• La pierre qui brûlait

    La pierre qui brûlait

       Cette année-là, l’hiver semblait s‘être invité plusieurs semaines en avance. La neige s’était mise à tomber sans discontinuer depuis des jours sur le petit village de Pierre-Fendre. Un blizzard glacial soufflait en violentes rafales dans les rues désertes. Les rares habitants qui osaient sortir par ce temps se hâtaient vers leur destination, craignant autant le froid mordant que les loups poussés par la faim, descendaient de plus en plus souvent de la forêt et s’enhardissaient jusqu’aux premières maisons du village à la tombée de la nuit ...
     

       Planté sur un piton rocheux comme une vaillante sentinelle, un vieux château fort surgissait de la cime des sapins enneigés et surplombait le village. Nous n’étions qu’à quelques jours de Noël et en cette occasion particulière, comme chaque année, le seigneur des lieux ouvrait toutes grandes les portes de son château pour accueillir les villageois à sa table. Les cuisines de la vieille bâtisse étaient le théâtre d’une joyeuse effervescence.

      Une armée de cuistots, de marmitons, de valets et autres tournebroches s’affairaient aux préparatifs du somptueux festin qui se déroulerait dans quelques jours ... Sur  les immenses tables s’entassaient déjà d’impressionnants pâtés, de succulentes terrines, des croustades de viande encore fumantes. Des faisans attendaient d’être plumés et le poisson pêché du jour d’être écaillé. Dans une autre partie des cuisines, la bonne odeur du pain cuit s’échappait des fours rougeoyants tandis que les pâtissiers rivalisaient d’adresse pour façonner de vertigineuses pièces montées.

       Un drôle de gamin, véritable feu follet, courait effrontément entre les jambes des gens des cuisines, manquant à tout instant de faire chuter l’un deux ! Le petit rouquin qui répondait au nom de Benoît, avait été recueilli par le seigneur quand ses gens d’armes avaient découvert les parents de l’enfant morts, égorgés par les loups dans la petite ferme qu’ils habitaient à l’immense forêt.

       L’enfant n’avait dû son salut qu’à la présence d’esprit de sa pauvre mère qui, au moment de l’attaque, eut le temps de le cacher dans un gros chaudron qui pendait au fond de la cheminée ... Les soldats trouvèrent le poupon sain et sauf, braillant comme un beau diable au fond de la marmite. Était-ce pour cela ? Nul ne le sait, mais, quand il fut en âge de quitter le giron de sa nourrice, le seigneur le colla comme aide à tout faire aux cuisines !... Et ma foi, s’il n’était pas bien grand, ni très costaud, il faisait de son mieux pour s’acquitter de sa tâche. Tant et si bien qu’à force de petits services rendus à l’un ou à l’autre, les gens des cuisines avaient fini par adopter ce « petit lutin » comme ils l’appelaient.

     

       Le lendemain trouva Benoît en pleine corvée de bois en compagnie des bûcherons du château au cœur de la forêt. Les robustes gaillards s’échinaient sur les troncs tandis que l’enfant confectionnait des fagots de ramilles et de bois mort. Il était à son ouvrage au pied d’un grand chêne quand il entendit une petite voix qui l’appelait. Il eut beau regarder de tous côtés, et chercher son origine, il ne vit personne ...

    - Lève le nez, petit d’homme ! entendit-il ! Il s’exécuta et découvrit juché sur une branche, un homme minuscule qui le fixait. Il fut tellement étonné qu’il partit à la renverse et se retrouva le derrière dans la neige. L’autre éclata d’un rire de crécelle ! Une fois la surprise passée, l’humeur de Benoît balançait entre colère et gène. Se relevant en prenant bien garde de ne pas rechuter, l’enfant toisa la petite créature.

    - Que veux-tu, petit bout d’homme ? lança Benoît de la voix la plus assurée qu’il pouvait.

    L’autre, nullement impressionnée, sauta de branche en branche et se planta devant le gosse.

