• Le Veneur de Fontainebleau

    Le Veneur de Fontainebleau 

    e soir-là, la chaleur de la fin de l’été avait pris des airs de canicule. Malgré une pluie absente depuis quelques semaines, la forêt ne semblait pas avoir souffert du manque d’eau.

    Les larges colonnes de hêtres montaient vers le ciel pour bâtir une voûte de leurs feuillages, fermant l’accès à la lumière, mais protégeant les sous-bois des rayons brûlants du soleil. Sous leurs ramures épaisses, une température agréable régnait en cette sylve tranquille. C’est pourquoi Joséphine s’y était rendue ce jour, cherchant un peu de fraîcheur  au cœur de cette étouffante chaleur d’été. Elle aimait ce bois. Elle avait posé son chevalet et ses pinceaux entre la Solitude et le Cul du Chaudron à quelques pas des Gorges d’Apremont.

     Dans cette partie recouverte de grands hêtres, rares étaient les plantes qui pouvaient rivaliser avec l’épais tapis de feuilles recouvrant le sol. Seul quelques houx, quelques ronces se permettaient l’outrecuidance de percer ce sol inféodé aux hêtres majestueux... Le paysage d’ici se différenciait d’autres parties de la forêt. C’était sans doute là,  la plus grande richesse de Fontainebleau[1] : sa diversité. Pour qui la traversait de part en part, l’étonnement ne cessait devant cette succession de tableaux. Tantôt, il posait le pied sur une mousse épaisse, passant à travers une forêt obscure, intrigante, tantôt il débouchait dans des oasis lumineuses, lorsque l’un de ces grands arbres s’effondrait. Cette chute laissait à nouveau s’exprimer des pionniers tels que les bouleaux, les noisetiers auxquels se mêlaient des blanches épines, des merisiers ou prunelles. Tous ces buissons offraient au printemps une explosion exquise  de fleurs blanche, conférant à ces îlots paradisiaques, ces jardins dans la forêt, un air des plus féeriques.

     

    Une autre fois encore le promeneur traversait des roches fantastiques aux formes irrégulières et stupéfiantes, qui laissaient libre cours aux imaginations les plus folles, laissant vagabonder les esprits des aventuriers vers des explications fantasmagoriques où chacun devinait ce qu’il désirait : des animaux d’Afrique, des trolls nordiques ou de monstrueuses créatures issues des profondeurs de la terre. D’autres enfin, longeaient une mer de poussière, paysage presque désertique, avant de replonger vers un enfer vert touffu, fulmination de matières vivantes et captivantes. Ainsi se promener à travers Fontainebleau réservait toujours de jolies surprises à qui se laissait porter par la rêverie, trouvant ici un terreau propice.

     

     

    Assise sur un tronc renversé, la jeune fille dessinait dans les pages d’un petit cahier à la couverture rouge. Ses cheveux pendaient et dissimulait son visage. D’un geste de la main gauche, elle rabattit sa chevelure d’or, laissant paraître ses traits. Deux pommettes saillantes marquaient ce doux visage dans lequel étaient incrustés les joyaux de son regard : deux améthystes d’un mauve étrange. Elle portait une robe bleue aux motifs floraux. L’habit était léger, flottant, accentuant encore son allure irréelle. Qui l’aurait croisée ici l’aurait certainement comparée à une princesse de ces contes de fées. Il n’aurait été nullement étonné de voir apparaître derrière elle un château de cristal ou un cheval ailé l’emportant dans les airs. Il est vrai que le tableau ne manquait pas de charme, mais Joséphine n’était pas une fée. Elle était étudiante aux Beaux-Arts et passait ce week-end à Barbizon, chez sa tante, afin de travailler la thématique de la forêt.

     

    Depuis ce matin, elle avait ainsi croqué un vieux hêtre, tracé des pages de broussailles, gommé et regommé un geai dont elle n’était pas parvenue à saisir les nuances tandis qu’un écureuil s’étalait sur deux pages dans de délicieuses mimiques qui rendait l’être aussi comique que chérissable.

