• Le petit Troubadour


     

    Le petit troubadour 

    L’ombre épaisse des grands chênes et des châtaigniers s’étirait sur la pelouse verdoyante ; Bientôt la colline où paissait paisiblement un troupeau de moutons serait noyée dans la pénombre.

    Le tintement lointain d’une cloche réveilla Loïc en sursaut. Il est grand temps de regrouper tout ce beau monde et de rentrer au bercail, pensa le jeune berger en se levant d’un bond. À vrai dire, de berger, il n’en avait que le nom. Loïc, se préoccupait assez peu des moutons dont qu’il avait la charge de garder, préférant poser des collets, pêcher les grenouilles ou mieux encore « siestouiller ».

    Cette énergie soudaine qui l’animait était surtout motivée par la perspective d’une platée de crêpes qui l’attendait, tout juste fumante, à la ferme. Il en salivait d’avance !


     

    Tout en sifllant Kidu son chien, il s’approcha d’une grosse pierre plate. La roche aux fées. C’est ainsi qu’on la nommait. C’était toujours en ce lieu qu’il déposait chaque matin tout son fatras. Comme il se penchait pour saisir sa gibecière, un mouvement rapide détourna son regard.

    Debout sur la roche, se tenait un petit bonhomme en culotte de mousse. Loïc, amusé plus que surpris, détailla l’étonnante créature. Son corps, épais comme deux brindilles étai drapé dans une feuille de bouleau, sa tête minuscule disparaissait sous une fleur d’ajonc et ses pieds étaient enroulés dans des ailes de coléoptères. Et, sous son bras, il tenait un violon....

    Berger et Lutin se regardèrent sans échanger mot jusqu’à ce que le petit bonhomme se saisisse de son instrument et en pince une corde.


     

    Un son suraigu retentit. Un son si dissonant que la tignasse ébouriffée de Loïc se hérissa comme les crins d’un balai brosse.

    - La bonne nuit à vous lança, le petit homme d’une voix qui sonnait comme une clochette.
    -
    La même chose pour vous, bougonna le jeune garçon en se frottant les cheveux.
    -
    Aimer vous danser Loïc ? Car si tel est le cas, patientez quelques instants et vous découvrirez les meilleurs danseurs de Bretagne.

    Loïc, sans daigner répondre, tançait le petit homme, comme s’il n’était qu’une vulgaire grenouille.
    -
    Et, j’en suis le musicien, gloussa le lutin torse bombé avant de s’incliner avec la délicatesse d’une ballerine d’opéra.
    -
    Eh bien, alors, où est votre bombarde ? Un Breton ne peut danser sans être accompagné d’un biniou ou d’une bombarde ! lâcha le berger d’un ton gouailleur.

    - Oh, dit le petit homme, avec mon violon soyez sûr que je peux jouer les plus beaux airs à danser.
    -
    C’est espèce de cuillère en bois munie de cordes que vous appelez un violon ? lui rétorqua Loïc en haussant les épaules.

    Le lutin ne se renfrogna, mais le ne broncha pas. Toutefois lorsqu’il vit le jeune garçon se coiffer d’un bonnet puis s’éloigner sans plus de considération pour sa personne, son visage devint aussi rouge qu’une fraise des bois au printemps. Loïc siffla son chien à nouveau, et alors qu’il jetait un regard circulaire sur la pâture en comptant ses moutons, il s’arrêta bouche bée.

    Dans les dernières lueurs du jour, des nuées de minuscules personnages sortaient de la forêt. Vêtus de pourpoints aux couleurs passées, ils s’approchaient, semblant glisser  sur l’herbe comme une nappe de brume sur la mer. Certains d’entre eux qui tenaient dans la main des vers luisants précédaient la troupe. Bientôt, ils passèrent devant Loïc. Certains le saluèrent d’une révérence gracieuse, d’autre par des ronds de jambe assez maladroits si bien que le berger interloqué ôta son bonnet pour leur rendre la politesse. 

     

    Toujours juché sur le rocher plat, le petit ménestrel leva son archer et posa délicatement son violon contre son épaule. Une mélodie très douce s’éleva dans la pénombre. Une mélodie enchanteresse qui enveloppa Loïc d’une langueur inconnue où s’entremêlaient les souvenirs confus de moments joyeux, d’odeurs de miel et de confiture, de voix aimées et de rire d’enfantins.

    Alors la troupe de lutins se rangea en différentes formations et commença à danser. Jamais Loïc n’avait assisté à un spectacle aussi harmonieux. La tête dressée, chacun des danseurs dont les pieds semblaient glisser sur l’herbe ondulait comme porté par le souffle de l’air. Bientôt la mélodie se fit plus joyeuse. Des rires retentirent et la cadence des mouvements s’éleva.

    Loïc senti ses jambes fourmiller, puis sautiller sans qu’il puisse les réfréner. Ses épaules, elles aussi, semblaient rouler comme deux tonneaux dans une mer agitée. Quant à ses deux mains, il dut les enfouir au plus profond de ses poches pour les empêcher de battre et d’applaudir. C’est qu’il n’avait pas l’intention de rentrer dame. Se trémousser avec une bande créatures en pleine nuit au sommet d’une colline, très peu pour lui !

    Mais le rythme effréné des danseurs, le tournoiement des petites têtes joyeuses et cette musique qui lui emplissait l’âme eurent tôt fait d’anéantir ses réticences. Alors, il s’approcha du petit violoniste et lança joyeusement son bonnet en l’air en criant :

    - Tu as gagné, espèce de vieux diable, joue pour moi et tu verras ce que c’est de danser !

    Un sourire barra la face du petit ménestrel. Un sourire comme on ne souhaite pas en contempler tous les jours. Et quand son sourire s’effaça, son chapeau en fleur d’ajonc s’envola pour laisser place à deux cornes de chèvres qui lui poussaient au sommet du front.


     

     

    Puis, son visage devint noir comme du charbon, une longue queue se déroula depuis son habit de mousse et sous ses chaussures en aile de coléoptère pointèrent deux pieds fourchus.

    Le cœur du jeune matamore se mit à cogner dans sa poitrine. Mais si son cœur était lourd, ses pieds étaient légers ! Et Loïc emporté par la mélodie se mit à danser comme un pantin désarticulé. Quand il regarda la troupe, qui avait formé un cercle autour de lui, il cru devenir fou.

    Les charmants petits danseurs se transformaient l’un après l’autre, en bouc, en chat, en crapaud ou bien encore en chien ! Et sous le clair de lune, on pouvait assister au spectacle le plus ahurissant qu’il était donné de contempler !

     Bientôt, le pauvre berger emporté par la ronde infernale qui n’en finissait pas de répondre aux rythmes furieux du violon ne distingua plus autour de lui qu’un anneau de feu virevoltant...

    Quand le maître inquiet monta au petit matin à la recherche de ses moutons, il les trouva en compagnie de Kidu sur les flancs de la colline. Puis, poursuivant son ascension, il découvrit avec ahurissement Loïc sautillant comme un demeuré au centre du petit bassin que ses pieds ensorcelés, avaient creusé tout au long de la nuit. Ses yeux exorbités qui luisaient comme des braises éclairaient son visage trempé par la fièvre et de sa bouche tordue écumait une bile épaisse et malodorante.

    La mésaventure de Loïc fit grand tapage et alimenta les longues veillées d’hiver d’un nouveau récit. Le récit d’un jeune godelureau sans vergogne qui n’avait pas su honorer les bons sentiments du petit peuple des forêts !

    © Le Vaillant Martial 

     

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