• La Dame Verte

    La Dame Verte

    Tout commença à l’un des carrefours de Thésy, là où se croisent les chemins menant à Aresches , Andelot-en-Montagne et Salins les bains. Une voiture se dirigeait vers cette destination. En passant le carrefour, le conducteur jeta un œil rapide dans la rue du Château sans attacher d’importance à la silhouette aperçue, adossée au mur d’une vieille bâtisse. Le véhicule traversa la route et emprunta la D65. L’homme qui était à bord s’appelait

    Hervé. Il n’avait pas loin de trente ans et était largement en avance pour son entretien d’embauche à Salins. D’humeur joyeuse, il roulait en admirant les champs, les prés fleuris. L’étroite départementale favorisait une vitesse propice à la contemplation  du paysage. Longeant les haies d’aubépines, les murets de pierres sèches, la voiture remontait tranquillement la toute. Il faisait beau en ce matin de printemps. Le ciel était dégagé et la nature resplendissante.

    À hauteur des Grands Champs, la voiture d’Hervé s’engouffra dans la forêt. De hauts épicéas disputaient aux hêtres la lumière du soleil. Au bord du chemin, le lièvre rêvassait au sommet des chênes alors que les bouleaux défilaient telles de maigres ombres blanches apportant à cette lisière autant de clarté que d’obscur mystère.

     Soudain au détour d’un chemin, Hervé crut apercevoir une femme. D’instinct, il s’arrêta. Intrigué par cette présence féminine, il descendit de la voiture. Mais un sentiment plus fort que la curiosité avait déjà envahi le jeune homme. La vision n’avait duré que un quart de seconde, mais quelque chose l’avait happé, s’était immédiatement emparé de son être, de son esprit pour le pousser à se rapprocher de cette curieuse apparition.

     

    Voici qu’Hervé, n’apercevant plus son fantôme en bord de route, se mit à grimper le talus boisé et franchit la lisière de cette forêt Jurassienne. Il s’arrêta. Un doute le prit. Maintes fois, il était passé et repassé le long de ces bois, mais jamais encore il ne les avait vu sous cet angle. Depuis la route, la futaie ne lui avait pas semblé aussi épaisse. Il avait d’ailleurs toujours pensé que cette partie de la région n’était qu’un enchevêtrement de près, de champs et de bosquets. Mais ici en haut du mont, la vérité se révélait tout autre. Devant lui s’étalait une couverture forestière des plus denses. Passé les maigres bouleaux du bord de route, voilà que des chênes solides, aux troncs larges ouvraient la voie à une forêt de feuillus mêlés à de rares résineux. Il y  régnait une cacophonie de chants et de cris d’oiseaux, un joyeux pépiement qui invitait l’homme à marcher plus avant, à pénétrer dans cette masse ombragée où la vie semblait si riche.

    Seule une légère hésitation le retenait, comme le pressentiment que ce qui s’ouvrait devant lui n’avait rien de naturel en réalité... Il pensa qu’il n’était plus dans le même lieu, qu’il venait de faire un bond d’une trentaine de kilomètres et se trouvait à présent au cœur de la forêt de Chaux. Cette belle et ancienne sylve dominée par les chênes dont quelques spécimens affichaient l’âge vénérable des dieux. Cette forêt unique possédait un parfum particulier, une odeur enivrante qui engendrait les rêves du randonneur s’accordant quelque repos sous la ramure d’un de ses chênes.

    Les pensées d’Hervé furent interrompues par la vision d’une femme qu’il avait suivie. Elle se tenait là, à une vingtaine de mètres du jeune homme. Elle ramassait des plantes. C’était bien elle, cette inconnue qu’il avait aperçue dans un clignement de paupière, au bord du chemin. C’était pour elle qu’il ‘était arrêté, était descendu de son véhicule et s’était enfoncé dans la forêt. Quelque chose l’avait irrésistiblement attiré et il comprenait maintenant pourquoi. La femme rayonnait d’une beauté mystique. Son visage exprimait un curieux mélange de douceur candide et d’une certaine provocation à la limite de la décence.

