• Butun an dilez

    Le tabac de la donation – partage

     

     Kement-mañ a hoarveza a-barz ma oe distaget parnez an Erden diouz kanton Pleiben da lakaad ouz hini Brieg hag ive, a-rôg ma teuas keraouez war ar butun.

    Ceci se produisit avant le détachement de la commune d’Edern du canton de Pleyben et son rattachement à celui de Briec et, aussi avant le renchérissement du tabac.

     

    Abaoe eur pennadig e rede ar vrud dre ar barrez, emede Herve, mab kosa Youenn ar Skao, euz Treflehen, o vond da zimezi, da Varianna, an eli eur merhed Tin Jaouen, euz Park-an-Oah-Ru. Moarvad ne zisplije ket ar gaoz da Youenn rag, pa veze goulennet digantañ hag-eñ e oa gwir kement-se, e responte bewech : « Feiz Doue ‘vad n’on ket ‘vid lared netra pa n’ouzon ket e pe zoñj emaint, med gwelloh, sur, ‘vele an dra-ze d’ober ‘vid an eost da vankoud. Gortozon hag e vo gwelet, pa vint prest o-daou, me ‘vo ue.

    Depuis un certain temps, le bruit courait dans la commune qu’Hervé, le fils aîné d’Yves Le Scao dit Yaouenn ar Skao, allait épouse Marianna la seconde des filles de Corentin Jaouen, dit Tin Jaouen de Park-an-Oah-Ru. Cette rumeur ne déplaisait à Youenn car, lorsqu’on lui demandait si elle était fondée, il répondait chaque fois : « Ma foi ! Je ne puis rien dire puisque j’ignore dans quelle intention ils sont, mais certes pareille chose serait préférable à une mauvaise récolte. Attendons et nous verrons, quand ils seront prêts tous les deux.

     

    War a gonte an oll e oa Marianna eur plah dornet-mad hag eul labourèrèz euz a henta. Ma ne oa ket euz ar re goanta, marteze, e-touesk ar merhed en oad da fortunia, e vije bet kavet ouspenn unan euz ar re-mañ kalz divalooh eviti. Yaounk c’hoz, tri bloaz war’n-ugent dei nemedken, yahpesk ha korvet-mad, e oa anei danvez eur vamm-bôtred hag eur wreg-tiegez euz an dibab. Eur tamm brao a beadra he-devoa ouspenn rag, pa oa bet diskroget Tin Jaouen diouz e stal hag e blas da roi d’e verh Jabel, grewg Laou Gwegen, e tigoueze dei tri mil skoed evid he lod danvez.

    Aux dires de tous, Marianna était une femme habile de ses mains et une travailleuse hors pair. Si elle n’était peut-être pas la plus jolie des filles en âge de se marier, il y en avait plus d’une de moins bien qu’elle. Jeune encore, n’ayant seulement que vingt-trois ans, respirant la santé et bien constituée, il y avait en elle l’étoffe d’une bonne mère de famille et d’une ménagère de choix. De plus, elle détenait une jolie petite fortune car, lorsque que Tin Jaouen s’était défait de son matériel et de sa ferme en faveur de son autre fille Isabelle, dite Jabel, l’épouse de Guillaume Guéguen, il lui était revenu une soulte de partage de trois mille écus, soit neuf mille-francs.

     

    Dizale e teuas ar gaoz da wir hag e oe gweladenn. Hag a-greiz savarad an eil gand egile, setu ma lavaras Tin da Youenn, heb chom da glask pemp troad d’ar maout :

    « Ma ya Marianna da verh-kaer du-ze, e vo dao roi ha tiegez, stal all, da Herve. Ne fell ket din e yafe da vatez davedoh, ha daved den all ebed, pa n’eo ket fortuniou mad a fai dei »

     

    La rumeur se confirma sans tarder et il y eut visite officielle. Au cours de la conversation, voilà que Tin, sans cherche midi à quatorze heures déclare à Youenn :

    «Si Marianna vient comme belle-fille chez toi, il te faudrait faire donation à Hervé de ta ferme avec son mobilier agricole. Je ne veux pas qu’elle aille faire la servante chez toi, ni nulle part ailleurs, alors qu’elle reçoit quantité de propositions intéressantes. »

     

    Ar hiz a zo gand ar gerent, e-touesk ar Hlaziked, d’ober o dilez pa zimez ar hosa eur o bugale ha da roi deañ ar stal-diegez hag an douuar, gand diviz da vaga an tad ar vamm ha da vezel en arhant o log euz an danvez d’ vreudeur ha d’e hoarezed.

    Les parents ont coutume, chez les Glaziks, de se démettre de leurs bien lorsque l’ainé des enfants se marie et de lui donner le matériel de culture, le cheptel et la terre, à la condition de nourrir le père et la mère et désintéresser les frères et sœurs au moyens de soultes (compensations en argent)

     

    Daoust ma kave yaounk c’hoaz e vugale all evid diskrogi diouz e vadou dioustu, n’e-nevoa ket c’hoant, kennebeud, da vired ouz mad e vab Herve. Plijoud a ree deañ e verh-kaer da veza hag e roas e asant, ganda on e yaje Tin en e votou hag dimzei er harz.

    Bien que Youenn estimât ses autres enfants un peu jeunes pour lâcher ses biens immédiatement, il ne voulait pas non plus, porter préjudice à son fils Hervé. Sa future bru lui plaisait et il consentit à ce qu’on lui demandait de crainte que Tin ne reprît sa parole et que le mariage n’eût pas lieu.

     

    A-benn daou pe dri devez goude, eh en em gave, e ti an noter, Tin Jaouenn hag e verh Marianna, Herve, an ozah[1] yaounk da veza ha Youenn ar Skao hag e vugale all. D’an ampoent n’emede ket an noter er gêr hag e oent digemeret gant e vevel bras : «  Ne zaleo ket pell an aotrou », eme ar skrivagner deo. « Lakait eun azez hag e-keit ha ma vezoh o hortoz, e kemerin ar hrad ma kirit, kuit da goll amzer. »

    Deux ou trois jours plus tard, se retrouvaient chez le notaire Tin Jaouen et sa fille Marianna, Hervé le futur époux, ainsi que Youenn Ar Skao et ses autres enfants. Le notaire était absent à ce moment, ils furent reçus par son premier clerc : « Monsieur ne tardera pas », leur dit-il, « Asseyez-vous, et durant votre attente, je prendrai les grès, si vous le voulez bin pour ne pas perdre de temps. »

     

    Kemered ar hrad e savar an noerien, a zo lakaad notennou war baper evid derhel soñj euz ar pez da zougen e-barz eur hontrad. Ha setu ar hloareg brz o joulenn diganto pe afer o-devoa da reñka etrezo.

    Prendre les grès, dans le jargon notarial, c’est noter des renseignements en vue de dresser un contrat. Et alors le premier clerc de demander quelle affaire ils avaient à régler entre eux.

     

     Youenn a zisplegas deañ emede e vab Herve o vond da zimezi da Varianna Jaouenn hag e oant deuet, eñ da riska vragou, evel ma lavare, pe d’ober dilez euz e beadra, hag an daou zen yaounk sa lakaad ober o hontrad-eured.

    Youenn lui expliqua que son fils Hervé allait épouse Marianna Jaouenn, et qu’ils étaient venus pour « baisser culotte » comme il disait, c’est ç dire faire donation de ses biens, et les deux jeunes gens pour dresser leur contrat de mariage.

     

    Dre ma komze Yaouenn e laboure ar skrivagner, o tua paper par mahelle, ha, beb eur mare, e houlenne pe briz lakaad d’ar stal-diegez ha d’an atant a-benn gouzoud pegement e-nije ar perhenn nevez da zevel d’vreudeur ha d’e hoarezed. Ha, pa oe ano euz ar rezevasion, tivizas an dilezer e rankje, hervez ar hiz, beza bevet ouz ar memeez taol gand e vab, lojet gwisket ha freket, evel just, ha pêet mizou e interamant, re e zervich eizteiz, e annuel hag e zervich deiz-ha-bloaz, kement-se-ive, êz eo gouzoud gand an hini a yee ar madou gantañ. Pevar real beb e gador en iliz, da brofa eur gwenneg pe zaou e plad an Anaon ha da ginnig peb a vanne d’e vignonned koz p’en em gavje ganto er vourh, hag ouspenn, war ar marhad, eur pakad butun beb sizun.

    Au fur et à mesure que Youenn parlait, le clerc s’affairait à noircir du papier en quantité, et, de temps à autre, demandait quelles évaluations donner au mobilier d’exploitation, ainsi qu’à la ferme dont le donateur s’apprêtait à se dessaisir, afin disait-il, de déterminer le montant des soultes que l’attributaire aurait à verser à ses frères et ses sœurs. Et quand il fut question des conditions à stipuler en faveur du donateur, celui-ci, selon l’habitude, fit savoir qu’il entendait être nourri à la table de son fils, logé, vêtu, blanchi, comme de juste, et que les frais de ses obsèques et ceux de l’octave de services, de l’annuel et du service du bout de l’an, seraient aussi, c’est facile à comprendre, à la charge de celui à qui allaient ses biens. Il lui faisait fallait aussi vingt sous tous les dimanches, de quoi disait-il, payer sa chaise  à l’église, faire une offrande d’un sou ou deux aux trépassés, et payer un verre à ses vieux amis lorsqu’il les rencontrerait au bourg, et enfin, par-dessus le marché, un paquet de tabac chaque semaine.

