• La légende du Hopper Noz

    La légende du Hopper Noz « Le Crieur de Nuit »

     


     

       C’est le crépuscule. Tu trembles ?... Tu as peur ? Tu as bien raison !!! Telle la flamme vacillante d’un feu de bois sur le point de s’éteindre, le jour se meurt ... doucement, tout doucement. Et si au feu succède la braise rougie, encore source de chaleur, au crépuscule rien ne succède. Rien que la nuit froide. La nuit et son cortège de monstres grimaçants et de fantômes lugubres et autres feux follets facétieux. Chair de poule et claquement de dents.

       Malheur à toi, jeune inconsciente(e), si d’aventure, à la tombée du jour tu devais t’attarder près des falaises !!! Ce n’est assurément pas un endroit où se perdre. En toute hâte, regagne ta demeure si douillette. Dans cette fuite affolée, garde toi d’effleurer l’herbe d’oubli. Il t’en a été conté plus haut les méfaits. Allons file !... Ne te retourne pas ; Cours ! Cours vite te réfugier dans les jupons de ta mère


     

       Une fois arrivé, vérifie que l’on ferme la porte sur toi, à double tour, et surtout ... surtout ne remets plus le nez dehors, avant le matin suivant. Parce qu’à la nuit tombée, au dehors, jamais très loin, il est là, il  rode dans l’obscurité c’est ... le Hopper-Noz, le Houpoux, le « Crieur de Nuit ». Tu frissonnes un peu plus !... Et tu n’as pas tort.

       Écoutez... écoutez bien. Tendez l’oreille. Ce n’est pas la tempête qui hurle sur la lande désolée, non ... ce n’est pas la tempête, pas plus que la chouette effraie.


       C’est ... c’était il y a fort longtemps. Vos pères et vos mères n’étaient pas encore nés. C’est dire, si l‘on sait leur grand âge !!!

       C’était ... bien avant le règne des gommes. L’aube du monde. Au nord, il y avait quatre îles. Quatre îles perdues dans une étendue de brume et de glace. Océan de nulle part. De ces îles mystérieuses, un jour, sont arrivés les Dieux celtes oubliés, ceux-là même qui peuplèrent la verte Erin. Ainsi autrefois appelait-t-on la terre d’Irlande.

       De très anciennes paroles évoquent cette époque comme étant celle du règne des elfes. Les elfes, ces êtres merveilleux pourvus de grandes oreilles pointues. Certes nul n’est parfait.


     

       En ce temps-là, les elfes se composaient de communautés nombreuses et variées. Il y avait ... ceux qui aimaient à gambader au plus profond des bois et des forêts. Ils parlaient le langage des animaux, celui des arbres, des herbes folles. Jamais bien loin se trouvaient leurs voisins les elfes de la plaine. La tête couronnée de fleurs parfumées, ils dansaient, sautillaient des journées entières dans les prés, au milieu de nuées d’oiseaux.

       A barboter dans les torrents, les lacs et les étangs, tout autant qu’au fond des mers, on trouvait ceux de l’eau.

    N’oublions pas les Elfes gris, compagnons de la lune et des animaux nocturnes.

    Les Elfes noirs, originaire des racines du vieil arbre soutenant le monde.

    Les sibyllins elfes clairs, maîtres des vents ... Et combien d’autres encore.

       Tous, tous sans distinction, reçurent des anciens dieux l’initiation aux arts et au savoir. Très vite, chacun de ces peuples mit à profit ces riches enseignements pour développer une civilisation brillante et florissante. Musique, poésie, peinture et conversations savantes étaient leur usage quotidien. Les elfes en virent à effleurer la perfection. À tel point que .....

