• La bûche d'or

    La bûche d'or


     

    La bûche d’or

    A

    vec la nuit, le froid était venu, plus mordant. Lentement la lune s’extirpe à grand-peine des griffes acérées que tendaient les arbres fantomatiques vers un ciel étoilé dépourvu de nuage. De toute sa pâleur, la belle de nuit révélait une forêt scintillante, blanchie par le gel.

    Au centre d’une petite clairière, dégagée, l’hiver précédent par de rudes bûcherons, trois charbonniers vêtus, gardaient une fouée auprès de laquelle ils tentaient de se réchauffer. La meule de bois couverte de terre se consumait doucement. Une épaisse fumée s’élevait dans l’air glacé. C’était ... Une nuit de Noël et en ce sir si particulier, la coutume voulait que l’on tirât au sort celui qui aurait la charge de veiller la fouée. Prendre garde qu’elle ne s’éteignit. Ses compagnons auraient le privilège exceptionnel  de quitter la forêt pour gagner le village, prendre part à la messe de minuit. Et juste après la sainte-messe, profiter d’un généreux bol de soupe fumant. Ma doue beniguet ! Quelle belle opportunité.

     

    Ce soir le sort voulut que Jaouen, le plus jeune des trois, saisit la courte-paille de ses doigts gourds !

    - Dame ! Pas possible que ‘est qu’il pensa en lui-même, jugeant d’un œil désabusé ce bout de brindille ridicule.

     

    Le cœur gros Jaouen suivit du regard la lueur vacillante des deux hommes avant qu’elle ne disparaisse, mangée par l’épaisseur du sous-bois et bientôt il n’y eut plus que d’épars craquements secs, estompés de loin en loin ... Puis plus rien. Juste le silence de la nuit. Le jeune charbonnier restait seul avec l’hiver, isolé du monde, seul face à sa fouée.

     

    Au début, il s’affairait vaguement, tournait autour de la meule, mais sans vent ni risque de pluie, il se trouva vite désœuvré. Il restait là, ballot, les mains au fond des poches. Il poussa la chansonnette, fit résonner sa guimbarde, mais le métal lui mordait les lèvres, et le cœur n’y était pas. Il fit les cent pas, puis finit pas s’asseoir au plus près qu’il pût de la meule fumante à se frotter ses mains noircies.

    Jaouen s’abandonna à ses pensées. Les minutes semblaient des heures. En tailleur, les bras croisés recroquevillés sur lui-même, les pensées devinrent des songes.

    Le songe des rêves.

    Et dans la nuit alentour, la forêt glacée scintillait à la lumière spectrale de l’astre mort.

     

    Le Jeune charbonnier se réveilla piqué par le gel, son vêtement recouvert d’une pellicule de neige. Autour de lui, tout était blanc, et la fouée ... La fouée ne fumait plus. Il se redressa vivement pour s’ébrouer, tapant des pieds tant ils étaient engourdis. Jaouen se dé désolait de pareille bêtise. Il pestait, s’attribuait tous les noms d’oiseaux, se lamentait sur son misérable sort ... Lorsqu’il avisa au-dessus des arbres, là-bas, dans la nuit, une lueur rougeâtre et quelques flammes qui s’élevaient à une hauteur prodigieuse. Il pensa que d’autres charbonniers, dont il ignorait la présence avaient allumé une belle flambée pour se protéger des tourments de la neige. Jaouen tout heureux de ce providentiel voisinage quitta d’un preste pas sa clairière en direction d’où brûlait le feu. Il pourrait s’y réchauffer un temps et demander quelques tisons ardents pour relancer sa fouée.

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    S’il ne fut pas bien difficile de s’orienter, le cheminement au cœur de la forêt était ardu. Il fallait composer avec les fossés, taillis et ravines. Il fallait composer avec la neige sur le sol gelé. Jaouen se perdit en détours. C’est alors, c’est alors qu’au sortir d’’une coulée d’entre les arbres, il aperçut au-devant de lui les flammes généreuses d’un large foyer situé au beau milieu d’une clairière ... Enfin !

    À cet instant minuit sonnait.

