• Le Bag noz

    LE BAG NOZ

     


     

    S

     

    i vous croisez rentrant de pêche à la tombée de la nuit, le Bag-Noz glissant sur les flots sans sillage, il se dirige sereinement, voiles tendues sans le moindre souffle de vent, vers les rochers comme s’il connaissait une nouvelle passe, ne le suivez pas. Ne cherchez à vérifier son existence fantomatique : le raccourci s’achèverait de la vie  au trépas sur les écueils de la côte.

    La « Barque de Nuit » rôde aux abords des massacres et perditions. Cet intersigne trouble et lugubre prévient par des gémissements de la venue de la mort et la précède dans un feulement d’écume. Les âmes des noyés fraichement trépassés accomplissent le « délai d’une vieillesse humaine ».

    Drapeau noir en berne, la barque disparaît dès qu’on la fixe du regard, jaillissant plus loin sur l’horizon. Elle s’évanouit dès que l’on s’adresse à son barreur.

    On rencontre parfois ces barques gabares noires sur l’estran, vides et pourtant si pesantes qu’elles s’enfoncent dans les flots jusqu’au ras du bord. Elles attendent docilement. Un vivant les pilotera jusqu’à ces îles étranges et inconnues des cartes marines où des esprits invisibles dénombrent et appellent par leur nom les noyés rassemblés.

    L’homme qui se présente est un pêcheur dévolu à ce rôle, désigné par ce don affreux de pouvant entendre l’appel silencieux des morts. Lui seul voit le vrai visage de ces âmes invisibles. Lui seul sait que sa famille, de par son nom, Trémeneur, est condamnée à être le passeur des mourants ». Les autorités de la région exemptent de taxes ce foyer marqué d’une peine plus rude que toute autre, celle de vivre à jamais étranger du monde des vivants et de celui des trépassés.

    Au matin, somnambule harassé de sommeil et d’oubli, il se rendort comme s’il ne s’était jamais réveillé. Certains considèrent qu’un tel passeur ne peut en aucun cas revenir par la suite dans ce monde ci, ayant par trop fréquenté l’autre, il erre avec la barque de nuit sur tous les océans, tout comme l’imprudent qui s’aventurerait à grimper à grimper dans un bag-noz encablé sur la grève...

     La barque des morts doit aller jusqu’à la fin des temps, de plage en plage, d’île en île, à la recherche des corps des marins noyés pour les ramener à la terre ferme, à l’endroit où ils sont nés. Pour accomplir ce périple, on affirme qu’à l’île Saint-Gildas, les âmes des fantômes du Bag-Noz font provision d’eau douce sous la conduite d’une femme. Discutant entre eux à voix basse sans que l’on puisse saisir la moindre bride de parole, ils répondent invariablement à qui les interrompt dans leur tâche.

    A l’île de sein, on prétend que le pilote de la barque est le dernier noyé de l’année. A l’inverse, les gens de la côte estiment que le barreur est le premier mort de l’an, tout comme l’Ankou à terre.

    Les deux versions s’accordent sur un point important : si c’est un vieillard, c’est le signe d’une grande mortalité infantile dans l’année à venir. Si c’est un enfant, le contraire est attendu.

    On relate encore la présence hideuse d’une baleine des morts, agressive envers les vivants, qui, elle aussi vint chercher l’âme des noyés en mer. Sa rencontre est de celle que l’on n’oublie plus !

    Ce fut une journée maussade, grise, toute en bruine. Mais pouvait-il en aller autrement : le jeune Loïc Trémeur enterrait son pauvre père. Cultivant une maigre terre, pêchant le reste du temps, il s’était tué à la tâche comme beaucoup de ce temps-là qui n’ayant que pour toute richesse que leurs deux bras et un fatalisme à toute épreuve, payaient leur place sur terre en sueur dépensée.

    De sombres pensées assaillaient Loïc, alors que soutenant sa mère accablée, ils s’en retournaient vers leur demeure. La nuit vint, apaisant pour quelques heures dans un sommeil sans rêve, une tristesse d’autant plus grande que Loïc, faute d’avoir pris le temps n’avait jamais vraiment parlé à son père.

    Il s’éveilla soudain, grelottant de froid, regardant sans comprendre la fenêtre ouverte. La lune blafarde brillait dans la nuit glaciale. Une brume flottait au dehors, nimbant le décor d’une aura d’étrangeté. Comme attiré par l’obscurité, Loïc se redressa dans son lit. La brume stagnante sembla alors sous ses yeux prendre forme humaine. Stupéfait, il mit tout d’abord cela sur le compte du sommeil encore présent. Mais comme portée par un souffle de vent, une voix faible, lointaine s’éleva alors :

    - Mon cher fils, c’est moi ton père... n’aie aucune crainte, je t’en prie !...

    Glacé autant de peur que de froid, Loïc devint livide.

    La voix reprit : à peine une journée et tu aurais déjà oublié mon visage ?

    Les contours du visage se dessinèrent, construit de lambeaux de brume, Loïc, halluciné, reconnut le portait souriant de brave homme de père, il n’y aurait plus de peur en lui, mais le chagrin faisait rouler des larmes sur ses joues froides.

    - Mais comment, parvint-il à demander.

    - C’est ainsi, je vais partir, mon passage sur terre s’estompe et j’attends de voir « l’autre rive ». Mais pour cela j’ai grand besoin de toi, mon fils.

    Et cette aura de brume qu’était encore son père parla longuement, Loïc écouta et comprenait à présent beaucoup de choses : pourquoi entre autres son père s’éclipsait certains soirs de la maison et rentrait bien des heures après.

    La brume frissonna et deux formes apparurent. Je vous attendais fit le père. Se tournant vers Loïc. Je te présente les Kebrat. Su tu veux bien, ils voyageront en notre compagnie. Ça ne sera pas une charge bien grande pour tes bras, ils sont bien jeunes et le poids de leurs fautes ne pèsera pas bien lourd dans la barque.


     

     

    À présent, mon fils il te faut te dépêcher, habille-toi et va mettre la barque à l’eau !...


     

    Au matin, sa mère crut que la tristesse s’était envolée des épaules de son cher fils, et, en un sens, c’était vrai.....  Loïc en une nuit avait appris bien des choses. Si de devenir à son tour le passeur des légendes l’effrayait bien un peu, il sentait cette que cette charge était noble et nécessaire. Mais bien plus, il était profondément reconnaissant à cette providence d’avoir pu, par cette seconde chance, parler à son père.

    © Le Vaillant Martial 

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