• La Chevalière en or

    La chevalière en or

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    ne nuit de tempête, un voilier étranger vint se briser sur les récifs bretons et coula à quelques encablures d’un village de pêcheurs planté au bord de l’eau. Au petit matin, la mer s’était calmée. Un homme, qui se levait toujours très tôt aperçut de sa fenêtre les restes du navire disloqué.

    Au petit matin la mer s’était calmée. Un homme qui se levait toujours très tôt, aperçut de sa fenêtre les restes du navire disloqué.

    Le choc avait été très rude. Le gouvernail se dressait à l’envers au-dessus des flots indigo, tel, un épouvantail. Un des mâts était couché sur les rochers, dont le brun sombre contrastait avec la blancheur de la voilure le recouvrant par endroits.

    Autour les cordages s’étaient mêlés aux algues et formaient un tapis verdâtre qui ondulait entre les récifs affleurant. Ballottés par de timides vagues, mille débris flottaient encore dans les parages. Sur la plage, gisaient plusieurs dizaines de cadavres,  parmi des tonneaux et un amoncellement de bois, provenant de la coque brisée.

    Les naufragés de navires étrangers étaient une aubaine pour les villageois du littoral, souvent très pauvres. Ils leur permettaient de récupérer marchandises et denrées. Un cadeau de la tempête qu’ils bénissaient ces jours-là. Le malheur des autres faisait leur bonheur.

    L’homme prévint ses voisins et bientôt tout le village fut sur la grève. Femmes, enfants, vieillards ramassaient sur la plage tout ce qui pouvait leur servir, tandis que les hommes dans leurs barques faisaient de même autour des récifs.

     

    Un enfant alla chercher le curé de la paroisse qui n’habitait pas le village... Il pria. Et comme il ignorait si les noyés étaient des chrétiens, il décida qu’ils n’avaient pas leur place au cimetière et  qu’ils seraient enterrés sur la plage.

    L’un deux était richement vêtu. Ce devait être le capitaine. Les pêcheurs décidèrent de l’enterre le dernier, face à ses hommes d’équipage, tous alignés devant lui. Le capitaine portait à la main gauche une grosse chevalière en or sur laquelle étaient gravées les lettres d’une écriture que les villageois ne connaissaient pas.

    Par crainte de  la malédiction divine, ceux-ci s’interdisaient toujours de dépouillés les noyés. Le capitaine fut donc enterré avec sa chevalière au doigt. A la place de la croix réservée aux chrétiens on planta au-dessus de sa sépulture un pieu sur lequel avait été clouée une planche où figuraient le mot « naufragés » et la date où le navire avait sombré.

    Au fil des ans, le naufrage devint un lointain souvenir. Mais les femmes continuaient de parler entre elles  de la grosse chevalière en or du capitaine étranger. Une jeune coutière, installées dans un bourg voisin, qui travaillait à façon et venait souvent au village, entendit leur histoire. « Il faut bien que je récupère cette chevalière. Le capitaine n’en a que faire maintenant qu’il n’est plus. » Se dit-elle. Elle se renseigna discrètement et finit par savoir qu’il était enterré au pied de l’écriteau. Comme elle craignait Dieu, elle hésitait un peu à dépouiller un mort. Elle finit par céder à la tentation, tant son envie de posséder un bijou la hantait.

    Une nuit de pleine lune, elle quitta sans bruit sa  maison et se dirigea vers le village. Il était plus de minuit quand elle s’aventura sur la plage, le cœur battant. Elle s’approcha de l’écriteau, s’agenouilla et creusa le sable humide. La lumière froide de la lune éclaira bientôt le cadavre. La couturière saisit la main gauche du capitaine et vit la chevalière. Elle essaya de la faire glisser sur le doigt, mais la peau racornie par l’eau salée formait des bourrelets qui l’en empêchèrent. Elle tenta en vain de les couper avec ses ciseaux. Furieuse, elle finit par mordre le doigt et du recommencer plusieurs fois avant de parvenir à le trancher. Elle put enfin s’approprier la chevalière. Elle égalisa le sable du plat de la main, avant de s’éloigner et de rentrer chez elle.

    Quelques jours plus tard, la couturière revint au village pour livrer un vêtement. Elle avait la tête et bas du visage enveloppés d’un foulard. À ceux qui s’en étonnaient, elle expliqua qu’elle souffrait d’une rage de dents. C’est alors que les enfants qui jouaient sur la plage se mirent à crier. Ils venaient de découvrir près de l’écriteau planté au-dessus de la sépulture du capitaine, une main qui sortait du sable. Très vite, tous les villageois le rejoignirent. Et la couturière fut bien contrainte de les suivre. Chacun put constater que l’annulaire manquait à la main et que la chevalière avait disparu. Les plus superstitieux se signèrent en parlant de profanation.

      - Le capitaine étranger réclame sa chevalière, lança une vieille femme.
    -
    Ce vol va nous porter malheur, ajouta une autre.
    -
    Il faut faire de notre mieux pour la retrouver décidèrent les villageois.
    -
    Inutile, c’est moi qui la lui ai volée, avoua la coutière en la jetant sur le sable.

       Un homme ramassa la chevalière, la glissa à l’index du capitaine, avant de creuser le sable et d’y enfouir la main.

       Une femme rattrapa la jeune couturière qui tenait de s’enfuir. Tout le monde se  mit à l’insulter. Et plusieurs villageois s’approchèrent d’elle en la menaçant du poing.

    - Inutile de me frapper, j’ai déjà été punie.

      D’un geste vif, elle retira le foulard qui dissimulait le bas de son visage et exhiba sa bouche édentée et ses lèvres purulentes, provoquant la panique parmi les villageois qui regagnèrent vite leurs demeures.

    © Le Vaillant Martial

     

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