     

    Beteg neuze n’e-nevoa distaget Tin Jaouen ger ebed koulz lavared, ne ree nemed asanti gand e benn. Hogen, pa glevas meneg euz ar pakad butun, e yeas teñval e dal hag e savas diwar e gador.

    Jusqu’alors Tin Jaouen n’avait, pour ainsi dire, prononcé aucun mot : il se contentait d’acquiescer de la tête. Mais quand il entendit faire mention du paquet de tabac, son font se rembrunit et il se leva de sa chaise.

     

    « Hopopo ! Youenn, ma mignon », emeañ « c’hoant ho-peus da rivina ho pôtr hag ho merh-kaer, ‘m-eus aon ! Petra ? Eur pakad butun beb sun ? Ne oa ket bed ano euz kement-se ganeoh an deiz all, p’ho-poa prometet roi deo ha plas. Eun dra alaran deoh krak-ha-berr : m’ho-peus c’hoant e yafe ma merh da verh-kaer du-ze, e vo dao deoh ober kañv d’ar butun-se »

    « Hopopop ! ! Youenn, mon mai », dit-il, « tu veux ruiner ton gars et ta belle-fille, je crois ! Comment un paquet de tabac toutes les semaines ? Tu n’y avais fait aucune allusion l’autre jour quand tu avais promis de leur céder ta place. Je te le dis carrément : si tu tiens à ce que ma fille aille chez toi comme bru, il te faudra faire le deuil de ce tabac-là ! »

     

     Emede an troua o vond da dreñka etre an daou zen, rag Youenn a blije deañ e damm butun hag, a briz ebed, ne oa goubet d’e nah. « Petra ? » emeañ, tagnouz deañ, « Gouzke leuskel ganto ma oll beadra e rankin c’hoaz tremen heb butun ? Daoust hag e karlen e vefe grêt kement-se deoh ? »

    Les choses allaient se gâter entre les deux hommes, car Youenn aimait bien son tabac et, à aucun prix, il ne voulait être privé. « Comment ? » s’écria-t-il d’une voix revêche, « après leur avoir laissé tout ce que je possède, il me faudrait encore me passer de tabac ? Est-ce que tu aimerais qu’on t’en fasse autant ? »

     

    « Gand ar pevar real ho-peus divizet kaoud beb sul », a respontas Tin, « ho-po gwerz daou bakad butun ha n’eo ket eun ‘n hañi eo ! »

    « Avec les vingt sous que tu as exigé d’avoir tous les dimanches » répondit Tin, « Tu auras de quoi t’acheter deux paquets de tabac et non pas seulement un, voyons ! »

     

    « Biskoaz kemend all ! » a dêras Youenn, « C’nwi ‘m-eus aon, a zo klask mired ouz ma ho merh !.. »

    « Jamais encore ! » s’emporta Youenn. « Je crains que tu sois en train de compromettre le bonheur de ta fille !... »

     

    Med a-greiz m’emede an tabut o troi da ‘fall, eh en em gavas an noter er studi hag e siouleas eun nebeud d’an daou rioter. O kleved perag e oa savettrouz, e klaskas an den lezenn lakaad a ar peoh etrezo. « Evid ar fed euz pakad butun a zeg gwenneg beb sul », emeañ, « e vzfz pzhzd mired ouz an daou zen yaounk-mañ da vond an eil gand egile. Pa vodeuet fin ar bloaz, ne vint tamm paourron goude beza dispigned deg gwenneg beb sun da brena butun d’o zad. »

    Alors que la dispute tournait à l’aigre, le notaire rentra à l’étude et les deux querelleurs se calmèrent un peu. L’homme de loi, mis au courant de la cause du différent, tenta de rétablir la paix entre eux : « Pour le fait d’un paquet de tabac de dix sous par dimanche » dit-il, « ce serait dommage d’empêcher l’union de ces deux jeunes gens. À la fin de l’année, ils ne seront absolument pas plus pauvres pour avoir déboursé dix sous chaque semaine pour acheter le tabac de leur père. »

     

    Selaouet e oe an noter ha klozet ar marhad evel ma felle da Youenn. Hogen ar henta skrivagner, eet dievez gand an trouz, a verkas war e baper o-dije Herve ha Marianna deg gwenneg ad butun ar zizun da roi deañ, diwar an deiz ma vijent eureujet hag eet da benn d’an tiegez. Ha, war ar skrid a zavas goude da veza sinet gand an daou rumm kontraderien hag an testou, e tougas an diviz-se ger evid ger ha den ne gavas abeg ennañ, o veza ma ne gouste d’ar mare-se nemed deg gwenneg ar pakad butun.

    On écouta le notaire et le marché fut conclu ainsi que l’entendait Youenn ... Toutefois, le premier clerc, distrait par le bruit de la dispute, mentionna qu’Hervé et Marianna devaient procurer à Youenn pour dix sous de tabac par semaine, à compter du jour de leur mariage, date à laquelle ils entreraient en possession de l’exploitation agricole. Et sur l’acte qui fut établi sur le champ pour être signé par les parties témoins, cette clause figura mot à mot et personne n’y trouva à redire, puisque, à l’époque le paquet de tabac ne coûtait que dix sous.

     

    Evel ma oa bet lavaret deañ, e welas Youenn buan-tre e oa e verh-kaer eur boagnéréz hag, ouspenn, eur vaouez gouest koulz en ti hag er park ha kempenn-tre, beteg gwall-biz zoken, war he arhant. Ma ne veze ket druz-braz ar geusteurenn ganti, ne fazie ket, koulskoude, o gwalh a voued groz da dud an ti. Med, siwaz ! n’eo ket bemdez e prene dillad nevez d’an hañi koz, e-giz ma ree ouz he zadkaer, hag e veze gwisket hemañ heñvel a-walh ouz eur hlasker-bara. Eun sioul hag a nasianteg e oa Youen ha gwelloh e kave derhel war e gomzou evid tamall he dianoudégéz da wreg e vab, kuit da lakaad trouz da zevel.

    Youenn s’aperçut très vite que, comme on le lui avait dit, sa belle-fille était très travailleuse et, qui plus est, une femme efficace tant à la maison qu’au champ et aussi très ordonnée, quelque peu regardante même relativement à son argent. Si le menu n’était pas des plus riches chez elle, la nourriture rustique ne faisait pourtant pas défaut aux gens de la maison. Mais, hélas, ce n’est pas tous les jours que l’on achetait de nouveaux habits « au vieux » comme elle appelait son beau-père, et celui-ci était presque vêtu comme un mendiant. Youenn était homme tranquille et patient et préférait se taire plutôt que de reprocher son ingratitude à l’épouse de son fils afin d’éviter toute querelle.

     

    Skuiz ive o tigas soñj da Herve euz diviziou an diez hag ar promesaou kaer a veze grêt deañ en aner gand e vab, e tavas gand e glemmou a-benn ar(fin, ar ne oa ket mestr an ozah yaounk en e di. N’é-nevoa nemed at gwir da labourad ha zehel kloz e henou. Ar wreg heblken a zouge ar vroz hag ar brgou hag a vire ganti ar yalh. Red eo anzav, evelato, eroe e bevar real hag e bakad butun beb sizun d’he zad-kaer.

    Lassé aussi de rappeler à Hervé les conditions de sa donation et les belles promesses que celui-ci lui faisait en vain, il cessa ses récriminations, car le jeune patron n’était pas maître chez lui. Il n’avait que le droit de travailler et garder la bouche close. Seule la femme portait jupe et pantalon et conservait la bourse par-devers elle ... Il faut reconnaître toutefois qu’elle remettait toutes les semaines à son beau-père sa pièce de vingt sous et son paquet de tabac.

     

    Eur zulvez e tistroas d’ar gêr euz an overenn vintin gand eur panerad ispisiri ha traouéréz all prenet ganti er vourh. Kavoud a reas Youenn gand e lein hag e stapas deañ, war an daol eun dra bennag e-touesk eun tamm paper. « Setu aze ho putun ! » emei. Ha, pa zispakas an den koz ar paper, e chomas nehet hag alvaonet o kavoud ennañ eun tamm-burun diouz pouez e-leh ar pakad e oa boazet da gaoud beb sizun.

    Un dimanche, elle rentra de la basse messe son panier rempli d’épicerie et d’autres denrées achetées au bourg. Elle trouva Youenn en train de déjeuner et elle lui jeta sur la table quelque chose emballé dans du papier. « Voilà ton tabac ! » dit-elle. Et quand le vieil homme défit le paquet, l’inquiétude et la stupéfaction le saisirent en  y découvrant une quantité de tabac en vrac, au lieu du paquet qu’il avait l’habitude d’avoir chaque semaine.

