• Le roi aux oreilles de cheval

     Le Roi aux oreilles de cheval

       Y avait, là-bas, tout au bout de la terre de Petite Bretagne, un royaume du nom de Poulmarc’h sur lequel régnait un roi, le roi Marc’h. Comme bien des rois, le roi Marc’h n’avait d’autres contentements que celui de la chasse. Il ressentait un vif plaisir à l’idée de s’élancer  dans le vif matin frais, alors que la terre était encore couverte d’une nappe brume légère qu’il aimait à fendre, lancé sur son cheval au grand galop. Faut dire que cette passion de la chasse était liée à une autre, plus forte encore, que le roi Marc’h éprouvait pour son cheval Morvac’h.

    Morvac’h « Cheval marin » en Breton.

       Le roi Marc’h comme tout grand roi possédait de vastes écuries au sein desquelles se trouvaient les chevaux  les plus beaux, les plus nobles du royaume. Mais il faut savoir que Morvac’h, à lui seul valait ... tous les chevaux du monde.

       Au grand galop, Morvac’h filait si vite, liant puissance et légèreté, qu’il aurait pu courir à la surface des océans sans jamais être englouti par les eaux, si profondes soient-elles. D’où son nom, Morvac’h, « cheval marin ». Le vent lui-même, n’osait défier la course folle de cet animal extraordinaire. Comme il avait fière allure, Morvac’h le cheval du Roi Marc’h.

       Un matin, un beau matin d’automne, que le Roi Marc’h était part à son habitude chasser le cerf et le sanglier, un matin qu’il filait la campagne, voilà qu’il surprit, à l’orée d’un bois une biche. Une biche comme il n’en avait jamais vue. Une biche blanche, blanche comme la neige d’avril sous un ciel redevenu bleu. La biche, toute surprise quelle fut, se tenait immobile et droite, aux aguets, tendue prête à bondir.

       Le roi Marc’h maintenait Morvarc’h lequel opérait de petits tours sur lui-même, impatient d’en découdre avec ce gibier hors du commun. Cette nervosité puissante qu’on les grands coursiers sur le point de devoir tout donner. Le roi Marc’h ne quittait pas la biche blanche du regard. Elle semblait une apparition merveilleuse. Un songe éveillé. Comme il esquissait un geste pour saisir une flèche de son carquois, la biche, vive comme l’éclair, s’élança d’un trait, disparut dans le fourré de verdure. Le charme était rompu. Morvarc’h se cabra tandis qu’un long hennissement déchirait le matin calme. Le roi Marc’h donna de l’éperon dans les flancs du coursier lequel se précipitait déjà, avalé par la lisière du bois.

       Le galop était court, tant les arbres étaient denses. Les branches fouettaient de tous côtés. Le corps allongé sur l’encolure, cavalier et monture ne faisait qu’un. Devant l’éclat blanc sautait, bondissait avec une aisance, une légèreté merveilleuse : un papillon de lumière virevoltant dans l’ombre épaisse du bois. Morvac’h gagnait du terrain, peu à peu. Il filait de son lourd galop, soulevait des tourbillons de feuilles mortes, réveillant l’humus épais d’automnes oubliés.

       Et le roi Marc’h, exalté de cette course matinale, ne cessait de relancer sans cesse son fier cheval, l’encourageant, l’engageant par-dessus fossés et souches tordues, esquivant la fourberie des branches basses. Mais toujours la biche gagnait une distance honorable avec ses poursuivants, reprenant en quelques bonds ce qu’elle avait perdu sur intervalle plus long.

       Assurément, c’était un gibier de choix, quelle belle course que celle-ci. Ils traversèrent de vastes sous-bois tapissés e hautes fougères, franchirent des guets argentés au cœur de gerbes d’eau, scintillant aux rayons obliques du soleil. A la forêt succédèrent de vertes prairies. Elles ondulaient sous l’effet du vent, miroir de l’océan. Puis de nouveau des bois, des champs, d’autres prairies encore ... Et la blanche biche et Morvac’h « cheval marin » rapides tel le vol rasant d’immenses goélands. Mais jamais, jamais Morvac’h ne parvenait à réduire la distance, afin que le roi Marc’h puisse bander son arc, décocher une flèche. C’était bien la première fois que le chasseur et son Cheval étaient ainsi tenus en échec.

