• La servante, les Ozégans et l’oiseau blanc

    Il était une fois une servante qui allait chercher de la nourriture pour ses vaches. Á un moment elle se trouva dans un champ proche d’un bois de sapins et alors qu’elle confectionnait son fardeau, elle entendit un bruit. C’étaient des gens, six ozégans, qui soulevaient une pierre plate pour rentrer chez eux, sous terre. Elle eut peur en les apercevant car c’était la première fois qu’elle voyait des ozégans. Ceux-ci lui dirent :

    - Donnez donc votre fardeau à porter à l’un de nous !
    -
    Mais vous ne serez pas capables de le porter. Il est trop lourd, il est même plus haut que vous !

    Ils éclatèrent de rire tous les six. L’un d’eux attrapa le fardeau et le mit sur son dos. Et la servante de l’appeler :

    - Vous ne savez même pas dans quelle maison je suis servante ! Les cinq autres l’escortaient tandis que le premier marchait vite, mais alors vite, se disant en son cœur : « Je n’en ai pas pour longtemps à porter ce fardeau jusqu’à sa cave, je reviendrai tout de suite à leur rencontre. »

    Il  arriva dans la maison où elle était servante, déposa son fardeau et repartit avant que les autres ne soient arrivés.

    - Vous avez peut-être été vu de ma maitresse, dit la servante.
    -
    Personne ne m’a vu et je n’ai vu personne, répondit l’ozégan.

    - Jeune fille, demandèrent ils alors ensemble, vous n’en avez pas assez d’être servante ?
    -
    Si, plutôt, mais il faut bien que je gagne ma vie
    -
    Si vous vouliez venir avec nous, vous en aurez fini.
    -
    Que ferais-je avec vous six ?
    -
    Vous nous feriez à manger, rien que cela et les lits. Une autre aura la charge du nettoyage et de la couture. Quand nous irons en voyage, vous serez toujours des nôtres comme si, malgré votre taille, vous étiez notre demi-sœur. C’est de nuit que nous partirons le plus souvent car nous avons maint tour à faire et, la nuit on ne nous voit pas.

    La première nuit qu’elle partit avec eux, ils la conduisirent sur une grande montagne.

    - Dans quel but êtes-vous venu ici ? leur demanda-t-elle.
    -
    Vous n’allez pas tarder à le savoir.

    Elle aperçut une bande de chevaux.

    - Chacun de nous va monter sur un cheval blanc et quand nous aurons à tour de rôle fait trois fois le tour de cette montagne, nous mettrons pied à terre. Vous viendrez alors bouchonner avec de la paille nos six chevaux trempés de sueur.

    À frotter les six bêtes, elle finit par avoir mal aux bras et elle se disait en son cœur que, si elle pouvait retrouver sa route, elle ne resterait pas plus longtemps avec eux. Ils rentrèrent  enfin tous les sept et les ozègans lui dirent :

    - Allez maintenant vous coucher car nous dormirons pendant le jour. Ce soir nous repartirons et vous n’aurez qu’à faire la même chose que cette nuit.

    Au lieu d’aller se coucher, elle décida de s’échapper et de revenir là où elle était servante. « Si je rencontre des gens, je leur demanderai où je e trouve. Quelqu’un de charitable me remettra sur  la bonne route. Si seulement je pouvais arriver avant que les ozègans se lèvent ! Autrement ils vont me rattraper et c’en sera fait de moi ! »

    Elle parvint à un manoir, frappa à la porte pour demander l’hospitalité. Une vieille femme vint lui ouvrir :

    - Que voulez-vous, ma fille ?
    -
    L’hospitalité pour la nuit, s’il vous plaît.
    -
    Quel est votre métier ?
    -
    J’étais servante à la campagne.
    -
    L’endroit ne vous déplairait pas ? Comme je vis ici toute seule, vous seriez mon bonheur, été comme hiver.
    -
    Je serais ravie de vivre en un tel endroit. Le manoir me plaît beaucoup.
    -
    Vous n’aurez ici ni pommes de terre ni lait, mais vous serez bien nourri sans avoir grand travail : me tricoter des bas et des chaussons, aller au jardin ramasser les poires, les pommes et tous les autres fruits pour les envoyer au marché, rien de plus.

    La jeune fille se disait en son cœur que les ozègans n’allaient pas au marché puisqu’ils dormaient tout le jour.

    Un jour par-dessus les autres jours, elle alla au marché et s’installa sur la place avec ses fruits et son beurre. La première personne qu’elle vit fut un de ses ozègans ...

    - C’est ainsi que vous nous avez trompés ....
    -
    Ma foi, j’en avais assez de frotter vos chevaux !
    -
    À combien vos fruits et votre beurre ?

    Elle se mit à trembler et à se dire qu’elle était fichue car les cinq autres n’étaient pas loin : sur un coup de sifflet, ils rappliquèrent et elle se retrouva par terre.

    - Vous allez devoir revenir avec nous ou bien vous ne reverrez jamais votre pays !
        -
    Pas question, que je reparte avec vous. J’en avais vraiment par-dessus la tête.


