• Le Trésor des Korrigans

    Le trésor des Korrigans

       De Morlaix à Lannion et même à Tréguier la coquette, il n’y avait pas plus jolie fille que Loïze la blonde, l’aînée de Jean de Kernaret. Avec sa cotte bleu foncé et son châle aux reflets changeants, quand elle assistait à la grand-messe du dimanche, les pauvres gars avaient mille distractions et ne suivaient plus qu’à grand peine l’office que le bon vieux curé psalmodiait lentement à l’autel.

       Malgré leur bonne volonté, ils semblaient, quand Loïze était présent, ne pouvoir fixer leur attention sur leurs gros paroissiens – ceux qui savaient lire -, et pendant le prône, beaucoup d’entre-eux se détournaient à la dérobée vers la belle enfant dont les joues s’empourpraient de temps à autre d’une rougeur confuse sous tous ces regards.

       C’est qu’elle était vraiment charmante, cette douce Loïze, avec sa taille élancée, ses mains plus mignonnes que celle d’une châtelaine, ses yeux profonds abrités de longs cils, et surtout ces magnifiques cheveux blonds que dissimulait mal  sa grande coiffe. Avec cela, bonne travailleuse, il fallait la voir se lever le matin pour se mettre à l’ouvrage, toujours la première sur pied et bien souvent demeurant la dernière pour achever ce que les autres n’avaient pas terminé.

       Elle demeurait au-dessus du bourg, au milieu des champs, dans la petite ferme de Kernaret que son père habitait depuis des années et dont il tenait la jouissance d’un riche propriétaire du pays. Le père Jean avait trois grands gars qui l’aidaient dans la besogne, et Loïze, dont la mère était morte, il y avait bientôt six ans, remplissait avec un courage jamais abattu, le rôle de mère de famille.

       La terre rapportait peu et il fallait tout l’effort des quatre hommes réunis pour arriver à noue les deux bout de l’année et à payer le fermage. Pourtant ils étaient heureux ainsi, et quoique Loïze n’eût point grande dot, elle avait la beauté pour elle, et beaucoup parmi les jeunes paysans du voisinage, aisés, presque riches, n’auraient pas mieux demandé que de l’accepter  pour compagne.

       Mais elle ne se mariait pas, elle semblait de pas s’occuper de ce que l’on pensait d’elle, et quelquefois, on la voyait devenir triste, pensive, les yeux fixés comme sur un rêve lointain, au moment même où une causerie venait de la faire rire aux éclats. Elle avait hérité du tempérament nerveux de sa mère, quelquefois dans les jours de grande fatigue, ses mains se mettaient à trembler, alors elle ne pouvait plus rien faire et s’arrêtait découragée malgré les éloges que chacun lui adressait pour son ardeur au travail.

       « Tu te fatigues trop, ma pauvre Loïze, lui disait son père, il ne faut pas te faire de chagrin parce que tu te trouves obligée de te reposer un instant, ta mère, Dieu lui fasse paix, était la même chose. »

       Et Loïze  se reposait quelques minutes, puis se remettait vite au travail dès que ses nerfs étaient un peu calmés.

       Elle aimait la solitude et la rêverie, et souvent, les jours de fête, tandis qu’on entendait sur les chemins rire et causer les jeunes filles entre elles, ou pendant qu’elles étaient au pardon, Loïze s’en allait pensive, par un sentier étroit rempli d’eau boueuse, jusqu’aux grandes landes qui s’étendent à perte de vue. Elle se plaisait à les parcourir dans tous les sens et à s’approcher du cercle dessiné par des pierres blanches, de vieilles pierres celtiques, sur le haut d’un monticule qui domine les environs et sur lequel – raconte-t-on encore – avait aussi été établi par les Romains un camp d’observation. Lieu consacré par les plus antiques souvenirs et les plus mystérieuses traditions.

       Avec la mer dans le lointain, au-dessous de la lande, une profonde vallée où court un filet d’eau, le paysage avait quelque chose de sauvage qui charmait l’esprit de Loïze. Elle allait s’asseoir dans le cercle des roches blanches et restait là, de longues heures, écoutant le bruit des vagues se brisant sur le sable que lui apportait la brise  ou le mugissement du vent de la forêt de sapins qui s’échelonnait sur le flanc opposé de la vallée.

