• Le poirier et le corps sans âme

    Le poirier et le corps sans âme

    Selaouet bol, mar bc’h eus c’hoant,                      Écoutez tous, si vous voulez,
    Hac e clecfet eur goazic coant,                            Et vous entendrez un joli petit conte,
    Ha na eus en hi netra gaou                                 Dans lequel il n’y a pas de mensonges,
    Met, marteze, eurgirpe daou.                              Si ce n’est, peut être un mot ou deux.

     

    I

     

    l y avait une fois un roi de Bretagne, qui avait trois fils. Leurs noms étaient Fañch, Ervoan et Arthur.  

     Dans le jardin du palais, il y avait un poirier, qui portait des poires d’or. Mais, il e disparaissait une, chaque nuit, on ne savait comment, et cela contrariait beaucoup le roi.

    Un jour, Fañch, l’aîné des princes, dit à son père :

    - J’irai veiller, cette nuit, au pied de l’arbre et si je vois le voleur, je ne le manquerais pas.

       La nuit venue, Fañch alla donc se poster au pied de l’arbre, armé de son arc. Mais il s’endormit avant minuit.

       Le lendemain matin, de bonne heure, le roi alla selon son habitude, compter ses poires.

    - Eh bien, mon fils dit-il à Fañch, le voleur de poires est-il encore venu ?
    -
    Non, mon père, répondit Fañch, je ne l’ai pas vu – Comptons les poires pour voir.

     Et il compta les poires, et dit :

    - Il en manque encore une ! Tu te seras sans doute endormi, et le voleur sera venu, comme d’habitude.

    Fañch baissa la tête et ne répondit rien.

       La nuit suivante, Ervoan voulut aller garder l’arbre. Il arriva comme à son frère : il s’endormit aussi, avant minuit, et le lendemain matin, quand son père vint compter  les  poires il en manquait encore une.

      Arthur, le cadet, voulut tenter l’aventure, à son tour.

       La nuit venue, il alla comme ses deux aînés, se poster au pied de l’arbre, armé d’un bon arc. Mais, il ne s’endormit pas, lui. Il faisait un beau clair de lune. À minuit, il survint une obscurité subite.

    - Qu’est-ce ceci ? se dit-il, et il leva les yeux au ciel et aperçut un oiseau énorme qui masquait la lune avec ses ailes. Il vint droit à l’arbre et enleva une poire. Arthur lui décocha une flèche. L’oiseau poussa un cri, et laissa tomber la poire et s’enfuit.

    - Touché s’écria Arthur, et il ramassa la poire.

    Au matin, le roi vint, comme d’habitude visiter son poirier.

    - Eh bien, mon fils, demanda-il à Arthur, as-tu été plus heureux que tes frères ?
    -
    Je crois que oui, mon père, répondit le cadet.

    Et le vieillard compta les poires

    - Il en manque encore une ! dit-il.
    -
    Oh ! Elle n’est pas loin mon père, car la voici.

    Et il présenta à son père la poire, où se trouvait la trace de du bec de l’oiseau.

    - Á la bonne heure, mon enfant, mais qui est donc le voleur ?
    -
    C’est un grand oiseau, mon père, un aigle, je crois. Je lui ai décoché une flèche, au moment où il emportait la poire, il a poussé un grand cri et l’a laissé tomber à terre.
    -
    Tu l’as alors blessé, peut-être est-il tombé à peu de distance d’ici, cherchons, pour voir.

       Et ils se mirent à la recherche de l’oiseau. Ils remarquèrent des gouttes de sang sur l’herbe et les buissons et, en suivant ces traces, ils furent conduits jusqu’à un vieux puits abandonné, dans le bois. Là s’arrêtaient les traces. Fañch et Ervoan les avaient rejoints.


    Puits à eau place de l'église, Calan (56240)  XVII è 

     

    - Il est descendu dans le puits, dirent-ils.
    -
    Il faut l’y aller le chercher, dit le roi : qui veut descendre dans le puits ?
    -
    Moi, répondit Fañch.

       On alla chercher les cordes et un seau, au château. Fañch entra dans le seau, et on le descendit dans le puits. Une seconde corde, plus petite et attachée à une cloche au-dessus du puits, suivait la corde du seau, afin de pourvoir avertir et  faire hisser le seau, en cas de danger. Le puits était profond et le seau descendait, descendait toujours ...

       Mais, au bout de quelques temps, Fañch eut peur, quand il se trouva dans une obscurité complète. Il sonna la cloche et on le remonta.

       Ervoan voulut descendre aussi dans le puits. Il alla un peu plus loin que son aîné, mais pas beaucoup, il sonna la cloche et on le hissa aussi.

    - À mon tour, dit alors Arthur.

       Et il entra résolument dans le seau. Il descendait, descendait toujours et la cloche ne sonnait pas. La corde vint à manquer, on alla chercher de quoi la rallonger, et le seau continua de descendre, pendant plusieurs heures, tant et si bien qu’il finit par toucher le fond. Arthur en sortit, alors, et se trouva dans un autre monde. Rien n’y était comme dans celui d’où il venait, ni les arbres, ni les fleurs, ni les animaux, ni même la lumière. Étonné de tout ce qu’il voyait, mais n’ayant pas peur pourtant, il se mit à marcher au hasard, et rencontra bientôt une petite vieille.

