• Le Nain et le Géant

     

     

     

     

    Ce jour-là, Messire Tudual Ambic émergea de son antre, de très bonne heure. S’il est vrai qu’on puisse considérer qu’une fin d’après-midi est une hure décente pour se lever ...

    Mais sieur Tudual d’essence Korrigane et, de ce fait, considéré par ses frères et ses cousins comme un lève-tôt.

    Baillant et s’étirant, notre Korrigan de sa clef de roche, referma la porte de pierre qui dissimulait l’entrée de sa demeure caverneuse.

    Et comme chaque jour, notre petit bonhomme se demanda ce qu’il allait bien pouvoir faire.


     

    N’avisant aucun humain dans les environs, à qui il aurait pu jouer un tour pendable, il décida de descendre vers les grèves pour se restaurer de quelques ormeaux et crustacés.


     

    Braugal Peaudroche, quant à lui s’ennuyait. Il émergeait d’un sommeil qui lui avait paru sans fin. Ce qui somme était le cas, puisqu’il avait été touché par un sortilège de « long sommeil », qui avait duré quelques siècles.

    En soi, cela avait peu d’importance, car Braugal était immortel, à peu de choses près. S’il avait été humain, cela aurait été incroyable, mais Braugal était un brave géant, l’un des derniers représentants des Brise-pierres de l’Ouest.

    Ses pensées suivaient un chemin lent et paisible. Immobilisé depuis tant de temps, il sombrait depuis dans une agréable rêverie, qui lui faisait oublier peu à peu le poids de sa situation présente.

    Il n’avait que de vagues souvenirs des guerres terribles qui, autrefois, bien avant t l’homme avait opposé les Grandes Races. Son esprit simple avait effacé les terribles scènes de la bataille, où il avait vu ses frères tomber un à un, vaincus par les terrifiantes hordes Korriganes qui les avaient anéantis, ensevelis sous des chaos de roches.

    Lui pour sa plus grande honte, n’avait dû son salut qu’à une fuite sans but qui l’avait mené là, au bout de la terre. Harassé de fatigue, il s’était écroulé au bord de l’eau pour sombrer dans une profonde sieste.

    Une troupe de Korrigans qui s’en revenait de guerre, et passait par-là pour rejoindre son royaume souterrain, décida avec beaucoup de malice de lui jouer un tour à sa façon en invoquant le grand sort des « songes profonds ». Puis, sans  plus s’en faire, s’en alla en gloussant de plaisir au spectacle du lourdaud endormi pour le compte.

    Le temps avait passé, et peu à peu le puissant sortilège s’était émoussé, laissant le bon géant s’éveiller de nouveau à la vie.

     


     

    Le sieur Tudual, pendant ce temps, arriva  à la grève et se mit sans attendre en quête de bonnes choses de la mer.

    Pour ouvrir son appétit, il ramassa moult berniques qu’il avala par pleines poignées, les croquant avec délectation. Le Korrigan est ainsi fait qu’il peut manger n’importe quoi : du plat savamment cuisiné, au mets le moins ragoûtant, comme une bernique crue avec sa coquille par exemple.

     

    Tout à ses recherches, il soulevait quantité incroyable de cailloux, surprenant un tourteau ou une famille d’anguilles dans un trou d’eau. Mais décidé qu’il était à avoir du homard à souper, notre petit bougre soulevait des rochers de plus en plus gros. Tant et si bien qu’il arriva que ce qui devait arriver....

    Notre petit furieux, avisant un trou de rocher prometteur, y fourra la main, espérant piéger le noir crustacé.

     

      

    Braugal le géant émergea de ses pensées rêveuses, gêné par quelque chose qui le grattait. Ouvrant les paupières avec lassitude, il fut quelque peu surpris de trouver un de ces détestables Korrigans à cheval sur son nez.

    Il gronda, et quand un géant gronde, c’est la terre qui tremble. Puis d’une voix qu’il voulait impressionnante, il dit :

    -  Hé, le nain ! Tu as le bras dans ma narine !

    Le sieur Tudual, de surprise, fit un bon prodigieux et partit cul par-dessus tête bouler par-dessus les rochers.

     

    - Sabots d’bouc ! fit le petit drôle en se remettant sur ses pattes.

