• Le Lutin de la Mare

    Le lutin de la mare

    Teuz ar Pouliet

     

    Tout au bout d’un chemin bordé de châtaigniers se trouvait une belle et grande ferme, entourée de vastes près à l’herbe tendre où paissaient des vaches bien grasses. Son propriétaire, un brave et honnête homme du nom de Jalm Riou, était connu de tous pour sa bonne compagnie et la volonté qu’il mettait à l’entretien de son affaire. De très tôt le matin à très tard le soir, il courait partout, traire les vaches, couper le foin, retourner la terre, semer les graines, tirer l’eau du puits. Vraiment Jalm Riou n’était pas de ceux qui restaient à ne rien faire.

    Mais ... Jalm Riou était aussi et surtout connu pour être le père de sa fille, Barbaïk, Ah Barbaïk. Qui ne connaissait pas Barbaïk !!! Surtout chez les jeunes hommes du pays ... et les moins jeunes aussi. Lequel d’entre ces messieurs n’avait pas un jour, désiré la convoiter. Il faut savoir que Barbaïk était sans aucun doute la plus jolie fille du pays. Ses cheveux avaient la couleur des blés, ses yeux la couleur du ciel au petit matin lorsque le vent a chassé les nuages ... ça arrive dans ce pays, il n’y a pas que la pluie. Qu’allez-vous croire ?


     

    Le dimanche matin, lorsqu’elle venait écouter la messe, Barbaïk paraissait toujours avec de belles robes plissées. Des robes aux broderies délicates. Sa coiffe était composée des dentelles les plus fines, les plus précieuses. C’est dire si elle faisait des jalouses, la ravissante Barbaïk. À l’arrivée de la toute belle, sur son passage, l’ensemble des femmes hochait la tête, le visage pincé ... Oh ! Elles l’avaient mauvaise, ces persifleuses. Elles étaient jalouses que l’on puisse afficher autant de beauté.

    « Elle aura vendu son âme au diable, cette prétentieuse ! » chuchotait-on dans son dos.

    Mais elle se moquait bien de tous ces commérages. Barbaïk. La seule chose qui importait à ses yeux était d’être la plus élégante. La plus élégante, mais aussi la plus belle pour aller danser. Car c’était-là son autre plaisir et Barbaïk ne manquait pas de soupirants, tout autant que de cavaliers pour la faire tourner, virer, giguer ... danser, danser jusque tard dans la nuit. On peut imaginer le nombre d’amoureux dont elle transperçait le cœur.

    Parmi ceux-là, il y en avait un qui l’aimait plus que tous les autres réunis. C’est dire !!! C’était Jégu le garçon de ferme du père de Barbaïk. Un sacré besogneux que ce Jégu. À lui seul, il abattait le travail de trois hommes, un mulet et deux bœufs. Par contre et c’était-là son drame, il était un brin rustre et laid comme un Korrigan sorti du berceau. De ce fait l’amour qu’éprouvait Jégu pour la fille de son patron n’avait d’égal que l’indifférence de cette dernière à son égard.

    Il avait bien essayé, une fois ou deux ... révéler ses sentiments, évoquer cette flamme qui le brûlait intérieurement ... depuis si longtemps. Mais dès qu’il croisait le regard de Barbaïk, Jégu sentait son courage fondre comme un beurre salé au soleil. Il balbutiait quelques mots incompréhensibles, se mettait à suer à grosses gouttes et prenait la fuite en prétextant quelque travail urgent. Barbaïk s’en amusait gentiment. Et l’autre derrière un muret, au fond d’une étable dans un coin isolé, de se lamenter et manger son chapeau, tant il s’en voulait d’être à ce point nigaud et laid.


     

    Mais, elle se moquait bien de tous ces commérages, Barbaïk. La seule chose qui importait à ses yeux était d’être la plus élégante. La plus élégante, mais aussi la plus demandée pour aller danser. Car c’était-là son autre plaisir. Et Barbaïk ne manquait pas de soupirants, tout autant que de cavaliers pour la faire tourner, virer, giguer ... danser, danser jusque tard dans la nuit. On peut imaginer le nombre d’amoureux dont elle transperçait le cœur.

