• Le Goéomonier

     

     

     

    François Macquer dit « Fañch » était goémonier et vivait dans les environs de Roscoff avec sa femme et ses cinq enfants, le petit dernier à peine éclos, sur une minuscule exploitation qu’il louait à prix d’or à un grand fermier du Léon qui faisait le négoce du goémon.

    rançois Macquer dit « Fañch » était goémonier et vivait dans les environs de Roscoff avec sa femme et ses cinq enfants, le petit dernier à peine éclos, sur une minuscule exploitation qu’il louait à prix d’or à un grand fermier du Léon qui faisait le négoce du goémon.

    rançois Macquer dit « Fañch » était goémonier et vivait dans les environs de Roscoff avec sa femme et ses cinq enfants, le petit dernier à peine éclos, sur une minuscule exploitation qu’il louait à prix d’or à un grand fermier du Léon qui faisait le négoce du goémon.

     

    L’été, cette année s’annonçait plutôt clément, sans trop de pluies qui viennent pourrir les algues. En somme, Fañch ne se plaignait pas. Riche de son seul courage, il s’échinait à sa tâche pour entasser sur les dunes des tas impressionnants. Il s’obligeait à des journées de forçat, crochant dans le goémon sans relâche. Le maître qui plus est, avait, cette saison, conclu de nouvelles affaires : si le pauvre Fañch voulait faire ‘bonne figure’ face à lui, il ne pouvait se montrer avare d’efforts. La parole donnée pour l’un, le travail pour l’autre !...

    - Ma foi, c’est dans la nature de choses ... pensait notre brave homme.

       Fañch, le jour suivant, était trop éreinté pour contempler le soleil rougeoyer de mille feux en s’éteignant sur la mer. Sans prendre garde, alors qu’il remontait de la grève par les grands rochers, il glissa malencontreusement et culbuta, cul par-dessus tête.

       Après un long silence, le malheureux remua enfin, laissant échapper un grognement de douleur. Son bras le lançait atrocement.

    - Me voilà bien, pensait-il lugubrement, en essayant maladroitement de se relever. Il entendit soudain un grand rire fuser du chaos rocheux, juste au-dessus de lui.

    - Tu n’es plus que plaies et bosses, l’homme. Ça pour sûr c’était une jolie pirouette ! Et le rire de repartir de plus belle.

       Blessé douloureusement dans sa fierté, Fañch se redressa d’un coup et scruta en tous sens à la recherche du moqueur. Il trouva enfin le plaisantin » et en oublia toute colère. Il contemplait bouche bée un être impossible.

    - Mais qui es-tu ? lança Fañch, je ne t’ai jamais vu ! 

    - Je suis d’ici pourtant ... Et d’ailleurs. Seigneur de ces grèves je suis, oui da ! Ton bras est tordu l’homme, ça doit faire mal !
    -
    Oui me voilà bien, grimaça le malheureux Fañch, je n’ai fait que la moitié de mon dû et avec ce bras, c’est maintenant impossible ... Oh mon Dieu ... et ma femme et mes gosses ? Fañch n’avait pas vraiment le courage d’envisager l’avenir.
    -
    Laisse donc le vieux barbu en paix ! le malheur t’accable l’humain ... Tu prends soin de ma grève et tu nettoies ma plage ... je vais donc t’aider. 

    Balançant entre le rire et l’agacement, Fañch regarda le petit bougre.

    -  Ta plage ? ta grève ? Et bâti comme tu es, tu comptes m’aider ? je te remercie bien, mais ....
    -
     Ne refuse pas mon aide, l’homme ce serait impoli et ... malvenu ! Accepte simplement !

    En disant cela, la voix du petit être s’était durcie et Fañch, mal à l’aise, sentit poindre une sourde peur.

    - Va, retourne chez toi à présent et n’en fais pas plus !

        Sur ces mots, il vit le petit diable bondir de roche en roche et disparaître dans un grand rire. Le lendemain, après une nuit agitée, Fañch s’en retourna sur la grève. Il s’arrêta stupéfait : un énorme tas d’algues se dressait à côté de son ouvrage de la veille. Le travail qu’il avait fallu déployer pour en amasser autant le laissa sans voix.

    Fañch ne doutait plus des pouvoirs de son « aide » minuscule.

    - N’aie crainte l’homme. J’ai appelé une gentille petite brise de mer, ton goémon va sécher doucement.

    Le drôle le regardait nonchalamment installé sur un rocher et lui souriait.

    - Comment puis-je te remercier, je ne suis pas riche et .... 

    - Bah, laisse ça, tu trouveras bien, et ... On peut s’aider entre ... voisins ! Sur ces mots, il disparut.

       Tout s’arrangea par la suite. Fañch remis de sa mauvaise chute, reçut les compliments de son maître. Un soir, les enfants couchés. Jeanne vit son homme s’approcher de l’âtre où, accrochée à sa crémaillère, la marmite de soupe fumait encore. Elle le regarda, quelque peu surprise, remplir un grand bol, puis couper dans le pain, deux belles tranches qu’il beurra généreusement. Tenant précieusement bol et tartines, elle le vit se diriger vers la porte.

    - Jeanne, fit-il, ma douce, dorénavant, veille a ce qu’il y a ait toujours de la bonne soupe au chaud - Oui, mais commença-t-elle ...

     - Quand j’étais en peine, « quelqu’un » a veillé sur nous, m’a remplacé à la tâche sans rien demander en retour. Alors, je le dois et je le fais de bon cœur !

    Sans rien dire de plus, il sortit en silence.

    © Le Vaillant Martial

     

     

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