• La Tour Du Diable

    La Tour Du Diable


     

     

       Maître Luc Morfil était assis dans son réduit. Le vieux Pluto dormait, les pattes dans les cendres.

       Tantôt l’intendant prêtait l’oreille aux sifflements de la tempête ; tantôt il donnait exclusivement son âme à ses rêves ambitieux, et calculait combien de mois, combien d’années, il lui faudrait attendre la possession de Coquerel.

    Il aimait Coquerel d’amour tendre et sincère. Il n’aimait en ce monde que Coquerel.

       Il faut dire aussi que le joli château était bien fait pour inspirer une passion. C’était un manoir modèle. Entre deux ailes de style saxon, son corps de logis, coquettement coiffé d’un petit beffroi à jour, s’élevait, gris de vieillesse, mais sans rides ni lézardes, comme un chevalier de grand âge qui porte encore gaillardement son armure. Aux quatre coins, quatre tourjons, percés d’étroites meurtrières, surmontaient la haute charpente et dressaient symétriquement leurs toitures pointues. Trois cent soixante-cinq fenêtres s’ouvraient devant, derrière et par côté, ce qui donne à penser que, de nos jours, Coquerel eût été d’un très bon revenu pour le fisc. Au-dessus de la maîtresse porte, deux archanges armés en guerre soutenaient l’écusson de Plougaz, qui était de gueules à sept croissants d’argent, orlé d’hermine, et portait, – sur le tout, – le lion passant de Plougastel, dont Plougaz se prétendait issu.

       L’intérieur du château répondait au frontispice ; ce n’étaient partout que splendides tentures de fine laine ou de soie. Les dalles de pierre disparaissaient sous d’épais tapis de fourrures. Les lambris de chêne noir sculpté brillaient tout autant que le granit poli des immenses cheminées. Et, quand un soir de fête, lustres et girandoles s’allumaient ; quand un incendie, alimenté par sept ou huit troncs d’arbres, brûlait dans la vaste concavité de l’âtre ; quand la table gémissait sous le poids des mets ; quand une foule dorée emplissait les nobles salons ; quand les coupes d’or se choquaient bruyamment au dernier acte d’un festin, par saint Malo ! C’était plaisir de voir la vieille demeure étinceler et resplendir. Pas un recoin qui restât obscur, pas une voûte qui n’éveillât ses sonores échos pour mêler des notes joyeuses au joyeux fracas de la fête.

    Oh ! Nous vous disons vrai. Si Plougaz était le parangon des hôtes, Coquerel était le roi des châteaux.

       Et maître Luc, caché en quelque coin solitaire, contemplait tristement toute cette joie. C’était pour un autre que Coquerel déployait toute sa beauté. Maître Luc était jaloux comme ce vassal qui porte un œil audacieux sur une noble dame, et pâlit de rage en la voyant sourire à son seigneur.

    – Quand donc, se disait-il alors, quand donc serai-je maître de Coquerel ?

       Ce soir dont nous parlons, il se faisait, pour la millième fois peut-être, cette question, et sa réponse n’était rien moins que satisfaisante au gré de son impatience. M. de Plougaz, en effet, réduit à ses trois fiefs principaux, ne pouvait pas ne point se ruiner ; mais, l’un des trois fiefs vendu, le prix restait à dissiper, et ce prix semblait à maître Luc un trésor inépuisable. Et encore une fois, la somme dissipée, le tour de Coquerel n’arriverait certes point. Kerambardehzre était là avec ses immenses futaies et ses champs fertiles...

       C’étaient des années qu’il faudrait encore attendre !

       Or, attendre est un cruel martyre pour une imagination active comme était celle de maître Luc.

       Moitié pour se distraire de ses sombres pensées, moitié pour se donner un avant-goût des jouissances de propriétaire, l’intendant plongea ses deux mains dans un coffre poudreux, qui servait de chartrier aux seigneurs de Plougaz depuis l’invasion des Saxons en Bretagne, et les retira pleines de parchemins manuscrits. Au milieu de ces vénérables grimoires, dont l’aspect eût fait rugir un de nos archéologues modernes, il prit au hasard un rouleau de parchemin, qu’il déplia lentement et avec distraction.

