• La Princesse cartagy

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    La princesse Cartagy

    n roi de France, grand chasseur devant Dieu, s’égara un soir, en pleine forêt, à la poursuite du gibier. Il entra dans une cabane, chez un pauvre charbonnier, dont la cheminée pointait solitaire, parmi la mousse et feuillage au centre d’une clairière.

    Soyez le bienvenu, seigneur, lui dit le maître de séant, le charbonnier n’est pas riche, mais il a bon cœur. Vous partagerez notre pain et vous dormirez près de la litière, près de la chèvre. Je voudrais vous cédez notre lit, mais il est occupé par ma femme, et j’attends un héritier pour demain.

    Le lendemain, en effet un enfant était né, tout rose tout mignon. Il nous faut un parrain, murmura la mère, si nous demandions à l’étranger d’accepter ce titre ? ?

    - La proposition me paraît bien osée, femme, reprit le charbonnier, mais je ne te désobligerai pas, et il présenta sa requête au roi.

    Or celui-ci y acquiesça avec beaucoup de bonne grâce.

    Quand la cérémonie du baptême fut terminée :

       « Un roi, dit-il doit récompenser son filleul. Voilà une montre, une bague et un habit. Je les donne à cet enfant. Quand il sera en âge de revêtir l’habit, il viendra me trouver, je le reconnaitrai à la montre et à la bague, et je l’adopterai.

       L’enfant avait à peine quinze ans quand il essaya l’habit. Il lui allait à merveille. Ses parents jugèrent que le moment était venu, et il se mit en route, il rencontra une veille fée qui s’informa de l’objet de son voyage : « Garde-toi des malveillants, mon fils, lui recommanda-t-elle, tu en rencontreras de toute sorte, surtout ne t’arrête à causer avec personne.

       La prédiction se réalisa sans tarder. Il aperçut un boiteux qui accourait en sautillant et qui, sans autre préambule, lui demanda où il allait. Il haussa les épaules et ne répondit pas.

       Le second jour ce fut un bossu qui l’aborda avec de grandes politesses et très habilement essaya de le faire causer. Cette fois encore il passa dédaigneux.

       Cependant le voyage s’avançait et il entait déjà s’approcher le terme, lorsque le troisième jour, s’offrit à ses regards un malheureux galeux qui sollicita sa charité, au nom de Dieu. Il avait l’air si minable, qu’il s’arrêta devant lui, pris de compassion, et lui offrit ses services.

       Je ne vous demande qu’une chose, reprit le galeux, c’est de m’offrir l’appui de votre bras, afin de pouvoir gagner avec vous la ville voisine.

    - Bien volontiers dit le jeune homme, dont la confiance était déjà acquise et qui bientôt se mit à conter on histoire.

       Le galeux n’en demandait pas davantage. Déjà dans sa méchante tête avait germée une idée infernale. Ils longeaient en ce moment une rivière dont les eaux claires et limpides brillaient, comme un miroir, sous l’ardent soleil de juillet.

       Le jeune homme avait soif. Il déposa son trousseau de voyage qui contenait l’habit, la montre et la bague, et se pencha sur la berge, désireux de boire à pleine gorgées. C’est ce qu’attendait son compagnon. Plus prompt que l’éclair, il le poussa en avant le précipita au fond de l’abîme et s’enfuit, en emportant le trousseau, jusqu’à la cour ou il se fit admettre aisément comme l’héritier du roi.

       Avec beaucoup de peine le malheureux fils du charbonnier réussit pourtant à sortir de la rivière. Il reprit son chemin, triste et pensif, se demandant ce qu’il allait devenir. Il rencontra encore la vieille fée : il est arrivé ce que je prévoyais, lui dit-elle, mais si tu veux bien observer mes prescriptions, tu sortiras victorieux de ce pas difficile. Regarde cette bague, elle a la vertu d’améliorer tout ce qu’elle touche. Prends-là et va à la cour. Tu t’y engageras comme garçon d’écurie et tu y trouveras un cheval gris auquel tu te confieras dans tes peines !

       Le jeune homme obéit docilement. Il se rendit à la cour et fut agréé par le maître des écuries. Or il n’y était pas depuis trois jours que le galeux le reconnaissait et, dans sa jalousie inquiète, cherchait le moyen de le perdre. Les chevaux en effet, avaient engraissé d’une manière merveilleuse, à l’arrivée de ce nouveau venu, si bien que tout le monde parlait de son pouvoir magique.

       L’usurpateur alla donc trouver le roi : « Sire, lui dit-il, il y a là un garçon d’écurie qui, dans sa vanité présomptueuse, prétend mieux apprêter les mets que votre chef cuisiner !

    - Qu’à cela ne tienne, répondit le roi, nous allons mettre sa science à l’épreuve et il donna l’ordre de lui amener le jeune homme.

       Est-ce vrai ce que j’entends ? Tu te serais vanté de surpasser le meilleur cuisinier du royaume. Voilà une prétention qui doit se justifier. Mets-toi à l’œuvre maintenant.