    Joséphine adorait résider chez sa tante. Barbizon est village bordant la forêt de Fontainebleau autour duquel les vapeurs du passé reflètent encore la richesse des artistes qui y ont séjourné autrefois. Se retrouver ici à dessiner et peindre était pour elle une façon de les honorer. Certes les styles de ce milieu du XIXe siècle annonçant l’impressionnisme se démarquaient de beaucoup du trait plus nerveux, plus fantastique de la jeune créatrice. Mais c’était à la même source que tous, hier et aujourd’hui, avaient puisés leur inspiration, avaient entendu le murmure des Muses. Découvrir sans cesse les lieux de peintures de l’école de Barbizon était l’une deux des raisons qui expliquait la joie ressentie par Joséphine lorsqu’elle retrouvait sa tante le temps d’un week-end. L’autre était liée à sa passion pour les contes et les légendes. Sa tante aimait à raconter les histoires attachées à Fontainebleau. Ces veillées contées faisaient le délice de la jeune demoiselle avide de sensations, de rêveries en lien avec la nature. Ainsi hier soir encore, la jeune fille avait écouté attentivement le récit de la vieille dame.

    C’était une histoire rêvée par un poète et qui avait levé le voile sur l’intimité extraordinaire de deux amants inscrits à jamais dans le patrimoine onirique de Fontainebleau. Un homme, un seigneur, un chevalier s’était entiché d’une belle damoiselle. Toujours il l’aima, la courtisant le temps d’interminables promenades le long des sentiers forestier. L’homme finit par épouser la belle et l’emmena dans son château. Quelques années plus tard, alors que le bonheur et l’amour rythmait leur quotidien, un prince noir se présenta aux limites du domaine seigneurial. Son armée de sbires et de mercenaires eut tôt fait de mener une razzia dans le pays. Le seigneur s’empressa de cacher son épouse dans la forêt, dans une des grottes où, croyait-il, celle-ci serait  en sécurité. Après une sanglante bataille, l’envahisseur repoussé, le noble chevalier revint rechercher sa douce, mais hélas ne trouva plus que son corps endormi pour toujours, une morsure de serpent au cou.

    Rendu fou par le chagrin, il vint et revint chaque jour au pied de la riche et s’enfonça doucement dans une douce folie. Un soir il vit apparaître devant lui une beauté sauvage. Le corps couvert de feuillage.

     

     L’apparition se nommait Nemerosa. C’était une fée, la reine des bois. Les deux êtres s’apprivoisèrent au fil de leurs rencontres et le chagrin s’amoindrit devant le mystère. L’amour revint planter sa graine dans le cœur du chevalier... Un jour, ils disparurent, s’évaporèrent dans l’air  de cette forêt. On dit que certains matins ou certains soirs, on peut encore entendre les chuchotements des deux amants invisibles.

    ...  Un autre être se fait entendre les jours de tempête sans qu’il puisse toujours le voir. La tante de Joséphine connaissait d’ailleurs toutes les histoires qui mettent en scène le Chasseur noir. Ce spectre dont le cor de chasse résonnait en ces bois. S’il demeurait la plupart du temps caché aux yeux des hommes, il s’était déjà montré à quelques reprises, autant aux rois, qu’aux charbonniers qui travaillaient autrefois en ces lieux. On raconte qu’Henri IV frémit aux témoignages qui lui furent rapportés à propos de ces apparitions fantomatiques et que le roi lui-même discerna au cours d’une chasse, le cor du Grand Veneur. Alors qu’il avait envoyé ses gens à la source de ces bruits, ceux-ci revinrent en affirmant avoir vu un chasseur tout de noir vêtu accompagné d’une meute de chiens, semblant tous appartenir à un autre monde. Ils rapportèrent encore que la créature leur lança un « M’entendez-vous ? » dont les mots glacèrent leurs os et les décidèrent à fuir l’apparition pour rejoindre leur roi.

