• La Sirène

     

    U

    n jeune homme et sa fiancée allèrent se promener sur le bord de la mer, car il faisait beau. Ils virent une fillette qui cherchait des coquillages, et le jeune homme l’appela pour lui en acheter. Il lui dit :

    « Vous n’en avez pas beaucoup !

    - J’en aurais trouvé davantage, mais j’ai eu peur.
    -
    Peur de quoi ma fille ?
    -
    Si vous voulez venir de l’autre côté de la grande roche qui roche qui est là, vous le saurez, elle a la figure d’une femme, elle n’est qua sang, son corps est je ne sais comment. »

    Ils allèrent voir et il dit : « C’est une sirène. »

    Ils en approchèrent et lui dirent : « Que vous a-t-on fait. »

    Mais elle ne pouvait s’exprimer aisément et dit : « Attendez encore un peu et je vous parlerai. »

       Trois quart d’heure après, elle leur dit :

    « Un pêcheur m’a fait mal, comment vais-je retourner chez moi ? Il faut me déposer dans un canot. »

        Le jeune homme se mit en quête d’un canot et rencontra un vieil homme qui lui demanda :

    - Vous êtes pressé jeune homme ?

    - Oui, ne pourriez-vous pas me dire, s’il vous plaît, où trouver un canot ? Il y en a un près d’ici, je vais vous accompagner et tous trois nous la ramènerons chez elle. » Ils vinrent auprès d’elle, la soulevèrent et la portèrent vers le canot, s’éloignèrent avec elle et la sirène leur dit :

    « Je tomberai encore en faiblesse : nous ne sommes pas prêt d’arriver, vous voyez deux grandes roches, mais pas la troisième dans laquelle je demeure. »

        Ils ramaient avec courage et elle reprit :

    « Nous ne sommes plus loin.

    - Maintenant, dit le vieil homme à l’autre, vous voyez l’endroit où nous allons arriver. »

       À cet endroit, ils tirèrent le canot sur le sec et à eux trois, ils la mirent à terre, et elle leur dit :

     « Montez sur la roche, vous y ouvrirez une porte et vous me porterez doucement, car mon corps est brisé. »

       Ils pénétrèrent chez elle et la mirent sur son lit, elle dit :

    « Nous ne nous couchons jamais quand nous ne sommes pas blessées, car  d’ailleurs, nous devons être dans la mer et sur les roches au moment où il y a du soleil. »

        La jeune fille commença à la soigner et la sirène lui désigna une petite bouteille d’eau en lui disant :

    « Vous y tremperez une grande plume de cygne que vous passerez sur mes blessures, et dans un mois, je serai guérie.» La sirène dit au jeune homme :

    « Vous irez remettre le canot à sa place et vous en achèterez un, ne soyez pas plus de vingt-quatre heures absent car une tempête va éclater et si elle vous surprend, vous êtes perdu. »

       Il écouta attentivement, partit, acheta un canot et s’en revint vers la roche à onze heures de la nuit ; il frappa, et la jeune fille vint ouvrir et lui dit :

    « Quel bonheur que vous soyez de retour ! La sirène a eu une faiblesse en pensant à vous. ». À  minuit, ils entendirent, le vent, l’orage, virent les éclairs, puis la sirène leur dit :

    « Voici une heure du matin, si vous pouviez me porter jusqu’en haut, car il va y avoir un grand malheur : deux bateaux sont en perdition, l’un se sauvera, mais l’autre se perdra, l’équipage de celui qui se perdra a été cause de mes blessures.»

        Elle dit au jeune homme d’aller chercher l’équipage qui devait être sauvé et elle prit soin de ces marins. Le lendemain, le temps était beau, et ils dirent :

    « Sirène, sans vous nous périssions, nous n’avons pas réussi à sauver ceux qui étaient après de nous, maintenant, nous partons et nous vous remercions d’avoir été si bonne pour nous.

    - Allez, mes braves gens, et ne piquez jamais une sirène quand vous la verrez sur l’eau, car vous n’auriez que du malheur ainsi que sept générations après vous, si vous aviez essayé de les sauver, vous auriez perdu vos vies comme eux. »

     La sirène dit au jeune homme :

    « Voulez-vous vous marier ?

    - Oui, répondit-il.

    - Patientez, encore huit jours et j’irai vous montrer dans quel endroit vous pourrez vous marier. »

        Huit jours après, le bonhomme et les jeunes gens embarquèrent dans un canot et la sirène nageait, ils abordèrent à une grande île.

     

    Chapelle Bretonne
     

     « Voyez-vous une chapelle, dit la sirène, allez-y et un prêtre célébrera le mariage, vous reviendrez prendre votre canot pour rentrer chez moi. »

        À leur retour, elle leur dit :

     « J’attends une de mes amies, il faudra que vous alliez la chercher, car elle n’a qu’un bras. » Ils se rendirent auprès de  l’autre sirène, et au moment du repas, elle leur dit :

    « Que vous serez heureux ici ! Rien ne vous manquera, vous n’aurez qu’à vous promener et à vous occuper de vous, il y a un grand jardin derrière la roche et vous le travaillerez pour vous distraire. »

        Un jour, ils dînaient, et la plus vieille sirène demanda à l’autre :

    - Comment avez-vous eu le bras coupé ?