       Dans cette poursuite effrénée, ils gagnèrent une lande rase de ces landes qui annoncent le littoral sauvage. La biche dans sa fuite devenue vaine, se dirigeait droit vers ses falaises abruptes. Le roi Marc’h se dit qu’il tenait enfin son affaire, que l’animal traqué, courait ç sa fin, pour ne pas dire à sa perte. Déjà le vent déposait sur ces terres le parfum du grand  large et bientôt, la biche blanche fit se dessiner devant elle l’horizon gris de l’océan. Elle vint terminer sa course juste sur l’extrémité d’un à-pic vertigineux.

       Contrainte, elle s’arrêta pour faire face à ses poursuivants qui déjà fondaient sur elle. Le roi Marc’h, droit dans ses étriers, arrêta Morvac’h à quelques pas de sa convoitise. Il toisait la biche blanche dont les flancs trahissaient le souffle court auquel répondait celui du cheval couvert d’écume. Le roi à cet instant avait oublié qu’il était le roi. Il avait oublié la mansuétude qui était sienne. Seul l’habitait son instinct de chasseur et comme tout chasseur, il était à cet instant ... impitoyable.

       Alors malgré le regard de cette biche si frêle à la robe immaculée, Marc’h, le chasseur prit une flèche dans son carquois, s’empara de son arc qu’il banda, et comme il ajustait son tir, la biche poussa une longue plainte étrange. Mais Marc’h le chasseur restait impitoyable. Il décocha sa flèche. Elle siffla, mortelle dans le temps suspendu ...

       D’une vivacité sans pareille la biche fit un bond de côté, tendit son cou et saisit, entre ses dents, le trait fatal qu’elle renvoya d’un puissant coup de tête. Le regard décidé du roi Marc’h s’emplit de stupeur. La flèche revint plus vite encore qu’elle n’avait été tirée. Il y eut un choc sourd et pénétrant lorsque la pointe de fer vint se ficher au beau milieu du poitrail de ... Morvac’h. Le cheval poussa un hennissement de douleur que l’on pût entendre loin, très loin par-delà les frontières du royaume. Fébrile sur ses pattes, il flancha pour  s’effondrer lourdement sur le côté tout en désarçonnant son cavalier. Celui-ci n’eut le temps que de voir son cheval verser du haut de la falaise.

       Il se précipita mais déjà, en bas, tout en bas, il n’y avait plus que l’écume blanche et le grondement de l’océan. Ainsi finit le temps terrestre de Morvac’h ...

    Morvarc’h « Cheval marin « 

       Le roi Marc’h entra dans une rage sans nom. Il tira de sa ceinture un long couteau de chasse et se jeta sur la biche. Mais ... mais il n’y avait plus de biche. La biche avait  disparu.

       À sa place était une jeune fille d’une beauté sans pareille. Une beauté comme jamais aucun roi n’avait pu en contempler. On ne saurait la définir tant cette jeune fille était belle. Juste évoquer une couronne d’algues tressées qu’elle portait au front et une chaîne d’or autour de son cou à laquelle pendait une clef, une vieille clef rouillée.

       Alors le roi Marc’h comprit. Il comprit qu’en face de lui se trouvait Dahud, fille du roi de Gradlon, princesse de la légendaire cité d’Ys, engloutie à jamais au large des falaises.