    -  Où allez-vous ainsi, Arthur, le plus jeune fils du roi de Bretagne ? lui demanda la vieille.
    -
    Je cherche le voleur des poires d’or de mon père, répondit-il, surpris qu’on le connût par-là.
    -
    Oh ce voleur là, vous ne le prendrez point, c’est mon fils.
    -
    Nous verrons bien grand-mère, répondit Arthur. Et il poursuivit son chemin.

       Il se trouva bientôt devant un château dont les murs étaient d’acier et il vit l’oiseau perché au-dessus de la porte de la cour. Dès que l’aigle l’aperçut, il s’envola en poussant un cri perçant.

       Arthur trouvant la porte ouverte, entra sans hésiter dans la cour du château. Une princesse d’une beauté merveilleuse vint à sa rencontre et lui dit :

    - Je vous salue Arthur, le plus jeune des fils du roi de Bretagne !
    -
    Vous me connaissez donc, princesse ? lui demanda Arthur, étonné.
    -
    Oui je vous connais et je vous souhaite la bienvenue, car vous pouvez me délivrer, moi et mes deux sœurs. Nous sommes toutes les trois les filles du roi d’Espagne, et depuis cinq ans, ce vilain animal, qui s’est envolé en vous voyant arriver, nous retient captives, dans trois châteaux, dont l’un, celui-ci, est d’acier, un autre est d’argent, et le troisième d’or. Si vous venez à bout de le tuer, vous nous délivrerez, et vous pourrez choisir pour votre femme celle de nous trois que vous préférerez.

    - C’est certainement bien tentant, princesse, répondit Arthur, mais comment tuer l’oiseau, puisqu’il s’enfuit à mon approche ?
    -
    Je vais vous conduire jusqu’au château d’argent. Il y trouva encore l’oiseau perché au-dessus de la porte, mais dès qu’il l’aperçut, il s’enfuit de nouveau, en poussant des cris perçants. Arthur pénétra dans la cour du château, où une seconde princesse, plus belle encore que celle du château d’acier, s’avança en souriant à sa rencontre et lui dit :

    - Soyez le bienvenu, Arthur, le plus jeune fils du roi de Bretagne !
    -
    Vous me connaissez donc aussi, princesse ?
    -
    Oui, je vous connais, et je sais ce que vous venez chercher ici
    -
    C’est ce grand oiseau, qui vole les poires d’or de mon père, et qui s’en va dès qu’il m’aperçoit ?
    -
    Oh ! si vous pouvez nous délivrer de ce vilain animal, mes deux sœurs et moi, vous nous rendrez un grand service, et vous pourriez choisir pour femme, celle de nous trois, que vous préférerez.
    -
    Je ferai mon possible, princesse, mais comment le tuer, puisqu’il s’envole, dès qu’il m’aperçoit ?
    -
    Il est allé au château d’or, où j’ai une autre sœur, plus belle que moi. Je vais vous y conduire moi-même.

       Et elle le conduisit jusqu’au château d’or. L’aigle y était encore, perché au-dessus de la porte de la cour, et, en voyant venir Arthur, il s’envola, en poussant un cri effrayant.

       Arthur entra dans la cour du château, où une princesse, belle, comme le soleil, s’avança au-devant de lui en souriant et lui parla de la sorte.

    - Soyez le bienvenu, Arthur, le plus jeune fils du roi de Bretagne ! Je sais ce que vous venez chercher ici. Si vous pouvez nous délivrer de ce vilain animal qui nous tient captives, mes deux sœurs et moi, vous nous rendrez le plus grand des services et vous pourrez choisir pour femme l’une de nous trois.
    -
    Comment le tuer, princesse, puisqu’il s’envole, dès qu’il m’aperçoit
    -
    Si vous me promettez de m’être fidèle, je vous procurerai les moyens de venir à bout de lui.
    -
    Je vous le promets bien volontiers princesse.
    -
    Restez ici avec moi et vous le verrez revenir, sans tarder, et je vous dirai ce que vous aurez à faire.

       Arthur resta au château d’or, avec la princesse, et, au bout de trois jours l’aigle y revint et se percha, comme d’habitude, au-dessus de la porte de la cour. La princesse dit alors à Arthur, en lui présentant une épée :

    - Prenez cette épée, et allez-vous asseoir sur un siège, au milieu de la cour. Appuyez sur votre cuisse la poignée de l’épée, et tenez en la pointe en l’air. Aussitôt l’aigle prendra son vol et planera au haut du ciel, en décrivant des cercles au-dessus de votre tête, et en poussant des cris perçants. Les cercles iront en se rétrécissant et s’abaissant à chaque tour. N’ayez pas peur, tenez toujours la pointe de votre épée en l’air, et il finira par se jeter dessus et se changera aussitôt en homme. Alors, vous en aurez facilement raison.