     

    Son corps, de ce qu’il en devinait depuis sa position, frôlait la perfection de la féminité. Il y avait comme un voile d’irréalité, de beauté onirique qui recouvrait cette personne de haut en bas, et dans le même temps, une aura animale qui attisait le désir chez l’homme. Hervé la contemplait de loin. Il était comme paralysé. Le chant des oiseaux s’ensevelissait maintenant sous le son propre cœur battant à tout rompre. Il restait là béat à observer cette enchanteresse.

    Cette femme inconnue, sauvage ne semblait pas l’avoir aperçu. Elle se penchait avec une élégance innée tendant une main fine pour cueillir délicatement ces plantes des bois qu’elle plaçait alors dans un petit panier d’osier suspendu à son bras.

     

    Elle déposa celui-ci sur le sol et se releva pour défaire son chignon. Une pluie de cheveux blonds tomba sur ses épaules blanches. Éclairée par l’onde solaire, la scène prit l’allure d’un tableau de maitre.

     

    Le temps parut cette fois s’arrêter. L’homme brisa net cet instant d’émerveillement pour courir vers l’inconnue. Avant qu’il ne puisse franchir les derniers mètres qui les séparaient,  la jeune fille lui lança un regard qui stoppa brusquement son élan. Elle venait de dévoiler sans doute son plus bel atout charmant : des yeux verts profonds, pétillants de vie, deux cris d’amour qui possédaient sans nul doute le pouvoir de faire fondre n’importe quel cœur instantanément.

    L’homme tremblait. Il tressaillait de désir devant cette femme magnifique se tenant devant lui, laissant deviner des formes esquisses cachées sous une simple robe verte. Il se mit à détailler la femme. Il se perdait dans ce visage superbe, ce cou élégant, cette poitrine opulente, ces hanches rondes, ces jambes longues, ces pieds nus...

    De dernier détail le ramena à la réalité. Marcher pieds nus dans un pré était chose coutumière pour qui apprécie la douceur de l’herbe, mais dans un bois ? Au milieu des ronces ? Cela le troubla. La dame le remarqua et fronça les sourcils. Sans doute était-elle pleinement consciente de l’attirance naturelle qu’elle provoquait et voir son courtisan ainsi se détourner de l’objet de son désir lui déplût.

    Une moue boudeuse s’installa sur son visage avant qu’elle ne se mette à fuir entre les ronces. Hervé eut un moment d’hésitation. Il continuait d’observer ces pieds nus s’enfoncer dans le massif roncier sans en souffrir le moins du monde. Mais la crainte de voir la belle inconnue disparaître dans les buissons le poussa à se lancer à sa poursuite. Il se mit à courir lui aussi à travers les ronces avec bien moins de grâce que celle après qui il s'était élancé. Une fois sorti des épineux, il constata que ses vêtements n’étaient plus que lambeaux. Son pantalon était maculé de taches rouges et il pouvait ressentir la douleur des lacérations dues aux épines de ces sombres rameaux. La douleur continua à le ramener un temps à la réalité des choses et il se souvint alors d’une histoire contée il y a de cela des années par sa grand-mère.

     

    Son aïeule avait été une femme toujours souriante et bienveillante qui n’avait jamais manqué de mettre en garde ses petits-enfants contre la créature de la forêt. La vieille dame n’était plus, mais son souvenir demeurait toujours bien vivace dans l’esprit de son petit-fils. L’histoire qui était revenue à l’esprit d’Hervé concernait un marchand de tissus qui vécut autrefois du côté d’Andelot. Cela se passa au début du XIXe siècle. L’homme âgé d’une cinquantaine d’années, les bras chargés de laine, revenait d’un marché qui s’était tenu à Salins. Sur le chemin du retour, il surprit une belle jeune femme, occupée à remonter sa jarretière, dévoilant une jambe qui mit en appétit le marchand. Il s’approcha de la belle et la salua d’un sourire plein d’envie. Celle-ci ne s’offusqua nullement. Tout au contraire  lui rendant son sourire, elle fi retomber lentement sa robe verte sur ses jambes. Devant l’opportunité d’une telle rencontre, le marchand proposa à la jeune dame de l’accompagner le long du sentier boisé.