    - Un bateau passait, j’avais posé mes deux mains sur son bord et un homme de l’équipage me coupa le bras avec une hache.

    - Et vous ne lui avez pas souhaité malheur ? Ceux qui m’ont donné six coups de gaffe[1] ont perdu la vie.

    - Maintenant dit la sirène au bras coupé, je ne souhaiterai plus malheur à personne, c’est malheureux quand on nous fait du mal, mais c’est encore plus triste de vois des pères de famille perdre la vie. »

       Quand les jeunes mariés eurent un petit garçon, le bonhomme fut le parrain, la jeune sirène la marraine, et la vieille sirène la baptisa. Rien ne leur manquait et la jeune sirène dit :

    « Je ne pourrai plus partir d’ici, puisqu’il y a toujours de l’eau à courir sans le jardin, quand ils m’y conduiront je m’y baignerai et quand je serai fatiguée, ils me mèneront dans des endroits ensoleillés et pour leur peine, ils retourneront dans leur pays, depuis le temps qu’ils sont ici, ils n’ont pas beaucoup de plaisir avec nous, et une fois dans leur pays, ils seront dans leur famille.

       Une nuit, une dispute s’éleva à leur sujet entre les deux sirènes, et la vieille dit à la jeune :

    « Sans vous, ils seraient toujours restés ici.

    - Ce n’est pas possible, demain, ils s’en iront et je sais ce que je leur donnerai. »

       Elle leur donna un panier en leur disant de ne pas l’ouvrir avant d’être de chez leurs parents et la vieille sirène dit au jeune homme :

    « Le canot est pour vous, quand le temps sera beau, vous vous promènerez en mer si ‘est votre désir. »

       En arrivant chez leurs parents, ils coururent les embrasser :

    « D’où venez-vous, mes enfants ? Depuis le temps, nous avons cru que vous étiez perdu. »

     Il dit à sa mère :

    « Nous sommes mariés, ma mère, voici notre petit garçon, si vous voulez nous garderons chez nous le vieil homme.

    - Je veux bien, répondit-elle, mais nous ne sommes pas trop riches.

    - Ne vous faits pas tant de soucis pour l’argent », lui dit son fils.

       Quand  ils se furent attablés pour le repas, il ouvrit le panier donné par la sirène et qui était rempli de pièces de vingt francs. Le père et la mère pleurèrent de joie et lui dirent :

    « Nous allons faire construire une maison.

    - Non, il y a un château en vente, nous l’achèterons et nous aurons encore assez d’argent pour vivre. »

     

       Ils achetèrent le château, y habitèrent et au bout de trois mois, son père et sa mère moururent, on leur fit un bel enterrement et bonhomme vivait toujours. Un mois après, le fils, ayant été sur le bord de la côte pour voir ce que devenait le canot, ne trouva en rentrant ni sa femme, ni son enfant et dit au bonhomme :

    « Nous avons eu tort de sortir ensemble, car la vieille sirène était méchante et m’a joué quelque tour. »

    Ils restèrent deux jours dans le château sans avoir de nouvelles de la femme, et dans l’après-midi vers deux ou trois heures, ils entendirent la voix d’un enfant qui pleurait. Le bonhomme dit :

    « Écoutez, mon fils, j’entends la voix de votre petit garçon, mais écoutons bien pour savoir où ils sont. »

     

    La voix venait du caveau qui était dessous l’escalier et le mari ayant défoncé la porte dit à  sa femme :

    « Qui vous a mise ici ?

    - Je ne sais pas, mon garçon était sur mes genoux auprès du feu et j’ai été transportée dans le caveau, mais je n’ai vu personne, une voix m’a dit en s’éloignant :

    Vous ne sortiez pas d’ici avant que votre mari ne soit rentré.

    - Ma pauvre femme, si nous avions tardé à revenir, vous seriez morte de faim malgré tout votre argent. Jamais, je ne sortirai plus sans vous, nous vivrons tranquillement, personne ne vous fera de la peine et nous n’en ferons à personne. Le bonhomme ne vivra plus longtemps, alors nous n’habiterons plus ici, car ce château est un château de malheur et nous n’avons pas de bonheur depuis que nous y sommes, nous le vendrons  ou nous le louerons et nous irons habiter dans l’ancienne maison de mon père et de ma mère. »

     

                      Joseph Frison, Revue des traditions populaires, 1924

    © Le Vaillant Martial

     

     

     

     



    [1] Long manche à rochet pour tirer le poisson à terre

    « Guillaume de l'île de SeinTartezenn ognon »

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