben, du-mañ, dec’h ar vuoc’h zu he deus halet ul leue daou benn dezhañ.

    -          O, va Doue benniet, daou benn ! Nag a draoù spontus en emgav en deiz a hirio, memestra ! N’eo ket droi [3] , kea, gant tout ar loustoni chimik-se a vez skuilhet war ar parkeier bremañ ! Ha patra ‘ti gant hennezh ma chom bev yantao ? Gwerzhañ anezhañ d’ar sirk bennak ?

    -     Ne rin ket, Savet e vo ‘touez ar re all.

    -     Gast, C’hoari ‘po sur a-walch !

    -     Alamour da betra ‘ta Heñvel-poch ouzh ar reall eo : daou benn deus evelto, eveldout-te, eveldon-me, evel an holl : ur penn a-raok hag ur penn a-dreñv ! »

    ~~~~~~~~~~~~

    Le veau à deux têtes
    « Et alors, Erwan, comment ça va avec toi ?

    -     Super, et avec toi quoi de neuf ?

    -     Eh bien, chez nous, hier la vache noire a vêlé et a eu un veau à deux têtes.

    -          Oh mon Dieu, deux têtes ! il en arrive des choses épouvantables de nos jours tout de même !  Ce n’est pas surprenant, n’est-ce pas, avec tous ces produits chimiques que l’on répand maintenant sur les champs ! Et qu’en feras tu, si du moins, il reste en vie ? Le vendre à un cirque quelconque ?

    -     - Non ! je l’élèverai avec le reste du troupeau.

    -     - Gast, tu auras beaucoup de mal surement !- 

    -          Pourquoi donc ? il est tout à fait semblable aux autres : il a deux têtes comme les autres, comme toi, comme tout le monde : une tête à l’avant et une tête à l’arrière ! »[4]

    © Le Vaillant Martial

     

     


    [1] penaos emañ ar jeu ganez ? : Littéralement, « Comment ça va toi », bretonnisme très couramment employé, tout comme « Comment que c’est avec toi ? », Ce n’est pas de l’argot mais une copie du Breton avec l’utilisation de la préposition « avec » [gant] omniprésente en Breton. Et de plus elle se conjugue, comme toutes les autres prépositions.

     [2]  Se prononce [distinguedd], s’emploie aussi en Français par plaisanterie, surtout dans le pays du Léon. Vient du Français « distingué », mal interprété. À une certaine époque, il était très chic de glisser quelques mots de Français, des fois mal compris dans des conversations en Breton. Nous trouvons le même cas aujourd’hui avec l’Anglais,  dans la langue Française. Dans d’autre régions bretonnes, bous pouvez entendre brutal ! À la place de disteñger.

    [3] Droi, en  Breton, signifie « bizarre », « dérangé », voire « inquiétant ». Ne pas confondre avec le « drôle » Français, synonyme de « marrant ». Il y a comme cela un bon nombre de faux amis, prêts à vous piéger quand on passe du Breton au Français.

    [4] La plaisanterie ne marche qu’en breton ( ar penn = la tête ) : ar penn a-dreñv, c’ est mot à mot, la « tête arrière », soit le « popotin », le derrière.


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