• La Légende de Jean et Jeanne ...

    La Légende de Jean et Jeanne ...

     

    Il était une fois les fées ....

    À

     L’aube d’un matin pur, une voile blanche est apparue posée sur l’horizon de Mor Braz, « la grande mer ». Ce bateau venait du levant et tandis que le soleil embrasait un nouveau jour, le navire glissait sur l’onde argentée. Ainsi sont arrivés les hommes. Les hommes vinrent à terre, ils découvrirent la merveilleuse forêt de Rhuys. Alors les hommes décidèrent d’y établir leurs maisons. Ils marquèrent ce territoire de leur empreinte et sans attendre, la hache sacrilège profana la vieille forêt, cette forêt de Rhuys où jadis, vivaient les fées. Chassées de leur domaine les êtres magiques s’envolèrent en d’autres lieux préservés. Le chagrin des fées était si profond qu’une pluie de larmes inonda cette terre. Ainsi fut créée Mor Bihan « La petite mer ».

    D’amertume et de dépit, les fées jetèrent leurs couronnes dans le vent puis elles disparurent. Sur Mor Bihan, les couronnes se sont abimées. Chacune a donné naissance à une île dont il est dit que le golfe en compte autant que de jours dans une année. Ainsi sont nées Houat, Hoëdic et Belle-Île la plus grande des îles. La couronne tombée-là, était une couronne tressée de genêt, de bruyère et d’ajonc, clairsemée de rose pimprenelle et de valériane rouge. Cette couronne aux éclats de granite et schiste, cette couronne était celle de la reine des fées.


     

    Peut-être est-ce cette origine féerique... Belle-Île-en-Mer devint une terre d’inspiration pour les barzh[1]. Une terre enchanteresse imprégnée de magie. La beauté de cette île recluse fit que les bardes s’y établirent pour s’adonner à la pratique des différents savoirs qu’ils maîtrisaient. A qui sait entendre aujourd’hui, il est des vallons encaissés où l’on perçoit encore le murmure d’odes chantées au fond desquelles résonne l’écho des vieilles incantations.

    Jean était fils et petit-fils de barde... barde lui-même. Il nourrissait ces journées à honorer cette île merveilleuse. Il en chantait la mer, la fraîcheur parfumée des vallons sauvages, l’abrupt des falaises aux grottes dérobées du monde ; Il chantait les exploits de guerriers légendaires. Il chantait...

    Par-dessus tout Jean aimait à chanter la beauté de Jeanne, sa bien-aimée.

    Jeanne était une simple bergère. Sa simplicité n’avait d’égale que sa beauté naturelle. Une beauté pareille à celle de la reine des fées. Jeanne vivait au bout de l’île, dans une petite hutte isolée au fond des falaises... au bord du monde. Après, il n’y avait plus rien. Rien que le ciel et l’océan.

    Là-bas, sur la lande sauvage, elle tissait la laine de ses moutons. Jeanne musardait au milieu d’eux se plaisait à cueillir de-ci, de-là, l’asphodèle, bâton blanc d’Arrondeau, fleur symbole de l’éternité. Aux jeunes druidesses de l’île, elle en offrait de pleins bouquets afin qu’elles puissent en fleurir la tombe des druides défunts.

    D’une impatience fébrile, Jeanne attendait, chaque jour la visite de Jean. Sa venue tant désirée s’annonçait par une brise légère dans les cheveux de la jeune fille, la tiède caresse sur son visage de sylphe ailé. Leur souffle éthéré portait aux oreilles de Jeanne les notes merveilleuses d’une lyre cristalline. La jolie bergère fermait alors les yeux, s’offrant toute entière à ce ruissellement de notes harmonieuses. La poésie de Jean l’étourdissait comme la beauté de Jeanne étourdissait Jean.