       D’une voix qui ne laisse aucun espoir de pardon. Dahud s’adressa à celui qui avait voulu sa mort :

       « Non, ne me remercie pas roi de Poulmarc’h. Ne me remercie pas de t’avoir épargné, toi, obstiné que tu es à tant avoir voulu prendre ma vie tandis que je ne t’avais rien fait. Je te réserve un sort plus terrible encore que cette mort qui t’aurait été bien trop douce. Pour que tu n’oublies pas et puisses méditer cette cruauté, tu porteras roi Marc’h, roi de Poulmarc’h, tu porteras les oreilles et la crinière de ton cheval Morvac’h »

       Et comme elle prononçait ses paroles terribles, Dahud se jetait du haut de la falaise pour plonger dans l’océan.

       Le roi Marc’h anéanti s’approcha de l’abysse. Il vi Dahud, pourvue d’un corps de sirène, onduler dans les vagues, rejoindre Morvac’h, ramené à la vie. Elle saisit sa bride et le monta en amazone. Comme tous deux gagnaient le large pour rejoindre la cité d’Ys, la ville engloutie, Dahud se retourna et cria vers la côte :

       « Le roi Marc’h a les oreilles et la crinière de son cheval Morvac’h. Le roi Marc’h a les oreilles et la crinière de son cheval Morvarc’h »

       Et Kornorg, le vent d’ouest, de porter cette sentence jusqu’au souverain effondré. Incrédule ce dernier porta les mains à sa tête pour constater avec effroi : Dahuel ne mentait. Les oreilles du roi avaient grandi, s’étaient recouvertes de poils, et une crinière lui avait poussé jusqu’au milieu du dos.

       Au loin, Morvarc’h chevauchait les vagues, puis soudain, il se cabra, comme un ultime salut ... et s’enfonça sous la surface de l’océan.

       Longtemps le roi Marc’h resta le regard figé sur l’endroit où ils avaient disparu. Longtemps il resta vide de toute pensée, puis celle de ne jamais rentrer au pays lui traversa l’esprit. Passe, passe le temps. Vint enfin le moment où il fit le choix du retour. Le roi Marc’h porta le capuchon de son manteau par-dessus sa tête et ... rentra à pieds. Il parvint à Poulmarc’h de nuit, gagnait la ville et pénétra le palais par des portés dérobées

       Au matin, de derrière la porte de sa chambre, il convoqua ses valets et ordonna que l’on dresse une immense tenture en travers de la salle du trône. Quel qu’en soit le prétexte, nul, sous peine de mort ne serait admis à franchir cette limite derrière laquelle se trouverait le roi, seul, sur son trône

       Les décisions d’un roi ne se discutent pas, aussi étranges soient-elles. Ainsi fut fait. À compter de ce jour, plus aucun regard ne put se porter sur le roi Marc’h. Les affaires du royaume étaient traitées comme d’habitude à la différence qu’on ne voyait plus sa majesté, on ne pouvait que l’entendre. Les choses auraient plus continuer longtemps de la sorte si le roi n’avait été victime de terribles maux de tête que provoquait l’épaisse crinière dont il était affublé. Migraines si fortes et fréquentes qu’il finit par penser qu’à peut-être la couper, il serait soulagé de son poids. Seul, la chose était impossible, il lui fallait l’aide d’un coiffeur. Après une longue hésitation, n’y tenant plus tant la migraine était douloureuse, le roi Marc’h fit appeler par un de ses valets un coiffeur du royaume.

       La nouvelle bien qu’elle devait rester secrète se répandit comme une traînée de poudre. Au hasard des escaliers de service, dans les cuisines et les celliers, dans les couloirs du palais, parmi les gens de la cour, tout le monde chuchotait à l’oreille de tout le monde :

       «  Enfin !!!... Quelqu’un aurait, avant peu, l’opportunité de voir le roi ... découvrir son secret, car que peut-il cacher d’autre qu’un terrible secret, à vivre ainsi reclus du monde sans jamais oser se montrer. »

       C’est pourquoi le roi entendait par-delà la lourde tenture, toute sa cour, de derrière sa porte le soir, les valets entre eux, par les fenêtres de ses appartements privés jusqu’à la plus haute tour, il entendait monter cette rumeur sourdre que chacun dans le royaume contenait.