    Celle-ci accepta volontiers, lui tendant le bras qu’il prit, plaçant sa camelote, bon gré mal gré, sous l’autre coude. C’est alors que la jeune fille l’entraîna avec force dans les bois, lui faisant traverser ronces et buissons.

    L’homme pouvait à peine suivre ce rythme aussi insensé que soutenu qui transformait chaque pas en une série d’horribles brûlures. Les branches rencontrées lui infligeaient des gifles sévères et chaque tronc le bousculait avec douleur. Tant et si bien qu’il finit par essaimer sa marchandise à chaque nouveau coup.

    Ses vêtements pâtirent également de cette course folle. Son chapeau lui avait été soustrait depuis le départ, arraché par quelque arbuste, sa veste s’était éprise d’un prunelier à qui elle avait abandonnée beaucoup de son tissu, et il ne restait de son pantalon que de maigres bandes souillées de boue à force de passer dans les marais et les flaques profondes. À chaque nouvelle déchirure, à chacune des égratignures, la jouvencelle partait d’un hoquet de plaisir. L’homme lui avait perdu toute envie pour cette furie, mais il avait beau se débattre, tenter de faire lâcher prise  à la dame, l’étreinte était ferme et elle ne semblait pas décidée à lâcher sa victime. Le marchand à bout de souffle, battu, fatigué, épuisé par cette course effrénée à travers les buissons, les marais, les fondrières, ressemblait maintenant à une loque traînée par la dame sans qu’elle que celle-ci ne souffrit du poids à tirer.

     

    Puis las de son amusement, elle se délesta de ce corps meurtri, l’abandonnant, inerte, au fond d’un vallon. Lorsque l’homme retrouva suffisamment de force pour regagner sa demeure, il eut encore à  affronter la colère de son épouse due à l’état pitoyable de son apparence et la perte de leurs biens. Surtout qu’il se garda bien de raconter la vérité et qu’aucune de ses explications abracadabrantesques ne put convaincre sa mie qui le gratifia d’un dernier soufflet. À voir l’état de ses propres vêtements, Hervé était  maintenant certain d’avoir été joué par une telle Dame Verte lui aussi. Malgré cette certitude, il ne pouvait s’empêcher d’éprouver de l’attirance pour la jeune femme. Cela lui rappela d’autres histoires de sa grand-mère.

    Celle de ce garçon d’une vingtaine d’années comme lui qui était également tombé sous le charme d’une Dame Verte et qui avait osé l’enlacer, placer sa main sur sa taille et même dit-on, de l’embrasser. L’impudent avait disparu plusieurs jours dans les bois. Quand il en est revenu, il ne parlait plus, poussait des cris incompréhensibles et se comportait comme un enfant de trois ou quatre ans. Il avait perdu la tête. La nuit, il se réveillait en hurlant. Poussé par  des crises de panique, il se frappait, bousculait les meubles et on devait s’y prendre à deux ou trois personnes pour le maintenir fermement sur son lit avant qu’il ne se calme et ne se rendorme.

    Mais pour tous ces blessés, ces sots et ses amants déjoués, combien d’âmes bénies ? Combien d’hommes avaient posés leurs lèvres sur ces bouches rosées ? Combien avaient plongé leur cœur dans l’abysse vert de ces iris. À ce moment précis, Hervé ne pensait plus qu’à ceux-là, à ces hommes qui dans le Val’ d’’Héry , avaient surpris la Dame verte peignant ses cheveux blonds. Ces bienheureux qui avaient pu toucher de leurs doigts le peigne d’or. Ces chanceux qui avaient posé leurs mains sur cette peau de nacre. Une pointe de jalousie finit par perdre le peu de raison qui restait à cet homme. Peu importe s’il devait pour s’unir à la belle perdre l’esprit.