    - Je ne suis pas homme, mais Korrigan ! s’exclama –t-il fièrement au nez de Benoît, et les détruisent nos demeures !...

    Devant la mine incrédule de l’enfant, le Korrigan s’expliqua :

    - Nous vivons sous les racines des arbres dans les cavernes, et en cognant comme des sourds contre les troncs, ceux qui t’accompagnent font s’écrouler la terre et la pierre sur nos têtes. !...

    - Mais nous ne savions même pas que vous existiez ! rétorqua Benoît en guise d’excuse. Le froid est si pénible qu’il faut beaucoup de bois pour ceux du village ...

    - Peut-être, concéda le Korrigan, en attendant, nombre de nos demeures sont détruites et si cela continue, il  nous faudra quitter cette forêt qui nous a accueillis bien avant que ceux de ta race n’envahissent la contrée !...

    Devant le désarroi de l’enfant, le Korrigan se calma, sembla réfléchir, et lui dit :

    - Nous autres du petit peuple n’avons jamais eu ce problème de bois pour nous chauffer ... car nous avons un grand secret !

    - Benoît était accroché à ses lèvres et attendait qu’il poursuive quand ils entendirent les bûcherons qui l’appelaient. 

    - Il est temps pour toi de partir, jeune humain ! je vais parler à l’Ancien, le roi de mon peuple. Ce soir à la nuit tombée, si tu peux venir jusqu’ici, je t’attendrai.

     

        Sur ces mots, le Korrigan disparut et Benoît, encore sous le coup de sa mésaventure, alla rejoindre les bûcherons. Dans l’air gelé de cette fin d’après-midi, les hommes épuisés et les charrettes croulantes de bois prirent la direction du château. De retour eux cuisines, l’enfant assis sur un tabouret à même l’âtre de la cheminée, contemplait les flammes dansantes qui dévoraient les grosses bûches de chêne. Il n’avait pipé mot à personne de ce qu’il venait de vivre. Malgré la douce chaleur du feu, l’idée d’affronter la nuit polaire mais surtout la menace des loups, lui glaçait littéralement le sang ! Finalement, s’emmitouflant du mieux qu’il pouvait, il sortit du château sans se faire remarquer et s’enfonça dans la nuit.

     

       Benoît avançait avec peine dans l’épaisse couche de neige qui avait recouvert le chemin. Il pénétra enfin dans la forêt qui semblait encore plus sinistre par cette nuit sans lune. Les arbres dénudés étaient comme autant de monstres effrayants qui se dressaient sur sa route. Soudain dominant les mugissements des bourrasques de neige qui lui cinglaient le visage et les rafales de vent, il entendit un hurlement terrifiant !

       Les loups, Ô Marie mère de Dieu, non, pas eux ! Songea-t-il, au comble de la terreur ; Surmontant la peur qui menaçait de le paralyser, il redoubla d’efforts pour avancer dans cette neige qui s’ingéniait à le ralentir. Il arriva enfin au vieux chêne mais le korrigan n’était pas là ! Il maudissait le lutin de l’avoir entrainé dans cette histoire !

       Que vais-je faire ? se dit l’enfant, au comble du désespoir. Les hurlements se rapprochaient. Sans nul doute, les loups avaient flairé son odeur. Les premières branches étaient bien trop hautes pour l’enfant et, faute de mieux, il se résigna et se blottit contre l’arbre, entre ses grosses racines.

       Le froid glacial l’engourdissait. Il était transi de la tête aux pieds et commençait à ne plus sentir le bout de son nez. Il avait dû s’assoupir quand une longue plainte lugubre le sortit de sa torpeur !  C’était la fin, les loups l’avaient trouvé et l’entouraient de toutes parts. Mais comme il attendait, terrifié, l’attaque ne vint pas, il réalisa subitement que les loups étaient assis ou couchés et faisaient cercle autour de lui en l’observant avec intensité.

