• La vieille Ozéganne malade, les Enfants et les Pots d’Or

    Il était une fois deux femmes qui allaient ensemble laver leur linge au lavoir. Sur leur chemin, près d’un talus, elles rencontrèrent une Ozéganne, vieille, vieille et qui avait une forte fièvre.

    - Que faites-vous ici, bonne femme ? lui demandèrent-elles.
    -
    Je suis tombée ici et ici je resterai, dit la vieille Ozéganne, je ne sais pas ce qui m’est arrivé.
    -
    Si vous vouliez nous dire où se trouve votre maison, nous vous y reconduirions.
    -
    Je ne serais pas capable de marcher dit l’Ozéganne.
    -
    Mais nous vous donnerons le bras, chacune d’un côté.
    -
    Et toutes ces affaires que vous apportez au lavoir, mes enfants ?
    -
    Le garçon qui arrive les rapportera chez nous.
    -
    Bien, dit l’Ozéganne, car il fera nuit quand vous arriverez chez moi.

    Elles ne pouvaient pas marcher trop vite avec elle car elle se reposait à chaque instant.

    Arrivée enfin devant sa porte, l’Ozéganne leur dit :

    - Prenez la clef dans mon sac et ouvrez la porte.

    L’une prit la clef dans le sac et s’aperçut, en la tirant, que c’était une clef en or. Elle ouvrit la porte, elles entrèrent.

    L’Ozéganne leur dit :

    - Mettez-moi sur mon lit.

    Elles la déshabillèrent et la mirent au lit.

    - Allumez le feu, leur demanda-t-elle encore, et mettez quelques chose à chauffer : si la chaleur me revient, je vais peut-être aussi revenir à moi.
    -
    Elles l’écoutèrent. L’Ozéganne dit ensuite :

    - Ouvrez l’armoire. En bas, vous trouverez un vin comme vous n’en avez jamais goûté de votre vie. Vous en mettre à chauffer dans une casserole avec du sucre, mais sans bouillir. Et puis l’une de vous deux va rentrer à la maison, tandis que l’autre restera passer la nuit avec moi pour que je ne sois pas seule. Il faut que vous rentiez à cause des enfants. Allez donc jusqu’au saloir, décrochez le grand panier et mettez-y quatre grands morceaux de viande, deux pour vous, deux pour apporter à la famille de celle qui restera passer la nuit. En plus, deux bouteilles de vin et une bouteille d’eau-de-vie pour chacune. Demain, matin, en revenant ici, vous me rapporterez mon panier.

    La femme en question avait peur, toute seule sur la route. Elle aperçut un homme, c’était son mari qui venait à sa rencontre.

    - Malheureuse, lui dit-il, d’où venez-vous ?
    -
    Mon pauvre homme, quelle peur vous m’avez faite !
    -
    Mais pourquoi rentrez à la maison en pleine nuit ? demanda-t-il à sa femme.
    -
    Prenez donc le panier, répondit-elle, et portez le, il est lourd
    -
    Il est minuit et demi, dit le mari.
    -
    Quand j’aurai fait du feu et préparé quelque chose à manger, il sera temps que je reparte.
    -
    Où ? demanda le Mari
    -
    Chez une vieille Ozèganne que nous avons trouvée sur notre route. Elle m’a dit de ne pas manquer d’y aller parce que si jamais je la retrouverais morte, tout ce qu’elle possède serait à nous.

    Mais elle retrouva la bonne femme bien vivante, même mieux, elle était debout depuis la veille au soir. Elle dit aux deux femmes :

    - Je n’ai rien à vous donne. Mais j’aimerais vous demander combien vous avez d’enfants entre vous-deux.
    -
    Moi j’en ai  un, dit l’une.
    -
    Et moi deux, dit l’autre.

    Celle qui en avait deux était veuve et celle qui n’en avait qu’un avait son mari.

    - Eh bien, allez chercher vos enfants et votre mari et venez habiter ici, leur dit l’Ozéganne. Vous serez heureux auprès de moi tant que je vivrai et, après ma mort, vous continuerez à habiter ici. Personne n’héritera de moi : tout ce qui est ici vous reviendra, mais vous partagerez équitablement.

    Elles se regardèrent toutes les deux et se dirent :

    - Jamais, nous n’aurons été si heureuses de notre vie !

    L’Ozéganne dit à la veuve :

    - Allez à l’écurie prendre un cheval, attelez-le à la voiture et rejoignez mari et enfants, ainsi que votre linge si vous voulez. Il ne manque pas ici d’affaires d’intérieur qui ne servent à rien.

    Les enfants n’étaient pas encore très grands : tous les jours, tous les jours, ils avaient l’habitude d’aller jouer au jardin, et de s’amuser à creuser des trous.

    Un jour, l’un d’eux dit aux autres :

    - Regardez quel joli pot j’ai trouvé ! Plein de fleurs d’or !

    Quand ils retirèrent ces fleurs, ils découvrirent que le pot était empli de pièces d’or. Or ces enfants n’avaient jamais vu de sous ni d’or. Ils se mirent à jouer avec. La vieille Ozéganne dit à l’une des femmes d’aller voir où en étaient les enfants, craignant qu’ils ne se soient fait mal.

    Quand la veuve les trouva, elle resta stupéfaite de les voir jouer avec de l’or.

    - Nous l’avons trouvé dans un pot d’or, dirent-ils en creusant dans le jardin.
    -
    Passez-moi, votre morceau de fer.

    Elle se mit à creuser et trouva plus de vingt pots du même genre. Elle rentra à la maison et l’Ozéganne lui dit :

    - Vous n’avez pas ramené les enfants ?
    -
    Si, répondit-elle, ils sont rentrés avec moi, mais je ne les laisserai plus aller au jardin.
    -
    Pourquoi demanda l’Ozèganne.
    -
    J’ai peur qu’ils n’abiment tout.

    Une nuit, l’Ozéganne tomba très malade. Elle leur dit de l’enterrer dans son jardin quand elle serait morte et de mettre une plante de violette sur sa tombe.

    - Il y a un carré dans le jardin, leur dit-elle, c’est là que vous m’enterrerez en mettant des fleurs tout autour de moi. Plus loin, vous creuserez et vous trouverez de l’or et de l’argent, tellement que vous ne pourrez pas tout croquer, ni vous, ni vos enfants, ni même vos petits-enfants.

     Et une nuit l’Ozèganne mourut. Ils la disposèrent sur les tréteaux funèbres et le lendemain l’enterrèrent dans le carré qu’elle avait dit. Ensuite, ils mirent autour de sa tombe toutes les fleurs possibles et rentrèrent à la maison.

    - Comme nous allons être heureux ! Ni roi, ni reine ne seront aussi heureux que nous !

    Yves le Diberder, Contes de Korrigans, 1916.

    © Le Vaillant Martial

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