       Arthur prit l’épée et alla s’asseoir sur un siège, au milieu de la cour, tenant la poignée de l’arme appuyée sur sa cuisse, la pointe en l’air. Aussitôt l’aigle commença à décrire des cercles, au-dessus de sa tête, en poussant des cris effrayants. À chaque tour, le cercle se rétrécissait, et il s’abaissait, comme attiré par un aimant, jusqu’à ce qu’il finit par se précipiter sur la pointe de l’épée, qui le transperça de part en part. À l’instant, il fut changé en homme et dit à Arthur :

    - Laisse-moi la vie !
    -
    Oui, si tu veux me signer avec ton sang que tu abandonnes les trois princesses que tu retiens captives, dans tes trois châteaux.
    -
    Non, je ne ferais pas cela.
    -
    Tu peux te préparer à mourir, alors.
    -
    Demande-moi autre chose, de l’argent et de l’or, autant que tu voudras.
    -
    Non, c’est les trois princesses que je veux.
    -
    Eh bien, puisqu’il le faut, je vais te signer, avec mon sang que je te les cède.

       Et il signa avec son sang un parchemin et le donna à Arthur. Celui-ci conduisit alors les trois princesse au puits, pour les ramener dans le monde de dessus. Il fit entrer d’abord dans le seau la princesse du château d’acier, et tira sur la corde de la cloche. On hissa aussitôt le seau avec la princesse, qui laissa une de ses pantoufles, c’était une pantoufle d’acier.

       Quand le seau arriva en haut, les deux frères aînés d’Arthur, qui se trouvaient à l’ouverture du puits, qui se trouvaient à l’ouverture du  puits, furent bien étonnés d’en voir sortir une princesse d’une beauté accomplie. Ils prétendaient l’avoir, tous les deux, et ils étaient sur le point de se battre, quand la princesse leur dit :

    - Ne vous disputez pas pour moi, car il y a encore au fond du puits une autre princesse bien plus belle que moi, descendez de nouveau le seau, et vous verrez.

       Ils se hâtèrent de redescendre le seau, et la princesse du château d’argent y entra, et, avant de se faire hisser, elle donna à Arthur une de ses pantoufles, une charmante petite pantoufle d’argent.

       Quand elle arriva à l’ouverture du puits, les deux princes se la disputèrent encore, mais elle leur dit aussi :

    - Ne vous disputez pas de la sorte pour moi, car il y a au fond du puits une troisième princesse qui est bien plus belle que nous deux.

       Ils s’empressèrent de redescendre le seau. La princesse du château d’or y entra, à son tour, et, comme les deux autres, elle laissa une pantoufle à Arthur, une charmante petite pantoufle d’or. Les deux frères aînés, éblouis par sa beauté, restèrent un moment silencieux et saisis d’admiration, à sa vue, puis ils se la disputèrent aussi.

    - Ne vous disputez pas pour moi, leur dit-elle, car il y au fond du puits une autre princesse, bien plus belle qu’aucune de nous trois.

       Et le seau fut descendu, pour la quatrième fois. Arthur y entra, à son tour, avec son épée et les trois pantoufles des princesses. Ses deux aînés se penchaient souvent sur l’ouverture du puits, impatient de voir la merveille qui devait en sortir. Quand ils reconnurent que c’était leur frère cadet qu’ils hissaient à grand’ peine, ils coupèrent la corde, et le pauvre Arthur retomba tout meurtri au fond du puits.

       Les deux aînés conduisirent les trois princesses au palais, et les présentèrent à leur père. Le vieux roi fut émerveillé de leur beauté, et demanda à Fañch et à Ervoan d’où elles venaient et ce qu’était devenu Arthur.

    - Nous avons enlevé les princesse, répondirent-ils, au magicien qui vous dérobait vos poires d’or, sous la forme d’un aigle, et quant à notre pauvre cadet, il a péri, dans le combat qu’il nous a fallu soutenir contre l’oiseau.

    Le vieux roi regretta vivement son plus jeune fils.

       Cependant Fañch et Ervoan étaient tous les jours en fêtes et en parties de plaisir avec les princesses, et on parla bientôt de mariage. Mais les princesses déclarèrent qu’elles ne consentiraient à se marier que lorsqu’on leur aurait retrouvé la pantoufle qui manquait à chacune d’elles, ou fabriqué de nouvelles pantoufles, de tout point semblables à celles qu’elles avaient gardées. Voilà nos gens bien embarrassés.

       Mais, pendant qu’ils visitent inutilement les meilleurs cordonniers et bijoutiers de la capitale du royaume, voyons ce que deviens le pauvre Arthur.

       Comme il gisait à terre, après sa chute, les membres rompus et ne pouvant plus se relever, la mère de l’aigle arriva et lui dit :

    - Eh bien, cadet du roi de Bretagne, qu’as-tu gagné en enlevant à mon fils les princesses et son épée ? Te voilà dans un piteux état !

    - Oui vraiment grand-mère, venez à mon secours, je vous prie.
    -
    Si tu veux me promettre de rendre son épée à mon fils, je te guérirai sur le champ.
    -
    Volontiers, la voilà.