    Une minute d’extase valait bien une éternité d’oubli. Toucher la lumière et se perdre à jamais dans l’ombre, voilà son plus ardent désir. Oui il se dit qu’il était prêt. Prêt à rentrer dans la ronde des fées, cette danse où d’autres voyageurs  avant lui avaient osé mettre le sabot. Enchanté par quelque musique enivrante sortie des bois ou guidé par un rayon de lune pointant un pied d’aubépine, égarés pour avoir marché sur l’herbe interdite ou attirés par le parfum suave du sureau. Tous avaient pu frôler l’extase, vivre le tabou sauvage. Alors pourquoi ne se permettrait-il pas lui aussi d’aimer une Dame Verte. D’un amour passionnel, brut et instantané jusqu’à le consumer entièrement. Peut-être aussi ne fallait-il pas craindre la mort la mort justement pour connaître l’amour véritable. Ou bien plus simplement encore, il se convainquit que toutes ces légendes n’étaient que des racontars pour éloigner les hommes des fées, des jalousies de bonnes femmes ! Et combien même s toutes ces légendes auraient un fond de vérité, lui, il arriverait – il en était sûr – à défaire le charme, à voler un vêtement ou un soulier à la fée, à l’épouser ! Oui, il savait ce qu’il voulait et sa volonté était forte. Ses pensées l’encourageaient et c’est parfaitement décidé qu’il se tourna vers l’objet de ses désirs.

    La Dame verte se tenait immobile à quelques pas de lui. Ses yeux brillants le fixaient. Dans un demi-sourire, les bras tendus vers l’homme, la fée laissa échapper un Viens ! Hervé fut submergé par ce simple mot prononcé. À ce moment précis son cerveau embrumé ne parvenait plus à formuler une seule pensée. Il ne voyait qu’elle. Il ne désirait plus qu’elle. Il marcha doucement vers la divine créature et sa main rencontra la sienne. Le contact était doux fusionnel. La Dame se mit à marcher puis à courir à nouveau, mais cette fois, ils filèrent ensemble à travers bois. Hervé était heureux. Un bonheur d’enfant, une joie d’amant. Il volait aux côtés de sa belle. Rien ne pouvait les arrêter et dans son eutrophie, les heures passaient aussi vite que leur course folle. Ils s’enfonçaient de  plus en plus dans la forêt. Les branches s’écartaient devant eux, les fleurs les saluaient. Hervé entendit comme un lointain écho, le chant des oiseaux, le souffle d’un vent léger qui secouait les feuilles ne faisant qu’amplifier son état de béatitude hypnotique. Soudain son pied se prit dans une grosse racine et il lâcha par réflexe la main de sa bien-aimée pour tenter de se rattraper, mais son front heurta violemment le sol. Il s’évanouit.

     

    Un autre temps, un autre lieu. Un jeune homme s’avance vers la belle dame vêtue d’une robe émeraude. Il est subjugué par sa beauté. Il l’enlace. Elle se laisse faire. Là au milieu d’une clairière, ils s’embrassent. La jeune femme entraine son amant au plus profond de la forêt. Ils arrivent au bord d’une rivière. La Dame Verte y descend, mouillant l’ourlet de sa robe, ses genoux, sa taille. Le jeune la suit, glisse lui aussi lentement dans l’eau, ses mains toujours accrochées à celles de la fée. Ils échangent un deuxième baiser. Un bonheur fou peut se lire au fond de ces deux êtres. Non, en réalité cette lueur d’abandon total n’existe que dans le regard du jeune homme. Dans celui de la Dame, c’est une tout autre nuance qui se devine. Il y a un brin de folie, certes, mais il y a autre chose... Cette étincelle qu’a le chasseur au moment de tirer son gibier, cette malice qu’affiche le chat à l’instant précis où il bondit sur la souris. On y lit de la gourmandise, de la satisfaction  et de la... cruauté. Les mains de la fée sont posées sur les épaules du jeune homme, elles poussent de leur force extraordinaire et l’amant, croyant à un jeu, n’oppose aucune résistance lorsque son corps commence à s’enfoncer dans la rivière. Soudain son regard change du tout au tout. Étonnement, incompréhension, peur frayeur se succèdent en son esprit à travers les grimaces de son visage éclaboussé. Cette fois, il se débat, tente de dénouer l’étau qui enserre maintenant son cou. Mais il est trop tard... Bien trop tard. Déjà l’eau pénètre sa bouche, ses narines. Elle envahit ses poumons, le tue et dans un dernier souffle de vie, il entend le rire joyeux, presque moqueur de son amante...