    On allait enfin savoir.

       Un beau vint un coiffeur Dam Gast ! Jamais coiffeur ne fut accueilli de la sorte, pas plus qu’un ambassadeur d’ailleurs. Un roi ... un roi lui-même en visite au royaume de Poulmarc’h n’aurait eu pareille escorte pour l’accompagner jusqu’à la limite autorisée. Le pauvre bougre était bien plus intimidé de se voir ainsi « compagné » C’est le chambellan, qui, jusqu’au bout, lui fit les dernières recommandations quant au protocole et la tenue que l’on devait avoir en présence d’un roi. Il s’assura que le coiffeur avait bien ses ciseaux, ses peignes et ses brosses tout autant que le nécessaire prévu à l’usage de ce pour quoi il avait été mandé.

       Tous regardaient le petit homme comme s’il allait monter une échelle dans le dessein d’atteindre la lune. Les circonstances étaient telles que lui-même aurait pu être convaincu de vouloir entreprendre tel voyage. Il se glissa à quatre pattes sous l’épais tissu et disparut de la vue de chacun dans un silence ... suspendu.

       De l’autre côté ... De l’autre côté, il y avait le trône vide, un tantinet poussiéreux et derrière ce trône qui avait perdu son lustre d’antan, une porte, restée ouverte, invitait à l’emprunter.

       D’un pas hésitant le coiffeur avança jusqu’à cette porte de bois, regardant de droite et de gauche. Il n’y avait personne. La porte donnait dans un couloir, les murs étaient habillés de boiserie aux peintures craquelées. L’endroit ne semblait pas livré à l’ouvrage du temps, mais presque. Au bout, tout au bout du couloir, le coiffeur parvint ... à la chambre du roi. Et le roi était là, assis dans un fauteuil à l’attendre. Un roi comme il en avait jamais vu ... un homme comme il en avait jamais vu, avec une longue, longue crinière et ... des oreilles de cheval.

        « Tu ne poseras aucune question, dit gravement le roi Marc’h. Tu sais pourquoi tu es là. Fais ton travail, coupe cette crinière dont le poids ajoute à ma peine et tu t’en retourneras par un passage secret lequel te mènera jusqu’à l’extérieur du palais sans croiser quiconque. »

       Le coiffeur se mit à l’ouvrage sans mot dire. La crinière tombait par grosses mèches sous les coups des ciseaux. Quand ce fut terminé, le roi se sentit si léger, presque libéré, il remit une pièce d’or au coiffeur, puis six autres pour son silence. L’homme jura qu’il garderait sa langue. Il se retrouva donc les yeux bandés, entendit coulisser un panneau et comme le roi Marc’h l’engageait dans une étroite galerie, il lui commanda de suivre cette dernière et de compter trente pas avant d’ôter son bandeau. Ce qu’il fit. Et l’on n’entendit plus jamais parler de lui, car au dixième pas le malheureux chuta dans une oubliette. La plus noire, la plus profonde des oubliettes du palais. Secret d’état oblige.

       Si ce n’avait été ses grandes oreilles de cheval, plus saillant encore, maintenant que découvertes, le roi Marc’h aurait pu croire que les choses s’arrangeaient favorablement. Par-delà la tenture, si chacun s’interrogeait sur le sort du coiffeur qui n’avait jamais réapparu, on sentait à la voix du souverain que son humeur était meilleure. Mais passèrent quelques semaines et de bien vite, la crinière, de nouveau fut longue et lourde au point que les migraines du roi se firent à nouveau sentir. Il fallut faire appel à un autre coiffeur.

        Même cérémonial, mêmes recommandations ... mêmes circonstances. Une fois son travail terminé, le coiffeur sollicité se vit récompensé d’une pièce d’or pour son service plus cinq autres offertes pour son silence. Et de se faire guider dans l’étroit corridor, et compter trente pas et de disparaître au dixième.

