• La Mari-Morgan

    La Mari-Morgan


     

     

    - Comme cette Mari-Morgan ou Mary- Morgan, c’est selon. Je l’ai connue, il y a longtemps. Si longtemps fit l’Ankou en soupirant. D’ailleurs moi-même ....

    - Oh l’Ankou, vous voilà sentimental à présent. Je croyais que les plaisirs de la chaire vous laissaient ....froid. Pardonnez-moi l’expression.

    - Les choses ne sont pas si simples, jeune fille. Pas si simple. Entraînés dans un ballet permanent entre ce monde- ci et l’autre monde, les dieux et les morts peuvent être animés des mêmes soifs, des mêmes faims, des mêmes élans, des mêmes passions, des mêmes ... désirs que les vivants. Ou les mortels. Appelez-les comme vous voudrez.

    - Et cette mari-Morgan ?

    - Voilà C’est une fée. Une sorte de fée des eaux. Une fée aquatique, qui revêt même souvent la forme d’une sirène. On peut la voir apparaître en tous lieux de la côte Bretonne. Mais elle n’aime rien tant que ces parages-ci où les courants sont violents et où la mer ressemble à un immense cimetière où s’entremêlent les fragments d’épaves et les reste humains. Lorsque la lune est pleine et ronde et que le temps trop clair annonce un orage prochain, les pêcheurs attardés en mer, l’entendent chanter, en peignant ses cheveux blonds, longs comme des laminaires. C’est la plus belle, la plus rayonnante, la plus sensuelle des créatures que l’on puisse trouver en Bretagne. Dans tout l’Argoat et tout l’Armor réunis. Les courbes de ses hanches, le galbe de sa poitrine, la douceur de sa nuque, la finesse de ses bras et de ses épaules recouvertes d’un léger, très léger duvet d’or, font rêver les marins du secteur. Mais ils sont aussi la source de leurs cauchemars, car plus d’un succombant à son charme, n’est jamais revenu.

    - Mais ... elle existe vraiment ?

    - C’est en tout cas ce dont les pêcheurs du Penn ar Bed (Finistère) étaient persuadés, jusqu’à une date très récente.

    - Mari-Morgan ou Mary-Morgane, ça me fait penser un peu à Morgane, la demi-sœur du roi Arthur, que les récits décrivent comme une mauvaise femme.

    - Mauvaise n’est peut-être pas vraiment le mot. Dangereuse sans doute. En tous cas en dehors, au-delà, au-dessus de la morale chrétienne ou de notre vue du monde contemporaine. Cette Morgane renvoie peut être aussi à la Morrigane, cette déesse de la guerre et de la destruction de mythologie Irlandaise. Quant à la demi-sœur d’Arthur, vous ne croyez pas si bien dire, car par un curieux « hasard », elle accompagne le grand roi des Bretons aux îles d’Avalon après qu’il eut été mortellement blessé à la bataille de Camlann. Et depuis lors, elle veille sur lui avec ses huit sœurs » ...

    - Et alors ?

    - Alors, une île, neuf prêtresses. Et cette similitude nom, ça vous paraît purement fortuit ?

    - Non, sans doute. Mais Mari-Morgan, c’est qui vraiment ?

    - Je n’en suis pas sûr. Vous savez, dans ce monde où nos repères anciens s’estompent de jour en jour, où nos marques disparaissent et nos figures archétypales se perdent dans les brumes épaisses d’une mémoire ... défaillante ... Mais je crois bien que c’est Ahès-Dahud. Ahès-Dahud, dont le second nom vient directement du gaulois Dagosiotis, qui signifie la « bonne magie ». Vous voyez bien qu’ici tout est ambigu, ambivalent.

    - Vous me racontez son histoire ?

    - Oui, mais plus loin, là-bas, de l’autre côté de la pointe du Raz, et même au-delà de celle du Van. Venez, descendez n’ayez pas peur, fit l’Ankou, en dégringolant la falaise qui tombait dans les eaux à présent noires et éternellement bouillonnantes. Donnez-moi la main, on nous attend en bas.

    - Eh bien, il n’est pas très causant, décocha la fille, en se cramponnant au bordé de la barque sombre qui semblait glisser sur l’eau avec la souplesse du saumon, cependant d’énormes, d’impressionnantes abîmes d’eau s’ouvraient au-devant de la proue. Des abîmes capables d’engloutir l’Enez-Sun qui dodelinait sur les flots du port de Sainte Evette à celui de Men Brial.

    - Qui ça

    - Eh bien votre cousin

    - Oh fit l’Ankou, il a toujours été comme ça. Un peu neurasthénique et taciturne. Il faut dire que ses clients n’arrangent rien. Il se donne beaucoup de mal avec eux. Mais ils ne songent qu’à se plaindre et à se lamenter.

    - Quand même. Il aurait pu nous expliquer les passes et les courants. Les endroits superbes où il nous a entraînés.

    - Oui, mais j’avoue qu’il aurait perdu du temps. Et il n’est guère disposé à faire la guide touristique.

    - L’histoire, l’Ankou ! L’histoire !

    - Alors voilà commença le vieux en regardant devant ses yeux se déployer l’immense baie de Douarnenez, coiffée au loin par la croupe ronde et chauve du Menez hom.

     

    © Le Vaillant Martial

     

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