     

    Dans un coude de la rivière, un corps gonflé flotte accroché aux joncs. Au visage du noyé se superposent soudain d’autres traits. Ce sont d’une femme. D’une vieille femme. Cette femme le rêveur la connaît c’est sa grand-mère....

    - Souviens-toi, mon petit, dis l’apparition, souviens-toi de mes histoire, de ces légendes de la Dame verte. Fuis, car tu connais maintenant le sort qu’elle te réserve. Souviens-toi de ces légendes funestes om chaque homme tombé sous le charme de la Dame Verte était rendu fou par cet impossible désir. Ne crois pas en cet amour instantané, cette pulsion sauvage. Cette passion ne conduit qu’à la mort. Puise dans tes dernières forces pour quitter cette forêt ! Va mon petit, fuis !

    Voilà qu’une brume épaisse finit d’effacer la scène. Un brouillard parsemé d’étincelles, traversé d’éclairs de lumière. Hervé entrouvrit les yeux. Il distingua au-dessus de lui un feuillage que le vent faisait danser. À chaque mouvement de la branche, les rayons caressaient et réchauffaient le visage du jeune homme étendu. Il se redressa et regarda autour de lui. La fée était toujours là. Patiemment assisse sur son rocher, elle peignait sa longue chevelure d’or. Telle une rivière, ses cheveux descendaient le long de son corps parfait, si proche, si ... « souviens-toi... et fuis mon petit ! ». La voix de la grand-mère venait de briser le sortilège. Son souvenir déchira le voile qui avait plongé le jeune homme dans un état hypnotique. Il jeta un dernier regard à la fée et se leva précipitamment. Prenant ses jambes à son cou, il courut comme jamais il ne l’avait fait auparavant. Il traversa la forêt, se griffant les jambes une nouvelle fois aux ronces, se prenant des gifles depuis les branches qui lui lacéraient le visage. Peu importaient les hématomes, les blessures, seule sa vie comptait désormais.

    Le voilà qui dévale une butte, tombe se relève et reprend sa course ; Derrière lui, il entend des cris obéissant à un lointain hurlement de colère. La fée est furieuse. Elle ordonne à la forêt de rattraper sa proie. Hervé est à bout de forces. Même si le souvenir de sa grand-mère l’exhorte à fuir et fuir encore, il sent que son corps n’en peut plus. Il a atteint ses limites et est sur le point de s’écrouler quand soudain, il aperçoit la vallée à travers ce qu’il devine être les derniers arbres de cette forêt maudite. Se laissant porter par la pente, il vole plus qu’il ne court et atterrit sur l’asphalte. Les cris se sont tus. La menace a disparu. Derrière-lui, la lisière a retrouvé son aspect d’origine. Plus loin, il aperçoit à nouveau les champs, les pâtures familières. Il a échappé à la fée. À quelques mètres de là, il retrouve sa voiture. Il y monte et par réflexe verrouille les portières. Après avoir repris son souffle, il cherche la clé de contact dans sa poche et démarre. Il quitte la forêt, fuyant cette rencontre, ne réalisant pas tout à totalement qu’il venait d’échapper à la mort.