    Le Korrigan, reprenant ses esprits et un peu d ‘assurance, vit alors qu’il avait affaire à un géant. Il faut dire qu’avec le temps, la mer et la nature avaient recouvert Braugal de lichen, de berniques, de bigorneaux et d’algues de toutes sortes, qui lui faisaient comme une grosse barbe indisciplinée.

    - Que je sois béni, si nous n’avons pas là un Gargan vrai de vrai ! s’exclama Tudual.

    Une vieille rancœur venue du fond des âges s’éveilla en Tudual. Mais comme le géant ne manifestait aucune agressivité particulière, il décida de s’approcher :

    - Tu es tellement pouilleux... fit-il en le montrant du doigt, que je n’ai aucune différence entre toi et les rochers qui t’entourent

     


    Lentement, le géant souleva une de ses énormes mains qui se sépara avec des bruits de craquements du rocher où elle reposait, car les concrétions marines, au fil du temps avaient soudé celle-ci à la roche. Grande fut sa surprise en contemplant les ouvrages du temps :

    - Mais, je n’ai fait qu’une sieste... murmura Braugal, désappointé.

    - Soit tu as le sommeil plutôt profond, soit quelqu’un t’a joué un tour !... fit le nain avec malice.

    Se souvenant, bien sûr que dans les environs, il y a bien longtemps, une horde de ses cousins Tug-gommon, moitié naufrageurs moitié jeteurs de sorts, sévissait sur ses côtes. C’étaient bien d’eux que de jouer un méchant tour à un indésirable, venu s’aventurer sur ce qu’il considérait comme leur territoire.

    Regardant le géant, Tudual eut une grimace malheureuse. Ce qui, en langage humain pouvait correspondre à un soupçon de pitié.

    Le géant commença à bouger sa grosse carcasse, s’extirpant peu à peu de la gangue de granit qui, au fil du temps, s’était formée autour de lui. Son esprit plutôt lent était arrivé à la seule conclusion possible :

    - J’ai dormi longtemps ?

    C’était plus un constat qu’une question.

    - On peut dire ça comme cela ! fit Tudual, en souriant.

    - Soudain son regard s’illumina, car le géant en bougeant, et en se redressant, avait dérangé toute une colonie de homards qui avaient élu domicile dans tous les plis de sa broigne de cuir et dans ses grandes baies de jute.

    Les crustacés, dérangés dans leur quiétude, essayaient lourdement de fuir vers des lieux plus hospitaliers.

    - Mon gros, tu es ma providence ! fit le Korrigan joyeux en bondissant après les infortunées bestioles.

     

     

    Au crépuscule, notre petit furieux pouvait se vanter d’un impressionnant tableau de chasse sous le regard affable du géant, ébahi devant tant de rapidité.

    Les Korrigans, c’est connu ont les yeux plus grands que le ventre. Mais là, en vérité, c’était vraiment trop, même pour un bon ripailleur comme  Tudual.

    Regardant tour à tout le géant et la montagne de crustacés, il demanda à Braugal :

    - Dis-moi mon grand, tu as déjà mangé du homard cuit sous la braise ?

    - Ma foi... non ! fit le géant en se grattant le ventre, et il est vrai que je commence à avoir un petit creux.

    - Alors c’est dit, je t’invite à ma table !

     

    La lune brillait haut dans le ciel bleuté quand nos compères achevèrent le festin. Repus, ils se laissèrent bercer par le calme de cette nuit tranquille, quand tel un coup de canon, Braugal lâcha un rot :

    - Oh mille pardons ! fit le géant en regardant, gêné, son compagnon.

    - C’est rien, mon gros, ton bel appétit fait plaisir à voir ! fit el Korrigan en lui tapant sur la cuisse.

    Geste qu’il regretta aussitôt, car Braugal avait la peau dure comme pierre. Braugal regardait le petit bougre qui, juché sur son énorme genou, sautillait en se tenant la main et en hurlant comme un beau diable. Le géant se mit à rire, et ce fut comme le tonnerre sur la mer.

     

    Le nain, voyant cela, ne tarda pas à s’y mettre aussi, leurs rires partagés cette nuit-là lièrent leur amitié à tout jamais.

    © Le Vaillant Martial 

    « Foires & MarchésPrésentation »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :


================================== 1- jssants.js (external javascript jsfile) ================================== ================================== 2- jssaints.js (external javascript jsfile) ================================== ================================== -3 sants.html (html file) ================================== JavaScript code/Saint's Day
Breton calendar - Saint's Day : 
...Calendrier français :