• Le Chist en promenade sur la Terre

    Le Christ en promenade sur la Terre avec Saint Pierre

       Un jeune homme avait été frappé par le malheur dès son plus jeune âge. Né d’une fille mère, il n’avait qu’un jour quand ses grands-parents, soucieux  du « qu’en-diras-t-on » l’avaient abandonné sous le proche d’une église une nuit d’hiver où il neigeait.

       Quand il découvrit le nouveau-né enroulé dans une couverture, le curé pensa qu’il était mort. Il alla le déposer dans la sacristie et pria pour lui quelques instants. Le feu qu’il avait allumé un peu plus tôt crépitait dans l’âtre et il  commençait à faire doux dans la pièce.

       Pendant qu’il revêtait ses vêtements sacerdotaux pour l’office du matin, l’enfant se réchauffa et soudain et se mit soudain à pleurer. Le prêtre pensa qu’il poussait peut-être ses derniers cris et décida  de le  baptiser sans attendre. Il courut en le serrant contre lui jusqu’aux fonds baptismaux. Dans la précipitation, ne sachant quel prénom lui donner, il l’appela Dienez[1] et le baptisa, in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Amen.

       La bonne du curé accepta de s’occuper du nourrisson pendant quelque temps. Puis il fut confié à un orphelinat. Chétif, renfermé et peu loquace. Dienez devint en grandissant le souffre-douleur des autres enfants. Un soir d’été, il finit par se sauver en escaladant le mur d’enceinte de l’orphelinat. Il marcha plusieurs semaines, se nourrissant de baies et de fruits cueillis au bord des chemins et dormant dans les fossés. Il s’éloigna autant qu’il put de ce lieu abhorré où il n’avait connu que souffrance et humiliation, déterminé à ne plus jamais y retourner.

        Il chercha du travail et finit par rencontrer un vieux maréchal-ferrant qui accepta de le prendre comme apprenti. En échange de de son travail, il serait nourri et pourrait dormir dans la forge. L’homme était veuf et n’avait pas d’enfant. Quand il mourut quelques années plus tard, Dienez hérita de sa modeste maison, de sa forge et de plusieurs pommiers. Il maîtrisait maintenant le métier et put le remplacer. Il épousa la fille d’un voisin et vécut sans jamais parvenir à améliorer sa situation.

    Un jour, Jésus décida d’aller se promener sur la terre. « J’en profiterai pour faire la connaissance de ce maréchal-ferrant qui porte si bien son nom », pensa-t-il, avant d’aller demander à Saint Pierre de l’accompagner.


     

    - C’est impossible, Seigneur, comment feront ceux qui veulent entrer au paradis si je m’absente ?

    - Ils attendront ton retour. Ne traînons pas j’ai fait seller deux bons chevaux qui nous permettrons de voyager plus vite.

       Saint Pierre n’aimait pas s’éloigner du paradis, mais il dut obéir. Il ferma la porte à double tour, enfourcha sa monture et suivit le Christ. Il n’était guère à l’aise à cheval. Il avait plutôt l’habitude de se déplacer à dos d’âne. Il mit toute son énergie à contrôler sa monture qui était nerveuse. Il voulait éviter de perdre la face en tombant.

    Ils arrivèrent rapidement sur la terre. En longeant la Loire, ils aperçurent une femme qui paraissait très triste. Saint Pierre eut pitié d’elle.

    - Vous avez vu cette pauvre malheureuse, Seigneur, elle a dû avoir de grands malheurs.
    -
    Tu te trompes, elle a l’’air triste parce qu’elle s’ennuie.
    -
    Je vous en prie, trouvez un moyen de la désennuyer.
    -
    Comme tu voudras, mais je ne suis pas sûr qu’elle gagnera au change.

       Jésus sauta de sa monture, se baissa pour ramasser une poignée de sable sur la berge et la jeta sur la femme. Aussitôt les grains de sable se transformèrent en puces. Piquée sur tout le corps la malheureuse se mit en quête des parasites. Et chaque fois qu’elle attrapait une puce elle avait un sourire de satisfaction.

    - Merci, Seigneur, s’exclama Saint-Pierre, maintenant elle ne s’ennuie plus. Ils poursuivirent leur route. A l’approche  d’un village, Jésus fit se déclouer un des fers de son cheval.
    -
    Il faut trouver rapidement un maréchal ferrant, dit-il.

    Un peu plus loin, Saint-Pierre aperçut une forge. C’était celle de Dienez.

    - Arrêtons-nous là, proposa-t-il.

    Le maréchal-ferrant s’occupa du cheval.

    Combien vous dois-je ? demanda le Christ quand il eut terminé.