    Parmi ceux-là, il y en avait un qui l’aimait plus que les autres réunis. C'est-à-dire !!! C’était ...c’était Jégu, le garçon de ferme du père de Barbaïk. Un sacré besogneux que ce Jégu. À lui seul, il abattait le travail de trois hommes un mulet et deux bœufs. Par contre, et c’était là son drame, il était un brin rustre et laid comme un Korrigan sorti du berceau. De ce fait, l’amour qu’éprouvait Jégu pour la fille de son patron n’avait d’égal que l’indifférence de cette dernière à son égard.

    Il avait bien essayé une fois ou deux ... révéler ses sentiments, évoquer cette flamme qui le brûlait depuis si longtemps. Mais dès qu’il croisait le regard de Barbaïk, Jégu sentait son courage fondre comme beurre salé au soleil. Il balbutiait quelque mots incompréhensibles, se mettait à suer à grosses gouttes et prenait la fuite prétextant quelque travail urgent. Barbaïk s’en amusait gentiment. Et l’autre, derrière un muret, au fond d’une étable, dans un coin isolé, de se lamenter et manger son chapeau, tant il s’en voulait d’être à ce point nigaud ... nigaud et laid.


     

    Et ainsi passait le temps sans qu’il ne parvienne à se révéler. Un soir qu’il ramenait les vaches du pré, les drôlesses s’arrêtèrent un temps sur les bords de la mare où elles aimaient à boire. Jégu, assis sur un gros caillou, laissait filer ses pensées vers la belle Barbaïk. Il était bien malheureux Jégu. Il poussait de gros soupirs ... énormes soupirs.

    « Et bien mon ami ... Rroââââ !!! Si tes soupirs sont à la mesure de tes prrrroblèmes, je te plains mon garçon, dit une voix nasillarde sorti des joncs.

    Jégu sursauta, surpris qu’il était. Il se pensait seul, tout seul avec ses vaches. Et comme il interrogeait, de savoir qui était là ? Qui se cachait ?

    « C’est moââââ ... Teuz-âââr-Poulier, le lutin de la moââââre. »

    « J’te vois point, copain », reprit Jégu, dressé sur son derrière.

    « Rrrregarde bien les roseaux, tu me verras sous la forme d’une jolie grenouille verrrte. Rrhoâââa, Rhoioââââa !

    « Tu te moques de moi ! Je suis bien sot, c’est entendu. Mais j’en sais assez pour ne pas ignorer que les grenouilles ne parlent pas ! »

    « RRooäâ !... Et tu n’as pas tort. Jégu « garçon de ferme ». Cependant si pour l’heure, je suis bien lutin ! Je prends la forme que je veux, quand je suis invisible si je le souhaite. »

    « Tu t’amuses de moi coquin ! C’est bien vilain ... et d’abord comment connais-tu mon nom ?.... Si tu as le pouvoir que tu dis, montre-toi sous ton vrai jour, que je sache à quel plaisantin j’ai à faire. »

    « Ma foi, si c’est là ton bon plaisir ! »

    A ces mots, Zbouinng, une jolie grenouille verte jaillit d’un bond hors des joncs et vit se poser entre les cornes d’une vache au regard passif.

    Pouf !!!! Au profit d’un petit nuage scintillant, la grenouille se transforma en lutin fort élégant, tout de vert vêtu, portant guêtre et souliers de cuir cirés. Sur la tête un haut chapeau à ruban et boucle dorée.

     

     


     

    Jégu resta pantois, bouché bée.