    Plus la crinière était coupée, plus vite elle repoussait.

       Semaine après semaine, on vit venir tous les maîtres coiffeurs, garçons coiffeurs et autres apprentis que comptait le royaume, aussi un barbier, même un aiguiseur rémouleur. Une pièce d’argent pour le travail, trois pièces d’argent pour le silence. À quoi bon donner tant d’or pour disparaître l’instant d’après au fond d’une oubliette, car tous passèrent de vie à trépas. Tant qu’à la fin, il n’en restait plus qu’un Yeunig, vieux Maistre coiffeur lequel en son temps avait servi le père du roi Marc’h.

       Yeunig fut à son tour mandé. Résigné car il n’avait d’autre choix, il se retrouva seul face au roi Marc’h.  La dernière fois que les deux hommes s’était rencontrés, le roi Marc’h n’était encore qu’un jeune prince.

       Ô combien le roi fut ému, et surpris de retrouver après tant d’années l’ancien coiffeur de son père. Aussi ému que Yeunig étonné de découvrir le roi affublé de cet ornement si singulier.

       « Que diable est-il arrivé à votre Majesté ? ? Par quel terrible sort avez-vous été frappé » s’inquiéta le coiffeur.

       Et le roi Marc’h de conter le récit de cette horrible journée où il perdit, dans le même temps, son cheval et son noble visage.

       Le remords est un fardeau trop lourd pour les épaules d’un homme, même lorsqu’il est roi. Dans la foulée, il confessa s’être débarrassé de tous les prédécesseurs du vieux Maistre coiffeur, de peur que son secret ne soit dévoilé.

       « Je ne saurais à votre égard, me comparer de la sorte, dit le roi Marc’h. De plus, vous êtes le dernier sur qui je puisse compter. Passons un accord. Vous viendrez chaque semaine couper cette horrible crinière, votre compagnie me sera d’un grand réconfort, mais de grâce, de grâce, gardez pour vous ce terrible secret. Ne le révélez à personne où j’en perdrais mon trône. »

       L’ancien Maistre coiffeur s’y engagea. Il se mit à l’ouvrage, retrouvant vite l’art et la manière qu’il maîtrisait autrefois. La cour fut bien étonnée de voir revenir le vieux Yeunig. Tous voulaient s’enquérir des novelles du souverain. Que cachait donc cette tenture ? Que diantre nous cachait le roi ?

       Yeunig ne souffla mot et respecta sa promesse. Mais, c’était sans compter avec la persécution de ceux qu’il croisait. Tous se faisaient pressants à son égard. Certes le chambellan, les conseillers, chaque haut dignitaire, les ambassadeurs voulaient savoir. Si à ceux-là, il était aisé de faire comprendre que ce silence gardé était ordre du roi, pour d’autres, les riches marchands, les intrigants. Yeunig devait parfois refuser des sommes d’argent, qu’on lui offrait en échanges d’indices.

       Ne parlons pas de la rue, des tavernes, qu’il ne fréquentait plus de peur de laisser échapper à la faveur d’un cidre trop fort, ne serait-ce qu’une bride de secret si lourd. Et oui, les secrets sont aussi lourds à porter que les remords. Il essayait de tenir bon, Yeunig, il parvenait toujours à garder sa langue au moment ultime. Les secrets sont comme ça, vicieux. Lorsqu’on s’y attend le moins, ils remontent, du fond du cœur, du fond du lac de l’âme et ne demandent qu’à éclater au grand jour. Si bien que Yeunig était souvent à se pincer les lèvres entre les dents ... il se bâillonnait au coucher de peur de parler en dormant. Car il n’avait même pas confiance, Yeunig, en sa propre épouse ... C’est dire.

       Alors un matin, n’y tenant plus, il partit seul, seul dans, la grande forêt d’ Huelgoat. Il voulait aller là où jamais personne ne va. Là où la forêt est si profonde, la plus inaccessible.