       Un soir, il pouvait bien être onze heures, le petit Yannick pâtour à Pen-ar-Lan, qui se trouve à peu de distance de Kermaret, se rendait en toute hâte au bourg voisin. Son maître avait reçu, pendant le jour une ruade d’un jeune poulain et se trouvait si mal qu’il faisait demander le prêtre. Dans notre pays, on ne peut pas mourir sans s’être réconcilié avec Dieu. Il prit le chemin boueux  qui passe derrière l’aire de Kernaret et suivit la chaussée de pierres pointues, reste d’une voie romaine, qui côtoie le bord du marécage. Il  allait vite, sans regarder devant lui, quand tout à coup, un bruit léger, venant de la direction vers laquelle il pressait le pas lui fit relever la tête. À quarante mètres environ, il entrevoyait, malgré les gros nuages noirs qui couraient dans le ciel et affaiblissaient la lueur de la lune, une grande forme blanche qui s’avançait rapidement vers lui. Transi de peur l’enfant fit un grand signe de croix et se blottit tout contre le talus d’un champ voisin, trop élevé pour qu’il pût l’escalader. Croyant que c’était quelque âme en peine qui demandait des prières, il se mit à réciter un Pater, ne trouvant pas autre chose et trop ému pour réfléchir.

       La forme blanche avançait toujours si légère qu’elle ne semblait pas toucher le sol. Yannick avait fermé les yeux et pourtant sa curiosité fut si forte qu’au moment où le spectre passait près de lui, presque à le toucher, il les ouvrit un instant par un mouvement instinctif. Il faillit pousser un cri en reconnaissant la belle Loïze, leur voisine, dont il distinguait la figure maintenant qu’elle était tout près. Elle portait une longue chemise blanche, telle qu’en ont les femmes du pays, qui lui descendait jusqu’aux pieds, sur sa tête, un mouchoir de toile emprisonnait ses longs cheveux, elle allait pieds nus, toute droite, sans regarder autour d’elle, n’hésitant jamais, ne heurtant pas une pierre, ne frôlant pas une ronce, elle semblait plutôt voler que marcher, tant elle était agile. Elle passa, et l’enfant resta un instant encore, la suivant le plus loin qu’il put du regard.

       Elle prit à travers la lande et disparut dans la nuit devenue plus épaisse. Enfin, l’enfant prenant son courage à deux mains et pensant qu’il y avait un homme qui allait mourir, se remit à courir sans regarder derrière lui. Il arriva hors d’haleine, tremblant encore de frayeur au presbytère où il rendit son message. On ne lui demanda rien et il n’eut pas à révéler la chose terrible qu’il avait aperçue, mais quand il revint, il avait attendu le prêtre et il n’était plus seul.

       Yannick était un enfant de Basse-Bretagne, simple et bon, comme tous ses pareils, mais gardant cette fierté natale qui semble attachée au sol de la province. Car ils restent Bretons, quoiqu’on dise et qu’on fasse, plus Bretons que Français dans quelque pays lointain que vous les transportiez. Un caractère très franc et pourtant gardant le souvenir de l’injure fait taire par la rancune, par l’oubli. Or Yannick n’aimait pas la belle Loïze, un jour qu’il gardait son troupeau dans les champs, Loïze avait passé près de lui et comme il lui offrait des fleurs, elle avait eu un léger sourire en voyant la petite taille et l’habit en lambeaux de son amoureux en herbe. L’enfant avait gardé la mémoire de l’affront sanglant, ne désirant pas précisément la vengeance, mais ne sachant pas non plus s’il ne se souviendrait pas, le jour où il pourrait humilier sa voisine, nulle apparence que ce pût être jamais !

       Et Yannick songeait la tête dans le creux de sa  main, le lendemain de cette nuit, où il avait ressenti une si grande terreur dans ce champ témoin de l’insulte ! Et il se demandait à lui-même ce que la belle Loïze, seule au milieu de la nuit, pouvait bien aller faire sur la bruyère. Il résolut d’en avoir le dernier  mot, dût-il en mourir de frayeur, car le premier moment passé, Yannick était un enfant décidé.