    « Allons, ressaisis-toi, Jégu « garçon de ferme » reprit le teuz. Je suis ici pour ton bien. Je connais ce petit secret qui te ronge et te tourmente. Je voudrais bien d’être utile, si cela te convient. Rien ne t’oblige. »

    « Et d’où te vient cet intérêt pour moi ? demanda Jégu d’un air soupçonneux. Mon âme n’est pas à vendre ! »

    « Que voudrais-tu que j’en fasse, s’amusa le Teuz, je ne suis pas le Diable tout de même. Te souviens-tu de ce jour, tu étais si seul et malheureux dans un recoin de l’étable. Tu te lamentais sur ton sort, te maudissais de ne pas pouvoir dire à ta belle combien tu l’aimais ... Ce même jour, souviens-toi, tu as découvert une pauvre musaraigne prise au piège qu’avait posé Jalm Riou le fermier. »

    « Oui je me rappelle, elle faisait bien pitié cette pauvre bête, avec ses petites moustaches frémissantes un peu comme les tiennes d’ailleurs. »

    « Mon ami, tu ne crois pas si bien dire. Cette musaraigne n’était autre que moi ! Et ce jour-là, tu m’as sauvé des griffes du chat, lequel n’aurait pas manqué de me trouver. Sans toi, c’est un peu de féerie, qui aurait disparu. Pour te remercier de m’avoir sorti d’un si mauvais pas je veux faire de toi rien de moins que l’époux de la belle Barbaïk, puisque tu l’aimes. De ce fait, lorsque Jalm Rioux se sentira trop vieux pour tenir son domaine, tu en deviendras le maître. Qu’en dis-tu mon bon compère ? »

    « Ah ! Teuz-ar-Pouliet, si tu fais cela, je te serai éternellement reconnaissant et je ne saurai jamais rien te refuser ! »

    « Tu n’auras rien à e devoir, répondit le nain. Ne me tourmente plus et continue selon ton habitude. Peu à peu les choses iront à ton avantage. Rentre chez toi confiant. »

    Comme il l’aurait fait à l’intention d’un prince ou d’un roi. Jégu retira son chapeau poussiéreux pour saluer l’étranger personnage d’une révérence maladroite. Puis tout lourdaud qu’il était, il prit le chemin de la ferme devancé de ses vaches. Guilleret, il se mit à sautiller dans le pré, avec l’élégance d’un ours, cueillant par-ci, par-là d’éparses pâquerettes.


     

    Ce même soir avant le repas, Barbaïk confia à Jégu, son désir, le lendemain, de se lever au premier chant du coq. Plus vite elle aurait fini de nettoyer l’étable, nourrir les bêtes, plus tôt elle pourrait se faire belle à l’occasion des fêtes données en l’honneur de Saint-Nicolas. Fêtes durant lesquelles on ne manquerait pas de danser aux heures avancées de la nuit.

    Le dimanche au petit matin, une nappe de brume couvrait la campagne et Barbaïk était encore tout ensommeillée. Lorsqu’elle poussa la porte grinçante de l’étable, elle fut bien surprise de constater que cette dernière était déjà propre et les vaches satisfaites de mangeoires bien pleines. De plus le lait avait été tiré. Ainsi libérée de ces contraignantes corvées, Barbaïk, pu regagner sa chambre, s’occuper d’elle à tout loisir.

    Lorsqu’au moment de se rendre à la grand’messe, elle croisa Jégu, elle remercia ce dernier pensant qu’il était à l’origine de cette aide bienvenue. Le bourru, ne comprenant rien à cette affaire balbutia quelques mots sans plus cherche à en connaître les détails.

    La gêne du garçon de ferme ne fit que conforter Barbaïk dans ses pensées. Et chaque matin la même scène se produisait. Enchantée, Barbaïk découvrait l’étable, sans qu’elle n’ait plus rien à y faire.

    De ce fait, elle retournait profiter quelque peu de la tiédeur de sa couette. Et lorsqu’à neuf heures tapantes, elle arrivait dans la cuisine, pour s’y’ activer, elle trouvait cette dernière ordonnée comme jamais. Les terrines étaient prêtes, le pain chaud sorti du four ... le poêle à bois chargé avec sa réserve de bûches.

    « Vraiment Jégu c’est bien aimable à vous, d’ainsi me soulager des tâches les plus lourdes. »

    Et le brave Jégu de n’oser contrarier la belle dans ses convictions. Il finit tout de même par se demander si le Teuz-ar-pouliet n’était pas pour quelque chose dans la tournure que prenaient les événements. Outre le ménage, Barbaïk n’avait plus à s’occuper de rien. Cela ne dura pas bien longtemps. 