        Et il donna l’épée à la vieille. Celle-ci appela son fils, qui n’était plus un aigle, mais bien un homme comme tout le monde, et la lui rendit. Puis elle frotta les membres d’Arthur avec un onguent de sa composition, et aussitôt il se releva, aussi bien portant et aussi dispos qu’il le fut jamais. Après cela, elle dit à son fils, redevenu aigle, en rentrant en possession de son épée :

    - À présent, mon fils il te faudra rendre le fils du roi de Bretagne dans son pays.
    -
     Je le veux bien, ma mère, si j’ai à manger à discrétion, répondit l’aigle.

       On tua six bœufs et douze moutons, pris dans un immense troupeau qui paissait dans une montagne voisine, on les chargea sur le dos de l’aigle, Arthur monta sur le tout, et l’oiseau s’enleva alors dans le puits.

    - Donne-moi à manger ! cria-t-il, bientôt.

       Arthur lui donna un mouton, qu’il avala aussitôt, et il continua de s’élever dans le puits. Mais bientôt il cria encore : - Donne-moi à manger ! Et Arthur lui donna un second mouton, qui disparut comme le premier, puis un troisième, un quatrième ... enfin, tant et si bien que les provisions furent épuisées, avant de sortir du puits. On approchait pourtant du but et l’on apercevait la lumière.

    - Donne-moi à manger ! demanda encore l’oiseau.
    -
    Je n’ai plus rien, ma pauvre bête, répondit Arthur.
    -
    Donne-moi à manger, ou je te laisse tomber au fond du puits.
    -
    Du courage ! Encore quelques coups d’aile, et nous sommes hors du puits.
    -
    Donne-moi à manger, te dis-je, ou je te laisse tomber au fond du puits !

       L’embarras d’Arthur était extrême, que faire ? Il tira son couteau de sa poche, se coupa le mollet de la jambe gauche et le donna à l’aigle.

    - C’est bon, dit celui-ci, mais c’est bien peu ?

       Et en instant après il criait encire : - Donne-moi à manger ! Arthur lui donna l’autre mollet, puis il se coupa successivement ses deux fesses et ses cuisses, et ils sortirent enfin du puits. L’aigle était bien fatigué, mais Arthur, dans quel état il était, le pauvre garçon ! ...

    - Rends-moi encore un service, avant de me quitter, dit-il à l’aigle.
    -
    Que veux-tu lui demanda l’oiseau.
    -
    Vois dans quel état je suis ! Je vais mourir, sûrement, eh bien, pour abréger mes souffrances, achève de me manger.
    -
    Non, je n’achèverai pas de te manger, dit l’aigle, mais je vais au contraire, te rendre tout ce que je t’ai pris.

       Et, en effet, au moyen d’un onguent composé par sa mère, il lui rendit mollets, fesses et le reste. Arthur se retrouva instantanément aussi complet et aussi bien portant qu’il ne le fut jamais. Avant de le quitter, l’aigle lui dit encore :

    - Tire-moi à présent une plume de la queue, garde-la précieusement, et si jamais tu as encore besoin de moi (ce qui arrivera), tu n’auras qu’à l’approcher du feu, et j’arriverai aussitôt. Il tira une plume de queue l’aigle, et l’oiseau s’envola alors.

       Arthur revint tout droit à Nantes. Comme il était mal vêtu, il descendit dans une modeste auberge, et demanda à son hôte :

    - N’y a-t-il rien de nouveau, à Nantes ?
    -
    Si vraiment, répondit l’hôte, et il faut que vous veniez de loin, pour ne pas le savoir.
    -
    Qu’est-ce donc ?
    -
    Il n’est bruit partout que du mariage des deux fils du roi, et il y a, à cette occasion, de grands préparatifs, car il y aura des festins et des fêtes magnifiques.
    -
    Ah, vraiment, les deux fils du roi se marient ? Et à qui donc se marient-ils.
    -
    Â des princesses étrangères, les plus belles que l’on ait jamais vues.
    -
     De quel pays sont-elles, ces princesses ?
    -
    On ne sait pas bien d’où elles viennent, mais voici ce qu’on dit : le roi possède, dans son jardin, un poirier merveilleux, qui produit des poires d’or, depuis quelques temps, il disparaissait chaque nuit, une poire de l’arbre, sans qu’on pût arriver à découvrir le voleur, et le roi en était très contrarié. Son fils ainé, voyant cela alla passer une nuit au pied de l’arbre, armé de son arc, et bien décidé à tirer sur le voleur s’il le voyait, et quel qu’il pût être. Mais il s’endormit, et le lendemain matin, une poire avait encore disparu, comme à l’ordinaire. Le second fils du roi alla, la nuit suivante, garder le poirier, et ne fût pas plus heureux que son ainé, il s’endormit et, le lendemain il manquait une poire de plus. Enfin le cadet, nomme Arthur, voulut à son tour tenter l’aventure. Il ne s’endormit pas, lui, et, vers minuit, il vit un grand oiseau, un aigle, dit-on, qui vint droit à l’arbre et enleva une poire dans son bec, en passant. Mais comme il s’envolait avec le fruit, le jeune prince Arthur lui décocha une flèche, l’atteignit et lui fit lâcher sa proie. L’oiseau s’envola pourtant.