       « Mon dieu, mon dieu !... se dirent les Dieux, qu’avons-nous fait là)? Ces êtres aux oreilles pointues et à la beauté sans pareil sont de trop bons élèves. À si bien  maîtriser nos enseignements, ils font finir par nous égaler... Pire encore ... Ils vont finir par nous dépasser !!! »

        Non, non, non ... Il suffisait. Les Dieux en haut, les Elfes en bas. Chacun de son toit, chacun son chez soi. L’idée qu’ils ne puissent avoir des égaux, voir des rivaux, déplut tant aux Dieux qu’ils décidèrent de détruire ce qu’ils avaient mis en œuvre. Et c’est ainsi qu’ils provoquèrent la discorde, puis le chaos ...Le chaos au cœur du peuple elfique. Il ne fallut pas longtemps pour que l’ensemble des communautés en vienne à se livrer une bataille sans merci. Elle eut pour nom « La batailles des cents »

       Un conteur sans âge, dont les poils de barbe sont autant de récits sur lesquels il faut tirer, rapporte de ses errances imaginaires le souvenir de ce conflit  terrible.

       « Une lutte qui vit s’affronter les peules les plus puissants de la civilisation elfique. Pendant cent jours, pendant cent nuits, cent armées dressées, les unes contre les autres montèrent au combat. Les prairies, les vallons et collines se couvraient de bien plus de guerriers, en rangs serrés qu’elles ne comptaient de brins d’herbe. Le vent, le tonnerre et la foudre ne pouvaient se faire entendre tant la clameur des armées lancées les unes contre les autres était forte. Le son des corps et des trompes, le heurt des bois de lances contre les boucliers aux couleurs des différents clans, comme autant d’écailles de la peau d’un dragon gigantesque, se mouvant à perte de vue. Jamais, jamais on ne voyait luire le soleil tant les nuées de flèches se succédaient dans un ciel devenu invisible. Cent armées, dont aucune ne prenait le dessus sans se voir défaite à son tour le lendemain. Lendemains qui n’existaient plus. Le cycle des nuits et des jours avait été emporté par la folie d’un engagement ininterrompu. Assauts successifs, sans cesse recommencés, telles les vagues écumantes contre une épaisse jetée de pierres.
     

       Au matin du centième jour, aussi loin que portait le regard, les plaines étaient jonchées de hérauts endormis. Regards éteint à jamais. Cuirasse et cottes de mailles fendues, souillées d’une terre brune. Terre étouffée, couverte d’une épais voile ... froid et sans vie.

       On ne savait plus s’il s’agissait de la brime ou bien des âmes errantes qui flottaient ainsi, immobile dans un silence glaçant.

       Au constat de ces paysages désolés, l’un des Dieux fut pris d’un terrible remords. Cela peut arriver parfois. Conscient que rien ne pouvait apaiser sa culpabilité, il décida portant de réunir les dernière tribus survivantes.

       Tous se rassemblèrent au milieu d’un cercle de pierre. Seul, face à cette assemblée tristement diminuée, il exprima le souhait que soit nommé dans chaque clan, un héraut parmi les survivants qui auraient le plus souffert. Chacun de ses hérauts devrait se lancer sur les chemins et les routes traverser les mers, affronter les tempêtes, franchir les montagnes, les landes, l’immensité des plaines.

       Et sans aucun repos, jusqu’ à la fin des temps, d’où qu’il se trouve, des gouffres les plus profonds aux falaises les plus hautes, ce messager n’aurait de cesse de clamer aux oreilles du monde son désespoir et la triste histoire de son peuple. Mettre en garde qui conque serait tenté d’accomplir pareille atteinte à la vie. Et si jamais, certains refusaient d’entendre cet avertissement venu de la nuit des temps, ils devaient être punis pour leur désobéissance.

       Aux âges ont succédé les âges. La valeur en grain de sable de chaque grève, de chaque plage que comporte le monde, s’est écoulée lentement par le grand sablier du temps. Les Appeleurs déambulaient délivrant leur mise en garde. Aux elfes succédèrent les hommes.

    Peu à peu, le message diffusé se mâtinait de mots aux accents nouveaux. Si bien que le sens premier devint plus confus ... Un peu comme une formule magique chuchotée de bouche à oreille, se serait déformée au fur et à mesure qu’elle aurait été transmise.