    Le matin suivant, même le ménage était fait, les meubles cirés et les draps frais. La soupe à mijoter, le lard et le pain coupé, le couvert dressé ... Il n’y avait plus qu’à appeler les gens aux champs, qu’ils viennent pour s’attabler devant un bon repas ! »

    « Il ne dort donc jamais, se demandait-elle. En tous cas, c’est un bonheur qu’un homme comme celui-ci. Je n’ai d’autre souci que de m’occuper de moi et de ce qui me plait. »

    Tout ce que désirait Barbaïk, il suffisait qu’elle s’en confie à Jégu pour être satisfaite dans l’heure suivante. Si bien qu’il devint son confident.

    Elle lui rapportait ses petites contrariétés : « Cette andouille s’est moquée de moi l’autre jour. Ce lourdaud m’a écrasée le pied en dansant ... la grande gigue là-bas, elle porte des plus jolis rubans que les miens ... » Tous ces malheurs futiles de jeune fille désœuvrée se voyaient réparés par d’anodines vengeances dont Barbaïk se persuadait qu’elles étaient du fait de Jégu.

    La naïve finit par considérer le garçon de ferme avec beaucoup d’attachement. Il était l’auteur de tout ce qui lui arrivait de bon, une sorte d’ange gardien, un vengeur masqué.

    Quant à lui, malgré son esprit ballot, Jégu avait compris depuis longtemps le rôle du Teuz-ar-Pouliet dans cette machination.

    Un beau soir que Jégu rentrait des champs, le lutin vint trouver son protégé.

    « Mon bon ami, le fruit est mûr, il ne reste plus qu’à le cueillir. Va demander la main de celle que tu désires depuis si longtemps. Tu verras ton souhait exaucé, je te l’assure. »

    C’est ainsi que Jégu fit sa demande, et Barbaïk, auparavant si moqueuse en pareille situation, l’couta jusqu’au bout de sa déclaration. Lorsqu’il eut terminé, elle le considéra longuement. Certes pour un amoureux, il était bien rustre et bien vilain. Comme mari c’était une autre histoire. Son acharnement au travail était tel qu’elle se trouverait libéré de toute contrainte. C’était déjà le cas. Elle pourrait se consacrer à sa petite personne, rester les bras croisés à  faire la conversation avec ses amies.

    Au moindre souci, elle saurait pouvoir compter sur le dévouement sans limites de ce mari serviable.

    « Va donc demander à mon père, je me rangerai à son avis » répondit-elle enfin.

    Disant cela Barbaïk savait d’avance que Jalm Riou serait favorable à ce mariage. En effet, le fermier, déjà usé par des années de labeur, considérait qu’après sa mort seul Jégu serait capable de gérer la ferme et un époux n’était pas fait pour être beau.

    La noce eut lieu le mois suivant. Une bien belle noce. Les cloches sonnaient à toute volée. Les tables avaient été dressées pour recevoir mille invités. Ça sentait bon le cocon grillé et le cidre bien frais.

    Les meilleurs sonneurs, les meilleurs chanteurs avaient traversé les landes les plus vastes, les bois les plus profonds, pour être de la fête. Alors, on dansa, on chanta durant trois jours et trois nuits, sans jamais s’arrêter. Derrière les tonneaux de vin, dont ils avaient abusés, certains crurent apercevoir de petite personnes, hautes comme trois pommes, coiffées d’étranges chapeaux à grelots. Ils jouaient du violon, soufflaient dans les binious. Eux aussi dansaient comme des fous. Mais à trop boire, on finit par voir n’importe quoi !!!


     

    Il faut croire que Jam Riou attendait que sa fille soit bien mariée pour, enfin, s’autoriser un peu de repos ... éternel. Heureux le brave homme mourut après les noces de sa fille. D’un coup, ce fut une plus lourde charge de travail pour le nouveau maître de maison. Par chance Jégu pouvait encore compter sur le Teuz-Ar-Pouliet.