    Cette histoire a bien des variantes et nombreux sont les récits qui parlent de ce chasseur maudit. Joséphine aimait beaucoup les entendre et sa tante ne gâchait pas son plaisir d’y ajouter moult détails lors de ces soirées passées à conter. Peut-être que Joséphine espérait au fond d’elle-même vivre une telle expérience, croiser elle aussi quelque fantôme dans ce lieu enchanteur

     

    Tout occupée à ses pensées, elle ne perçut pas immédiatement le lointain grondement. Le ciel au-dessus de Fontainebleau  était encore d’azur lorsqu’elle vit poindre un horizon de ténèbres. Un amas de nuages noirs menaçait la forêt et prenait la direction du lieu même où se trouvait la jeune peintre.

    Le vent s’était levé. Il faisait balancer les lourdes branches des hêtres, des chênes et leur lente danse était ponctuée de craquements. Si les troncs des arbres semblaient se moquer des gifles du vent, il en était tout autre des buissons et petits arbustes. Le sureau se pliait à la volonté d’Éole, les feuilles de l’aubépine tremblaient et celles du houx, bien plus coriaces s’agitaient néanmoins férocement lorsque la bise s’immisçait entre les rameaux.

    Des nuées d’oiseaux fuyaient le ciel assombri, prenant la direction opposée à cette masse d’ouate chargée de furie. Très vite les grondements du tonnerre ajoutèrent encore plus de densité dramatique à la scène qui naissait sous les yeux de Joséphine. La jeune fille se rappela que s’abriter sous un arbre n’était pas la meilleure des choses à faire en temps d’orage.

    Joséphine décida à quitter ces lieux pour rejoindre au plus vite le plateau d’Apremont. Elle pourrait peut-être se réfugier sous l’une des roches saillantes sinon elle profiterait du spectacle de la tempête depuis les hauteurs. La jeune fille courut en direction des rochers qu’elle atteignit en quelques minutes. Elle s’accroupit le long d’une paroi, tentant de s’installer le plus confortablement possible contre la roche. De son perchoir improvisé, elle avait une vue dégagée sur cette partie de la forêt.

    L’orage s’était considérablement rapproché. Elle voyait le foudre frapper la sylve et les éclairs zébraient le ciel dans un ballet de lumières vite rattrapé par le vacarme tonitruant de ces nuages pleins de colère. L’orage était d’autant plus effrayant que la pluie ne semblait pas vouloir tomber. L’eau adoucit l’orage. Sec, il n’offre que la peur de la foudre à ceux qu’il surplombe.

     

    Le cœur de Joséphine battait à tout rompre. Elle craignait les orages, ils la mettaient mal à l’aise, mais celui-ci avait quelque chose d’encore plus terrifiant. Elle vit alors des dizaines d’animaux fuir le long de la clairière séparant l’amas rocheux de la forêt. Lapins, biches, chevreuils, renards quittaient cette partie des bois pour se rejoindre l’autre côté de la trouée forestière. Cette scène fantastique augmenta encore la peur qui s’était installée dans les entrailles de Joséphine et lui nouait le ventre. Elle se dit que c’était sans nul doute l’orage particulièrement violent qui mettait les animaux en déroute, mais cette explication par trop simpliste n’arrivait pas à la convaincre. La vraie histoire ne tarda pas à poindre ....

     

     

    Une lumière irréelle venait de colorer la lisière d’une aura bleutée. Joséphine, depuis sa cachette entendit une rumeur grandissante. Comme si une foule de gens se mouvait dans les fourrés. À travers la futaie assombrie par le ciel couvert de nuages, elle vit monter une brume blanche. Une vapeur collait maintenant au sol et se répandait lentement dans sa direction. Mais ce qu’elle vit ensuite lui glaça le sang : des dizaines de pupilles brillantes perçaient le brouillard. C’était des yeux de braise ardente et les créatures étaient sur le point de sortie de la forêt.

     

    Le plus terrifiant des défilés avançait maintenant devant Joséphine. Une meute de chiens féroces plus grands que des loups n’était que fureur. Les bêtes à l’échine hirsute et à la fourrure sombre se mordaient entre eux dans un grognement incessant. C’était un miracle si aucun de ces monstres infernaux n’avait pu déceler la présence de la jeune fille.