       Ce parchemin était couvert d’écriture en langue bretonne, et portait, à son extrémité supérieure, ce titre, fait pour exciter la curiosité du futur maître de Coquerel :

    « Comment la tour septentrionale du joli château des seigneurs de Plougaz fut appelée la tour du Diable. »

    – La tour du Diable ! répéta Luc Morfil. En effet, les plus vieux parmi les valets de Coquerel donnent encore ce nom à la tour du nord.

    Il se mit à lire avidement.

       Le manuscrit racontait comme quoi, quelque quatre-vingts ans auparavant, le diable avait pris possession de la tour septentrionale et y avait établi une sorte de pied-à-terre. Le malin avait joué la quantité de méchants tours, si bien que le maître de Coquerel avait été obligé de déserter son manoir pour aller prendre domicile à Kerambardehzre. Quand le maître fut parti, Satan fit trêve, mais chaque fois qu’on revenait habiter Coquerel, Satan recommençait ses fredaines.

     Cela dura tant que vécut Simon Troarec, intendant de M. de Plougaz.

    Maître Luc s’arrêta sur ce passage et se prit à rêver profondément.

    Au bout d’une grande demi-heure, il releva la tête et dit :

    – Cela dura tant que vécut Simon Troarec, intendant de M. de Plougaz !

    Puis il reprit la lecture.

       Après la mort de Simon Troarec, les apparitions et diableries cessèrent. On fit purifier en grande cérémonie les chambres où Satan avait mené le sabbat, et tout rentra dans l’ordre. En mémoire de ce fait, la tour où se trouvaient ces chambres fut nommée la tour du Diable.

    Maître Luc roula le parchemin et le rejeta dans le coffre.

    – Ha ! Ha ! dit-il, la tour du Diable ! Cela dura tant que vécut Simon Troarec, intendant de M. de Plougaz !... ha ! ha !

       Cette seconde exclamation fut prononcée de ce ton équivoque que les observateurs regardent comme un diagnostic certain d’enfantement intellectuel. Par le fait, maître Luc ajouta presque aussitôt après :

    – Eh bien ! Voilà une merveilleuse histoire ! Ce Simon Troarec était, certes, un garçon d’esprit... Allons ! Avant trois mois je serai maître du joli château de Coquerel.

       Ce disant, et après s’être amplement frotté les mains, il saisit sa lampe, et prit, au travers des longs corridors, le chemin de la tour du Diable. Pluto se leva et le suivit doucement.

       Maître Luc marchait d’un pas leste et joyeux. Il ne prenait point garde aux brusques rafales qui venaient frapper les fenêtres. Sa ronde figure exprimait le contentement le plus parfait, et ses petits yeux gris brillaient et clignotaient comme les yeux d’un chat qu’on caresse. Arrivé an bout de la principale galerie, il fit tourner une lourde clef dans la serrure rebelle de la tour du nord, et entra.

       La première pièce qu’il traversa avait le même aspect que les autres chambres du château ; elle servait journellement de retraite à quelque hôte de M. de Plougaz. La seconde présentait une physionomie plus triste ; elle n’était habitée que lorsqu’il y avait trop-plein au château, le soir d’une grande fête. La troisième était poudreuse, sombre, lugubre. Maître Luc eut toutes les peines du monde à pousser le pêne de la serrure hors d’usage. Quand il entra enfin, il ne put se défendre d’un serrement de cœur.

       Cette pièce abandonnée depuis douze ans, avait servi de chambre à coucher au jeune sire Arthur. La tapisserie, humide, tombait en lambeaux. Le vent pénétrait en sifflant à travers les carreaux brisés des croisées.

       Pluto, qui était entré derrière l’intendant, ouvrit ses larges naseaux et sembla respirer avec délices une atmosphère connue. Il fit à plusieurs reprises le tour des murailles, en s’arrêtant chaque fois devant le lit vide.