      En vain, le malheureux se défendit d’avoir tenu un tel langage. Il fallut obéir. Il consulta son cheval gris.

       Vous avez votre bague, maître, lui insinua celui-ci, touchez-en les mets et vous verrez.

       Il fit comme on le lui conseillait, sous l’œil narquois des marmitons qui ne lui ménageaient pas les plaisanteries, il se prit à cuisiner, et quand ce fut prêt, il toucha les plats l’un après l’autre, tant et si bien que le roi ne mangea jamais repas aussi bon et en témoigna la plus vive satisfaction.

       Le galeux néanmoins n’avait pas désarmé : «  Voilà qui est aussi fort, dit-il au roi, le garçon d’écurie déclare maintenant qu’il saura mieux préparez votre lit que votre valet de chambre.

    Qu’il vienne, s’écria le roi, nous tenterons l’expérience au-le-champ. »

       Le jeune homme vint, toucha les draps de sa bague et le lit se trouva si moelleusement fait que jamais le roi ne dormit d’aussi bon Cœur.

       « Décidément, insinua alors le galeux, je ne serais jamais doute à quel degré ce valet dépasse l’outrecuidance. N’affirme-t-il pas  aujourd’hui qu’il sait la retraite de la fière princesse Cartagy et le moyen de l’amener à épouser votre majesté, elle que personne n’a pu séduire jusque ici !

    - Vraiment, répondit le roi, eh bien ! Je veux qu’il tienne promesse aussitôt », et, en dépit des dénégations du jeune homme, il lui donna l’ordre de partir retrouver la princesse Cartagy et de la lui présenter bientôt, sous peine de mort.

    Le malheureux consulta le cheval gris, son habituel conseiller.

    - Prenez sept charretées de pain, set de grain, sept de sardines salée, lui dit le cheval, puis montez sur mon dos et mettons-nous en route. Vous verrez que nous réussirons. »

       Il obéit, sauta sur son cheval et, avec ses vingt et une charretées de provisions commença de galoper sur la grande route.

       Il arriva dans cet équipage à l’entrée d’un désert aux horizons sans bornes, où une bande de lions maigres et affamés se déchiraient à belles dents. Il leur distribua ses sept charretées de pain qui furent dévorées en un instant. Quand ce fut fini, le roi des lions lui parla ainsi : « Voyageur, tu sa plus de Cœur que ceux qui te ressemblent. Nous ne serons pas en reste avec toi. Voilà un sifflet. Si tu cours jamais un danger, porte-le à tes lèvres, en une minute, nous serons auprès de toi. »

       Le jeune homme reprit sa marche et aperçut bientôt, au milieu d’une sapinière, une armée de fourmis qui semblaient exténuées par les privations. Il vida parmi elles ses sept charretées de grain. Les pauvres bestioles se rassasièrent avec bonheur. Pour sa récompense, la reine des fourmis lui offrit aussi un sifflet avec promesse de secours, partout om il se trouverait.

       Le hasard de sa course le conduisit alors devant un vaste étang que les chaleurs de l’été avaient desséché et auprès duquel une multitude d’oies se mouraient d’inanition, n’ayant même plus la force de crier famine. Il  leur donna sept charretées de sardine salées, et pour la troisième fois reçut un sifflet de la mère des oies qui lui offrit l’assistance des siens, s’il en avait besoin un jour.

       Cependant à force de galoper, il finit par arriver devant le superbe château où résidait la princesse Cartagy. Le cheval gris se mit à hennir et les portes s’ouvrirent d’elles-mêmes.

    - Que me veux ce jeune homme ? demanda la princesse.
    -
    Vous voir.
    -
    Il sera satisfait demain avant midi il me verra.

       Le lendemain, au coup de dix heures, le jeune homme entrait dans une première salle, toute tendue de satin, au milieu de laquelle se tenait une jeune fille vêtue de blanc, d’une beauté éblouissante. Il se précipita à ses pieds, convaincu que c’était la princesse : »Passez votre chemin, lui fut-il répondu, je ne suis que la suivante. »

       Il pénétra dans une seconde chambre aux draperies roses et violettes comme les couleurs de l’aurore, et y aperçut une jeune fille encore plus belle que la première, devant laquelle il s’inclina : cherchez encore plus loin, jeune homme, lui fut-il dit, je ne suis pas la princesse, mais seulement sa dame de compagnie.

       Enfin il parvint à une troisième chambre, où l’or et les pierres précieuses disposées avec art jetaient tout l’éclat des rayons du soleil. Assisse sur un trône élevé, la princesse l’attendait, dans la splendeur de sa fascinante beauté. Il lui présenta sa requête.