     

     

    « Ha ne vez ket ken ar butun e pakajou ta », emeañ distiziuz, « pa deu dispak e-giz-se ganeon ? »

    « On ne trouve donc plus le tabac en paquet » dit-il méfiant, « puisque tu l’apportes défait ainsi ? »

    « Eo » a respontas ar verh-kaer, « med kerret eo abaoe deh hag eet ar pakad da bemzeg genneg. Evel-just, n’em-eus digaset deoh nemed deg gwennegad, evel m’am-eus diviz d’ober. »

    « Si », répondit la belle-fille, mais il a renchéri depuis hier et le prix du paquet est monté à quinze sous. Bien entendu, je ne t’ai apporté que pour dix sous, ainsi que j’ai obligation de le faire. »

     

    « Hañ ? De ... de ... deg gwennegad ? » eme Youen eet besteod ha divarhet-krenn gand ar zabatur. « N’eo, n’eo, n’eo ket deg wgennegad a dleit din, met eur pakad ‘n hañi eo ! »

    « Hein ? Pour di... di... dix sous ? » fit Youenn rendu bègue et complétement stupéfie « Ce n’est pas pour dix sous que tu me dois, mais un paquet bien entendu ! »

     

    « Eur pakad ? eur pakad ? » a drohas ar wreg yaounk, kaasauz he mouez, « n’ouzit ket petra ‘lirit chouant koz ! Lennit paper an dilez hag e welfoh warmañ e faian deoh deg gwennegad ha n’eo ket eur pakad ! »

    « Un paquet ? Un paquet ? » répliqua la jeune femme d’une voix hargneuse, « tu ne sais plus ce que tu dis, vieux chouan ! Lis le contrat de donation-partage et tu y verras que je ne te dois que pour dix sous et non pas un paquet ! »

     

    «  Pa oan-me o roi ma madouu, koulskoude », eme ar hoziad, kintuz deañ eun tammig. « em-bevoa divizet kaoud eur pakad butun beb sul ha n’eo-ket deg gwennegad eo ! Beteg-henn, siwaz ! e oa gwall just eur pakad din d’ober ma zunvez, a-boan m’am-beze pemp pe hweh kornadig bemdez-aneañ. Ha bremañ e rankin tremen gan tri pe bevar ! Ma ! Merh, n’eo ket eur vaouez oh ! Dao ‘vo din gweled hirron ha ma ‘fakad am-mo, kousto pe gousto, rag n’emaon ket e soñj plada deoh e-giz-se ! »

    « Quand j’étais en train de vous donner mes biens pourtant » dit le vieillard quelque peu agressif, « j’avais exigé d’avoir un paquet de tabac tous les dimanches et non pas pour dix sous ! Jusqu’à présent un paquet était déjà bien juste pour ma semaine : à peine cinq ou six pipées par jour. Et il me faudrait faire avec trois ou quatre ! Eh bien ma fille, tu n’es pas une femme, vraiment ! Il me faudra aller voir plus loin, et j’aurai mon paquet coûte que coûte car je ne suis pas décidé à me laisser faire de la sorte ! »

     

    « M’ ho-peus da fluta, it pelloh da weled hardi ! » a drohas ar wreg. « Me ‘m-eus sklêrijenn da zishouez, kerkoulz ha c’hchwi, ne rankan deoh ‘med deg gwennegad ha netra muioh ! »

    « Si vous avez de l’argent à perdre, allez donc vous faire voir ailleurs ! » trancha la femme. « Tout comme vous, j’ai de quoi vous prouver que je ne vous dois que dix sous de tabac, et rien de plus ! »

     

    Ken ran e oa Youenn gand e damm butun ma ne oa ket evid ober e vennoz da leuskel e verh-kaer da nah outañ poent an drederenn euz pakad. Med penôz he lakaad da zeveni ar pez a oa bet divizet, e gwirionez, d’ar mare oa grêt an dilez ?

    Youenn aimait tellement son tabac qu’il ne pouvait pas se faire à l’idée de voir sa bru lui supprimer près d’un tiers du paquet. Mais comment l’obliger à exécuter ce qui avait été réellement convenu au moment de la donation ?

     

    Mond a reas d’ober e glemm da Ber en Henañv, eun den a guzul mad, amezeg tost ha mignon deañ, ha da houlenn all digantañ. Ma ne oa ket. Per gouizieg-braz da lenn paeriou skrivet divoull, e-neoa, koulskoude, skiant-prena war galzig kudennou luziet.

    Il alla confier ses doléances à Pierre Le Hénaff dit Pèr An Henañv. Un homme de bon conseil, son proche voisin et bon ami, et lui demander son avis. Si Pèr n’était pas très doué pour lire les écrits non imprimés, il avait cependant beaucoup d’expérience sur bien des problèmes épineux.

     

    Goude beza sellet ouz akta e genseurt ha prederiet eur pennad, e lavaras deañ : « Eet eo fall ma daoulagad ha ne hellan bremañ nemed ar skritur moull, Kredi ‘ran, evelato, e ranko ho merkaer roi deoh beb sun ho pakad butun ha n’eo ket diou drederenn hini, anez gweled ahanoh o lakaad torri an dilez. Evid dond-a-benn outi avad, e vo dao deon, a gredan, ober afer warno o-daou, he gwaz hag hi. Rag-se e vefe mad deoh mond gand ho palper da gavoud an alvokad. Hennez a heñcho ahanoh hag a laro deoh petra ho-po d’ober. »

    Après avoir examiné le titre exécutoire de son camarade et cogité un moment, il lui dit : »Ma vue a baissé et je ne puis lire maintenant que les textes imprimés. Je crois toutefois que ta belle-fille sera dans l’obligation de te servir chaque semaine ton paquet de tabac et non pas les deux tiers, sous peine de te voir annuler ta donation. Mais pour en venir à bout, tu devras je pense, les attaquer tous deux en justice, son mari et elle. Pour cela il serait bon que tu ailles, avec tes papiers consulter un avocat. Celui-ci te conseillera et te dira ce que tu devras faire. »

     

    « ‘Mad-rte ar pez a lirit », eme Youenn. « Gwaza pez ‘zo avad, e pe leh kavoud arhant da bêa an alvokad pa n’em-eus ket eur gwenneg toull war ma ano ? »

    « C’est parfait ce que tu dis » Youenn.  « Mais le pire, c’est où trouver l’argent pour payer l’avocat, alors que je dispose pas d’un seul sou percé ? »

     

    Per e-nevoe truez ouz e amezeg hag a brestas deañ eur pez ugent a ugent real. Ha nebeud goude, p’en em gavas foar goz Kastellin,e yeas Youenn, gand e baper, da gomz ouz alvokad.

    Pèr eut pitié de son voisin et lui prêta une pièce de cent sous, soit cinq francs. Et peu de temps après à l’occasion de la vieille foire de Châteaulin, Youenn alla, muni de ses papiers, consulter un avocat.

     

    Goude beza lennet piz an akta, e tisklêrias frêz ha sklêr an aotrou-ze d’ ostiz n’e-nevoa ar gwir, Hervez ar skrid, da gaoud nemed deg gwennegad butun ha ne dalveze ket ar boan deañ mond da glask propesi ouz e vab hag e verh-kaer, rag taolet evije da goll gand ar varnereien. Ugent real e koustas an ali d’ar paour-kêz koz a jomas d’ober kovig moan an deiz-se peogwir ne oa gwenneg all ebed gantañ peadra da verenna.

    Après avoir bien lu le contrat, ce monsieur déclara clair et net à son client qu’il n’avait, d’après l’écrit, que le doit d’avoir dix sous seulement de tabac et qu’il était inutile de faire un procès à son fils et à sa belle-fille, car les juges lui donneraient tort. La consultation coûta cinq francs au pauvre vieux qui resta sans manger ce jour-là puisqu’il n’avait sur lui aucun argent pour se payer de quoi déjeuner.

     

    Distroi a reas d’ar gêr, izel e glipenn ha mantret e galon. Ha, diwar neuze, e vevas drouglaouen, evel eur reuzudig, e ti e vugale dianaoudeg ha divad, oh arboell beb sul war e bevar real eur gwennegig bennag da bêa e zie. Kerse e-nevoa d’ar mare ma oa gouest da vutuni Hervez e hoant hag e tamante, muia ma helle, d’e zeg gwennegad btun sizunvezieg, re nebeud atao aneo evid tapa ganto ar zul war-lerh.

    Il rentra chez lui la tête basse et le cœur serré. Et à compter de ce jour, il vécut bien triste, tel un misérable chez ses enfants peu reconnaissants et si regardants, économisant quelque peu chaque dimanche sur ses vingt sous, afin de rembourser sa dette, il regrettait l’époque où il pouvait fumer à volonté, et soupirait sans cesse ... après avoir ses dix sous de tabac hebdomadaires toujours trop justes pour arriver au dimanche suivant.

     

    Pa ris anaoudegez gand Youenn ar Skao, n’eo ket yaounkaad e-nevoa frêt, anat eo. Hag a benn neuze piou e nije kredet, e oa eet ar pakad btun da hwezeh real ? E-leh an tregont pe zaou-ugent kornadig a roste kent, pa ne goustent nemed deg gwenneg, n’e-neveze ken nemed an tañva anezo, da lavared eo eiz gwech nebeutoh o veza ma oant kerret euz a gement-se.

    Quand je fis la connaissance de Youenn Ar Skao, il n’avait pas rajeuni, bien évidemment. Et pour alors ? – qui l’eût cru ? – le paquet de tabac avait atteint les quatre-vingt sous, sois quatre francs ! Au lieu des trente à quarante petites pipées qu’il brûlait autre fois, lorsqu’elles ne revenaient qu’à dix sous il n’avait plus maintenant que de quoi y goûter, c’est-à-dire huit fois moins du fait qu’elles avaient renchéri d’autant.

     

    Pa veze bet troet e moged ar hriñsennou diweza eet da vruzun e goueled e yalh-vutun, e leunie e gorn gand deliou seh. Hogen divlaz e kave ar btun-marmouz-se ha n’eo ket gatañ e teue laouen e spered. Ha gand melkoni e huanade d’an amzer dremenet.