    Puis à Cuguen (35270)

     

       Quand le jour fut venu, les trois frères se mirent à sa recherche, persuadés qu’il ne devait pas être allé bien loin, à cause de sa blessure. Guidés par les gouttes de sang tombées sur l’herbe et les buissons, ils suivirent sa trace jusqu’à un vieux puits abandonné, qui se trouvait dans un bois voisin. Là ils finirent d’apercevoir des traces de sang. L’oiseau était donc descendu  dans le puits. Le plus jeune des trois princes, donc y descendit le premier, et ne reparut plus, le pauvre jeune homme ! ...

    Sans doute, que l’aigle l’avait mangé, interrompit Arthur.

    - Il faut le croire, répondit l’hôte, car c’est ce que racontèrent les deux autres princes, qui descendirent aussi dans le puits et en revinrent avec les trois princesses dont je vous ai parlé, après un combat terrible où ils finirent par tuer l’aigle, qui n’était autre chose qu’un grand magicien.
    -
    Ah ! Vraiment ? dit Arthur, comme cela il y a donc trois princesses et deux d’elles seulement se marient ?
    -
    Oui il y a trois princesses, et il est bien malheureux que le jeune prince Arthur soit mort, il en aurait épousé une, et la fête aurait été plus complète.
    -
    Vous avez raison, mais les mariages ne sont pas encore accomplis ?
    -
    Non, pas encore, les princesse ont perdu chacune de leurs pantoufles et elles disent qu’elles se marieront que lorsqu’on les leur aura retrouvées ou qu’on leur en aura fabriqué d’autres absolument semblables, et on ne peut ni retrouver les pantoufles perdues, ni découvrir un ouvrier assez habile pour en fabriquer de semblables, car ce sont dit-on, de véritables merveilles : une d’elles est en or pur, une autre en argent et la troisième en acier.

    Arthur, après avoir fait causer ainsi son hôte, se trouva rassuré.

     

     

    Le lendemain matin, il alla trouver un forgeron  de la ville et lui parla ainsi :

    - Je suis un pauvre ouvrier sans travail, voulez-vous me prendre à votre service ?
    -
    Êtes-vous ouvrier forgeron ?
    -
    Non, je ne suis pas ouvrier forgeron, mais je serai toujours bon pour battre le fer.

    On le prit pour battre le fer.

    Le lendemain, il dit à son patron :

    - J’ai entendu dire qu’il y a à la cour trois princesses étrangères, qui demandent un ouvrier assez habile pour leur fabriquer à chacune une pantoufle, et que personne, à Nantes, ne peut les satisfaire ?
    -
    C’est parfaitement vrai, répondit le patron.
    -
    Eh bien patron, allez au palais, je vous prie, demandez la pantoufle d’acier, et dites hardiment que vous êtes capable d’en fabriquer une semblable pour l’appareiller.
    -
    Comment voulez-vous qu’un pauvre forgeron, comme puisse avoir cette prétention, lorsque tous les plus habiles forgerons serruriers et orfèvres de la ville y ont échoués.
    -
    Allez, vous dis-je, et reposez- vous sur moi du soin d’exécuter le travail, demandez dix mille écus pour votre salaire, si vous réussissez, et on vous les accordera sans difficulté.

       Le forgeron se rendit au palais, quoi qu’il n’eût pas grande confiance, mais, séduit, par l’appât d’un gain considérable.

       On lui livra la pantoufle d’acier, comme modèle, en lui fixant un délai de quinze jours pour présenter son travail.

    - Comment pourras-tu jamais faire un semblable chef-d’œuvre ? dit-il en remettant la pantoufle à Arthur.
    -
    Ayez seulement confiance en moi, répondit celui-ci, et ne vous inquiétez de rien.

       Cependant Arthur battait tous les jours le fer à son patron et ne paraissait pas songer à sa pantoufle, et quand on lui conseillait de s’en occuper :

    - Baste ! répondait-il, j’ai bien le temps, soyez tranquille, et laissez-moi faire.

       Mais, le maître n’était nullement rassuré, et il portait déjà le deuil des dix mille écus promis.

        Enfin, la veille du jour où le terme expirait Arthur passa toute la nuit, seul, dans la forge, et le lendemain matin, de bonne heure, le patron impatient, vint frapper à la porte. Arthur lui ouvrit et il entra précipitamment en criant :

    - Eh bien, et la pantoufle ?
    -
    Est faite, répondit Arthur tranquillement, les voilà toutes les deux, tâchez de distinguer quelle est celle que j’ai fabriquée.

       Le forgeron les examina de près, les tourna et les retourna, dans tous les sens, sans trouver la moindre différence entre elles. Il ne se possédait pas de joie, et il courut au palais. On avertit la princesse à la pantoufle d’acier. Elle vint, prit les pantoufles des mains du forgeron, les examina et parut étonnée.

    - Qui a fait le travail ? demanda-t-elle ?
    -
    C’est moi princesse, répondit le forgeron.
    -
    Vous ? N’espérez pas me faire croire cela, nous verrons, au reste, plus tard.
    -
    Pour vous prouver que c’est bien moi princesse, si vous avez d’autres travaux de mon métier à faire exécuter, quels qu’ils soient, veuillez me les confier et je promets de vous satisfaire.
    -
    Je vais vous envoyer une de mes sœurs, lui répondit la princesse, en se retirant avec ses pantoufles, après lui avoir fait compter les dix mille écus promis.