    Le lutin, fidèle en parole, restait aux côtés de Jégu. En ces temps particuliers, son aide était précieuse. Il se faisait à la fois garçon de charrue et bœuf attelé à cette dernière. Il réparait outils et harnais, travaillant et cousant le cuir tel un véritable cordonnier. De son nez frémissant, il humait l’air, connaissant d’avance le temps qu’il ferait. Ainsi il informait lorsqu’il fallait bêcher, récolter, faucher ... S’il y avait urgence à ramasser  le foin, en cas d’orage. Teuz-Ar-Pouliet soufflait dans une petite corne qu’il portait à la ceinture. Aussitôt un merle noir surgissait. Ce dernier s’envolait vers des contrées mystérieuses. Dans l’heure à suivre, il revenait accompagné de petits hommes vêtus à la mode ancienne. Et tous de prêter leur service avec entrain.

    « Teuz-Ar-Pouliet, demande un jour Jégu. Ton aide est si précieuse ! Je te dois tant ! Comment pourrais-je te remercier ? »

    « N’y compte pas, je t’ai déjà dit. Pourtant si tu insistes, une chose me ferait grand plaisir, à moi et mes mais ...’

    « Demande, mon bon compère » fit Jégu trop heureux de pouvoir manifester enfin sa gratitude.

    « Chaque soir, un bol de bouillie au lait me ravirait moi et mes compagnons. »

    «  ... ? De la bouillie !!! C’est là tout ce que tu désires ? Mais ... C’est fort dégoutant. Ne souhaites-tu pas ajouter un peu de lard fumé pour accompagner ce menu si frugal ? Pour ne pas dire austère ? »

    «  De la bouillie avec un peu de lait nous suffira, mon bon ami. Dans un petit bol à oreilles si joliment décoré de notre nom ... comme ceux que l’on fabrique à Quimper ... »

    Jégu alla donc acheter autant de petits bols en faïence qu’il y avait de lutins ouvriers. Et pour ceux travaillant aux champs, ceux s’occupant des bêtes, pour ceux de la forge comme pour les lutins cordonniers, il fit peindre autant de prénoms qu’ils étaient à rendre service. Ceci fait, il se rendit auprès de sa jeune et belle épouse, laquelle depuis peu, était d’humeur plutôt mauvaise.

    Le travail ne manquant pas à la ferme. Teuz-Ar-Pouliet avait d’autres chats à fouetter que de tenir le foyer.

    Toutes ces tâches étaient de nouveau sous la responsabilité de Barbaïk. Au début elle s’était étonné avec amabilité de ne plus trouver les petits pains chauds au lever, la cuisine préparée, les meubles cirés, le linge lavé, étendu, repassé ... comme cela durait Barbaïk en fit le reproche le plus amer à son mari. Et l’autre de rétorquer qu’il avait déjà bien assez à s’occuper depuis qu’il était maître du domaine. Elle-même devait prendre sa part du travail. Il n’y avait rien à ajouter et toc !

    Du coup, Barbaïk s’était vue dans l’obligation de reprendre à son compte ces corvées épuisantes qui desséchaient les mains, abimaient les ongles et nuisaient à son si joli teint de peau.

    Lorsque Jégu vont lui demander de préparer, chaque soir, de petits bols de bouillie, agrémentés de lait chaud qu’il faudrait poser à l’entrée de l’étable, Barbaïk entra dans une colère noire !!!

    « Ne crois-tu pas que j’ai assez à m’occuper pour que tu m’en ajoutes encore, juste avant le coucher !!! D’où te viens cette fantaisie. »

    Alors Jégu, d’un ton bourru confia l’histoire de sa rencontre avec le Teuz-Ar-Pouliet. Comment, et pourquoi ce lutin providentiel avait apporté son aide à un simple garçon de ferme. La jeune épouse n’allait pas gober de tels mensonges. Il fallait que Jégu présente son compère. Voyant paraître l’autre, avec sa verte redingote, son chapeau à boucles, ses souliers cirés et ses guêtres à boutons dorés, Barbaïk crut perdre la tête. Il fallut lui tapoter les joues l’oindre d’une eau fraîche pour qu’elle retrouve ses esprits.