    – Ce sera un rude métier, grommela maître Luc, dont le front s’était considérablement rembruni ; cette chambre ne me plaît pas, et je suis sûr que j’y verrai plus d’une fois le fantôme de ce jeune fou d’Arthur.

       Pluto s’arrêta dans sa ronde et poussa un long hurlement.

    – Tiens ! Tu es là, toi ? reprit l’intendant.

    Et comme si la compagnie du chien eût modéré sa vague terreur, il ajouta d’un ton de fanfaronnade :

    – S’il vient, nous le recevrons ; et comme il ne viendra pas, nous enverrons monsieur son père le rejoindre... N’est-ce pas, Pluto ?

       Pluto, suivant son habitude, répondit à cette amicale interpellation en montrant deux rangées de dents blanches, longues, aiguës, qui eussent fait honneur à un loup dans la force de l’âge.

    – Bien, mon garçon, bien ! reprit maître Luc ; je connais ton râtelier. Mais, au rebours des bonnes gens de mon pays, qui mordent avant de menacer, toi, tu menaces et ne sais point mordre.

       Pluto sembla reconnaître la vérité de ce reproche, et baissa la tête en grondant.

       Maître Luc commença alors un examen détaillé des trois pièces qu’il venait de parcourir. La chambre du jeune Plougaz était une pièce de moyenne taille et de forme presque circulaire, qui composait, elle seule, le premier étage de la tour du nord ou du Diable. Elle n’avait qu’une entrée apparente ; mais tout près du lit abandonné d’Arthur, un escalier secret, dont aucun habitant de Coquerel n’avait connaissance, communiquait avec les cours du château. Maître Luc fit jouer la porte masquée, et versa un peu d’huile de sa lampe sur les gonds.

    – C’est bien cela ! murmura-t-il ; voici la porte dont parle la légende. C’est par là que s’introduisait maître Sinon Troarec, mon prédécesseur. Il paraît que les Plougaz ont toujours eu la main heureuse quant au choix de leurs intendants... Silence, Pluto ! Hé ! Hé ! Les Plougaz ne s’attachent que des gens d’esprit. Maître Luc vaut maître Simon, et il n’a pas eu besoin du grimoire pour deviner ce gentil escalier...

       C’était par là aussi que s’introduisait maître Luc, quand il venait voir son jeune sire ; seulement, au lieu de jouer le rôle de Satan, nous avions choisi celui d’un ange ; nous prêchions la croisade... Hé ! Hé ! Ce n’est pas à dire que nous méprisions le rôle du diable : au contraire. Paix ! Pluto. Après avoir été ange, nous serons démon : c’est l’histoire du roi des enfers... et j’espère bien que le diable réussira près du vieux Plougaz comme l’ange a réussi près d’Arthur.

       Pendant ce long monologue, que maître Luc prononçait à demi voix, tout en faisant jouer les gonds de la porte masquée, Pluto le dévorait du regard et grondait sourdement.

       Au nom d’Arthur, il allongea pour la troisième fois le cou, et modula un hurlement plaintif et prolongé. En même temps, la tempête qui grandissait au dehors envoya une puissante rafale qui, entrant à la fois par la porte et les fenêtres dégradées, éteignit la lampe de l’intendant, et remplit la chambre de débris.

       Un silence profond succéda à cet éclat de la tourmente. Pluto se tut. Maître Luc, effrayé, tâtonnait dans l’obscurité. Tout à coup, sa main rencontra la tête velue de son chien, dont les poils se hérissèrent à ce contact. Il leva les yeux et vit ceux de Pluto, ronds et démesurément ouverts, briller dans l’ombre comme deux charbons ardents.


     

    – Sainte Vierge ! murmura-t-il en essayant instinctivement un signe de croix.

       Un éclair lui montra la porte, et il se hâta de regagner le corridor.

       Quelques jours après, les valets de Coquerel étaient rassemblés dans l’immense cuisine du château. C’était le soir ; on faisait la veillée.

       Sous le manteau de la cheminée, assise sur un banc noirci par la fumée, et tournant machinalement le manche d’un rouet, se tenait une femme arrivée aux plus extrêmes limites de la vieillesse : c’était dame Anne Parker, qui avait nourri de son lait M. de Plougaz.