    Lorsque les derniers brins, réduits ne poussière au fond de sa blague à tabac étaient partis en fumée, il bourrait sa pipe de feuilles mortes. Cependant il trouvait ce tabac de marmouset bien fade, et ce n’est pas avec ça qu’il parvenait à remonter son moral. Et plein de mélacolie, il soupirait après le bon vieux temps.

     

    « Gwechall » emeañ « e lavare ar re goz eh echue ar beva mad pa deuje an heñchou-houarn hag an heñchou-kroaz. ‘Meus aon eo deuet o haoz da wir, evid ar pez a zell ouzin da vihanna. Kalz  re droet eo bremañ ar re yaounk gand an arhant ha n’o-devez truez ened ouz ar re goz eveldon ... Eun dra ive a ra diêz d’am ‘fenn ! ma karje d’an noter-ze beza douget war e baper ar pez am-oa diviz da gaoud, e vijen bet eun den eüruz em hozni, padal ne reer nemed ober ahanon... Nann, eun afer ne vez-ket grêt morse !... »

    « Autrefois » me dit-il « les anciens prétendaient que le bon temps prendrait fin lorsque viendraient les chemins de fer et les carrefours. J’ai bien peur que leur prédiction ne se soit réalisée, au moins en ce qui me concerne. Aujourd’hui les jeunes sont beaucoup trop intéressés par l’argent et n’ont aucune pitié des vieux comme moi... Une chose encore me chagrine : si ce notaire avait bien voulut inscrire sur le papier ce que j’avais réellement convenu d’avoir, j’aurais été un homme heureux dans ma vieillesse, alors que je suis la risée de tous ... Non, un contrat n’est jamais rédigé trop clairement !... »

     © Le Vaillant Martial

     



    [1] O(z)ah = homme marié, chef de famille -> patronymes Lozac’h, Le Noac’h


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  • Interamant ar  GARRONT ZUIG
    L’enterrement de KARRONT ZUIG

    M’ho peus choant da gleved ano euz ar spontadenn am-eo eun nozvez, diwezad-braz o tistroi  d’ar gêr, e livinn deoh e oan digouezet e penn ar Garront Zuig, e-leh ma klevis daouzeg taol hanternoz o son en iliz-parrez, evidon da veza, a-benn neuze, eur pennad mat a vale diouti. Diavel ha didrouz e oa an amzer, hogen teñval a-walh o veza ma ne oa ket savet c’hoaz al loar. Teñvalloh e oe dioustu en-dro din, kerkent ha m’en gavis dindan ar volz a ree, a-uh d’ar garront zon, keuneud stank ha deliaoueg an daou gleuz uhel a zave unan a bep tu dezi.

    Si vous voulez que je vous conte la frayeur que j’eus une nuit en revenant très tard à la maison, je vous préciserai que j’avais atteint le bout du chemin appelé Ar Garront Zuig[1], d’où j’entendis sonner les douze coups de minuits à l’église paroissiale, alors que je me trouvais à cet endroit à bonne distance de marche de celle-ci ; Le temps était calme et paisible, mais il  faisait plutôt sombre car la lune n’était pas encore levée. Les ténèbres autour de moi dès que je me trouvais sous la voûte formée au-dessus du chemin creux par les branches nombreuses et feuillues des deux hauts talus s’élevant de chaque côté de celui-ci.

     

    E friko merh Kerligoan e oan er vourh, ha daoust da ze, ne oan ket badaouet an disterra. Med chomet e oan da zavarad goude koan, diwezad og echu evel boaz, gand eun nebeud mignoned din e ostalidi Per an Hamon. Hag, e-serr tapa eur banneig pe zaou, e oan bet daleet ganto pelloh evid ma zoñjen

    Je revenais du bourg où j’avais été à la noce de la fille de Kerligoan, et malgré cela, je n’étais pas le moindrement éméché. En fait, après le souper qui se termina très tard comme ç l’habitude, j’étais resté bavarder avec quelques amis au bistro de Pierre Hamon. Et, le temps de prendre un petit coup ou deux, ces derniers m’avaient retardé plus que je ne le pensais.

     

    Mond a reen etremeg Kervorvan, ma hêr sonn ma ‘fenn na divorfil-kaer ma spered, med pounner a-walh ma divesker war-lerh an adadennou-dañs am-oa grêt etre an daou ziazez. Pa vezen o frikota, n’eao ket chom da zelled ouz an dud-all sa zañzal a blije din, hogen lammad ive d’o heul er c’hoari, da fingal evelto, ne lavaran ket.

    Je me dirigeais vers Kervorvan, mon village la tête bien droite et l’esprit parfaitement éveillé, mais les jambes plutôt lourdes après les innombrables tours de danse que j’avais fait entre les deux repas. Quand l’étais de noce, ce qui me plaisait, ce n’était pas de rester regarder les autres danser, mais de me lancer à leur suite dans la danse pour me trémousser tout comme eux.

     

    Goude beza kerzt gant ar garront skoachelleg e teuas ma daoulagad da voazo ouz an deñvalijenn hag e oz êsoh din bale gand me hent. Med dizale e klevis eun trouzig trist, heñvel ouz mouez eur hlogig-kañv hijet beb eur mare. Hanter-vouget ar wechou ha pellig etre pep ini, e tassone goustadig ar hlohadou hini ha hini, evel reun o tizhilia diouz pennou-ed re aho. Nehet eun disterra, e ris eun harp da zelou hag a-barz nemeur, e kreñveas hag e tosteas an trouz.

    Après avoir marché le long du chemin plein d’ornières, mes yeux vinrent à s’habituer à l’obscurité, et il me fut plus aisé de poursuivre ma route. Mais bientôt j’entendis un faible et triste son, semblable à celui d’une clochette de deuil agitée de temps à autre. Mi- étouffée parfois, et séparés l’un de l’autre par de long intervalles, les tintements résonnaient faiblement, tombant un à un comme des grains se détachant d’épis de blés trop mûrs. Quelque peu troublé, je m’arrêtai pour écouter, et peu après le bruit se renforça et se fit plus proche.

     

    Neuze e kredis gweled o tond, a-benn din, eun engroez kalz duoh c’hoaz evid an noz hag e leunie don. Enkrezet muioh-mui, e lammis kerkent e toull-karr an Atilou, eur park da Ber Rannou, ma breur-kaer, rag ne oan ket chalet da jom war ar garront e-keid ma yaje e-biou ar bagad iskiz a deue war-zu ennon.

    Il me sembla voir alors, venant au-devant de moi, une foule de gens bien plus ombre encore que la nuit, et qui emplissait le chemin creux. De plus en plus intrigué, je sautai prestement dans la brèche d’accès à l’Atilou, un champ appartenant à Pêr Rannou, mon beau-frère, je n’avais nulle envie, en effet, de rester sur le chemin pendant que passerait le groupe bizarre qui se dirigeait vers moi.

     

    Eeun d’an ampoent, e tiskoaschas al loar, euz dreñv ar houmoul, unan euz he hernou lemm. Tamouezet gand deliou ar bodennadou keuned, e taole he bannou disliv, war an douar, eur skleurig dister an ankenuiz. Neuze eo e tremenas, difrê a-walh, ar gerzadenn sebezuz dirag ma daoulagad divarhet. Harp ma hein ganin ouz kloued ar park, ar strafuill em herhenn ha sklaset ma halon gand ar spont, e welis an arvest skrijuz.

    Juste à ce moment, la lune me laissa voir, par derrière les nuages, une des cornes pointues. Tamisés par les feuilles des bosquets d’arbres, ses pâles rayons jetaient sur le sol une faible lueur blafarde et inquiétante. C’est alors que défila, assez rapidement devant mes yeux écarquillés, l’étonnant cortège. Le dos appuyé à la barrière du champ, tout mon être saisi d’épouvante et mon cœur glacé de stupeur, je vis le spectacle horrifiant.

     

    Er penn-arôg e oa eur mall gwaz o tougen eur groaz arhant hag en e gichenn, eur hrennard gand eur hlohig en e zoen. War e lerh eun den-all netra ennañ nemed eun dra hir ha keinbann goloet maro gwenn. Goude kerkent, diouz an druill, gwazed ha merhed. Koefou-kañv mezer du gand darn euz ar re-mañ. Hogen trouz stokadenn ebed gand treid nikun anezo, na gand ar marh, o kerzed war ar vein, na gwigour ebed kennebeud, gand rojou ar charbañ o vond hij-dihij dre skoachili ar garront. Ken sioul e oant hag o skeud pe c’hoaz spesou euz arbed-all. Ar hlohig hebken a gendalhe da dintal beb eur mare.

    Eet e oant e-biou hag anazevet kement hini euz ar bôrted. Perig Bozeg, eur hrennard euz ar Wern, a oa gand ar hiol, ha joz Brenner, unan euz merourien Kervorvan, gand ar groz, padal emede Jakez Gwegen, ma gwella amezeg, o ren al lônkezeg. Ar re all o oa pôrtes yaounk, gwazed e-kreiz o brud hag hiniennou eet war an oad, kerent ha mignoned din oll, eul lodenn vat anezo euz Kervorvan. Dioustu war-lerh ar charban, eh en em gave ma zad hag Herve, ma breur, gand eun nebeud merhed na oen ket evid anavezoud gand ar hoefou-kañv a holoe ‘fenn. Hervez an everiañs diou anezo, kouskoude, e kredis beza Katell ma gwreg, hag Anna, pried Per Rannou, he c’hoar.