    « Vous ... Vous m’avez dupée, souffla-t-elle. Me voici dorénavant obligée de vivre aux côtés d’un nain de jardin et d’un homme rustre. Cela sans contrepartie d’une vie facile. Une vie que j’espérais à m’amuser et à danser. »

     Teuz-Ar-Pouliet, offusqué de pareils propos, lui fit remarquer que nul ne pouvait vire ainsi. Le plaisir prenait toute sa valeur s’il était confronté au labeur... Dès cet instant Barbaïk nourrit cet insolent personnage une grande colère intérieure. Mais lorsque son regard s’arrêta sur la face rougeaude de Jégu, ses cheveux gras, épars, sur un front bas aux sourcils épais, elle partit en courant se lamenter seule de son malheur. Toute la journée, Barbaïk ruminait sa rancœur... Elle ne décolérait pas « Jamais je ne te pardonnerai, maudit Teuz. Sans toit et ton mauvais tour, j’aurais encore le loisir de me rendre chaque dimanche aux fêtes dansées du pays. Des jeunes gens beaux et charmants viendraient à moi me complimenter, me courtiser, je m’entendrais dire combien je suis le plus belle. Au lieu de ça, je n’ai plus d’autres droits que celui de plaire à mon  vilain époux. Méchant Teuz ... tu me le paieras !!! »

    Et le soir même, comme lui avait demandé Jégu, Barbaïk, à l’attention des Teuz, prépara une bouillie et fit chauffer le lait. Une fois les bols remplis, elle les disposa sur un grand plateau de cuivre qu’elle plaça ... sur les  braises rougies d’un bon feu de cheminée. Elle l’y laissa le temps nécessaire à ce que l’ensemble devienne brûlant, su brûlant au toucher qu’il lui fallut porter le tout à l’aide d’un épais torchon de lin. À l’entrée de l’étable, elle déposa le large plateau garni de petits bols ardents puis elle s’empressa de se cacher derrière une étroite fenêtre. Là, elle pourrait se satisfaire du spectacle à venir. Elle n’eut pas longtemps à attendre.

    Attirés par la bonne odeur de bouillie, les Teuz se précipitèrent sur ce bon repas, qui plus est servi dans des bols marqués à leurs noms !!! Et là, ce fut la débandade ... Les uns se brûlèrent les pieds au contact du plateau, les autres, les mains ... ça criait, ça hurlait ... ça sautillait sur un pied puis sur l’autre en soufflant dessus ... ça courait dans tous les coins, les vaches meuglaient. Barbaïk derrière sa fenêtre riait aux larmes, le spectacle était cocasse.


     

    Le lendemain, Jégu n’en vit pas l’ombre d’un. Il avait beau appelé le Teuz-Ar-Pouliet, hurler son nom aux quatre vents, plus jamais il n’eut l’occasion de voir le bout de son nez. De ce jour, à la ferme, les choses allèrent de travers. Seul, Jégu ne pouvait tout faire. Barbaïk dû  se résoudre à accompagner son fermier de mari dans les travaux les plus durs les plus pénibles.

    Aussi chaque soir, après avoir soufflé la chandelle, épuisée d’une rude journée de labeur, Barbaïk, au seuil de son premier sommeil, croyait entendre une lointaine ritournelle. Elle venait du fond de la nuit, là-bas, dans la solitude des sous-bois.

                     Dré traytouréz, Barbaïk Riou,           Par trahison, Barbaïk Riou
                       En duez rostet hon tridigou               A rôti nos petits pieds
                       Hoguen, cetu an disparti                    Mais, voici le départ,
                      Kenavo ! Ha mollos dezy !                 Adieu, malheur à elle !

     

    Au village, les mauvaises langues disent que la jolie Barbaïk a toujours à son service dix petits nains, bons travailleurs. Dix petits nains pour l’aider au quotidien. Ce sont les dix doigts, les dix doigts de ses mains.

    © Le Vaillant Martial

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Lundi 24 Octobre 2016 à 20:46
    Claudine/canelle

    Oups ....sourires !!

    Merci à toi 

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