       Ainsi évolua le si précieux message, dont la lente métamorphose du propos eut pour effet d’en faire perdre le sens. Ne restaient plus que des fragments de mots, petits bouts de syllabes ....Une succession de râles. Des cris lancés au hasard de l’obscurité par d’errantes créatures solitaires, à la mémoire érodée par le temps. Les messages oubliés finirent par n’exprimer qu’une plainte animale. Animaux dont ils prirent aussi l’habitude, qu’ont certains, de ne sortir que la nuit. Á ces appels nocturnes, dénués de sens, ne répondait que l’écho, entraînant toujours plus profondément dans la folie ... les alfs oubliés. »

       Voici, voici la terrible origine du Hopper-Noz, le « crieur de la nuit » Celui que l’on nomme aussi Yannig-an-aod, « Petit Jean-de-la-grève » ... Un messager oublié.

    Cric ! Crac !...L’histoire retourne au fond du sac. Et ... une autre en ressort !

       D’autres pensent ... d’autres rapportent, que ces tourmenteurs du rivage sont peut-être bien les âmes vagabondes des marins péris en mer. Tous ces trépassés dont on n’a jamais retrouvé les corps. Pêcheurs, Terre-Nova. Pirates et Cap horniers ... Ça en fait du monde ! Les ensevelis, dans les sables mouvants au fond des baies dans les vasières.

       Les noyés dans les eaux noires. Autant de corps disparus équipage fantôme de Davy Jones. Des corps en peine d’une sépulture décente. Condamnés qu’ils sont à divaguer pour l’éternité, le long des rivages, sur les grèves, au milieu des grands rochers. Ils unissent leur plainte lancinante à la rumeur des vagues mourantes sur le sable.


     

     

    Peut-être Potr-en-or est-il l’un deux de ceux-là ? Potr-en-or, le gars de la côte »

    « Iou ! Iou Iou ! » Fait-il le soir venu.

       Potr-en-or prévient les équipages du danger que court leur navire à l’approche des îles du golfe du Morbihan, chacun connait Potr-en-or.


       Rien n’enthousiasmait plus René Petit-fagot-de-bois que d’aller au bar » Damgast !... Nous ne parlons plus du bar où boire ! Plutôt du poisson. Celui que l’on pêche pour le cuire au four sous une bonne croûte de sel.

       C’était la fin du jour, et le ciel, il y a peu flamboyant, prenait des tons crépusculaires. Pour ce qui est de savoir om se situe l’histoire, il n’y a rien à espérer. Le pêcheur, lorsqu’il s’agit d’évoquer son lieu de pêche, voit sa mémoire défaillir.

       Un soir donc qu’il dérivait avec sa plate, dans le courant de la marée montante, notre homme n’avait d’yeux pour sa ligne. Au bout s’y débattait la perspective d’un bon repas. Il était tant à son affaire qu’il ne vit pas, là-bas, de fourbes récifs à fleur d’eau. La barque y filait tout droit. René-petit-fagot-de-bois ne dut son salut qu’au regard perçant de Potr-en-or, le gars de la côte toujours vigilant. Avec vivacité, ce dernier se précipita, bondissant d’île en île, pour avertir du danger. Il termina sa course folle à califourchon sur l’une des riches les plus avancées. Là, les mains en porte-voix, le hurleur lança son « Iou ! Iou ! Iou ! » Plus puissant qu’une corne de brume.

    « Iou ! Iou ! Iou ! » Fit-il une paire de fois.

       Cornegidouille !!! Comprenant l’imminence de la catastrophe, dans la soudaine panique d’une manœuvre désespérée, le malheureux pêcheur abandonna sa ligne pour sauver sa barque. Et la ligne de tomber à l’eau, suivie d’une bordée de jurons. René Petit-fagot-de-bois sentit les saillants écueils effleurer la coque sans, toutefois, l’endommager. Du coin de l’œil, il put voir ainsi filer son dîner. Le poisson, trop heureux d’un tel dénouement, salua le Potr-en-or avant de disparaître dans les eaux noires.

       Si ce soir-là, du Houpoux  on n’entendit plus la voix, celle de René-Petit-Fagot-de-bois roula bien tard sur les eaux paisibles du golfe endormi. Et c’est heureux pour les oreilles chastes des enfants qu’ils fussent couchés tôt.

       Ah ! Oui, vraiment ... Mieux vaut ne pas traîner dehors sitôt venue l’heure où s’épanouit la lune. Écoutez... tendez l’oreille, au loin près de la côte. N’entendez-vous pas mêlé au grondement sourd de l’océan ... ?