    Ils s’emparèrent de ses fruits, de son beurre et emportèrent le tout sans payer.

    En revenant au manoir, elle se demanda ce que la vieille femme allait lui dire ...

    - Si elle me chasse, j’irai mendier plutôt que de retourner chez les ozègans. Tout sauf cela !

    Elle arriva au manoir bien triste et affligée.

    - Que vous est-il arrivé ?

    Elle raconta ce qui s’était passé

    - Ce n’est pas une raison pour pleurer ! J’avais oublié de vous dire qu’un coin de la place était réservé et c’est du côté des ozègans que vous êtes allée. Or ce sont des filous qui marchandent toujours et finissent par emporter ce qui leur plaît sans rien payer. La prochaine fois ne retournez donc pas là, certains endroits leur sont défendus.

    Huit jours plus tard, elle retourna au marché. On lui avait dit de ne pas se mettre au même endroit que la fois précédente au risque d’être encore attrapée. Elle réussit à vendre ses fruits et son beurre et à se faire payer comptant, le tout sans voir le moindre ozégan. Elle rentra donc satisfaite à la maison et remit l’argent à la vieille femme. Celle-ci lui dit :

    - Il y  au jardin un arbre qu’il est grand temps de tailler. Mais faites attention, si vous oubliez de tailler une seule branche à la même longueur que les autres c’en est fait de vous !

    En elle-même la jeune fille se disait : « Ici j’étais encore relativement heureuse, il faut que de drôles de choses m’arrivent encore ... »

    Elle regarda attentivement comment se présentaient les branches et les coupa comme si elle n’avait fait que cela toute sa vie. Quand elle eut terminé un petit oiseau blanc qui était dans l’arbre vint lui dire.

    - Vous avez de la chance d’avoir taillé l’arbre comme il fallait ! Sinon vous seriez restée ici avec moi.

    - Je ne savais que les oiseaux parlaient !
    -
    C’est à moi qu’appartient l’endroit où vous vous trouvez, dit l’oiseau, et vous n’en repartirez jamais, vous y resterez toujours.

    Dans huit jours surviendra une bande d’ozègans avec l’intention d’attaquer le manoir. Je vous donnerais alors une plume de mes ailes, et lorsque ces ozègans viendront frapper à la porte, vous prendrez la plume dans votre main et vous soufflerez dessus : aussitôt ils feront demi-tour et quand vous ne les reverrez plus malgré leur envie de vous faire périr.

    Quant à moi, je n’en aurais plus  pour longtemps à être oiseau : dans deux mois, j’irai vous trouver au manoir et vous cesserez de faire les marchés. Nous resterons vivre tous les deux avec la vieille qui est ma marraine. Elle nous donnera une chambre et nous dormirons ensemble.

    Quand la nuit fut venue, l’oiseau lui dit :

    - Allons-nous coucher.
    -
    Je n’irais pas dormir avec un oiseau ! J’aimerais encore mieux être un ozégan même s’il me fallait mourir de faim ! Peu s’en faut que je n’aie peur d’un oiseau aussi laid que vous !
    -
    Ne craignez rien, je ne vous dirai rien, je me contenterai de me poser sur vos pieds et de la sorte je vous réchaufferai.

    Elle finit par gagner son lit, suivie de l’oiseau qui lui répéta qu’elle ne devait pas avoir peur, qu’il ne lui ferait aucun mal, qu’il tentait seulement de se sauver parce qu’il était là en pénitence.

    Le lendemain matin, l’oiseau se leva aussi vite qu’elle et alla manger à la cuisine, la jeune fille en fit de même et ils déjeunèrent en semble. Puis l’oiseau sortit et vola jusqu’à son arbre. Même chose, le lendemain : quand la nuit fut venue, ils se mirent au lit, mais à minuit l’oiseau lui dit :

    - Bonjour, jeune fille de mon cœur ! Serez-vous donc ma femme ?
    -
    Je n’épouserais pas un oiseau car j’aurais peur du mauvais temps.
    -
    Si vous me dites oui ce soir, dès demain je redeviens un homme.

    Elle répondit donc oui et, à son réveil, elle trouva non plus un oiseau, mais un beau jeune homme à ses côtés.

    - Vous m’avez délivré et vous m’épouserez.
    -
    Maintenant je veux bien vous épouser mais tant que vous étiez oiseau, jamais je ne l’aurais fait.
    -
    Désormais, vous serez reine mais vous ne quitterez jamais la maison, vous n’irez jamais vous promener, sauf pour m’accompagner. Cela toutefois n’arrivera pas très souvent, car dans un an et un jour, je mourrai. Vous resterez un temps toute seule avant d’épouser un ozégan.

     

    Yves Le Diberder, Contes des Korrigans, 1916.

     

    © Le Vaillant Martial 

    « GuillaumeLe Château Du Lièvre Blanc »

  • Commentaires

    1
    Mercredi 18 Janvier à 20:35

    Toujours agreable de se plonger dans ce monde ..

    Tout rêve est permis..

    Bonne soirée Martial

      • Jeudi 19 Janvier à 07:43

        Avec un peu ... beaucoup ... de retard, Merci Claudine, Bonne journée ...

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