       La princesse du château d’argent parut, un moment après, et présenta au forgeron sa pantoufle d’argent, en luis disant :

    - J’ai vu la pantoufle d’acier que vous avez apportée à ma sœur aînée, pouvez-vous me procurer la pareille de celle-ci ?
    -
    Parfaitement, princesse répondit le forgeron, si vous me promettez de me la payez vingt mille écus ?
    -
    Emportez la pantoufle et si, dans quinze jours, vous m’en apportez deux semblables, je vous donnerai vingt mille écus.

       Le forgeron promit, salua profondément et se retira, transporté de joie, et emportant les dix mille francs et la pantoufle d’argent. Il la présenta à Arthur, qui lui dit de dormir tranquille et de compter que les vingt mille écus au bout de quinze jours.

       Et, en effet, au terme fixé, le forgeron se présentait de nouveau au pelais avec deux pantoufles d’argent absolument semblables l’une à l’autre, et recevait les vingt mille écus promis.

       Bref, il en fut de même pour les pantoufles de la princesse au château d’or, et il reçut encore trente mille écus.

    Mais au moment où il allait se retirer, les trois princesses dirent au roi :

    - Faites retenir cet homme, Sire, et envoyez des soldats à son atelier avec ordre un soi-disant ouvrier qui s’y trouve, car c’est à celui-là, et non à nul autre, que nous devons d’avoir retrouvé nos pantoufles.

       On fit ce que demandaient les princesses, et le prince Arthur, déguisé en ouvrier forgeron, fut amené au palais.

    - C’est lui ! s’écrièrent les princesse, dès qu’elles le virent, c’est lui qui nous a délivrées du magicien. Ne le reconnaissez-vous donc pas, Sire ? C’est votre plus jeune fils, le prince Arthur !

       Arthur se jeta dans les bras de son père, et ils pleurèrent de joie tous les deux. Se tournant alors vers ses frères, qui étaient là également, mais qui ne paraissaient pas être à leur aise, il leur dit :

    - Ne craignez rien, mes frères, je ne veux pas rendre le mal pour le mal et je vous pardonne.

       Au lieu de deux mariages que vous vous prépariez à célébrer, mon père, il y en aura trois, car chacun de nous épousera une des princesses, moi je demande la main de la plus jeune, la princesse du château d’or.

       La princesse du château d’or sourit gracieusement au prince Arthur et mit sa  main dans la sienne. L’aîné des princes présenta également la main à la princesse du château d’acier, le puîné le fit à la princesse du château d’argent, et tout s’arrangea pour le mieux.

       On envoya alors chercher le roi d’Espagne et, quand il fut arrivé, on fit les trois mariages et les trois noces ensemble. Il y eut des festins, des fêtes, des réjouissances publiques et des jeux de toute sorte et j’aime mieux vous laisser vous en faire une idée vous-mêmes et continuer mon récit.

    Quand tout fut terminé le prince Arthur, dit à ses frères

    - Vous, mon frère Fañch, qui êtes l’aîné, vous resterez à Nantes auprès de notre père, et vous lui succèderez sur le trône de Bretagne, quand il plaira à Dieu de l’appeler à lui : vous mon frère Ervoan, vous suivrez notre beau-père en Espagne, où vous serez aussi roi, un jour viendra, moi j’irai avec ma femme à Bordeaux et, comme je ne suis pas ambitieux, je me contenterai d’un simple duché, où je vivrai tranquillement, le reste de mes jours.

       Arthur fit alors ses adieux à son père, à  sa mère, à ses frères et à ses belles-sœurs, et partit avec sa femme pour Bordeaux.

       Avant de le quitter, après l’avoir sorti du puits, l’aigle l’avait averti de prendre garde au Corps-sans-âme qui guettait sa femme pour la lui enlever. Or, comme il l’emmenait à Bordeaux, dans un beau carrosse doré, tout d’un coup le ciel s’obscurcit, en plein jour, un épais nuage enveloppa le carrosse et il en sortit un bras qui enleva la princesse, puis le nuage, s’éleva en l’air et disparut.

       Arthur se rappela alors la recommandation de l’aigle et compris que c’était le Corps-sans-âme qui lui avait enlevé sa femme. Sa douleur fut grande. Comme il se désolait et se lamentait, il se souvint que l’aigle lui avait encore dit que, lorsqu’il aurait besoin de son aide, il n’aurait qu’à approcher du feu la plume arrachée de sa queue, et il arriverait aussitôt. Il mit le feu à quelques herbes sèches, sur le bord de la route, en approchant la plume, qu’il avait heureusement gardé sur lui, et l’aigle arriva en demandant :

    - Qu’y’a-t-il pour votre service prince Arthur ?
    -
    J’ai perdu ma femme ! ... répondit Arthur, et il explique comment elle lui avait été enlevée.
    -
    C’est le Corps-sans-âme qui l’a enlevée, dit l’aigle, sais-tu où il demeure ?
    -
    Non
    -
    Ni moi non plus malheureusement. J’ai parcouru le monde entier ou peu s’en faut et je n’ai jamais pu savoir où il habite, mais il ne pas néanmoins renoncer à tout espoir, mets-toi en route, à la recherche de ta femme, et ne t’arrête que lorsque tu l’auras retrouvée. Dieu te viendra en aide.