    -  Épouser le roi de France, s’écria-t-elle, ou vraiment la proposition est tentante, mais il faudra d’abord que l’ambassadeur traverse bien des épreuves, car la main de Cartagy ne se donne pas à si bon compte ! Vois-tu cet étang ? Il a deux lieux de long et deux lieux de large. Or, je le voudrais à sec avant ce soir.
    -
    Qu’à cela ne tienne ! Répartit le jeune homme, et il donna un coup de sifflet et les oies qui avaient mangé des sardines salées d’accourir à tire d’aile, et un moment l’étang se trouva vide.
    -
    La princesse ne pouvait en croire ses yeux : « C’est bien, dit-elle, à une autre épreuve ! Mes remises son pleines de pain sec et dur, il y en a jusque dans la cour, il faudrait qu’il fût entièrement mangé dans deux heures. Vous serez obéie, princesse déclara-t-il, et à ses lèvres il porta le second sifflet, et une armées de lions d’accourir et en un clin d’œil le pain était dévoré.

       Je suis vraiment dans l’admiration, s’écria la princesse, mais je voudrais de toi un troisième service : il y a du grain mêlé d’ivraie plein mes greniers. Pourrais-tu m’en débarrasser dans une heure ?

    - Dans n quart d’heure, si vous le préférez, répondit-il, en appelant de son troisième sifflet les fourmis ses amies, qui en effet, en quelques minutes avaient vidé les greniers.
    -
    Puisque telle est ta puissance, dit alors la princesse, je vais te proposer  une quatrième épreuve. Elle est plus difficile que les autres, mais elle sera la dernière. Voici mon lion, personne n’est jamais sorti vivant de sa cage. Or je te demande de passer la nuit avec lui.
    -
    Je le ferai répliqua simplement le jeune homme, qui s’en fut consulter le cheval gris.
    -
    Prenez, lui conseilla son fidèle compagnon, un marteau, une tarière et une cheville. Quand vous serez avec la bête, vous saurez quel usage en faire.

       Il prit les instruments et pénétra dans la cage. Le lion lui proposa aussitôt de se mesurer avec lui.

    - Tout doux, Seigneur, lui répondit-il, si vous le voulez bien, nous commencerons par des exercices d’adresse. Si nous jouions au jeu de la turlurette ! Nous lutterons ensuite.
    -
    Volontiers ! Dit l’animal qui s’assit sur son séant, mais apprenez-moi d’abord ce jeu.
    -
    Entendu seigneur ! » Et le jeune homme avec sa tarière qu’il avait prise à rebours, fit semblant de creuser un trou dans un poteau, afin de gagner du temps. AU bout de deux heures, il n’était pas plus avancé.
    -
    Si vous essayer à votre tour, sire lion ! s’écria-t-il à la fin à bout de force, car il nous faut absolument ce trou.

       Le lion s’approcha et pendant quelques heures s’épuisa aussi en jouant de l’instrument à rebours. Cependant le jour approchait et le jeune homme qui craignait d’impatienter son partenaire finit par creuser le trou. Lorsqu’il fut passez profond pour y passer le bras, « Sire lion, dit-il, je voudrais savoir  si vous pouvez m’en donner la mesure.

    - Voyons ! répondit celui-ci, et l’animal d’y enfoncer sa queue et le jeune homme de prendre son marteau et d’y planter aussi sa cheville, et de retenir le lion prisonnier.

       Quand le soleil parut, la princesse accourut vers la cage, elle aperçut son lion qui se débattait péniblement contre le poteau et l’ambassadeur du roi qui dormait paisiblement dans un coin. Sa surprise fut grande : »Avez-vous du moins lutté ? demanda-t-elle

    - Non princesse, répondit celui-ci, mais je suis tout disposé à le faire.
    -
    Jamais ! déclara le lion d’une voix lamentable, car il est vraiment plus fort que moi !
    -
    S’il en est ainsi, jeune homme, reprit la princesse, tu as partie gagnée et je te suivrai chez le roi. Et là-dessus elle montait sur un char brillant, lui sur son cheval gris, et tous deux se dirigèrent vers la capitale.

    Ils n’avaient pas parcouru la moitié de la route que la princesse apprenait l’histoire du jeune homme.

    - Laisse-moi faire, promit-elle, ce galeux expiera chèrement sa trahison.

       Elle tint parole. Comme le roi ébloui par la beauté de la princesse voulait l’épouser sur-le-champ, il donna un festin extraordinaire à tous les seigneurs du  royaume. Son prétendu filleul, revêtu d’un habit merveilleux, était assis à côté de Cartagy.

       Lorsqu’on fut à l’heure où l’on porte les santés, celui-ci se leva : « Je bois, princesse, dit-il, à votre beauté !

    - Et moi galeux, répliqua-t-elle, à votre confusion, car vous êtes un traître et la place que vous occupez appartient à ce jeune homme à qui vous avez valu tant de pénibles épreuves ! »

        Ces paroles déchaînèrent une véritable tempête. Le roi lui-même prit la couronne sur la tête de la mitre, les serviteurs lui arrachèrent les habits et ils découvrirent l’horrible maladie, ce fut sa condamnation. Il fut traîné jusqu’à la potence, et les fêtes se terminèrent dans la joie.

     


     

     

       Le fils du charbonnier alors retrouva ses droits, il vécut heureux auprès de son parrain et de sa bienfaitrice et leur succéda sur le trône de France, pour le plus grand bien de ceux qui peinent sur la dure.

    François Cadic, contes et légende de Bretagne 1904

    © Le Vaillant Martial

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