    En tête se trouvait un grand gaillard portant une croix en argent et, près de lui, un adolescent tenant une clochette à la main. À leur suite venait un autre homme tenant par la bride un cheval attelé un char-à-banc qui ne contenait seulement qu’un objet oblong au-dessus arrondi sous une couverture parsemée de larmes et de têtes de mort blanches. Aussitôt après, en très grand nombre, des hommes et des femmes, dont plusieurs portaient la coiffe de deuil en drap noir. Cependant aucun bruit de heurt ne venait des pas des gens ou cheval marchant sur les cailloux et aucun grincement ne provenait du char-à-banc qui allait cahotant sur les ornières du chemin creux. Ils étaient aussi silencieux que des fantômes de l’autre monde. Seule la cloche continuait de tinter de loin en loin.

    Ils étaient passés et j’avais reconnu chacun des hommes : Périg bozec, jeune garçon du Wern, tenait la cloche, et Joz Brenner, un des fermiers de Kervorvan, portait la croix, tandis que Jakez Gwegen, mon meilleur ami, conduisait le cheval. Les autres étaient de jeunes-gens, des hommes en pleine force de l’âge et quelques-uns déjà vieux, tous de ma parenté ou de mes amis, bon nombre d’entre eux de Kervorvan. Immédiatement après le char-à-banc, venaient mon père et Hervé, mon frère, avec un groupe de femmes que je ne pus reconnaître à cause des coiffes de deuil qui recouvraient leur tête. A l’allure de deux d’entre-elles, je crus cependant avoir reconnu Katell, ma femme et Anna, sa sœur, l’épouse de Per Rannou.

     

     Ar re na oa netra o kuzad o ‘fenn, e vijenn bet gouest da envel difazi.

    Paneve da daoliouigou ar hloh a gleven o pellaad em-bije kredet emeden oh huñvreal. Beteg neuze, gand ar zabatur diriez a oa kouezet warnon, n’em-oa ket bet ar skiant da houlenn ouzin ma-unan da biou e welen sinadou. Rag petra ken e oa ar weledigez spouronuz-se nemed sinadou d’eur hristen bennag ? Bremañ pa eñvoren mad an darvoud skrijuz, e oa anad din na oa nemedon ma unan ha Per Rannou, ma breur-kaer, n’am-oa ket anavezet e-touesk-ze a heuilie ar zeblant interamant. Da diou ‘ta zinadiou-ze ? Din-me pe da Ber Rannou ? 

    Celles dont rien ne marquaient  le visage, j’aurais pu les nommer sans me tromper.

    Sans les tintements de la cloche que j’entendais s’éloigner, j’aurais cru que je rêvais. Jusque-là à cause de la stupeur irraisonnée qui m’avait envahi, je n’avais pas eu la présence d’esprit de me demander pour qui ces intersignes m’étaient donnés à voir. Car quoi d’autre pouvait être cette effrayante apparition sinon des présages de mort pour quelque chrétien ? Et maintenant, quand je me remémorais bien cet évènement effroyable, il m’était évident qu’il n’y avait que moi-même et Pêr Rannou, mon beau-frère, que je n’avais pas reconnu parmi ces ombres qui suivaient le simulacre d’enterrement. Pour qui donc étaient ces intersignes, pour moi, ou pour Pêr Rannou ?

     

    Diouz ar mitin, an deiz-se c’hoaz, me-oa bet savar ouz Per a gavis o tistroi euz ar park gand eur harrad melchan. Ken yah e oam moarvad, en eil hag egile, pa gane ma breur-kaer evel eun eostig ha pa zistagen farséréz ma-unan en eur vond da frikota. Ya ! Med buan e c’hoarvez an droug a-wechou ha dond a ra ive ar hleñved pa vezer an nebeuta war-hed anezañ. Ha seul-vui e prederien, seul-vui e oan touellet gand ar zoñj e oa zinadou-ze din pe sa Ber hag e yaje dizale hini pe ahanom d’ar vered, daouat deom da veza neuze yah-pesk on daou.

    Le matin même de cette journée, j’avais conversé avec Pèr alors qu’il revenait du champ avec une charretée de trèfle. Nous étions sans doute en aussi bonne santé l’un que l’autre puisque mon beau-frère chantait comme un rossignol et que le lançais moi-même des blagues en me rendant à la noce. Oui ! Mais le malheur survient vite parfois, et la maladie arrive quand on l’attend le moins. Et plus je réfléchissais, plus j’étais obnubilé par l’idée que ces intersignes étaient pour moi ou pour Pêr, et que l’un ou l’autre d’entre nous irait bientôt au cimetière, même si nous étions tous les deux en parfaite santé.


        Met piou e tuje an Ankou da zamma gantan ? Aze emede an dalh a ree d’am halon mond bihan. Ker prim hag eun tenn e skaris d’ar gêr, stravaget muioh-mui gand ma horvad spont hag enkrez ...

    Qui donc l’Ankou viendrait-il emporter ? Voilà la question qui m’étreignait le cœur. Aussi rapide que l’éclair, je me précipitai vers la maison, de plus en plus bouleversé par mon accès d’épouvante et d’angoisse ...

     

    Antronoz hag deveziou-all war-lerh, gand aon da lakaad diêz he spered ne dintis grig d’am gwreg euz ar weledigez estlammuz. Alavaonet ha teñval ma zal, e chomen da zebri soñjou hag eet e oan digalon da labourad, me ken troet-all da boania kent. Nehet he spered ouz ma gweled kavourzet ha dizavar, e klaske ma ‘fried gouzoud petra a oa c’hoarvezet gagnin. Hogen bewech e responten dezi na oa netra a-dreuz hag e oan yah a gorv.

    Le lendemain et les jours suivants, par crainte de la troubler, je ne soufflai mot à ma femme de l’étrange apparition. Hébété et le visage défait, je restais à ressasser mes pensées et je n’avais plus le cœur à l’ouvrage, moi d’habitude si prompt à la tâche. Inquiète de me voir préoccupé et silencieux, mon épouse essayait de savoir ce qui m’était arrivé. Mais chaque fois je lui répondais que tout allait bien et que j’étais en bonne santé physique.


        Eur wechad, a-greiz m’emeden ouz taol o tebri merenn vihan e kouezas ma fri tri beradig gwad war gil ma dorn kleiz. Kerkent is gwall-livet hag e kreskas ma ne hamant, rag kement-se, hervez kredenn an oll ivee sinadou. O zeha a ris prim heb gouzoud da zen ha, doanet gwasoh-waz, e savis da vond er-mêz evid mired da ziskouez ma strafuil da re an ti.

    Un jour que j’étais à table pour goûter, trois petites gouttes de sang tombèrent de mon nez sur le revers de ma main gauche. Aussitôt je devins pâle et ma frayeur s’accrut, car, selon la croyance de tous, ce fait était aussi un intersigne. Je les essuyai prestement sans que personne ne s’en aperçut et, de plus en plus alarmé, je me levai pour sortir afin d’éviter de laisser paraître mon affolement aux gens de la maison.


        An noz-se ivez, e-kreiz eur kousk pounner ha dibarfet, leun a hulinou hag a huñvreou spontuz, e oeen dihunet gand eur gloud pe eur gaouenn o skrijal wae lein ar zininal. « Lapous an Ankou ! » emezon, mantret muioh evid biskoaz. Ha ken tregaset e oen gand ar zoñj euz ar maro, ma krogas anderzienn foll ha ma teuis s’alteri. A-vouez uhel e savarenn ha ma homzou, dientent d’am gwreg ha da dud all an ti, n’o-devoa na penn na lost, rag ne oa ken ano enno nemed euz an interamant am-oa gwelet er Garront Zuig.

    Cette même nuit, au milieu d’un sommeil lourd et agité, plein de cauchemars et de rêves épouvantables, je fus réveillé par un hibou ou une chouette qui hululait sur le sommet de la cheminée. « L’oiseau de l’Ankou » me dis-je, plus accablé que jamais. J’étais tellement obnubilé par l’idée de la mort qu’une très forte fièvre me saisir et que j’en vins à délirer. Je parlais tout fort et mes propos incompréhensibles à mon épouse et aux autres personnes de la maison n’avaient ni queue ni tête pour eux, car il n’y était que question de l’enterrement de Karront Zuic.

     

    Antonoz e waseas dib c’hoaz ha ma gwreg, ouz ma gweled en eun doare ken reuzeudig, a glaskas ar beleg hag ar medesin war ma zro. Hag an deiz-se ive, pa z’eo gwor, evel ma levere, ne noarvez morse eur gwalleur e-unan, e teuas ma hoar-gaer Anna da gemmen d’am fried e oa en em gavet droug gand he gwaz. Per Rannou, pignet ouz tal ar bern da benna eur vraid foenn, a oa bet torret e har o koueza diwar unan euz pazinier ar skeul brevet dindan e dreid. Evel-just, ne oe ket komzet din euz ar gwall-zarvoud-se, rag ouspenn ma n’emede ket ma oll anaoudègèz ganin, n’eo ket eur seurt keiou e-nije greet gwellaad ha pa vije bet ganin ma skiant-vad.

    Le lendemain, mon état empira encore, et ma femme me voyant dans une situation aussi pitoyable, fit appeler le prêtre et le médecin à mon chevet. Ce jour-là également puisqu’il est vrai, comme l’on dit qu’un malheur n’arrive jamais seul, ma belle-sœur Anna arriva pour annoncer à mon épouse qu’il était arrivé malheur à son mari. Per Rannou avait grimpé sur le tas de foin pour en retirer une brassée et s’était cassé la jambe en tombant d’une marche de l’échelle qui avait cédé sous son poids. Évidemment, on ne dit mot de cet accident car, outre le fait que je n’avais pas toute ma connaissance, ce n’est certes pas une nouvelle qui aurait amélioré mon état, quand bien même j’aurais été pleinement conscient.