       L’aigle s’envola et le prince se mit résolument en route, marchant au hasard mais plein de confiance dans les paroles de l’oiseau.

       Après plusieurs jours de marche, la nuit le surprit dans un grand bois. Par crainte des bêtes féroce, il monta sur un arbre, pour attendre le jour. Peu après, trois hommes (des brigands, sans doute) arrivèrent sous l’arbre, allumèrent du feu et se mirent à manger et à boire tout en causant. Arthur ne perdait pas un mot de ce qu’ils disaient.

    - Qu’as-tu pris aujourd’hui ? demanda un voleur à un autre.
    -
    Un chapeau merveilleux et qui me seras d’une très grande utilité, répondit celui-ci. Quand je me le mets sur ma tête, je deviens invisible, et personne ne peut me voir.
    -
    A la bonne heure ! dit le premier voleur, moi, j’ai aussi pris quelque chose qui n’est pas à dédaigner.
    -
    Quoi donc ?
    -
    Des guêtres avec lesquelles je puis faire cent vingt lieues à l’heure.
    -
    Et moi dit un troisième, j’ai pris un arc, et quand je lui dis tire et atteins ! il atteint le but que je lui désigne.

       Avec notre chapeau, nos guêtres et notre arc merveilleux, se dirent-ils, nous ferons ce que nous voulons, et nous n’aurons pas nos pareils au monde !

    - Et pour fêter leur bonne fortune, ils se mirent à boire abondamment, si bien qu’ils s’enivrèrent et s’endormirent. Mais ils avaient auparavant suspendu, le chapeau, les guêtres et l’arc merveilleux aux branches de l’arbre. Arthur descendit doucement et s’en empara, puis s’étant mis le chapeau sur la tête, il donna un violent coup de bâton de chacun de ses voleurs. Ceux-ci s’éveillèrent et, ne voyant personne autre qu’eux trois, s’injurièrent d’abord, en se reprochant mutuellement les coups de bâton, puis ils se battirent. Arthur ne put s’empêcher de rire aux éclats, à ce spectacle. Les voleurs étonnés d’entendre rire et de ne voir personne, cherchent le chapeau, les guêtres et l’arc, et voyant qu’ils ont disparu, ils jurent, tempêtent et jettent les hauts cris, mais en vain.

       Arthur se mit les guêtres aux jambes et repartit. Comme il faisait du chemin, à présent ! Il franchissait les fleuves =, les bras de mer, passait par-dessus les forêts, les villes, rien ne l’arrêtait. En traversant une immense plaine, il aperçut une vieille femme qui y gardait ses moutons.

    - Où vas-tu de la sorte, vers de terre ? lui demanda la vieille.
    -
    Je cherche le corps sans âme, grand-mère, le connaissez-vous ?
    -
    Certainement que je le connais.
    -
    Où, demeure-t-il donc ?
    -
    Tu n’es plus bien loin de son habitation : tu arriveras bientôt au bord de la mer, et tu y verras, sur un rocher escarpé, un château ceint de hautes murailles, c’est là qu’habite le Corps-sans-âme. La porte de la cour est ouverte, mais je ne te conseille pas d’y entrer, si tu tiens à la vie. Il y a trois fenêtres, sur le château et, tous les matins, quand le géant se lève, il lance feu et flammes par ces fenêtres, si bien que tout est brûlé et aride, à sept lieues à la ronde. Tient-tu encore à trouver le Corps-sans –âme ?
    -
    Oui, certainement, je veux le voir, et tout ce que vous venez de me dire ne m’effraye pas.

      Arthur ôta ses guêtres, afin d’aller moins vite et s’achemina tranquillement vers le château, au grand étonnement de la vieille. Il y arriva, vers le coucher du soleil. Le géant ne lançait pas de feu brûlant, alors il mit son chapeau magique sur sa tête,  et pénétra dans le château sans être vu de personne. Il vit le géant à table, avec sa femme. Quand leur repas fut terminé, ils allèrent se coucher chacun dans sa chambre. Arthur, toujours invisible, suivit sa femme. Quand la princesse eut tiré le verrou de sa porte, il ôta son chapeau et aussitôt sa femme le vit, le reconnu, lui sauta au cou en s’écriant :

    - Dieu ! Mon pauvre ami, qu’êtes-vous venu faire ici ?
    -
    Je suis venu vous délivrer de ce vilain monstre.
    -
    Il faudrait pour cela le tuer, et ce n’est pas possible car c’est un Corps-sans-âme, le principe de sa vie ne réside pas dans son corps.
    -
    Où donc, alors !
    -
    Hélas, je n’en sais rien.
    -
    Il faudra pourtant le savoir, demain matin, pendant que vous déjeunerez ensemble, dites-lui que vous avez rêvé que les bâtiments de votre père étaient venus avec une armée pour détruire son château et le faire mourir, nous verrons ce qu’il répondra.