    Au comble de l’étonnement, il entendit soudain l’un des loups s’exclamer :

    - Alors bout d’homme, tu es venu dans la nuiteuse et cela malgré la froidure !? C’est bien tu es très courageux ! 

       Devant un tel phénomène, il en resta muet de stupéfaction ! C’est alors qu’il aperçut, pointant entre les oreilles d’un énorme loup gris, le museau goguenard du Korrigan ! Le lutin sauta de sa monture et s’approcha du garçon. Montrant les loups le Korrigan expliqua :

    - Ce sont des amis, tu n’as rien à craindre de leur part ! J’avais peur que tu te perdes dans cette tourmente, et je les appelés pour qu’ils te suivent à la trace ...

     

       Planté sur un piton rocheux comme une vaillante sentinelle, un vieux château fort surgissait de la cime des sapins enneigés et surplombait le village. Nous n’étions qu’à quelques jours de Noël et en cette occasion particulière, comme chaque année, le seigneur des lieux ouvrait toutes grandes les portes de son château pour accueillir les villageois à sa table. Les cuisines de la vieille bâtisse étaient le théâtre d’une joyeuse effervescence.

       Une armée de cuistots, de marmitons, de valets et autres tournebroches s’affairaient aux préparatifs du somptueux festin qui se déroulerait dans quelques jours ... Sur  les immenses tables s’entassaient déjà d’impressionnants pâtés, de succulentes terrines, des croustades de viande encore fumantes. Des faisans attendaient d’être plumés et le poisson pêché du jour d’être écaillé. Dans une autre partie des cuisines, la bonne odeur du pain cuit s’échappait des fours rougeoyants tandis que les pâtissiers rivalisaient d’adresse pour façonner de vertigineuses pièces montées.

       Un drôle de gamin, véritable feu follet, courait effrontément entre les jambes des gens des cuisines, manquant à tout instant de faire chuter l’un deux ! Le petit rouquin qui répondait au nom de Benoît, avait été recueilli par le seigneur quand ses gens d’armes avaient découvert les parents de l’enfant morts, égorgés par les loups dans la petite ferme qu’ils habitaient à l’immense forêt.

       L’enfant n’avait dû son salut qu’à la présence d’esprit de sa pauvre mère qui, au moment de l’attaque, eut le temps de le cacher dans un gros chaudron qui pendait au fond de la cheminée ... Les soldats trouvèrent le poupon sain et sauf, braillant comme un beau diable au fond de la marmite. Était-ce pour cela ? Nul ne le sait, mais, quand il fut en âge de quitter le giron de sa nourrice, le seigneur le colla comme aide à tout faire aux cuisines !... Et ma foi, s’il n’était pas bien grand, ni très costaud, il faisait de son mieux pour s’acquitter de sa tâche. Tant et si bien qu’à force de petits services rendus à l’un ou à l’autre, les gens des cuisines avaient fini par adopter ce « petit lutin » comme ils l’appelaient.

       Le lendemain trouva Benoît en pleine corvée de bois en compagnie des bûcherons du château au cœur de la forêt. Les robustes gaillards s’échinaient sur les troncs tandis que l’enfant confectionnait des fagots de ramilles et de bois mort. Il était à son ouvrage au pied d’un grand chêne quand il entendit une petite voix qui l’appelait. Il eut beau regarder de tous côtés, et chercher son origine, il ne vit personne ...

    - Lève le nez, petit d’homme ! entendit-il ! Il s’exécuta et découvrit juché sur une branche, un homme minuscule qui le fixait. Il fut tellement étonné qu’il partit à la renverse et se retrouva le derrière dans la neige. L’autre éclata d’un rire de crécelle ! Une fois la surprise passée, l’humeur de Benoît balançait entre colère et gène. Se relevant en prenant bien garde de ne pas rechuter, l’enfant toisa la petite créature.