       Abenn nebeud goude, e teuas,
    Frañseza Stervinou, ma moereb koz, d’ober eur gwell din. Eel e oa ar vrud enni e oan klañv-fall ha c’hoant he-devoa da gaouad kelou ahanon ha da houzoud penôz e kerze ar bed gand Per Rannou, gwallhloazet ive war he-devoa klevet.

    Peu-après, Frañseza Stervinou, ma vieille tante, vint me faire une visite. Elle avait appris que j’étais malade et désirait avoir des nouvelles et aussi savoir comment se comportait Per Rannou, gravement blessé d’après ce qu’elle avait entendu.


        Eur vaouez lard-toaz ha koz-douar e o
    Frañseza, landramuz ha diêz-braz dezi bale. Berr-anal ha tiñvet e oa ouspenn ha sempl-tre halon.

    Frañseza était une femme de forte corpulence, très âgée, lente à se déplacer, et à qui la marche était pénible. De plus elle avait de l’asthme, le souffle court et le cœur bien fatigué.


        Daoust da ze e oa deuet war he zroad euz ar Voulhenn, e-leh m’emedeo chom, rag madelezuz e oa ha ma hared a ree kalz, pa ‘z eo gwir e oan, war he meno, ar gwella deuet dezi euz he zud.

    Malgré cela, elle était venue à pied de Boulc’henn où elle habitait, car elle était pleine de bonté et m’aimait beaucoup puisque j’étais selon ses dires, le préféré de sa parenté.


         Hogen kemet a veh he-devoh grêt o tond gand an hent ha ken fromet ha glaharet e oe gand ar stad truezuz m’emeden enni, ma-semplas dirag ma gwele ha ma kouezas e-stok he horv war al leur-zi. Da genta e kredass d’arn gwreg na oa nemed eur ‘fallaen, Siwaz ! Diskaret e oa bet Frañseza vraz enni, moarvad, ha torret neudennou he halon, ha e zaleas ket da vervel.

    Mais elle avait fait tant d’efforts pour venir à pied me voir, et elle fut si émue et chagrinée par  mon état pitoyable, qu’elle perdit connaissance près de mon lit et tomba de tout son long sur le plancher. Il sembla tout d’abord à ma femme qu’il s’agissait d’un évanouissement provoqué sans doute par la rupture d’une artère et des vaisseaux du cœur, et elle ne tarda pas à mourir.

       

    Daoust d’ar reuz oa oa dija en ti, e rankas Katell ma ‘fried, gand skoazell eun nebeud merhed all euz an anaoudégéz, entent ouz an hini varo, reñka eur chapel wenn en ti ha porvezi kement tra evid noz-veill. Ne oe ket beta no zoken da gas ar horv d’ar Voulhenn, da biou ken e oa da reuzi nemed din pe d’am zud, pa oa bet lakeet din he zammig peadra gand ar voereb koz !

    En dépit de tous les tracas qu’il y avait déjà chez nous, Katell, mon épouse, dut, avec l’aide de quelques autre femmes de notre entourage, s’occuper de la défunte, prépare une chambre mortuaire dans la maison et tout prévoir pour la veillée de prières. Il ne fut même pas question de ramener le corps à Boulc’henn, car il n’y aurait eu là-bas personne pour s’en occuper... De plus, à qui d’autre incombait cette obligation, sinon à moi-même ou aux miens, puisque c’est à moi que ma vieille tante avait légué ses biens.

     

    Pa eo douget ar horv d’an iliz, n’emedem ket, na Per Rannou na me, daoust ma oa gwelleet din a-benn neuze, e-tall da vond d’an interamant. Ha setu penôz, e teuas da wir ar zinadou am-oa gwelet er Garront Zuig, rag dre eno ha n’eo ket dre eun hent all, evel ma vije bet c’hoarvezet m’he-dije kavet Frañseza Stervinou he maro er gêr, e oa kaset he horv d’an douar benniguet.

    Quand on porta le corps à l’église, Per Rannou et moi-même n’étions pas capables de nous rendre aux obsèques, bien que, pour alors mon état se fût bien amélioré. Et c’est ainsi que se réalisèrent les intersignes que j’avais vus dans le Karront Zuic, car c’est bien par ce chemin-là que le corps de Frañseza Stervinou fut porté en terre bénite, et non par un autre comme c’eût été le cas si elle avait trouvé la mort chez elle.

     

    Pa oe douget ar horv d’an iliz, n’emedem ket, na Per Rannou na me, daoust ma oa gwelleett din a-benn neuze, e-taill da vond d’an interamant. Ha setu penôz e teuas da wir ar zinadou am-oa gwelet er garront Zuig, rag dre eno ha n’eao ket dre eun hent all, evel ma vije bet c’hoarvezet m’he-dije kavet Frañseza Stervinou he maro er  gêr, e oa kaset he norv d’an douar beniguet.

    Quand on porta le corps à l’église. Pèr Rannou et moi-même n’étions pas capables de nous rendre aux obsèques, bien que,  pour alors mon état se fût bien amélioré. Et c’est ainsi que j’avais vu dans le Karront Zuic, car c’est bien par ce chemin-là que le corps de Frañseza Stervinou fut porté en terre bénite, et non par un autre comme c’eût été le cas si elle avait trouvé la mort chez elle.

    © Le Vaillant Martial



    [1] Karront - :Ar garront = voix charretière

     


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  • Aet ‘oa ‘maez ar c’hiz
    Hadañ parkeier ed-du
    Sevel aout brizh-du
    Aet ‘oa ‘maez ar-c’hiz
    Mont dre ar ribinoù
    Riboul-diriboul da c’halwachañ-bro
    ‘Hed miliadoù ha miliadoù a henchoù,
    Aet ‘oa ‘maez ar c’hiz
    E-giz kement ha kement a draoù all !

     

    Jetée aux orties la vieille coutume
    De semer du blé noir à plein champ,
    Jetée aux orties la vieille coutume
    Des troupeaux de Bretonnes pie noir,
    Jetée aux orties la vieille coutume
    D’aller par les sentiers cachés
    Monter et grimper, pérégriner, itinérant
    Le long des milliers et milliers de chemins
    Jetée aux orties la vieille coutume
    Comme tant et tant de choses !

     

    Aet ‘oa ‘maez ar-c’hiz
    Labourat al liorzh
    Patatez ‘leizh an douar
    Leun an daouarn,
    Melen, e-giz un torrad vioù !
    Aet ‘oa ‘maez ar c’hiz
    Et siminal, pegañ
    Un dantad-tan da dommañ
    Aet ‘oa ‘maez ar c’hiz
    Koñchennoù ar re gozh !

     

    Jetée aux orties la vieille coutume
    De travailler le potager
    Des patates à pleine terre,
    À pleine mains,
    Blonde comme une couvée d’œufs
    Jetée aux orties la vieille coutume
    De la flambée dans la cheminée
    Pour se réchauffer
    Jetée aux orties la vieille coutume
    Comme ragots de vieilles gens

     

    Aet ‘oa ‘maez ar c’hiz
    Troadikellat war varc’h-houarn
    War-raok ! rod-stur dichal
    Ar c’harr-dre-dan saotrus
    Aet-oa ‘maez ar c’hiz
    Diwall glanded an dour sklaer
    Deus un eil puñs d’egile has-e-hed ar stêr
    Deus un eil lenn d’eebn, betek ar mor
    ‘Maez ar c’hiz
    Koñchennoù ar re gozh !

     

    Jetée aux orties la vieille coutume
    De pédaler à bicyclette
    En avant ! Volant indifférent
    La voiture qui souille
    Jetée aux orties la vieille coutume
    De préserver la pureté de l’eau claire
    D’un puits à l’autre et tout au long de la rivière
    D’un étang, le suivant, et jusqu’à la mer
    Dehors les vieilles coutumes
    Comme ragots de vielles gens !
    Jetée aux orties la vieille coutume

     

     Aet ‘oa ‘maez ar c’hiz
    Chom er Vro da dreiñ boem
    Skuizh o selaou promenaoù aner
    O kontañ ar vioù ‘barzh revr ar yer !
    Setu, aet, int dre ar bed a-bezh
    Digalonekaet, diheñcher, divroet,
    Dreist Meurvor, dreist harz ha dreist ler,
    « Bara ha gwin » da c’hounounit
    Diviaz, diholen an amann,
    Krampouezhenn ebet, re bell ar pilligoù
    Gwastell ha kouignoù :
    ‘Maez ar gizioù pemdezick
    ‘Maez ar c’hiz
    Koñchennoù ar re gozh !

     

    De rester au Pays y retourner son sillon
    Fatigues d’écouter les promesses vaines
    Qui comptent les œufs dans le cul de la poule !
    Et ils s’en sont allés de par le vaste monde
    Découragés, désorientés, émigrés,
    Par-delà l’océan, au-delà des frontières, des lisières
    Pour gagner « pain et vin »
    Sans saveur, sans sel et le beurre,
    Plus de crêpes, trop loin les galettières
    Les grands gâteaux et les « Kouignoù » :
    Hors des coutumes quotidiennes
    Aux orties les vieilles coutumes
    Comme ragots de vielles gens !