       Anne avait bien cent ans. Ses yeux éteints ne voyaient rien, sinon les choses de l’avenir. Son visage long, osseux, diapré d’innombrables rides, semblait un parchemin racorni par le feu. Ses lèvres remuaient sans cesse, mais ne prononçaient aucun son. Sa main tourmentait continuellement le manche de son rouet, sur lequel il n’y avait plus de chanvre. Auprès d’elle, un large espace restait vide. On la disait sorcière et on avait peur.

       De l’autre côté de la cheminée, Pluto, somnolent et engourdi, chauffait ses pattes et rêvait qu’il chassait dans les chaumes.

       Puis venaient tous les serviteurs de Plougaz. Le cercle était nombreux. Il y avait Alanic, le pâtour (berger), Corentin, le petit gardeur d’oies, le gros Michel, qui engraissait les bœufs, Yaumi, le tondeur de landes, et Francin, le maître de pressoir. Il y avait aussi les valets des chiens et ceux des chevaux, les piqueurs, les marmitons, les jardiniers et les laboureurs. Quant aux gens de guerre, ils étalent dans leur salle d’armes au corps de garde qui touchait au vestibule.

       Nous allions oublier dame Marthe, la femme de charge, et les filles de basse-cour.

       Toute cette population subalterne était éclairée seulement par deux chandelles de résine que soutenaient deux bâtons fendus, fichés dans la maçonnerie de l’âtre.

       D’ordinaire la veillée était bruyante et joyeuse au château de Coquerel. On avait de grosses châtaignes à cuire sous la cendre et d’énormes pichets pleins de cidre mousseux, auxquels chacun pouvait donner, à son tour, de sérieuses accolades. Aussi était-ce plaisir de voir les jeunes gens rire et les vieux babiller, à la rouge lueur des résines crépitantes. Mais, ce soir-là, l’assemblée était triste et silencieuse. Nul ne songeait à retirer les marrons qui brûlaient ; les pichets restaient pleins, leur mousse s’évaporait sans que personne n’y mouillât ses lèvres.

       Qu’y avait-il de nouveau au château de Coquerel ?

       Ce qu’il y avait ? Hélas ! Dieu ! C’est terrible à dire, et le frisson nous vient, rien que d’y penser.

       Il y avait que M. de Plougaz ne savait plus à quel saint se vouer. Il y avait que ses valets et serviteurs maigrissaient à vue d’œil. Il y avait que tout était désolation et désespoir.

       Coquerel était une maison hantée.

       Il y revenait. L’esprit du mal y faisait des siennes, et, depuis huit jours, le sommeil n’avait point fermé les yeux des serviteurs de M. de Plougaz.

       Voilà ce qu’il y avait de nouveau au château de Coquerel. La veillée se poursuivait en silence depuis quelque temps déjà, lorsque le beffroi sonna huit heures. Chacun tressaillit, puis chacun se remit. Alanic avança timidement l’index et retira du feu un marron cuit à point, qu’il grignota avec un plaisir évident. Enhardi par son exemple, Corentin, le pasteur des oies, mit la main à l’œuvre et fouilla les cendres. Le gros Michel, tout en poussant un mélancolique soupir, souleva lentement un pichet et but à la santé de Yaumi, qui ne put se dispenser de lui rendre la pareille Alors Francin prit le courage de se moucher, d’une façon que nous n’osons point dire, mais que nous déclarons simple, primitive et commode pour les gens privée de mouchoirs ; un des valets de chiens toussa ; Pluto bâilla et dame Marthe éternua en fausset. La glace était rompue.

       Les escabelles se rapprochèrent. Yaumi passa le pichet à son voisin, et la liqueur mousseuse fit le tour du cercle.