       Le surlendemain, après avoir quitté la ferme à pas de loup, pour n’éveiller personne et ne pas être suivi, il revenait s’embusquer dans le chemin creux, près de la chaussée de pierres, à l’endroit où il avait aperçu l’apparition la nuit précédente. Les heures passèrent lentement, l’obscurité était profonde et Yannick tendait en vain l’oreille, attentif au moindre bruit. Mais le vent seul remuait les feuilles et l’on entendait au loin la chouette et l’orfraie qui poussaient leurs cris lugubres, et parfois, arrivant à tire-d’aile, venaient le frôler de leurs longues plumes. Enfin, au moment où les derniers tintements d’un clocher de la côte annonçaient une heure déjà avancée de la nuit, un bruit léger, semblable à celui que Yannick avait déjà entendu l’avant-veille, se produisit à quelque distance et devint bientôt plus distinct. Le pas se rapprochait, toujours aussi régulier et aussi rapide, et Loïze passa, comme la première fois plus légère qu’un sylphe, et se dirigeant sans regard, dans le sentier qui menait à la grande lande de bruyère. Cette fois, l’enfant, dès qu’elle eut passé, se leva doucement et se prit de la suivre. Il la voyait à vingt pas devant lui, il avait pris  à la main, ses gros sabots et évitait avec soin le moindre bruit qui eût pu déceler sa présence nocturne.

       Mais il n’allait pas aussi vite qu’elle, il était obligé de contourner les flaques d’eau, qu’elle enjambait avec une parfaite aisance sans même sembler les apercevoir. Quelquefois, il la perdait, puis il la retrouvait ensuite, toujours devancé par elle, infatigable dans sa course, comme il l’était dans sa poursuite. Il fut portant retardé par un endroit plus difficile, et arrivé à un croix-chemin, ne voyant plus celle dont il suivait la trace, il se perdit et ne put la retrouver. Il dut la rentrer au logis, mort de fatigue, en prenant des précautions inimaginables pour dissimuler son escapade. De quelques jours, il ne put s’échapper de nouveau, mais il s’était promis de découvrir le secret, et il en soupçonnait un, et, avec toute la ténacité d’un Bas-Breton, il gardait la résolution de se remettre en quête au premier jour.

       Il revint donc à son poste plusieurs fois. Son attente était rarement trompée, mais il perdait le plus souvent, toujours distancé par l’ombre fuyante de la belle Loïze qui semblait prendre plaisir à l’emmener au loin pour lui échapper subitement quand il croyait enfin la tenir. Enfin, un certain soir, il put aller jusqu’au bout de la tâche qu’il ‘était imposée, il connaissait maintenant les moindres détails du chemin suivi par sa voisine, toujours le même, et il s’embusqua plus loin, sachant qu’elle n’avait aucun arrêt possible, sur la lande plate et découverte, jusqu’à cet endroit. Elle arriva à l’heure dite et il l’accompagna, rapide comme elle, ayant fait provisions de forces pour tenter une dernière épreuve. Loïze marchait, grande et svelte, en avant de lui, sans jamais se détourner pour voir si elle était suivie.


     

       Elle  le conduisit jusqu’au monticule aux pierres blanches, il avait une mauvaise réputation dans le pays ce cercle de rocs, et Yannick n’osa pas s’y aventurer. La jeune fille gravit la pente devant lui et pénétra entre les rochers, dans l’enceinte où elle demeura cachée. Yannick s’était étendu au bas, tout de son long dans la bruyère et attendait comme un sauvage en vedette pour voir ce qui allait se passer.

       Mais rien, le temps s’écoula, et après une heure environ, la belle Loïze reparut, tenant dans sa main une poignée d’herbes brulée dont elle laissait lentement tomber les brins, un à un, et elle reprit le chemin de Kernaret. L’enfant l’accompagna jusqu’à sa demeure et la vit refermer doucement la porte du vieux chêne, puis tout pensif, il rentra dans son grenier de Pen-ar-Lan avant que le jour n’eût commencé à blanchir l’horizon.

