• Le Sombre Royaume


     

    uand les premiers coups ébranlèrent les piliers millénaires qui soutenaient le royaume caverneux, les guetteurs arrivèrent des confins obscurs pour donner l’alerte. Dans les « tours pendues » taillées dans les grandes stalactites par les maîtres sculpteurs Korrigans, les « hurleurs » s’époumonèrent à qui mieux-mieux !

    D’imposantes cornes lancèrent leurs plaintes lugubres portées par l’écho au long des cavernes. Des Korrigans-estafettes sautèrent prestement sur le dos de leur gros rat noir et  s’élancèrent vers le cœur du monde souterrain.

    Après une course folle dans les couloirs sombres, ils déboulèrent dans une immense caverne, au centre de laquelle se dressait le « pilier roi ». Une stalagmite géante que l’exubérante folie des nains avait transformée en un magnifique château. Ses tours ouvragées s’enroulaient autour de la colonne rocheuse et allaient se perdre dans l’obscurité de la voûte.


     

    Le vieux roi, qui sommeillait sur son trône, fut brutalement tiré de ses songes. L’affaire était très grave ! L’humain, dans sa soif éperdue de piller les richesses de la terre, avait de nouveau fait incision dans le monde souterrain.

    Le conseil des sages mandé en toute hâte, se perdit en palabres inutiles et, pendant ce temps l’homme creusait toujours ! À bout d’arguments, tous se mirent d’accord sur au moins une chose : s’il existait un Korrigan qui puisse résoudre l’épineux problème, c’était bien Antelmus le Mystique, grand détenteur des secrets de ce monde et de l’autre. Ils trouvèrent le ténébreux Korrigan, au fond de son antre, dans un capharnaüm de grimoires poussiéreux, de parchemins, d’éprouvettes et de cornues. Dérangé dans ses œuvres obscures, il écouta néanmoins d’un air bourru. Le récit achevé, tous attendaient dans un silence pesant que le sorcier prenne la parole. Sa voix caverneuse les fit tous sursauter :

     Il n’y a qu’une chose qui puisse faire reculer les fols d’humains et les éloigner à tout jamais de notre royaume ...


     

    La petite délégation retenait son souffle ...

    - Il faut ouvrir le « puits aux ombres » !

    Dans un ensemble parfait, une plainte douloureuse monta de toutes les gorges. Le remède n’était-il pas pire que le mal ?

    - Mais les êtres de folie vont s’échapper !

    - Évidemment, gronda Antelmus, nous avions un pacte avec les anciens du peuple des hommes ! Mais les temps ont changé, et les fils ont oublié les leçons des pères ! A présent, seule la peur les fera partir, lâchez les dragons-cauchemars et ils se souviendront pourquoi, ils doivent tant craindre l’obscurité !

    Tous se regardèrent mais n’osèrent piper mot. Tout était dit. La troupe, Antelmus en tête, descendit le long des escaliers sans fin, vers les profondeurs oubliées du monde souterrain. Ils arrivèrent en fin à la caverne du « puits aux ombres », là où les peurs du monde prennent leur source. Le couvercle du gouffre sans fond fut descellé.

    La petite compagnie entendit avec effroi d’innombrables gorges exhaler un soupir de joie mauvaise.

    S’éleva alors une multitude de formes effrayantes. Elles étaient que noirceur mais semblaient pourtant palpiter d’une vie malsaine. Malgré le sort de protection, les Korrigans sentaient la peur autour d’eux lancer ses griffes, comme une bête affamée, avide de de s’insinuer  en eux.


     

    Certains claquaient des dents et tous tremblaient.

    - Restez groupés et ne fuyez surtout pas ! leur intima Antelmus. Ça serait votre perte !

    Le vieux sorcier leva les mains et, en une gestuelle compliquée, traça dans l’air oppressant d’étranges signes cabalistiques.

    Les ombres serpentèrent alors sur le sol de la grotte pour aller former une plaque d’obscurité. Puis, soudain, répondant à l’ordre silencieux, elles jaillirent pour se répandre dans les galeries, vers la surface.

    - Le sort en est jeté, dit sombrement Antelmus.

    Le silence était sinistre et tous retenaient leur souffle, quand ils entendirent enfin portés par l’écho, les hurlements d’effroi des mineurs.

    Longtemps, longtemps plus tard, le silence retomba !

    Les hommes avaient fui à jamais le monde d’en-dessous. Envolés les rêves d’or, les espoirs de richesse. La mine se rendormit. Son entrée fut oubliée et envahie peu à peu par les ronces et les genêts. Mais derrière les entrelacs de végétation veillaient dorénavant de terrifiants gardiens  ... Les cerbères de la peur.

     

    © Le Vaillant Martial

     

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  • Commentaires

    1
    Lundi 14 Novembre 2016 à 18:25

     Ils ne faut pas s'étonner que nos anciens autour du feu lors des veillées

    n'osaient plus aller se coucher ! wink2

    Bonne soirée

    MITOU

    2
    Lundi 14 Novembre 2016 à 18:46

    Heureusement, il n'y avaient pas que des contes du même acabit. Bonne fin de  soirée sleep

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