     

    Aet ‘oa ‘maez ar c’hiz ...
    Maleürus ! War an dachenn, etre Breizhiz
    ‘Dreuz hag a-hed, chokat kaoz ar Vro
    Divezh a-grenn, leun a frankiz
    War un ton bras, mar plij,Allas, allas !
    Sklapet ‘voe pell, lorc’h ar sevenadur
    Momeder an amzer a-blom
    E-kreiz en dachenn ront ...
    ‘Maet ar c’hiz
    Koñchennou ar re gozh ?

     

    Jetée aux orties la vieille coutume
    Malheur en ce terroir, entre Bretons
    Mâcher et déclamer le parler du pays
    Sans vile honte aucune, largement libres
    Avec un bel accent, s’il vous plaît,
    Hélas, hélas !
    Il fut jeté bien loin l’orgueil de la culture
    Ce balancier du temps équilibré
    Au cœur de la place ronde
    Aux orties les vieilles coutumes
    Comme ragots de vielles gens ?

     

    Padal ... deut in en-dro war-wel
    Gwrizioù an dud mezhus
    Deut int en-dro, gizioù ar Vro frouezhus !
    War un ton kreñv da zañsal :
    Digor nraz d’ar festoù-noz
    Penn-da-benn d’ar bloaz,
    Digor-bras divskouarn ar vugale,
    Yac’h kreñv ar yezh dreist ar menez
    Youl vat gant an holl o valer
    War c’hlazenn ar c’hlann, war c’hlaz ar ridbl-dour,
    Un takad-bro da bep hini
    Dindan an heol, ar c’hresk sperius
    Dindan an loar, en he c’hann lintrus
    Ar preñv-gouloù a zigor-lagad
    Hag al lutun-noz da durlutat
    Peget int eo en-dro, ar gizioù kozh-Noe
    Lask flamm a vuhez
    Er c’hanved nevez !

     

    Pourtant ... elles sont revenues au jour
    Les racines de ces gens valeureux,
    Sur un rythme vigoureux, place à la danse :
    Portes ouvertes sur les festoù-noz
    Tout au long de l’année
    Écoutilles épanouies, les oreilles des enfants
    Robustesse de la langue par-delà les monts
    Belle ardeur des marcheurs
    Dans le vert des prairies, dans le bleu du bord de l’eau,
    Un coin de terre pour chacun
    Sous le soleil, la pousse féconde,
    Sous la pleine lune radieuse
    Le ver luisant ouvre son œil
    Et le lutin de s’agiter
    Ressurgissant les vieilles coutumes, vieilles comme Noé
    Élan flambant de vie
    En ce siècle tout neuf !

    © Le Vaillant Martial


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  • Digor da beilhadenn !
    Que s’ouvre la veillée !

     

    Skeiñ a ra Gwalarn war an nor a-gaouadoù kreñv,
    Ha war ar prenesti
    foet’ ar glav « pilañ-polos »
    Dañsal, kanañ ha pilpasañ a raent war an doenn
    Ar barradoù foll o kouezhañ eus skluzioù an neñv ledan digoret ...
    Setu degouezhet, amzer laz-seniñ ar goañv en e brasañ meurded war bed ar boudigoù gwenn
    ...

    Frappe Gwalarn sur la porte en rustres rafales
    Et sur les fenêtres de la maison
    Fouette la pluie à faire tomber les prunelles sauvages ...
    Elles dansent, chantent, piétinent le toit, les averses
    Et tombent depuis les écluses des cieux largement ouvertes ...
    Majesté sur le monde des blanches fées ...

     

    Mer draskañ a ra tan ‘barzh ar siminal ...
    Lipañ a ra an huzil teod prin ha hir ar flamm ...
    Sevel a ra skañv, griz chal ha dichal
    Ar moged, war duder ar voger waenn ...
    Ha dreist holl, c’hwezh var an avaloù o paozhanñ
    Skoachet ‘barzh al ludu tomm
    Hag ar c’hestenn o c’hrilhañ e-kichen ar glaou-ruz ...

    Mais craque le feu dans la cheminée
    Elles lèchent la suie, vives et longues les langues de la flamme ...
    Flux et reflux gris de de la fumée légère et détenue
    Sur la noirceur du mur de pierre ...
    Et par-dessus tout ça, la nonne odeur des pommes
    Cuisant dans la cendre chaude
    Et des châtaignes en grillade près de la braise ...

     

    ... Hag tro war-dro, azezet,
    Kein troet d’an daol met daouarn astennet tram’ gwrez an oaled,
    Tud ha tudigoùn ‘chaokañ kaoz,
    O c’hortoz pennadig ar burzhudoù
    Ur mare dreist an holl pennadigoù

             Dre veruz ar graoñenn !


    ... tout autour, assis
    Dos tourné à la table, mais mains ouvertes à la chaleur du foyer
    Gens et petites gens bavardent à tout-va
    Attendant l’instant des merveilles au-dessus de tout autre,
    La splendeur du temps des légendes ....

              Par la vertu de la noisette !

     © Le Vaillant Martial

     


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  • JÉSUS-CHRIST EN BASSE-BRETAGNE.
    CONTE LÉGENDAIRE CHRÉTIEN.

    DIALECTE DE TRÉGUIER. 

     

     Notre Sauveur Jésus-Christ était venu faire un tour en Basse-Bretagne, accompagné de saint Pierre et de saint Jean. Ils allaient partout, chez le pauvre comme chez le riche, et ils prêchaient dans les églises, dans les chapelles, et souvent sur les places, devant le peuple assemblé.

    Un jour, au milieu de l’été, ils montaient une côte longue et roide. Le soleil était chaud, et ils avaient soif, et ils ne trouvaient pas d’eau. Arrivés au haut de la côte, ils virent, sur le bord de la route, une petite maison couverte de chaume.

    - Entrons ici, pour demander de l’eau, dit saint Pierre.

    Quand ils furent dans la maison, ils virent une petite vieille femme assise sur la pierre du foyer ; et sur le banc, près du lit, un petit enfant tétait une chèvre.

    - Un peu d’eau, s’il vous plaît, grand-mère, dit saint Pierre.
    - Oui, sûrement, j’ai de l’eau, de bonne eau ; mais je n’ai guère autre chose aussi. Elle versa une écuellée d’eau de son pichet, et ils en burent tous les trois. Puis ils s’approchèrent pour regarder l’enfant qui tétait la chèvre.
    - Cet enfant n’est pas à vous, grand-mère ? dit notre Sauveur.
    - Non, sûrement ; et pourtant c’est tout comme s’il était à moi. Le cher petit est à ma fille ; mais sa mère est morte en le mettant au monde, et il m’est resté sur les bras.
    - Et son père ?
    - Son père vit, et il va tous les jours, de bon matin, travailler à la journée à une maison riche qui est dans le voisinage. Il gagne huit sous par jour, et nourri, et c’est tout ce que nous avons pour vivre tous les trois.
    - Et si vous aviez une vache ? dit notre Sauveur.
    - Oh ! Si nous avions une vache, alors nous serions heureux. J’irais la faire paître par les chemins, et nous aurions du lait et du beurre pour vendre au marché. Mais je n’aurai jamais une vache.
    - C’est bien. Donnez-moi un peu votre bâton, grand-mère.

     Notre Sauveur prit le bâton de la vieille femme, et en frappa un coup sur la pierre du foyer ; et aussitôt il en sortit une vache mouchetée, fort belle et dont les mamelles étaient gonflées de lait.

    - Jésus-Maria ! dit la vieille, comment cette vache est-elle venue ici ?
    - Par la grâce de Dieu, grand-mère.
    - Que la bénédiction de Dieu soit sur vous, mes bons seigneurs ! Je prierai pour vous, matin et soir.


    Puis ils se remirent tous les trois en route.

    La vieille, restée seule, ne se lassait pas de contempler sa vache ; - La belle vache ! disait-elle, et comme elle a du lait ! Mais comment est-elle venue aussi ? Eu frappant un coup avec mon bâton sur la pierre du foyer ! Le bâton m’est resté ; la pierre du foyer est toujours là. Si j’avais une autre vache comme celle-ci ! Peut-être, pour cela, me suffira-t-il de frapper, avec mon bâton, sur la pierre du foyer ?

    Et elle frappa avec son bâton sur la pierre du foyer ; et aussitôt il s’en élança un loup énorme qui étrangla la vache sur la place !

    Et la vieille dehors, et de courir après les trois voyageurs, en criant :

    - Seigneurs ! Seigneurs !  Comme ils n’étaient pas encore loin, ils l’entendirent et s’arrêtèrent pour l’attendre.
    - Qu’est-il donc arrivé, grand-mère ? lui dit notre Sauveur.
    - Hélas ! À peine étiez-vous sortis, qu’un loup est arrivé dans la maison, qui a étranglé ma vache mouchetée !
    - C’est que vous l’avez appelé vous-même, grand-mère. Retournez à la maison, et vous retrouverez votre vache en vie et bien portante. Mais soyez plus sage à l’avenir et n’essayez pas de faire ce que Dieu seul peut faire.


        Elle s’en retourna à la maison, et retrouva sa vache mouchetée en vie et bien portante ; et alors elle reconnut que c’était le Seigneur Dieu qui avait été dans sa maison.

    - Un autre jour, ils voyageaient encore tous les trois ensemble. Il était environ deux heures de l’après-midi, et, comme ils n’avaient rien mangé depuis le matin, ils avaient faim. Comme ils passaient devant une maison, sur le bord de la route, ils virent, près de la porte, une servante qui préparait de la pâte pour faire des crêpes.
    - Entrons dans cette maison, et nous aurons des crêpes, dit saint Pierre.