    - Que veux-tu, petit bout d’homme ? lança Benoît de la voix la plus assurée qu’il pouvait.

    L’autre, nullement impressionnée, sauta de branche en branche et se planta devant le gosse.

    - Je ne suis pas homme, mais Korrigan ! s’exclama –t-il fièrement au nez de Benoît, et les détruisent nos demeures !...

    Devant la mine incrédule de l’enfant, le Korrigan s’expliqua :

    - Nous vivons sous les racines des arbres dans les cavernes, et en cognant comme des sourds contre les troncs, ceux qui t’accompagnent font s’écrouler la terre et la pierre sur nos têtes. !...

    - Mais nous ne savions même pas que vous existiez ! rétorqua Benoît en guise d’excuse. Le froid est si pénible qu’il faut beaucoup de bois pour ceux du village ...

    - Peut-être, concéda le Korrigan, en attendant, nombre de nos demeures sont détruites et si cela continue, il  nous faudra quitter cette forêt qui nous a accueillis bien avant que ceux de ta race n’envahissent la contrée !...

    Devant le désarroi de l’enfant, le Korrigan se calma, sembla réfléchir, et lui dit :

    - Nous autres du petit peuple n’avons jamais eu ce problème de bois pour nous chauffer ... car nous avons un grand secret !

    - Benoît était accroché à ses lèvres et attendait qu’il poursuive quand ils entendirent les bûcherons qui l’appelaient. 

    - Il est temps pour toi de partir, jeune humain ! je vais parler à l’Ancien, le roi de mon peuple. Ce soir à la nuit tombée, si tu peux venir jusqu’ici, je t’attendrai.

        Sur ces mots, le Korrigan disparut et Benoît, encore sous le coup de sa mésaventure, alla rejoindre les bûcherons. Dans l’air gelé de cette fin d’après-midi, les hommes épuisés et les charrettes croulantes de bois prirent la direction du château. De retour eux cuisines, l’enfant assis sur un tabouret à même l’âtre de la cheminée, contemplait les flammes dansantes qui dévoraient les grosses bûches de chêne. Il n’avait pipé mot à personne de ce qu’il venait de vivre. Malgré la douce chaleur du feu, l’idée d’affronter la nuit polaire mais surtout la menace des loups, lui glaçait littéralement le sang ! Finalement, s’emmitouflant du mieux qu’il pouvait, il sortit du château sans se faire remarquer et s’enfonça dans la nuit.

        Benoît avançait avec peine dans l’épaisse couche de neige qui avait recouvert le chemin. Il pénétra enfin dans la forêt qui semblait encore plus sinistre par cette nuit sans lune. Les arbres dénudés étaient comme autant de monstres effrayants qui se dressaient sur sa route. Soudain dominant les mugissements des bourrasques de neige qui lui cinglaient le visage et les rafales de vent, il entendit un hurlement terrifiant !

       Les loups, Ô Marie mère de Dieu, non, pas eux ! Songea-t-il, au comble de la terreur ; Surmontant la peur qui menaçait de le paralyser, il redoubla d’efforts pour avancer dans cette neige qui s’ingéniait à le ralentir. Il arriva enfin au vieux chêne mais le korrigan n’était pas là ! Il maudissait le lutin de l’avoir entrainé dans cette histoire !

       Que vais-je faire ? se dit l’enfant, au comble du désespoir. Les hurlements se rapprochaient. Sans nul doute, les loups avaient flairé son odeur. Les premières branches étaient bien trop hautes pour l’enfant et, faute de mieux, il se résigna et se blottit contre l’arbre, entre ses grosses racines.

       Le froid glacial l’engourdissait. Il était transi de la tête aux pieds et commençait à ne plus sentir le bout de son nez. Il avait dû s’assoupir quand une longue plainte lugubre le sortit de sa torpeur !  C’était la fin, les loups l’avaient trouvé et l’entouraient de toutes parts. Mais comme il attendait, terrifié, l’attaque ne vint pas, il réalisa subitement que les loups étaient assis ou couchés et faisaient cercle autour de lui en l’observant avec intensité.