    Les chiens passaient devant elle, à quelques mètres à peine de sa cachette sans sembler la voir. Comme si elle était invisible, inodore, présente dans une tout autre dimension, derrière un miroir sans tain ou une vitre protectrice qui lui permettait de voir sans être vue, d’entendre sans être entendue. Mais cette meute repoussante n’était que les prémices du plus monstrueux carnaval qui soit. À la suite des chiens de l’enfer s’avançait un grand cavalier sombre. Aucune hésitation ne vint freiner la pensée qui venait de naître dans l’esprit de Joséphine. Il s’agissait là du grand Veneur, du Chasseur noir des contes de Fontainebleau, l’apparition spectrale préférée de sa tante...

     

    Ses mains décharnées étaient posées sur l’encolure d’une monture squelettique. Son corps drapé de voiles noirs, d’un long manteau lui descendant de nature de revenant, mais  son visage, par contre, en disait beaucoup. Un rictus figé dévoilait une large bouche à laquelle les lèvres manquaient. Du crâne largement dégarni pendait une filasse collante qui allongeait encore le visage émacié du chasseur damné. Un visage où des lambeaux de chair se mêlaient aux os saillants. Au moment précis le grand Veneur passait devant Joséphine, il eut un mouvement de tête se tourna dans la direction de celle-ci. La jeune fille recula d’instinct. Portant sa main droite sur sa bouche, elle empêcha un hurlement de naître. Damné se baissant depuis l’encolure de sa monture, plongea un regard de feu dans celui de Joséphine. Il la fixa longuement puis s‘en détourna et poursuivit son chemin.

    Joséphine tremblait. Lorsque le Veneur avait plongé ses yeux dans les siens, elle avait été transportée au cœur de l’horreur pendant de longues secondes. Son esprit avait perçu les cris des victimes, la peur innommable des damnés de l’enfer. Reprenant son souffle, la jeune fille revint doucement à la réalité de ce funeste cortège. Une armée de fantômes passait maintenant devant elle. Les spectres avançaient sans bruit, le regard hagard, et cette marche silencieuse provoqua un nouveau frisson chez Joséphine. Un froid  intense  la saisit, son corps se raidissait au fur et à mesure que les ombres blanches défilaient. Les revenants marchaient sans souffrir d’aucun obstacle, traversant les buissons et les troncs des arbres sans que leur matière ne les freine. Certains avaient encore les chevilles marquées de la trace des chaînes.

     

    Était-ce celles portées autrefois sur terre ou avaient-ils été enchaînés dans les enfers avant d’être condamnés  à revenir pour servir ce sombre maître ? Une fois passé ce raz-de-marée inhumain  et silencieux suivait une troupe bien plus bruyante. Il y avait des nains grimaçants, des lutins armés de piques, des gnomes au bonnet dégoulinant d’un rouge sang. C’était les membres du Petit Peuple qui effrayaient autrefois nos ancêtres et qui de conte en comptine avait fini par perdre de leur atroce vérité au profit d’une candide nature farceuse.

     

    À les voir ici défiler, ils n’avaient rien de sympathique. La méchanceté pure se lisait dans leurs yeux, et leurs grimaces n’étaient faites que de haine. Il n’était pas bon croiser ceux-ci sur les chemins de la forêt, surtout en ce temps de chasse. À leur suite, des dames vêtues de dentelles noires, portant l’habit de deuil. Dans leurs yeux, nulle haine, mais une folie certaine. Leurs mains arboraient de longs ongles avec lesquels elles semblaient déchirer l’air, laissant leur marque sur l’écorce des arbres lorsqu’elles l’effleuraient. Enfin fermant la marche, apparut une grande quantité d’hommes et de femmes au visage triste. Ces derniers portaient des vêtements de toutes époques. Des bûcherons, de grandes haches sur l’épaule avançaient entre les rangs des paysannes de siècles épars armées de paniers, de seaux dans lesquels roulaient des fruits pourris et les restes poussiéreux de récoltes passées.

    Ainsi c’était là, les victimes du Grand Veneur, les égarés de Fontainebleau, les témoins de ce cortège macabre qui avaient eu l’imprudence, la malheureuse audace ou le terrible destin de  croiser cette chasse lors d’un orage passé.

