• La curiosité de Iouennic Bolloc’h

    Iouennic Bolloc’h eut cette curiosité impie. Iouennic Bolloc’h était un mendiant qui ne manquait ni d’esprit, ni de savoir-faire. Il s’était fait ce raisonnement :

    - Si je pouvais prévenir d’avance du jour de leur mort tous ceux qui sont destinés à mourir cette année, j’arriverais à me faire ainsi de jolis profits.

    Donc, le soir de la Toussaint, il s’arrangea pour être à Castel-Pôl (Saint-Pol-de-Léon). Il avait entendu dire qu’à Castel-Pôl il y avait, non pas un, mais dix, mais vingt charniers dans le cimetière. Il se dissimula tant bien que mal, en se couchant dans l’herbe à plat ventre. Et il attendit en cette posture le colloque des morts.

    Vous n’ignorez pas qu’à Castel-Pôl, les ossuaires sont encastrés dans les murs du cimetière.

    Un mort de l’un des charniers interpella un autre mort du charnier d’en face.

    - Ami, disait-il, est-ce que tu m’écoutes ? Iouennic Bolloc’h sentit cette parole passer au ras de lui comme le souffle glacial d’une bise.
    - Ami, répondit l’autre mort, je t’écoute, mais il y a un vivant entre nous.
    - Je le sais. Il est venu pour entendre la liste des morts de la prochaine année.
    - Qu’il l’entende donc !
    - Qu’il sache que le premier de la liste n’a plus à vivre que deux minutes !
    - Qu’il sache que le premier de la liste a nom Iouennic Bolloc’h !

     

    Les deux voix se croisaient à travers la nuit, rapides, sifflantes. Chacun des mots qu’elles proféraient entrait comme un fer froid dans les oreilles du pauvre mendiant. À peine son nom eut-il été prononcé qu’il rendit l’âme[1]  . On trouva le lendemain son cadavre raidi. On crut qu’il avait eu le sang gelé par la grande fraîcheur de la nuit et on l’enterra à l’endroit même où il était trépassé.

     

    (Conté par Jean Cloarec. - Laz, 1890, Finistère.)

    © Le Vaillant Martial 



    [1] Les bêtes aussi conversent entre elles dans le langage des hommes, durant la nuit de Noël. Un fermier voulut entendre ce que pourraient bien se dire ses bœufs et se cacha dans le grenier, au-dessus de l’étable.

    - Que ferons-nous demain ? demanda l’un des bœufs à son compagnon ?
    - Nous porterons notre maître en terre.

    Ce fut en effet le premier travail qu’ils firent. Le fermier épouvanté trépassa dans la nuit.

     

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