    Au comble de l’étonnement, il entendit soudain l’un des loups s’exclamer :

    - Alors bout d’homme, tu es venu dans la nuiteuse et cela malgré la froidure !? C’est bien tu es très courageux ! 

       Devant un tel phénomène, il en resta muet de stupéfaction ! C’est alors qu’il aperçut, pointant entre les oreilles d’un énorme loup gris, le museau goguenard du Korrigan ! Le lutin sauta de sa monture et s’approcha du garçon. Montrant les loups le Korrigan expliqua :

    - Ce sont des amis, tu n’as rien à craindre de leur part ! J’avais peur que tu te perdes dans cette tourmente, et je les appelés pour qu’ils te suivent à la trace ...

       Sans plus de cérémonie, le Korrigan invita Benoît à le suivre. L’enfant marchait derrière lui, jetant des regards inquiets aux loups qui faisaient escorte. Après une marche harassante dans la neige, ils arrivèrent au pied d’un énorme chaos rocheux. Comme un œil lumineux dans la muraille sombre, une chaude clarté perçait la nuit et indiquait l’entrée d’une grotte.

    - C’est l’entrée de notre royaume ! fit le Korrigan en l’invitant à le suivre. Ils furent joyeusement accueillis par une troupe de Korrigans qui allèrent s’enquérir des loups. Comme de braves chiens, les bêtes féroces remuèrent la queue à la vue des lutins qui avec force caresses, leur prodiguèrent soins et nourriture. L’enfant cheminait à la suite du Korrigan, émerveillé par toutes les choses qui s’offraient à ses yeux. Ils passèrent ainsi de couloirs en vastes salles éclairées de mille lampions jusqu’à une grande caverne  où, en son centre, sur un imposant trône de bois et d’or ciselé, siégeait un Korrigan qui paraissait sans âge.

    - Je te présente, Artémus Brimbolion, notre bon roi sous la terre ! fit le Korrigan, très protocolaire.

       L’enfant qui ne savait trop quelle attitude adopter, risqua une révérence assez pitoyable devant le roi du petit peuple, mais ce témoignage de respect sembla contenter le vieillard qui l’invita à s’assoir et s’adressa à lui.

    - Jeune humain, si te fait mander, c’est pour te parler. Nous comprenons que les tiens aient besoin de bois pour se chauffer, mais s’ils continuent à couper les arbres en détruisant notre monde d’en dessous, nous serons contraints de disparaître. J’ai donc pris la décision de te confier un grand secret !.....

        Le roi des Korrigans fit un signe et on lui apporta un panier. À l’intérieur, il se trouvait un tas de cailloux qui, à part le fait qu’ils étaient noirs comme suie, semblaient très ordinaires.

    - Voici la solution pour nos deux peuples ! fit le souverain. Mais devant la mine incrédule du gamin, le roi laissa échapper un rire. Tu es bien comme ceux de ton peuple ! Vous vivez dans l’ignorance des merveilles qui vous entourent ! Mais toit, au moins, tu as l’excuse de ton jeune âge ! 

    Il jeta alors l’une des grosses pierres noire dans une coupe remplie de braises rougeoyantes et celle-ci s’enflamma comme par magie !

    - Quel est ce prodige !? s’exclama l’enfant, vous savez donc faire brûler les cailloux !

        A ces mots, tous les Korrigans présents partirent d’un bel éclat de rire, laissant Benoît confus et honteux de ne pas comprendre la cause de cette hilarité générale. Sur un signe d’apaisement du roi, les rires se calmèrent.

    - Nom, jeune humain, nous n’avons pas ce pouvoir, mais cette roche est très particulière. Il s’en trouve partout sous la terre, en vastes gisements. Nous l’appelons « charbon », et si tu acceptes de nous aider, nous t’indiquerons les endroits où il y en a en quantité. 