    Au moment où les derniers damnés défilaient devant Joséphine, une femme vêtue d’une robe de fiancée recouverte d’un tablier sale et déchiré quitta les rangs pour s’approcher de la jeune fille. À un mètre de celle-ci, sans quitter des yeux la demoiselle, elle porta son index à la bouche comme pour lui signifier de se taire. Puis, elle rejoignit ses compagnons d’infortune.

    Tétanisée par la peur, Joséphine demeura longtemps encore sur place, laissant l’orage s’éloigner jusqu’à ne plus percevoir le moindre coup de tonnerre. Une pluie fine tombait à présent sur la jeune fille sans qu’elle n’esquisse le moindre mouvement. Les cheveux et les vêtements trempés, elle laissait l’eau ruisseler sur son visage, glisser le long de son corps, calmant les derniers soubresauts qui la secouaient. Cela lui prit un long moment pour vaincre la folie qui tentait de faire basculer son esprit vers les ténèbres. Un passage obligé vers la vie. Sentir qu’elle était vivante, que le monde qui l’entourait appartenait de nouveau à sa réalité et qu’elle n’avait  malheureusement pas suivi le sinistre cortège la damnant pour le reste de son existence. Elle avait vu le Grand Veneur et il l’avait épargnée.

     

    Le ciel avait retrouvé toute sa luminosité. Dessous, la forêt se remettait de la monstrueuse parade qui l’avait traversée. Les fantômes étaient retournés à leurs ombres. Jusqu’au prochain orage qui entrouvrirait à nouveau les portes de l’enfer. Fontainebleau baignait à présent dans la quiétude, sa beauté recouvrée et son apparente tranquillité faisant déjà oublier le secret qu’elle renfermait. Joséphine avait du mal à réaliser ce qu’elle venait de vivre. Cette expérience surnaturelle n’avait-elle été qu’un cauchemar éveillé ? S’était-elle endormie et avait-elle sombré le temps d’un songe dans une vision apocalyptique ? L’odeur de la terre décuplée par l’orage témoignait de la réalité de la tempête passée, mais ni les branches arrachées, ni l’herbe foulée par la pluie ne donnaient lieu à de véritables preuves du passage de ce cortège endiablé. Elle conserva donc cette expérience au tréfonds de son âme et décida d’en nourrir ses desseins à partir de ce jour.

    Plusieurs années passèrent et le succès vint frapper aux portes de Joséphine. Ses tableaux fascinaient les foules. Des scènes impressionnantes où  couraient les ombres des sous-bois, des défilés de fantômes au cœur d’une nature secouée par les vents, des visages grimaçants et repoussants qui naissaient dans les rideaux de pluie, s’abattant depuis le ciel. Ses toiles surent également séduire les critiques d’art.

    L’artiste vogue maintenant de galerie en galerie, exposant ses œuvres qui provoque partout l’étonnement, la curiosité et l’admiration pour une imagination cauchemardesque digne des récits d’horreur les plus aboutis.

    Mais ce qu’ignore chacun des visiteurs de ces expositions c’est que Joséphine reçut cet étrange cadeau à Fontainebleau, un après-midi de fin d’été, lorsqu’un orage faisait trembler la forêt : la vision du Grand Veneur et de sa suite. Nul ne sait qu’en réalité, l’artiste ne qu’user et abuser de son talent pour tenter d’effacer le souvenir de ce moment gravé à jamais au plus profond de son être. Car son art n’est qu’un exutoire à cette peur qui ne l’a finalement jamais quittée.

    © Le Vaillant Martial



    [1] Fontainebleau est une belle forêt domaniale de Seine-et-Marne qui jouit de paysages exceptionnels et de légendes qui ne le sont pas moins. Nombreux sont les témoignages à propos de ce Chasseur  Noir dont on entend le cor les soirs de tempête. Des cris, des aboiements sont perçus à travers les feuillages sans que l’on puisse apercevoir la meute ou les batteurs de cette chasse surnaturelle. Le phénomène des Chasses Fantastiques est largement répandu dans le folklore des forêts.

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