    « Yiiiou-iouuuu Yiiou-iouuu !!!» fait celui-ci.

     

    Un appel lointain s’évanouit dans le silence de la nuit... Et de nouveau :

    « Yiiiou-iouuuu Yiiou-iouuu !!!»

       Un jeune berger, lanterne à en main, parcourait la lande à la recherche d’un mouton égaré ...

    « Yiiiou-iouuuu Yiiou-iouuu !!!»

       « Ohé ? Fait le jeune pâtre, étonné d’entendre quelqu’un à pareille heure de la nuit. Qui appelle ?... Houhou ! » Répondit naïvement l’ignorant.

       « Yiiiou-iouuuu Yiiou-iouuu !!!» répliqua l’autre dont la voix trahit qu’il s’était rapproché.

       « Par ici !!! Je suis-là !... Je t’entends, compagnon, mais ne te vois point. Il fait trop sombre !!!... As-tu besoin d’aide ? Serais-tu égaré, prisonnier de la tourbe jusqu’aux genoux ?... Hé-hooo » lance-t-il au hasard, tout en dirigeant sa lampe de gauche à droite pour mieux discerner alentour.

       « Yiiiou-iouuuu Yiiou-iouuu »  crie le Hopper-Noz maintenant tout proche.

       Soudain gagné par l’inquiétude, le jeune berger s’étrangle d’un faible « Ohé » tout chevrotant. Il n’en faut pas moins à Yannig-an-Aod pour jaillir des ténèbres et se jeter sur l’imprudent. Ne jamais répondre trois fois au Hopper Noz ! Seule restait la lune pâle et froide.
     

       Ce n’est que dans la matinée du lendemain que l’on découvrit le mouton comme à son habitude, paisible, à paître dans les prés-salés. Mais du jeune berger, on ne trouva rien, rien d’autre que son chapeau abandonné.

       Les nuits suivantes, tous eurent le frisson d’entendre là-bas, outre l’inquiétant « Yiiiou-iouuuu» du Houpoux, d’entendre ce dernier souffler dans un pipeau ... Un pipeau de berger. Plus que notes de musiques, c’était, pour les oreilles meurtries une cacophonie discordante bien éloignée des divines mélodies qu’avaient enseignées, au matin du monde, les anciens dieux celtes.


     

     

    « Hou-houu ... Hou-Houu !!! » font d’autres.

    Tout dépend des régions. Tout dépend des lieux.

    Grèves, guets ou fontaines. Marais, puits ou étangs ...

     

    « Hou-houu ... Hou-Houu !!! »

       Les parents, à cet avertissement, saisissent par le bras, leur progéniture, de celle qui aurait l’humeur trop vagabonde et d’ordonner qu’elle se terre près de la cheminée, à l’écart des porte et des fenêtres fermées. Sait-on jamais ... Combien d’enfants désobéissants a-t-on vus emportés par le Hopper Noz !

       Ce cauchemar sur pattes déploie ses bras démesurément longs. De ses mains griffues, il attrape les rejetons affolés. On le croirait au marché. Il se sert, comme à l’étal, sélectionne un fruit plus mûr, plus charnu qu’un autre, sauf que le crieur de nuit n’est pas un client difficile. Il saisit tout ce qui passe à sa portée, le visage fendu d’un large sourire gourmand, sourire carnassier orné de petites dents jaunies et pointues. Et de jeter les désobéissants, les fortes têtes dans son grand chapeau. Un immense chapeau gris, plus large qu’une roue de charrette. Il est dit si  profond que l’on pourrait y mettre un puits ... c’est dire. Il y ferait noir et humide !!!

       Ainsi le Hopper Noz est devenu un épouvantable d’épouvantail. Un croque-mitaine au ventre rebondi de chair tendre. Un loup-garou affublé de bottes de sept lieues lui permettant de fondre sur les enfants joufflus en un rien de temps ... Cric ! Crac !... Sitôt le soleil couché.

       Chuuuut !... Écoutez, là-bas, près des falaises ....

     

    N’y allez surtout pas !


     

     

    © Le Vaillant Martial 

     

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