• La Fontaine de Barenton ...

    La Fontaine de Barenton ...


     

    C’est une fontaine aussi facétieuse que merveilleuse. Par son nom déjà, elle cherche à nous égarer. Barenton ou Berenton, parfois Bellanton. Elle se cache de qui désire l’approcher, au détour de sentes incertaines courant la lande de Lambrun la rieuse. L’adage nous met en garde :

    « Chercher Barenton, c’est accepter de se perdre. »

    Une chose est à sa voir. A la difficulté  de trouver la fontaine se mesure la récompense de ce que l’on pourrait y découvrir. Il faut choisir entre deux guides. Celui dont on sait où il mène, le chemin est marqué et bucolique à souhait. Le pas est alerte alors avec le bâton de marche en main. On se sent conquérant à franchir les montagnes du Menez are. Les oiseaux piaillent joyeusement dans le feuillage de la belle saison. Les yeux sont émerveillés par les parterres fleuris. Les buissons d’aubépines bourdonnent de centaines d’abeilles, le soleil miroite dans les feuillages... Tout est facile ...

    Si facile. Mais la balade et vaine. Il est d’autres forêts pour se déplacer en troupeau. En Brocéliande, braves gens, on ne se promène pas, non, on ne se promène pas. On part en errance, on s’égare, on se perd. Et pour ce faire, mieux vaut choisir l’autre guide, le guide qui n’existe pas. Il aura l’apparence qu’aura bien voulu lui donner l’imaginaire.



     

    « .. Accepter de se perdre » : quitter ce détestable chemin tout tracé. Emprunter le plus étroit des sentiers, s’engager au creux d’une sente oubliée... Dame ! Déjà, le terme augure certaines espérances satisfaites. Quoique... Peut-être ne faut-il rien espérer. Au contraire, ressentir un soupçon d’inquiétude. Se laisser gagner par l’appréhension d’un soleil décroissant, d’une brume naissante, le soudain bruissement d’une fougère, là-bas... Il faut sentir monter la crainte ce que l’on aimerait voir. Se laisser emporter dans un songe éveillé.

    Alors peut-être la fontaine de Barenton révélera-t-elle le secret de qui la fréquente. Telles ces fées, leur voile porté aux vents, penchées sur l’onde miroitante de la fontaine merveilleuse. Elles aiment vraiment tant s’y prélasser, lissant leur chevelure dorée dans la paresse matinale d’un soleil de mai. D’autres plus sibyllines, préféreront la douce pâleur de la lune, et les chants et poèmes que l’on pourrait entendre ne seraient pas les mêmes selon que ce soient des fées du jour ou de la nuit. Mais le plus souvent, à l’approche d’un intrus, elles s’évanouiront. Ne restera que l’indicible murmure de leur présence fanée.

    Il fut un temps, où, sans chercher à les surprendre, garçons et filles en âge d’épousailles, venaient consulter la fontaine pour connaître leur destinée. Ils y jetaient une fine aiguille... Si jamais l’eau faseyait, si  le frissonnait comme sur le point de bouillir, on disait d’elle qu’elle riait. C’était alors pour qui l’avait questionné, l’heureux présage d’un mariage prochain. Lorsque la réponse était favorable, mieux valait ne pas s’emporter en de grandes effusion joyeuses. Ou si tel était le cas, prendre garde ne pas chahuter avec l’eau de la fontaine comme le font parfois les jeunes gens insouciants.

    Car nul n’ignore aujourd’hui....

    Barenton à un autre pouvoir, pouvoir enchanteur dont l’origine s’est affranchie de la mémoire des hommes. Barenton fait naître la tempête....

    Joint à la fontaine se trouve un perron appelé Pierre de Bellanton. Il suffit d’y verser quelques gouttes prélevées dans l’eau claire. Sitôt fait les perles de la vie sont les perles de la vie sont absorbées par la pierre. Ne reste que des traces humides. Elles s’imprègnent, s’étalent à l’image des nuages dans le ciel soudain assombrir. On sent la fraîcheur se répandre et le vent forcir, commencer d’agiter la cime des arbres malmenés. On les entend rouler dans toute la forêt... Puis vient la pluie violente. Elle se déverse en grandes nuées chargées de grêle, et le ciel de s’envelopper d’épaisses ténèbres au point que l’on pourrait penser la nuit venue.

    Est-ce cette violence des éléments qui valut jadis à la fontaine qu’elle disposât d’un gardien ?



     

    La légende rapporte... Il fut un temps où provoquer pareil rituel pouvait coûter la vie du téméraire désireux de mettre cette fontaine à l’épreuve. À peine l’inconscient brisait-il l’onde pure pour prélever au creux de sa main un peu d’eau....

    Le pas lourd  d’un cheval rompait la quiétude du sous-bois. Les oiseaux cessaient de chanter, le renard et la belette se terraient au fond de leur terrier et tandis que le ciel se couvrait d’épais nuage, le frémissement d’un naseau résonnait dans l’ombre des bosquets. S’avançait bientôt la silhouette inquiétante d’un lourd chevalier. Il ne possédait aucune arme héraldique, aucune bannière. Noire était sa monture. Noir le Heaume qu’il portait en tête dont on ne sut jamais quel regard filtrait dessous... À supposer  qu’il y en eût en. Tant de mystères hantent Barenton.

