• Le Spontail de Pont-Fetan Levek


     


     

    Il y a des histoires contées au coin du feu, de ces légendes que partageait le voyageur solitaire en échange d’une bolée de soupe ou d’un coin d’écurie sur une paillasse au sec, juste le temps d’une nuit. Pour d’autres il s’agit de récits collectés par les passeurs d’histoires, d’étranges témoignages recueillis au début du siècle dernier et plut tôt encore. Celui-ci nous vient de Zacharie Le Rouzic, le grand archéologue...


     

    C’était un soir tard. Ces heures auxquelles le commun des mortels a plus à faire dans la tiédeur d’un lit clos qu’à courir une campagne bretonne hantée de chimères, si merveilleuses soient-elles.

    Trois jeunes gens avaient passé un moment de franche lors d’une veillée au village de Kerlann. Lorsqu’ils eurent leur compte de cidre et bonnes histoires, ils prirent le chemin du retour, s’engageant au cœur d’une nuit  sans lune. Comme ils laissaient le dernières lumières du bourg s’évanouir derrière eux, on les entendait encore plaisanter, invisible dans l’obscurité. Peu à peu, le bruit de leur pas s’estompait au profit du chant stridulant des grillons, ne laissant fuser  que de lointains éclats de voix rieuses... le silence relatif de la nuit reprenait peu à peu ses droits.

    Un chien, hurlait quelque part dans la campagne endormie.



     

    Juste-avant d’arriver à une fourche où l’un des trois devait se séparer des autres pour rejoindre son hameau de Nignol, ils distinguèrent une forme blanche au travers d’une haie. Le plus fanfaron des compères, enjamba le talus d’herbe grasse avec la volonté de s’assurer de ce que cela pouvait être, mais avant de trouver les deux pieds de l’autre côté, la forme s’anima soudain et s’envola dans les airs pour disparaître au plus profond de la nuit.

     



     

     Saisi d’étonnement les trois ne savaient que penser de ce qu’ils venaient de voir. L’obscurité mêlée au mystère joue bien des tours aux esprits fatigués. Après de vaines concertations, ils finirent par se séparer. L’un s’engageant seul le long d’un sentier rejoignant Nignol, les deux autres poursuivaient vers la route du purgatoire, celle qui ralliait Carnac à An Alray.

    Chacun de son côté faisait son chemin.

    Si le premier pressait le pas encore bouleversé par l’étrange vision, il finit par arriver chez lui sans encombre. Quant aux deux autres, les plaisanteries avaient tôt fait de succéder aux suppositions et l’humeur badine avait repris le dessus. Ils en vinrent ainsi à déboucher sur la grand-route dont le ruban à peine visible s’enfonçait de part et d’autre dans la nuit. Ils cheminèrent encore ensemble sur une courte distance avant de s’arrêter là où chacun devait partir de son côté.

    - ... Es-tu assuré de ne pas vouloir dormir chez mes vieux ! ils n’y verraient point de soucis. Tu as encore une bonne distance jusqu’à chez toi !... Dame gast, si c’est ton choix ! Préserve-toi de la gigue infernale des Korrigans. C’est l’heure que choisissent les kerions cornus pour faire leur remue-ménage autour des menhirs, lança l’un, sachant que l’autre se rendait à Kermario, hameau voisin des alignements

    - Et toi Penn Buzuc ! Garde toi de ne pas croiser le sinistre attelage de Karrig An Ankou, la « charrette du passeur », je crois bien que ton chemin creux n’est rien d’autre que hent ar maro « le chemin de la mort » emprunté par le sinistre ouvrier pour aller transporté les corps des défunts, taquina l’autre la main levée en guise de salut.

     

    Les rires distants s’étouffaient dans l’ombre épaisse.

     

    Tandis que les deux marchaient au gré de leurs pensées solitaires, le silence de la nuit se déchira en un soudain hurlement... un long cri d’épouvante. Toute la terreur des hommes semblait jaillir du ciel sur la campagne putréfiée. Et tandis que la plainte s’atténuait, roulant longuement dans la nuit, on ne voyait rien d’autre que les ténèbres. Pris de panique, le Gars de Kermario s’enfuit à toutes jambes. Certains rapportent que malgré les années, le regard terrifié, il court encore de par le monde. Pour l’autre qui arrivait à peine chez lui, on le retrouva plus pâle qu’un mort, les yeux exorbités. Ses mains étaient agrippées aux grilles de la demeure familiale et qu’il fallut en scier les barreaux pour dégager le malheureux. Et d’une voix blanche, il ne cessait d’appeler ! Au secours ! Au secours Le spontail de Fetan-Levek est sur moi.

     

    Il en perdit la raison

     



     

    © Le Vaillant Martial 

     

     

     

     

     

     

     

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