       Deux  jours passèrent ... Il était allé, au grand soleil, visiter cette enceinte dont une superstitieuse  terreur l’empêchait de s’approcher la nuit, mais il n’avait rien trouvé, et le secret de Loïze restait encore à découvrir. Il songeait, en gardant ses bêtes, et se rapprochait mais en vain, la crainte invincible qui avait arrêté sa curiosité sur le point d’être satisfaite. Il fallait prendre un parti. Il alla trouver son camarade Michel et le petit Loïc qui, comme lui, gardaient, non loin de là, les troupeaux de leur maîtres. Il leur conta sa découverte et les supplia de l’aider à la rendre complète : il voulait pénétrer à tout prix le mystère des promenades nocturnes de la jeune fille. Michel et Loïc, tentés par ses belles promesses, car il promit tout ce qu’on voulut, même ce qu’il n’avait pas, consentit à lui prêter main-forte et décidèrent même le grand Nicolas qui devait quatorze ou quinze ans, à les accompagner.

       La nuit suivante, ils étaient tous les quatre réunis au pied d’un grand hêtre, qui se détachait seul avec ses longs rameaux au milieu du vaste espace découvert. Yannick les conduisit avec mille précautions, au pied du monticule où les grands rochers se dressaient, leurs pointes tournées vers les nuages. Ils se tapirent tous les quatre dans un trou creusé par des chasseurs de renards et attendirent que l’apparition se manifestât. Elle ne tarda guère, elle vint comme à l’ordinaire, sans soupçonner ces quatre paires d’yeux qui la suivaient avec une curiosité intense, et, gravissant de son pied léger l’escarpement rocheux, elle pénétra dans l’aire de l’ancien camp Romain.

       Mais elle n’était plus seule comme précédemment, ils  l’avaient suivie, et derrière, à quelques pas, ils observaient tous mouvements. Elle chercha de ses longs doigts  la muraille de granit, et l’ayant trouvée, elle compta  à partir de la pierre, droit en face d’elle, un nombre qu’ils n’entendirent pas. Enfin elle s’arrêta devant une roche plus élevée que les autres et au pied de laquelle avait été récemment creusé un trou peu profond. La lune, à  ce moment se levait toute blanche et permettait de ne rien perdre de ce qu’elle faisait. S’agenouillant, elle retira de son sein, une longue pointe de fer et se mit à creuser le sol rocailleux dont les mottes se détachaient peu à peu. Elle rejetait la terre autour de l’ouverture et l’on entendait murmurer :

       « C’est ici qu’est caché le grand trésor des Korrigans, le trésor de l’amour qui rend le pauvre heureux comme le riche. Le Korrigan me l’a dit, le trésor m’appartiendra ! »

       Les enfants écoutaient étonnés, ne sachant que faire, quand le grand Nicolas, d’un signe, les réunit autour de lui. Il leur parla bas, si bas qu’ils avaient de la peine à l’entendre, car il ne fallait pas troubler Loïze, mais enfin, ils se comprirent car tout à coup, s’élançant en avant sans plus de souci d’être entendu de celle qu’ils épiaient, et se prenant par la main, ils se mirent à danser en rond autour d’elle en chantant à pleine voix :

    Les Korrigans sur la bruyère sombre,
                                            Dansent en rond se tenant la main
                                            Malheur à celui qui dans l’ombre
                                           Passe trop près de leur chemin
                                           Malheur !

     

       Et ils répétaient malheur ! Avec des cris si sauvages qu’il faisait froid à entendre dans le silence de la nuit. Aux premiers chants, Loïze avait relevé la tête, puis elle se souleva, se retrouva debout d’un seul bond. Le mouchoir qui entourait sa tête s’était dénoué dans ce brusque mouvement et ses cheveux blonds retombant en arrière, brillaient d’un éclat doré sous les rayons de la lune.