    Ensemble, ils aimaient à passer de longs moments de contemplation. Ils s’en allaient marcher le long de criques blanches. Assis sur le sable, ils regardaient mourir les vagues sur la grève. D’autres fois ils s’allongeaient parmi les bruyères, le regard perdu dans l’azur, ils nommaient les nuages auxquels ils imaginaient des formes d’animaux fabuleux. Au déclin du jour, ils se rendaient en bordure de falaise, y contempler le soleil disparaître derrière l’horizon au profit de la nuit avançant sur l’océan. Et dans la clarté lunaire, Jean chantait le nom d’étoiles lointaines. Il lui  contait cette attirance passionnée entre lune et océan. Et la lune complice exaltait le regard amoureux des deux amants. Ainsi s’épanouissait l’idylle lascive de Jean et Jeanne, nourrie de poésie et de chansons.

    La Légende de Jean et Jeanne ...


     

    Bord-Groa le village des sorcières.
    Aujourd’hui  accroché juste au bord de l’abîme
    demain tout au bout d’un vallon encaissé
    On le trouvera encore à la verticale d’abruptes falaises
    ou dans l’ombre humide de grottes oubliées
    il faut savoir...
    Bord-Groa se déplace aux heures les plus sombres de la nuit.

     

    La Légende de Jean et Jeanne ...


     

    L’ardeur de leur amour devint telle qu’ils voulurent s’offrir l’un à l’autre comme mari et femme.

    De toute son austérité, le conseil des druides s’opposa vivement à cette union. Depuis des temps immémoriaux, la règle exigeait qu’un barde prenne pour compagne une femme de la caste des bardes. Non une misérable gardienne de moutons.

     

    La Légende de Jean et Jeanne ...


     

    Le sourcil hirsute, le doigt menaçant, les druides interdirent aux deux jeunes gens de se fréquenter plus longtemps. »Loin des yeux, loin du cœur » pensèrent-ils. L’ardeur du regard nourrit le sentiment amoureux. Séparer de ces deux irrespectueux tuerait cet amour profanateur. Mais l’interdit attise me désir... le désir et l’envie.

    Un soir, qu’il souffrait trop de ne plus voir sa belle, Jean trompa la vigilance de ses aînés... Au profit d’une pincée de poudre d’escampette, il s’enfuit dans l’obscurité rejoindre sa bien-aimée.

    Nous ne laisserons personne décider pour nous de l’être auquel nous devons offrir notre cœur.

    Ainsi dans la pâle clarté d’une lune complice, Jean et Jeanne prirent l’habitude de se retrouver pour s’aimer d’un amour chaque fois plus intense.

    Toutefois, la nuit n’est pas réservée qu’aux amoureux... ma nuit est aussi l’instant que choisissent les sorcières pour tourmenter le rêve des honnêtes dormeurs. C’est la nuit que les groac’h collectent les plantes amères pour concocter leurs sorts les plus maléfiques. C’est encore la nuit qu’elles se rendent au sabbat danser, jusqu’au chant du coq noir, sur des gigues endiablées avec les Korrigans cornus autour du Maître de cérémonie, le Grand Bouc velu. En ce temps-là, sur Belle-Île, quelque part auprès des falaises de la côte sauvage existait un village de sorcière. Un village dont on murmurait le nom, non sans crainte... Borg-Groa. Ses huttes  se composaient d’ossements de trépassés, de coques d’embarcations échouées. Pour l’inconscient qui cherchait à s’y aventurer, Bord-Groa ne se situait jamais-là où l’on pensait qu’il soit.


     

     

    Selon la volonté des sorcières, il pouvait se déplacer le long des falaises. Portés par le vent, on entendait le sinistre craquement des os se mouvoir dans la nuit d’un endroit à un autre. S’y mêlait le craillement de son cortège de corneilles. Ce village nomade pouvait s’établir au bord des à-pics les plus abrupts, tout en bas, sur des grèves inaccessibles... Certains pêcheurs de pouce-pied prétendaient même l’avoir vu fixé à la verticale de parois vertigineuses, telle une bernique fouetté par les embruns des lames venues du large.

    Un soir qu’elle cueillait des brassées de vipérine loin de Bord-Groa, une Groac’h surprit Jean et Jeanne allongés dans la bruyère. Tous deux étaient endormis, main dans la main, l’esprit égaré parmi les constellations dont ils s’étaient proclamées roi et reine.

     

    La Légende de Jean et Jeanne ...
     