       Lorsqu’il fut bien certain de se trouver au bout du monde, il y a toujours dans les forêts les plus obscures un endroit, une frontière entre le monde des hommes et le monde mystérieux. Et là-bas, personne n’y va jamais de peur de ..., de peur, tout simplement. Lorsque Yeunig eut le sentiment d’être là où jamais quiconque n’irait, il creusa un trou. Un trou profond, si profond ... il s’y pencha, le plus possible et là ... là au fond du trou, il hurla de tout son cœur, de son âme, il hurla :

       « Le roi Marc’h porte la crinière et les oreilles de son cheval Morvac’h ... Le roi Marc’h porte la crinière et les oreilles de son cheval Morvac’h. »

       Et très très vite, il reboucha le trou et tassa la terre tant qu’il put, avec les mains, avec les semelles, sautant à pieds joints !!!

       Ah comme il allait mieux, comme il se sentait soulagé Yeunig, Maistre coiffeur de son état. Il était léger, léger. Il rentra presque guilleret de s’être libéré de ce fardeau si pesant.

        Et tandis que Yeunig, quittait ce lieu si éloigné, juste en bordure des mondes mystérieux ... peut-être, s’était-il avancé trop en avant ... Peut-être avait-il franchi sans le vouloir cette fragile frontière des mondes étranges, car sitôt qu’il fut parti, apparu une pousse toute frêle à l’endroit même du trou, d’un vert tendre si frais. La pousse devint un rameau, un arbrisseau, qui poussa, grandit, épanouissant ses branches, et  sur chaque branche de cet arbre majestueux, des centaines, des milliers de bourgeons, et bien plus encore

       À la fin du printemps, de belles feuilles s’étaient développées, et sur  la moindre de ces feuilles, il était écrit par on ne sait quel prodige :

    Le roi Marc’h porte la crinière
    Et les oreilles de Morvarc’h
     

       Et au dos, parce qu’il faut utiliser des feuilles recto-verso, il était écrit :

    Le roi Marc’h porte la crinière
    Et les oreilles de Morvarc’h
     

        Voilà ce que l’on pouvait lire sur chacune des feuilles  de cet arbre magnifique.

       Vint l’été ... Passa l’été ... Vint l’automne, et les feuilles de roussir. Aux premier vents annonçant l’hiver, vent d’est, vent du nord, les feuilles se détachèrent et s’envolèrent jusqu’à la dernière et partout, dans l’ensemble du royaume de Penmarc’h, ces feuilles maudites délivrèrent le terrible secret du roi Marc’h. Le roi qui portait la crinière et les oreilles de son cheval Morvac’h.

    Ar roue Guen-varc’h
    En deuz diou skouarn Marc’h
    Ar roue Guen-varc’h
    En deuz diou skouarn Marc’h

       Y’en a qui disent que les choses se sont passées autrement. Que Yeudig aurait bien creusé un trou, un trou profond, mais en forêt ... au bord de la mer, il est plus facile de creuser à même le sable.

       Qu’après son départ, là où le vieux coiffeur aurait hurlé son secret, des roseaux, dit-on, des roseaux auraient soudain poussé, grandi. Qu’au matin, en préparation d’une noce de grande noblesse, des musiciens, sonneurs et bagadou, seraient venu couper ces jeunes roseaux, afin de remplacer les hanches de cornemuses dérobées la nuit passée, par les facétieux Korrigans.

       Lorsqu’ils commencèrent à jouer, souffler dans leurs instruments, ce ne furent pas des notes de musique qui seraient sorties de ces hampes improvisées, mais la révélation du monstrueux secret.

    Le roi Marc’h porte la crinière
    Et les oreilles de son cheval Morvarc’h
    Le roi Marc’h porte la crinière
    Et les oreilles de son cheval Morvarc’h

       On voit par-là le côté fantaisiste du récit. Chacun sait que Lutins et Korrigans ne sont que fables et coquefabues. Un peu de bon sens que diable !

     

    © Le Vaillant Martial 

     

     

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