       Elle leva les bras, avec un geste perdu, vers le ciel, et poussant un cri rauque qui domina la voix des quatre enfants, elle se précipita hors de la ronde, écartant les bras qui l’enserraient et s’enfuit hors du cercle des pierres celtiques. Mais sa marche n’était pas aussi sûre que tout à l’heure, elle glissait sur l’herbe humide et fut sur le point de s’abattre trois ou quatre fois en descendant la colline. Elle prit ensuite sa course au travers de la lande, mais elle semblait alourdie et n’évitait plus les mares formées par la pluie ni les cailloux tranchants qui lui déchiraient les pieds. Elle alla tout droit n semblant pas avoir conscience de la direction à suivre, trébuchant contre les racines et laissant aux épines de lambeaux de sa longue tunique. De temps en temps, elle poussait un gémissement et le souffle sortait haletant de sa poitrine épuisée.

       Enfin elle fit un faux pas en descendant dans l’un des sillons qui s’entrecroisaient dans la bruyère et elle tomba de tout son long sur le sombre tapis de verdure. Et la belle Loïze demeura là, étendue pendant de longues heures, évanouie, ses longs cheveux dénoués, froide et pâle comme une morte dans ses derniers vêtements.

      Les enfants étaient restés là-haut, stupéfaits de cette fuite rapide. Ils gravirent les blocs les plus élevés et, de là, suivirent pendant un certain temps la course furieuse de leur victime. Puis, tout rentra dans le silence autour d’eux, seul de temps à autre un gémissement lugubre arrivait jusqu’à leurs oreilles troublant le silence du camp romain. Ils se séparèrent presque aussitôt se jurant de garder le secret de la belle Loïze.

       Hélas ! Il leur appartenait bien à cette heure, mais à quel prix ! Loïze était là-bas, sur la lande, avec une blessure qu’elle s’était faite au front dans sa chute, elle demeurait immobile et ses membres se glaçaient peu à peu.

      Le lendemain, Jean de Kernaret se leva pour aller aux champs. Il fut tout surpris de ne pas voir sa fille vaquant à ses occupations ordinaires. Quoi la soupe n’était pas prête et il allait falloir attendre pour se mettre au labeur ! Il éveilla les trois garçons et leur parla bien haut pour éveiller la dormeuse. Rien ! Le grand lit-clos placé près de la cheminée, restait muet, pas un souffle ne s’échappait de l’alcôve profonde.

      Alors, le vieillard, saisi d’un sombre pressentiment, se dirigea vers le fond de la pièce et écarta le long rideau. Mais Loïze n’était pas là, le nid était vide et le vieillard eut une exclamation d’étonnement inquiet en le constatant.

      Ils sortirent tous les quatre au dehors et poussèrent des cris d’appel que l’écho seul leur rapporta. Enfin, après mille recherches, après avoir fouillé sans succès tous les champs voisins, l’un des gars qui s’était avancé jusqu’à la lande, aperçut dans le lointain un point blanc qui se détachait au milieu du paysage  nu et désolé. Il courut vite jusqu’à cet endroit et trouvant sa sœur gisante, glacée sur le sol, il appela les autres par ses cris déchirants. Bientôt, tous furent réunis, et pleurant à sanglots, ils soulevèrent la jeune fille pour la rapporter à Kernaret.

       À force de soins, on finit par rappeler la chaleur dans le corps brisé de la blonde fille, mais lorsqu’elle ouvrit les yeux, l’éclat de sa prunelle profonde avait disparu pour toujours, le regard était vague et inconscient. Loïze la somnambule était devenue folle. Quand elle put se lever, après de longs mois, elle s’asseyait dans le grand fauteuil au coin de la cheminée de pierres, et quand vinrent les beaux jours, elle allait au soleil, dans l’aire, là immobile, elle restait pensive, nouant et dénouant ses beaux cheveux. Parfois – elle avait une folie douce -, elle jetait un regard de côté de la lande, au-dessus de laquelle on apercevait la colline couronnées de pierres blanches, un regard qui s’imprégnait d’une immense terreur et elle murmurait à demi voix :

     

    Les Korrigans sur la bruyère sombre
                                                            Dansent en rond, se tenant par la main
                                                            Malheur à celui qui dans l’ombre
                                                            Passe trop près de leur chemin !
                                                           Malheur !

     

    On n’a jamais su à Kernaret comme Loïze avait perdu la raison, mais Yannick qui ne chante plus, vient souvent à la  ferme, s’asseoir  aux pieds de la folle et reste de longues heures  à la contempler.

    © Le Vaillant Martial

     

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