    Comme celui-ci.



     

    Je le tiens d’un ancien forestier, Jakez, je crois, qu’il s’appelait. Un vieux gars rabougri aux cheveux blancs comme neige, tout aussi tordu qu’un chêne. Et tel un chêne, il semblait avoir pris racine à sa manière qu’ont les habitués, au bout du comptoir d’un petit café, au centre bourg de Paimpont. Faut dire qu’il avait tout pour s’y plaire, arrosé comme il l’était. C’est là un soir, à la faveur d’une bolée de cidre fermier qu’il m’a conté son histoire, une histoire étrange ...

    Jakez avait passé sa journée à couper du bois au-delà de « Folle Pensée », un hameau situé dans cette partie de la forêt orientée vers le couchant. Il était seul, donc, sur le chemin du retour, besace et gourde vide au côté, sa cognée à l’épaule. Il empruntait un sentier tortueux bordé de roches moussues. C’était l’automne, son pas long de forestier s’enfonçait dans le tapis moelleux des feuilles mortes, Brocéliande était encore vêtue d’or, lumineuse, malgré l’heure tardive. L’humidité du soir s’élevait du sol en un voile diaphane ayant pour effet de noyer peu à peu le paysage forestier dans des formes imprécises. De loin en loin, les arbres s’estompaient en d’étranges silhouettes, presque inquiétantes. On aurait pu craindre la proximité d’un autre monde... La vérité n’était pas si éloignée.

    La sente sinueuse le menait bientôt en un lieu de circonstance, parmi ces endroits où l’on passe une frontière invisible. Celle de royaumes où la raison bascule.

    Il arrivait à Barenton. On devinait la présence d’une fontaine à la disposition des pierres ceinturant l’étroit bassin duquel montaient avec lenteur des langues de vapeurs humides. Elles glissaient, fantomatiques, se répandaient sur le sol, remontaient entre les racines entremêlées des arbres éthérés. Alentour, le brouillard dérobait au regard le détail de la forêt. Et le jour décroissait. Avant de poursuivre plus en avant, Jakez voulut prendre un peu d’eau.

    Dans le lointain, il y eut l’écho voilé d’un chien aux abois comme il n’est pas rare d’entendre à la fin du jour au creux d’une campagne silencieuse.

    Jakez venait de s’accroupir sur le rebord de la fontaine pour y remplir sa gourde. L’aboiement se muait en une longue plainte, une plainte déchirante, à la manière des loups. Le chien, là-bas hurlait à la mort. Jakez s’interrompit dans son mouvement. Il restait la bouche ouverte, sans presque respirer, l’oreille tendue. Il perçut alors le grondement sourd de chevaux au galop... Le sol se mit à résonner d’une course en approche. Ils venaient de Barenton. Qui donc, à pareille heure, pouvait courir les sous-bois ?... Et le hurlement de ce chien sinistre au loin !

    Sans en comprendre la raison, Jakez sentit une peur irraisonnée monter en lui. Il se précipita à l’écart, gagnant quelques fourrés suffisamment feuillus pour s’y cacher. Tapi sur la pente d’un fossé, il osait un œil et scrutait en vain l’épaisseur du brouillard... Il n’y avait rien, rien que le vide d’un paysage disparu. Et pourtant Jakez, figé comme un bois mort, sentait la terre trembler sous lui comme si une troupe venait à lui passer dessus. Mais il ne voyait rien et pourtant la terre grondait ...

    Soudain un grand cerf surgit dans le brouillard, un grand cerf blanc dans le jour finissant. Ses bois semblaient couverts d’or. Une flèche avait percé son flanc et sa robe immaculée se tachait de sang. L’animal traqué passa devant Jakez en trois bonds. Malgré sa blessure, il franchit la fontaine d’un saut aérien pour disparaître comme il était apparu irréel.

    Dans un fracas de tonnerre, des cavaliers jaillirent à sa poursuite déchirant le voile brumeux, horde surnaturelle d’un autre temps ! Les lourds chevaux noirs écumaient sous l’effort de cette chasse éperdue. Leurs cavaliers vêtus à la mode médiévale étaient debout, vissés dans leurs étriers. Arcs bandés, pique tendues. Leurs longs manteaux sombres filaient au vent d’une course folle.

    Les visages d’une pâleur spectrale laissaient paraître à l’emplacement du regard, deux trous aussi profond que la nuit. Le premier de ces fantômes portait une couronne en tête.


     

    Et tandis qu’il disparaissait avec ces compagnons au plus profond des mystères de Brocéliande, une note lugubre les accompagnait dans leur errance éternelle.

     

    Puis ce fut tout, de nouveau le silence


     

    Jakez resta figé, allongé sur la pente du fossé, la main fermée sur le manche de sa cognée. Il gardait le souffle court, le visage noyé dans l’humus. Son cœur battait fort dans sa poitrine... Il grimaça pour lui-même, contractant tous les muscles de son visage... Ce n’était pas Dieu possible !... Il commençait à faire sombre, le brouillard complice de cette étrange vision, semblait vouloir disparaître. Du moins s’étirait-il, perdant de son épaisseur. Encore saisi d’émotions, Jakez se redressa avec fébrilité. Il regardait autour de lui, la tête comme une girouette... Il restait seul.

    © Le Vaillant Martial  

     

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