     

    Car telles sont les fées aussi séduisantes que dangereuses aussi belles que mortelles. Leur monde n’est pas le nôtre, mais il est peuplé de nos fantômes. La Dame Verte a beau veiller sur la faune et la flore, elle a beau séduire les esprits de ses habitants par les témoignages et descriptions louant, sa grande beauté, sa grâce d’un autre âge, elle n’en demeure pas moins l’incarnation du sauvage et sa séduction scelle votre trépas. Hervé l’a appris à ses dépens et s’il n’avait eu les avertissements de sa grand-mère conteuse qui soirée après soirée s’était évertuée à lui répéter ces légendes mettant en scène ces étranges dames des bois, jamais il n’aurait pu avoir cet éclair de lucidité qui l’avait tiré des griffes de la fée. La voiture descend maintenant vers la vallée. Sur la route menant à Salins, Hervé aperçoit une auberge. Il a la gorge sèche. Toute cette aventure lui a donné soif et il n’est pas contre un petit remontant. De quoi effacer sa fatigue, se reprendre avant ce sacré entretien d’embauche qui l’attend. Il jette un dernier coup d’œil à sa montre. Il lui reste une heure. Il peut se permettre une demi-heure de pause avant de gagner Salins. Il gare sa voiture sur le parking, en descend et entre dans l’auberge. Installé dans un petit coin, il commande un verre d’absinthe et une bière. Il siffle le petit verre d’alcool aussitôt déposé sur la table et se met à siroter sa bière. Il trouve dans l’atmosphère du café suffisamment de calme et d’humanité pour apaiser son esprit. Sur les murs il y a des photos jaunies de personnes vêtues de costumes traditionnels jurassiens. Les dames portent des tabliers de crochet par-dessus leurs jupes et affichent ce corsage typique et des motifs fleuris sur leurs courtes capes. Sur les hommes on distingue les mouchoirs de cou, d’amples culottes et des guêtres blanches. Certains tiennent d’anciens instruments en mains. Des photographies liées sans doute à quelque fête du village voisin Un peu plus loin s’étalent des reproductions de publicités pour divers alcools. Le décor est éclectique, mais ce mélange de passé et de présent dote le lieu d’une rassurante réalité. L’éclat du jour peine à pénétrer dans la pièce. De fins rideaux pendus aux fenêtres filtrent la lumière du dehors. Dans la pénombre, Hervé fixe un temps le jeu de billard occupant les deux seules personnes présentes dans le bar mis à part le serveur. Les boules claquent dans le silence.

    Hervé dirige son regard dans le coin opposé où veille, droite et muette une vieille horloge. Il se rend compte alors d’une cinquième présence. C’est une jeune femme. Elle porte une longue cape à pèlerine grise. Sur la table, devant elle, aucun verre. Elle demeure là, le regard droit perdue dans l’espace de la salle. Ses traits sont fins élégants. Elle a le visage joli et les cheveux blonds. De là où ui lest assis, Hervé peut voir la jeune femme de profil. Il suit discrètement la courbe de son corps qui se dessine, assis sur le banc, les coudes posés sur la table. Son inspection presque impudique s’achève sur les pieds de la dame. Ils sont nus ? Remontant le regard de quelques centimètres, l’homme remarque alors dépassant de sous la cape, l’ourlet mouillé d’une robe verte.

     

    © Le Vaillant Martial 


    Dans les bois du côté de Salins-les-Bains et d’Andelot-en-Montagne, dans le jura, le long de ces vallées baignées de rivières débordantes de vie telle la furieuse se jetant férocement dans les campagnes lorsque le dégel des montagnes la remplit de colère, dans ces bois et ces forêts peuplés de créatures, on voit parfois surgir une Dame Verte. Cette fée de la nature croque la pomme des vergers, se promène dans les prés et se cache sous les feuillages des forêts. Elle est aussi belle que sauvage et toute la Franche-Comté la connaît. Elle apprécie tout particulièrement la forêt de Chaux, ce vaste massif de feuillus aux remarquables chênes. Une des plus énigmatiques et fascinantes fées de France.

     

     

     

     

    « La Coiffe de la MorteL'Âme dans un tas de Pierres »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :


================================== 1- jssants.js (external javascript jsfile) ================================== ================================== 2- jssaints.js (external javascript jsfile) ================================== ================================== -3 sants.html (html file) ================================== JavaScript code/Saint's Day
Breton calendar - Saint's Day : 
...Calendrier français :