    Ils entrent dans la maison.

    - Bonjour à vous tous dans cette maison, bonnes gens.
    - Et à vous pareillement, seigneurs.
    - Nous sommes trois voyageurs qui sommes depuis longtemps en route, et nous sommes fatigués, et nous avons faim ; pourrions-nous avoir quelque petite chose à manger, en payant ?
    - Oui sûrement, dit la maîtresse ; la servante est à préparer la pâte, et tout à l’heure il y aura des crêpes.
    - Si c’est la volonté de Dieu, serait bon à dire, je pense, dit notre Sauveur.
    - Oh ! répliqua alors la servante, la pâte est faite, et il y aura bien certainement des crêpes !
    - C’est bien, dit notre Sauveur.

     Et ils s’assirent pour attendre. La servante posa alors deux trépieds sur le foyer et fit du feu dessous. Puis elle prit le baquet où était la pâte à crêpes, pour l’approcher du foyer. Mais voilà que le baquet se défonce et tout le contenu se répand par terre ! Et la servante de s’exclamer ! Et la maîtresse de gronder !

    - Maintenant, seigneurs, dit-elle, vous pouvez aller ailleurs chercher des crêpes, car pour ici il n’y aura pas de crêpes aujourd’hui !
    - Si ! Si ! Grâce à Dieu, dit notre Sauveur. Et du bout de son bâton il toucha le baquet, qui s’en était allé en éclats ; et aussitôt le

    voilà entier de nouveau, avec la pâte dedans, au grand étonnement de tous ceux qui étaient là ! Et on fit des crêpes, et ils en mangèrent, puis se remirent en route. Mais, avant de partir, notre Sauveur dit à la servante :

    - Et rappelez-vous, ma fille, qu’il est toujours bon de dire :

    - Si c’est la volonté de Dieu !

     

    Conté par Marguerite Philippe, de la commune de Pluzunet, au mois de juin 1869.
    © Le Vaillant Martial


     

    JEZUZ-KRIST EN BREIZ-IZEL.

    IEZ TREGER.

     Hon Zalwer Jezuz-Krist a oa deut da ober un dro en Breiz-Izel, gant sant Pezr ha sant Iann. Mont a rent dre-holl, da di ar paour evel da di ar pinvik, hag a prezegent en ilizo, er chapello, hag alies en dachenno, dirag ar bopl dastummet.

    Un dez, en kreiz ann hanv, a oant o pignad ur c’hreac’h hir ha zonn. Tomm a oa ann heaul, ha zec’het ho defoa, ha na gavent ket a dour. Digwêt war-leinn ar c’hreac’h, a weljont un ti bihan zoul war vord ann hent.

    - Eomp aman da c’houlenn dour, a laras sant Pezr.

       Pa oent êt en ti, a weljont ur vroac’hig   [i]koz azeet war men ann oaled, ha war ar bank-dosal, ekichenn ar gwele, ur c’havr o rei da dena da ur bugel bihan.

    - Ur bannac’h dour, mar plij, mamm-goz, a laras sant Pezr.
    - Ia sur, dour am euz, dour mad ; met n’am euz ket kalz ouspen iwe.

     Diskenn a rez ur skudellad dour euz ar picher, hag ac’h evjont ho zri. Neuze a tostajont da welet ar bugel o tena ar c’havr.

    - N’eo ket d’ac’h ar bugel-man, mamm-goz ? a laras hon Zalwer.
    - Nann sur ; ha koulzgoude ec’h eo ’vel pa vije d'in. D’amm merc’h eo ar bugelig ; met marwet eo he vamm o c’henel anehan, hag ac’h eo chommet war ma diouvrec’h.
    - Hag he dad  ?
    - He dad a zo beo, hag ec’h ha bemde, kerkent hag ann de, da deweziata da un ti pinvik a zo en-kichenn ; hag a c’hone eiz gwennek bemde hag he voued ; ha setu holl ar pez hon euz ewit bewa hon zri.
    - Ha mar ho pefe ur vuc’h ? a laras hon Zalwer.
    - Oh ! mar hon befe ur vuc’h, neuze a vefemp evuruz ; me ac’h afe da vesaa anehi war ant hentjo, hag hon befe leaz hag amann da gass d’ar marc’had ; met n’am bo bikenn ur vuc’h.
    - Ma ! roet d’in ho paz un tammig, mamm-goz.

     Hon Zalwer a gommerras baz ar vroac’h-koz, hag a skoas gant-hi un tol war ven ann oaled ; ha kerkent a savas ac’hane ur vuc’h-vriz ar c’haera, ha leaz gant-hi a-leiz he zez !

    - Jezuz-Maria ! a laras ann hini goz, penoz eo digwet ar vuc’h-se aman ?
    - Dre c’hraz Doue, mamm-goz.
    - Bennoz Doue war-n-oc’h, aotrone geiz ! me a bedo ewit-oc’h bep-beure ha bep-noz.

     Hag ec’h ejont ho zri en hent.

    Ann hini goz, chommet ic’h-unan, na skuize ket sellet euz he buc’h :

    - Kaera da vuc’h ! ha vel ma zo leaz gant-hi ! met penoz eo digwêt aman iwe ? O skei un tol gant ma baz war ann oaled ! Ar vaz a zo chommet ganen, ar men oaled a zo bepred iwe. Mar am befe ur vuc’h-all evel homan a-vad ! Marteze n’am euz netra da ober ewit-se nemet skei gant ma baz war ann oaled ?

    Hag a skoas un tol gant he baz war ar men-oaled ;

    - ha kerkent a tilampas ac’hane ur pikol Bleiz pehini a dagas ar vuc’h-vriz war al lec’h !

    Hag ann hini-goz e mez he zi, ha da redek warlerc’h ann tri dremeniad, ha da grial :

    - Aotronez ! Aotronez !
    - Evel na oant ket êt pell c’hoaz, hi c’hlewjont hag a c’hortozjont anehi.
    - Petra a zo c’hoarveet, mammig-koz ? a laras hon Zalwer.
    - Allas ! ur Bleiz braz a zo digwêt bars ma zi, kerkent ha ma ’z oc’h bet êt-kuit, hag hen euz taget ma buc’h-vriz !
    - Ia pa oc’h euz galwet anehan, mamm-goz. Distroït d’ar gèr, hag a kavfet c’hoaz ho puc’h, beo ha iac’h. Met beet furoc’h en amzer da dont, ha na c’hoantaet ken ober ar pez na c’hall nemet Doue he-unan.

    Hag a tistroas d’ar gèr, hag a kavas he buc’h beo ha iac’h, hag a anaveas neuze penos a oa ann aotro Doue a oa bet en he zi.

    Ur wez-all a oant are en hent ho zri. Digwêt a oa wardro diou eur goude kreizdez, hag ével n’ho defoa debret tamm a-bed aboe ar beure, ho defoa naoun. Pa oant o tremen a-biou un ti war vord ann hent, a weljont en toul ann or ur vates o verrad toaz ewit ober krampoez.

    - Eomp en ti-man, a laras Sant Pezr, hag hon bo krampoez.

    Mont a reont ho zri bars ann ti.

    - Demad d’ac’h holl bars ann ti-man, tudo geiz.
    - Ha d’ac’h iwe, aotrone.
    - Ni a zo tri zremeniad, pell a zo en hent, hag a zo skuïz, hag hon euz naoun ; kavoud a raemp un draig bennag da debri, ewit arc’hant ?
    - Ia sur, a laras ar vestres ; eman ar vates o verrad ann toaz, ha bremaïg a vo krampoez.
    - Mar be bolante Doue, a gredan, a ve mad da laret, eme hon Zalwer.
    - Oh ! a laras neuze ar vates, gret eo ana toaz, ha krampoez a vo sur !
    - Ma ! eme hon Zalwer.
    - Hag ec’h azejont da c’hortoz. Ar vates a lakaas neuze daou drebez war ann oaled, hag a rez tan indan-he. Goude a kommerras ar varac’h a oa ann toaz en-hi, wit hi zostaad d’ann oaled. Met setu ma tifonz ar varac’h ; ha skuillet war ann douar holl ar pez a oa en-hi ! hag ar vates da estlammi ; hag ar vestres da grozal !
    - Breman, Aotronez, emehi, ec’h hallet mont da glask krampoez el lec’h-all, rag ewit aman na vo ket a grampoez fete !
    - Eo ! eo ! gant graz Doue, a laras hon Zalwer.

    -  Ha gant penn he vaz a stokas ar varac’h a oa êt a bezio, ha setu-hi da dont kerkent en he fez hag ann toaz en-hi.- Ha souezet braz tud ann ti !
     - Hag a oe gret krampoez, hag a tebrjont, hag ec’h ejont goude en hent are. Met a-rok mont-kuit, hon Zalwer a laras d’ar vates :

    - Ha dalc’hit sonj-mad, ma flac’h, ez eo mad laret bepred : Mar be bolante Doue

    Kontet gant Marc’harit Fulup, a baroz Plunet. Miz ewenn 1869.© Le Vaillant Martial

     

     



    [i] Tous les diminutifs bretons en ig ayant leur pluriel en igou, je pense qu'il convient d'écrire le singulier en ig, par un g et non par un k comme on le fait généralement, et comme je l’ai fait moi-même dans mes précédents écrits bretons. 

    Les paysans bretons ont sans cesse cette phrase à la bouche, quand ils expriment un désir ou un espoir. 

     


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