       Le lendemain matin, pendant le déjeuner, Arthur étant présent lui-même, mais invisible, la princesse dit tout à coup au géant :

    - Si vous saviez, le rêve, que j’ai fait cette nuit ...
    -
    Qu’avez-vous donc rêvé ?
    -
    J’ai rêvé que mon père avait envoyé, sur ses vaisseaux, une armée pour détruire votre château, vous faire mourir vous-même et m’emmener dans mon pays.
    -
    Ah, le sot rêve que vous avez fait là !
    -
    Pourquoi donc serait-il si sot ?
    -
    Parce que je suis un Corps-sans-âme et personne au monde ne peut m’ôter la vie.
    -
    Pourquoi ne pourrait-on vous tuer comme un autre ?
    -
    Parce que le principe de ma vie ne réside pas dans mon corps.
    -
    Vraiment ? Où est-il donc ?
    -
    Ah voilà ce que je n’ai jamais dit à personne.
    -
    Vous pouvez bien me le dire à moi, à qui voulez-vous que je le répète, puisque je ne vois que vous ici ?
    -
    Eh bien, je vais vous le dire. Au milieu du bois qui entoure mon château, parmi les ronces et les épines, est une caverne profonde, avec une porte de fer. La clef de cette porte est dans un petit coffret près de mon lit.
    -
    Celui qui parviendra à me dérober cette clef et à pénétrer dans la caverne ... mais, cela n’est pas possible, car personne au monde ne connaît rien de tout ceci ...
    -
    Certainement non, mais dites toujours.
    -
    Eh bien celui qui réussirait à me dérober la clef et à pénétrer dans la caverne y trouverait un lion énorme et furieux, dans l’intérieur de ce lion, est un loup, dans le loup, est un lièvre, dans le lièvre une colombe, dans la colombe un œuf, et c’est dans cet œuf que réside le principe de ma vie. Celui qui réussirait à tuer successivement tous ces animaux renfermés les uns dans les autres, de manière à posséder l’œuf et à me le briser sur le front, celui-là seul pourrait me donner la mort. Or, je vous demande s’il vous paraît possible que jamais homme né d’une femme puisse faire tout cela ?
    -
    Non, bien sûr, et vous pouvez être exempts de toute inquiétude à ce sujet.

       Arthur avait tout entendu, sans que le géant se doutât de sa présence. Quand la princesse retourna à sa chambre, après le repas terminé, il l’y suivit, comme la veille, et, ayant ôté son chapeau il redevint visible.

    - Eh bien lui dit alors sa femme, vous savez, à présent, où réside le principe de la vie du géant ?
    -
    Oui, répondit-il, j’ai tout entendu.
    -
    Et pensez-vous encore pouvoir venir à bout de lui ?
    -
    Peut-être bien, j’essaierai toujours. Si vous pouvez me procurer la clef de la taverne, je crois pouvoir répondre du reste.
    -
    Je vous procurerai la clef de la taverne.

       Pendant que le géant dormait, la princesse prit la clef, dans le coffret, et la donna à Arthur. Celui-ci se rendit aussitôt dans le bois et découvrit non sans peine, l’entrée de la caverne. Il entrouvrit la porte, et aussitôt un lion furieux s’élança la gueule grande ouverte pour le dévorer. Mais il avait une épée trempée dans le sang d’une vipère aspic (l’épée même du géant), que lui avait donnée la princesse, et avec cette arme invincible il tua le lion, après un terrible combat. Il lui ouvrit aussitôt le ventre, et un loup s’en élança. Bref il eut facilement raison du loup, du lièvre et de la colombe, sortis les uns des autres, et le voilà en possession de l’’œuf qui renfermait la vie du géant. Il se hâta de se rendre auprès de la princesse, qui le conduisit à la chambre du monstre. Celui-ci était étendu sur son grand lit et agonisait déjà. Arthur, voyant qu’il n’était plus à craindre, s’avança jusqu’au bord du lit, tenant l’œuf à la main et le lui montra. Le géant fit alors un dernier effort pour se lever, mais ce fut en vain.


     

       Alors, le prince lui brisa l’œuf sur le front, et aussitôt le monstre et son château s’abimèrent dans le puits de l’enfer, avec du tonnerre et des éclairs !

       Arthur et sa femme, se retrouvèrent sans mal dans la cour du château. Ils s’empressèrent de retourner en Espagne, et le vieux roi fut si heureux de revoir sa fille et son gendre, qu’il céda sa couronne à celui-ci.

       Il y eut alors des fêtes et des festins comme je n’en ai jamais vu que dans mes rêves.

       Le grand-père du père de ma grand-mère, qui était allé en pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle, vit tout en passant, et eut même sa part du fricot, et c’est comme cela que le souvenir s’en est conservé dans ma famille, car j’ai appris ce conte de mon père, qui lui-même l’avait appris du sien, et ainsi de suite jusqu’à la douzième génération.

     © Le Vaillant Martial

     

     

     

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