    – Il est bon, dit Michel, droit en goût et fort en cidre ! Mais qui sait combien de temps encore nous en boirons sous la cheminée de Coquerel ?
    – Qui sait, reprit Francin, le maître du pressoir ; qui sait si les pommes de Monseigneur seront pilées par moi l’an prochain ?
    – Hélas Dieu ! Hélas Dieu ! dit en chœur l’assemblée.
    – C’est que, voyez-vous, mes garçons, dit Michel d’un ton doctoral, il n’y a point de remède à cela. Une maison hantée est une maison perdue ; mieux vaudrait la peste !
    – C’est la vérité, répliqua Francin, c’est la pure vérité.
    – Si seulement M. de Plougaz avait remplacé feu dom Maurice, le chapelain du château ! Mais non.
    – Mais non !

       Le pichet fit une seconde tournée, et les voix prirent un timbre moins lamentable.

    – Pour ça, maître Francin, dit Alanic, vous n’avez jamais cuvé de meilleur cidre !
    – Il est bon ; droit en goût, fort en cidre, ça c’est vrai... mais qu’avez-vous entendu la nuit dernière, vous autres ?

       Cette question assombrit tous les visages.

       Dame Marthe, en sa qualité de femme, retrouva sa langue la première.

    – J’ai entendu des chaînes bruire dans la tour du... du nord, dit-elle, n’osant dire du Diable ; j’ai ouï d’étranges gémissements dans l’air, et j’ai glissé ma tête sous ma couverture
    – C’était prudemment fait, dame
    – À minuit le fracas a redoublé. J’ai cru que le château allait s’abîmer. Je me suis évanouie.
    – Comme c’est commode de pouvoir s’évanouir quand on a grand’ peur ! dit le petit gardeur d’oies. Moi, j’ai vu les meurtrières de la tour du Diable...
    – Silence, malheureux ! Cria l’assemblée.
    – C’est juste ! Je voulais dire la tour du nord. Les meurtrières, donc, brillaient d’une lueur rougeâtre, et la chambre de défunt le jeune sire Arthur...

       Cette fois, ce fut Pluto qui interrompit en poussant le plaintif hurlement que nous connaissons.

    – Eh bien ! Qu’y avait-il dans la chambre ? demanda Yaumi.
    – Je ne sais pas, mais elle était éclairée comme il faut, pour sûr !
    – C’est singulier ! murmura dame Marthe.

    Puis elle ajouta, en secouant la tête :

    – Il y a ici quelqu’un qui pourrait nous en dire bien long là-dessus.
    – Qui donc ? qui donc ? demanda-t-on de toutes parts.
    – La vieille Aune Parker, répondit Marthe. Peu s’en fallut qu’on éclatât de rire, tant cette supposition sembla plaisante.
    – La vieille Anne ! répéta Francin ; il y a tantôt quinze ans qu’elle n’a prononcé une parole.

       Celle dont il était question restait dans son coin, impassible et inerte ; elle ne paraissait point entendre. Ses mains tournaient toujours son rouet comme pour filer un chanvre imaginaire. Ses lèvres remuaient lentement et en silence.

    – Elle a vu d’étranges choses autrefois, reprit Marthe.
    – Elle ne s’en souvient plus.
    – peut-être... en tout cas, elle ne saurait nous les dire, puisque l’âge l’a rendue muette.
    – Muette et sourde. C’est un cadavre vivant.

        C’était Michel qui avait parlé le dernier. La vieille nourrice de Plougaz, tournant avec lenteur son cou décharné, fixa sur lui ses yeux ternes et privés de pensée.

    – Quelqu’un de vous, dit-elle d’une voix chevrotante, connaît-il maître Simon Troarec, le bel intendant de Plougaz ?

     

       Si Pluto lui-même avait pris la parole, l’assemblée n’aurait point éprouvé un étonnement plus profond. Chacun avait à peu près oublié le son de la voix d’Anne Parker, et cette question, bizarre par elle-même, plus bizarre par la bouche qui la proférait, fit courir un frémissement de frayeur de proche en proche.

    – Elle a retrouvé la parole ! murmura dame Marthe ; que va-t-elle dire ?

    Chacun ouvrit les yeux et les oreilles ; mais Anne Parker reprit bientôt sa position première et se remit à filer sa quenouille absente, en remuant silencieusement ses lèvres, comme elle faisait depuis plus de vingt ans.

     © Le Vaillant Martial 

     

      

     

     

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