    - Vous aidez, je veux bien mais comment ? interrogea l’enfant. 

    - Sois notre porte-parole auprès de ceux de ton peuple ! Persuade-les de ne plus couper d’arbres et de nous laisser en paix ! 

    - Je vous promets de faire tout mon possible pour convaincre les miens mais je ne sais pas s’ils me croiront !? 

    - Va à présent, retourne vers les tiens, et fais de ton mieux pour nous aider ! 

     

       Arrivé à l’entrée de la caverne, le petit Benoît contempla un bien étrange spectacle. Un traîneau de belle taille, chargé d’énormes sacs de charbon, l’attendait dans la neige. Mais le plus extraordinaire était son attelage, composé de gigantesques sangliers sauvages cependant aussi placides que des bœufs !...

    - C’est un cadeau de notre roi, avec tout ce charbon, les tiens pourront se chauffer aussi bien qu’avec des bûches ! Je vais te conduire vers eux. Tiens prends ceci, fit son petit guide en lui remettant un parchemin. Sur cette carte sont indiqués d’une croix plusieurs gisements de minerai de charbon. Au lieu de cogner sur les arbres, les tiens pourront toujours se cacher l’échine dans les mines ! plaisanta le Korrigan, et du moins nous laisseront ils en paix.

       Le voyage de retour vers le château se passa comme un charme, tant le Korrigan semblait connaître chaque pouce de la forêt, chaque piège du chemin, et menait son attelage de main de maître. Devant les sentinelles médusées, l’incroyable équipage franchit le pont-levis à tombeau ouvert et s’arrêta dans une gerbe de neige au milieu de la cour pavée. À peine le temps de décharger les sacs, et l’étrange attelage s’en fut, emmené par le Korrigan qui hurlait comme un petit diable, juché sur l’échine du sanglier de tête.

       Le jeune garçon fut emmené devant le seigneur qui écouta patiemment son histoire et fut bien obligé de le croire devant le merveilleux prodige de ces pierres qui brûlaient. Une fois qu’il eut longuement observé la carte et le spectacle des surprenantes pierres noires, il s’exclama :

    - Benoît mon enfant, je ne doute plus à présent que ce fut une bonne fée qui te mit sur notre route ! Demande-moi ce que tu veux et tu l’auras ! 

    Benoît ne voulait rien pour lui, trop heureux d’être fêté en héros, mais fit deux souhaits :

    - Seigneur, bon maître, je voudrais que tous les habitants de Pierre-Fendre aient leur comptant de charbon pour l’hiver et que l’on charge un plein traineau de nourriture pour demain.

     

       Le brave seigneur accepta de bon cœur et le lendemain l’enfant partit en traineau en direction de la forêt. Personne ne l’accompagnait comme il l’avait souhaité. Quand il revint au château, trois jours avaient passé et nous étions la veille de Noël. Il y avait dans l’air un je ne sais quoi de particulier. Les villageois étaient en cette veille de nativité, tout disposés à croire aux miracles ! Tout compte fait, cet hiver ne serait pas si rigoureux que cela, et tant pis si les anges du ciel s’appelaient en fait : farfadets ou Korrigans, du moment que les cheminées du château et des chaumières fumaient joyeusement grâce aux mystérieuses pierres noires.
     

       Et comme dans toutes les belles histoires, le temps passa sans s’en faire ... Benoît devint un homme sage et respecté entre tous. Il avait le don de guérir les maladies et d’être aimé des bêtes sauvages. Il connaissait les secrets du temps, et pouvait à l’envie appeler le soleil comme la pluie. Il apprit aux humains et aux Korrigans à se respecter les uns les autres. Il était venu, comme une belle étoile, un certain soir de Noël, sceller l’amitié entre deux peuples et jamais personne ne trouva à s’en plaindre.

     

    © Le Vaillant Martial

     

     

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