• Le Lutin dans la bruyère

    Le Lutin de la Brière 

     

       La paroisse de la «Chapelle-des-Marais » se trouve à proximité de la Grande Brière, là où les marais sont les plus profonds, les plus secrets, là où la nuit, le monde des esprits se réveille sans qu’on puisse savoir les aspects que prennent que prennent les êtres de l’ombre quand ils frôlent les humains.

       Quand les gens de la Chapelle-des-Marais s’en reviennent le soir, un peu tard et passent près des marais, ils entendent souvent une voix triste qui sort de la brume comme si c’était un homme qui se noie et qui dit :

    - A l’aide ?

       Alors ils courent aussitôt de côté où vient la voix, mais quand ils arrivent à l »endroit, ils n’entendent plus rien et ils ne voient personne. Et à ce moment, de l’autre côté des marais, tout à l’autre bout, une voix recommence à crier :

    - A l’aide ?

       Et toujours comme cela jusqu’à ce que les hommes soient fatigués de courir d’un côté à l’autre et finissent par s’en aller chez eux, voyant bien que ce sont des revenants, ou le lutin qui hante les marais pour les égarer ou pour leur faire peur.

       Un certain soir, le nommé Pierre Leroux rentrait à sa maison. En passant par un chemin qui longeait le marais, il entendit bêler, et il vit un beau mouton bien gras qui semblait perdu.

    - Voilà une belle ouaille ! Se dit Pierre Leroux. Je n’en ai jamais vu de semblable chez nous. Celui à qui appartient la bête, ne serait pas content de la voir passer la nuit dehors. Je vais l’emmener dans mon étable et demain matin, je saurai sûrement quel est propriétaire.

    - Il appela la bête qui le suivit très bien, et il l’emmena. Quand il fut arrivé à l’étable, il la fit entrer en disant :

    - Eh bien ! si personne ne vient te réclamer, mon beau mouton, je te garderais bien volontiers !

    Il poussa le mouton dans l’étable et en referma soigneusement la porte.

       Quelques minutes après, en passant par le même chemin, il aperçut le gros mouton qui bêlait en plein milieu. Il crut avoir mal fermé, la porte, repoussa la bête dans l’étable et rentra dans sa maison pour souper.

    Mais après avoir mangé, il eut la curiosité de sortir pour voir ce qui se passait. Ce diable de mouton était dehors en train de bêler au milieu du chemin.

    - Cette fois, dit Pierre Leroux, tu coucheras où tu voudras.

       Et il rentra chez lui, en fermant la porte à double tour. Il entendit alors le mouton s’enfuir en éclatant de rire. C’était surement le « Lutin des Marais », celui-là même que les vieux disaient être Misti Courtin qui avait la réputation de prendre la forme d’un animal égaré, et qui se moque de ceux qui veulent le prendre.

    Le lendemain, Pierre Leroux s’en alla à la pêche. Mais il s’endormit dans bateau au milieu des roseaux.

    Il se réveilla tout à coup : il sentait que quelqu’un tâtait les jambes et il entendit tout bas :

    - Oh les bonnes petites jambes !

    Et puis, ce furent les cuisses, et l’on disait :

    - Oh ! Les bonnes petites cuisses

     

    Et puis ça se mit à crier plus haut :

    - Apporte la hache et le petit hachereau !

    Pierre Leroux suait de peur. Cependant il ne remuait pas. Et toujours ça tâtonnait et ça criait :

    - Oh ! Les bonnes petites jambes ! Oh ! Les bonnes petites cuisses !

    Et enfin, ça cria d’une voix du tonnerre :

    - Apportez la hache et le petit hachereau !

     

       Puis, comme rien ne répondait, quelque chose sauta hors du bateau comme un poisson et se mit à nager à grandes brasses. Quand le bruit fut éloigné, Pierre Leroux se glissa hors de son bateau et se dépêcha de se sauver, sans attendre que cela ne recommence, mais il fut malade, plus de quinze jours, de la frayeur qu’il avait éprouvée.

    Une autre fois, il était parti à la chasse depuis le matin. Mais il ne voyait aucun gibier, et il en était fort ennuyé.

    A la fin, il fit se lever d’un buisson un superbe Lièvre qui se mit à courir très vite, et le chasseur courait après, et le lièvre filait, filait, et jamais ne s’arrêtait.

    Cela dura si longtemps que Pierre Leroux n’en pouvait plus et voyait le moment où il allait trépasser de fatigue.

    Pourtant le lièvre fit comme s’il voulait s’arrêter, il ralenti sa folle allure et s’immobilisa au coin d’un champ. Le chasseur s’approcha tout doucement et tira.

    Comme le lièvre ne bougeait pas, il crut bien l’avoir tué, et il s’en approcha en disant :

    - Ah bon sang, il m’a donné bien du mal, mais je l’ai eu !

    Alors le lièvre se releva d’un saut, lui passa entre les jambes et lui cria par dérision :

    - Gnin, gnin gnin !

    Puis il se sauva à toutes jambes en se moquant de lui. Pas de doutes ce n’était pas un lièvre c’était Misti Courtin, le lutin des marais, qui lui avait joué ce tour.

    Et Pierre Leroux rentra chez lui, furieux, promettant qu’il n’irait plus jamais à la chasse  

     

    © Le Vaillant Martial

    Ce récit, recueilli en 1857, témoigne, en haute Bretagne, de la croyance, aux lutins, pas forcément maléfiques, mais qui s’amusent à égarer les gens et à leur faire peur. Il y une parenté avec les Korrigans ou ozeganñed  de la basse Bretagne, encore que ceux-ci soient généralement plus coopératif avec les humains.

     

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