    La sorcière se fit plus silencieuse que la plume tombant sur le sol. Elle laissa les deux imprudents à l’insouciance de leur rêverie amoureuse et s’en fut avertir les druides de ce qu’elle avait vu.

     

    Les druides comprirent que rien, jamais ne pourrait briser l’amour de Jean envers Jeanne. Plutôt que de se résigner, ils condamnèrent les deux jeunes gens à une souffrance éternelle. Tant que la terre serait terre, les deux amants seraient voués à demeurer l’un à proximité sans jamais pouvoir se rejoindre. Jean et Jeanne seraient pétrifiés jusqu’à la fin des temps.

    Aussi, les druides commandèrent aux sorcières.

    C’était une merveilleuse nuit d’été. La lune aux étoiles filantes. Jean avançait à pas feutrés dans l’herbe fraiche d’une garenne marquée de loin en loin par douce lueur de petits vers luisants... à moins que ce ne fût quelques fragments d’étoiles du ciel. L’air du soir caressait les cordes de sa lyre susurrant l’impatience de son amour. Gracile et légère, Jeanne, ses longs cheveux  s’étiraient derrière elle en un reflet de la Voie lactée. Bientôt, le chant des criquets se mariaient aux notes enchanteresses d’une lyre céleste. Jeanne reconnut la romance musicale de son bien-aimé. Elle s’élança plus vive encore, éprise de passion, les bras offerts à son désir. Un hymne à l’amour, un charme auquel elle ouvrait son cœur pur.

    Elle courait au-devant de paroles étranges, mélopée aux accents inconnus... enchantement pervers... diabolique. La tiédeur de son corps laissait place à un endormissement de ses membres, elle se raidissait sous l’effet d’un froid mystérieux qu’elle ne comprenait pas... Jean la vit baignée d’un rayon de lune. Il la vit s’immobiliser, se figer en même temps qu’il devinait un voile s’élever, s’étirer dans la nuit. Une ombre menaçante aux doigts crochus tel deux serpents surgis des hautes herbes. Il voulut crier, avertir Jeanne, la secourir, mais déjà, l’envoutement prenait possession de lui-même. Aucun son ne parvenait à exprimer son effroi. La terrible incantation l’enserrait à son tour, un froid intérieur saisit ses os, son sang cessa de couler dans ses veines soudain durcies, aussi dures que le devenait son cœur. Il sentit ses jambes s’enfoncer dans le sol et dans un craquement sinistre tel celui d’une montagne qui s’ébranle, tout son être se métamorphosa en pierre. La dernière image dont il eut conscience fut celle de Jeanne dont la silhouette pétrifiée n’était plus qu’un menhir froid et argenté sous la clarté lunaire. Jamais Jean ne pourrait rejoindre Jeanne... Jeanne pourtant si proche.

    La Légende de Jean et Jeanne ...


     

    Alors l’ombre d’une sorcière maléfique s’évanouit dans la nuit, laissant derrière elle deux pierres dressées inertes. Elles demeuraient ainsi jusqu’à  ce que la terre ait vécu son temps. Et pourtant ...

    Selon la légende, chaque nuit de plein lune, lorsque la lande belle-isloise reste déserte, une fée rompt l’enchantement. Elle met un terme à l’immobilité des deux menhirs. Aussi, dans un grondement sourd, les deux blocs de pierre ont pouvoir de se rapprocher l’un de l’autre, et le temps nécessaire à une étoile filante de fendre le ciel, Jean et Jeanne peuvent s’aimer, s’aimer d’un baise sans lèvres, s’enlacer d’une étreinte sans corps.

    Alors malheur à qui se trouverait en travers de leur chemin. L’infortuné curieux finirait broyé, pétrifié lui-même, petits cailloux épars dans la bruyère sauvage.

    © Le Vaillant Martial 

     

     



    [1] Les Bardes

    « Le Sombre RoyaumePoadad boultouz ha grilhed-traezh »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :


================================== 1- jssants.js (external javascript jsfile) ================================== ================================== 2- jssaints.js (external javascript jsfile) ================================== ================================== -3 sants.html (html file) ================================== JavaScript code/Saint's Day
Breton calendar - Saint's Day : 
...Calendrier français :