     - Rien, répondit Dienez je n’ai utilisé que quelques clous pour remettre le fer en place.
    Eh bien, puisque vous ne voulez pas d’argent, indiquez-moi trois choses qui vous feraient plaisir et je vous les accorderai.
    -
    Choisi le paradis lui souffla Saint pierre
    -
    J’ai tout mon temps pour y aller, répondit Dienez. Pour l’instant, j’aimerais avoir un chien.

       Des jappements provenant de l’intérieur de la forge lui indiquèrent que son vœu était exaucé ; En se retournant il vit un chiot au pelage noir. Il s’approcha et le prit sans ses bras.

    Comment allez-vous l’appeler ? demanda-Jésus.

    - Pauvreté
    -
    Que choisissez-vous d’autre ?
    -
    Demande-le Paradis, dit Saint Pierre
    -
    Cesse de vouloir m’influencer. Je voudrais que chaque année ma récolte de pommes s’effectue  sans que j’aie à fournir le moindre effort.
    -
    Accordé et pour finir que voulez-vous ?
    -
    Demande le paradis, répéta le portier.
    -
    Laisse-moi tranquille vieux rabâcheur ; J’ai une autre idée. J’aimerai que ceux qui montent dans mes pommiers ne puisse en redescendre qu’avec ma permission.
    -
    Je vous accorde ce pouvoir, dit le Christ.

       Et après que le maréchal-ferrant l’eut remercié, il s’en retourna au Cieux suivi de saint-Pierre toujours aussi peu à l’aise sur sa monture.

       Dienez était content d’avoir un chien. Grâce à lui, sa solitude lui pesait moins. Mais il était toujours aussi pauvre. « J’aurais mieux fait de lui demander la richesse, le savoir et aussi une jolie femme. » regrettait-il. Et il lui arrivait parfois de maugréer qu’il finirait par se vendre au diable.

       Un soir en rentrant de sa forge, il vit un homme vêtu de noir qui l’attendait devant chez lui. Pauvreté le poil hérissé se mit à grogner.

    - Puisque tu es prêt à te vendre, faisons commerce tout de suite, lui proposa l’homme. Je peux te donner un grand coffre rempli d’or.
    -
    Quel répit, êtes-vous prêt à m’accorder avant de venir me chercher ?
    -
    Vingt années
    -
    Marché conclu, dit Dienez.

       Satan lui remit l’or et il vécut heureux, mais vingt passent très vite quand on est riche et que l’on ne s’ennuie pas. Le Diable fut bientôt de retour, en compagnie de ses assistants qui avaient tenu à l’accompagner.

    -Es-tu prêt ?

       Oui, mais avant de partir, je voudrais me changer ; Profitez-en pour ramasser des pommes. Elles sont très bonnes cette année. Voici des sacs si vous voulez en emporter.

       Satan et ses diablotins grimpèrent dans les pommiers. Quand leurs sacs furent pleins, ils tentèrent en vain d’en descendre. Furieux, ils protestèrent bruyamment, tandis que le maréchal -ferrant  les narguait. La présence de ces êtres maléfiques dans les pommiers effrayait le voisinage et aussi pauvreté. Chaque fois qu’il passait près du verger, le chien aboyait férocement.

       Comme le diable était prisonnier et ne pouvait plus tenter personne, il y eut de moins en moins de conflits dans le pays ? Cela  ne fit l’affaire des hommes de loi qui ne parvenaient plus à gagner leur vie correctement. Ils allèrent se plaindre au roi. Le monarque ordonna à Dienez de libérer Satan et ses diablotins et menaça de le faire pendre s’il n’obéissait pas.

       Le maréchal-ferrant dut se résoudre à les laisser partir, non sans avoir obtenu d’eux l’assurance qu’ils ne reviendraient pas le chercher. Dienez mourut centenaire. Quand il arriva au paradis, il saisit le heurtoir de la porte et l’actionna violemment.

    - Du calme s’exclama Saint-Pierre en ouvrant son guichet. Ah ! C’est toi. Tu aurais mieux fait de demander le paradis quand je te l’ai conseillé. Maintenant il est trop tard !

    Et il referma le guichet.

       Le maréchal-ferrant se rendit ensuite au purgatoire. Le portier prit connaissance de son dossier et lui dit :

    - Tu as commis de gros péchés pour entrer ici. Passe ton chemin.

    Dienez se dirigea alors vers l’enfer. Dès qu’il le vit, le gardien se barricada avant de lui lancer :

    - Nous ne voulons pas de toi au royaume des ombres, nous avons trop souffert quand tu nous gardais prisonniers dans tes pommiers.

       Dienez fut contraint de retourner sur la terre où il séjourne toujours en compagnie de son chien noir qui n’est certes plus le même, mais qu’il continue d’appeler pauvreté, en veillant à le choisir à chaque fois pour sa ressemblance avec le premier.

     © Le Vaillant Martial



    [1] Misère en Breton

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