     

    Il reconnut le clocher lointain des forges de Paimpont. Le jeune imprudent se trouvait au bord de la Crezée de Trécilien, un lieu étrange dont la légende affirmait que s’y rassemblaient les divinités de la forêt pour célébrer certains rites oubliés du monde des hommes.

     

    C’est pas qu’il était poltron, Jaouen, pas plus que superstitieux, pourtant il sentit germer un brin d’inquiétude, Peut-être valais-il mieux rebrousser chemin que de tenter ....le Diable. Mais il avait froid, et sa fouée était éteinte ! Dans ces conditions, il devait rester courageux ! Non ! Il ne fallait prêter aucune attention aux calembredaines de bonne femme à la langue trop pendue ! Il décida de s’avancer plus en avant, aller juger par lui-même. Dame ! Il était de la famille des charbonniers, un gars des bois, il était ici chez lui.

    Et si inquiétantes qu’elles furent, les silhouettes noires et crochues des arbres n’allaient pas le faire changer d’avis ...

    Même à sembler se mouvoir d’une lenteur extrême, telle cette branche ... Et cette autre se lever, se dresser, se tendre pour saisir Jaouen le charbonnier, soudain saisi d’épouvante. Car chacun des troncs semblaient se dédoubler et des êtres difformes s’en détacher, s’extraire de l’écorce.

     

    Quelqu’un lui prit la main, alors il vit dans la lueur rougissant du brasier  un long, un joli visage auréolé d’une chevelure auburn et baissant le regard. Jaouen découvrit que le froid de l’hiver ne semblait en rien attendre la charmante créature. Son autre main fut saisie à son tour et ces ombres inquiétantes, qu’il craignait l’instant d’avant, se révélèrent comme autant de nymphes de la forêt. Dans ce qui ressembla à une farandole silencieuse, les êtres merveilleux entraînèrent le jeune humain vers la clairière magique de Trécilien. Leurs pas étaient légers dans la neige poudreuse. Pas un mot s’échappait, juste des rires des petits rires aussi légers que la course folle de la farandole.

     

    Emporté par cette course irréelle, toutes ses peurs s’évanouir par enchantement, et sans appréhension, il jaillit hors de la lisière tel un jeune faune bondissant parmi les nymphes. Le brasier était immense, dressé dans la nuit. Les brindilles qui s’en échappaient, dansaient au ciel avec les étoiles revenues. Une douce chaleur inondait la Crezée au point que de neige il n’y avait point. Tout autour de ce grand feu gesticulaient-en des gigues facétieuses, elfes et lutins des bois, aux sons de grelots joyeux. D’ordinaires adversaires, les parisettes coiffées des quatre saisons tournoyaient au bras de Tourmentines échevelées et Robien Goodfellow, ce coquin d’outre-manche, le petit cornu à queue de chèvre, faisait résonner sa cornemuse loin dans la profondeur des bois. Et les sylvains, faunes et nymphes, tous les esprits de la forêt étaient présents pour célébrer le bel hiver, car les êtres de la forêt aimaient à célébrer chaque saison recommencée. Et là parmi cette fabuleuse assemblée des autres mondes, à l’orée du grand feu se chauffait le maître de cérémonie, le dieu des chênes.

     

    Le dieu des chênes fut bien étonné à la vue d’un être humain. Cependant, s’il s’en étonnait, il fut rassuré au constat que ce dernier ne portait aucune hache à son côté. On imagine aisément combien un bûcheron n’avait pas sa place dans le cœur des arbres.

     

    Le dieu des chênes fit venir à lui cet énergumène bien audacieux. Il voulait s’enquérir des raisons d’une présence inopportune. Jaouen le charbonnier se livra sans faire de mystère, sans même minimiser sa responsabilité ... Et si par générosité, d’un ou deux tisons ardents il pouvait bénéficier ...

     

    - Prends ce fer et pique dans le feu. Emporte avec toi ce dont tu as besoin et n’y reviens pas. Fais en bon usage, répondit gravement le dieu des chênes.

     

    Ainsi fut fait, il emporta deux tisons bien rougis.

     

    Jaouen s’en retourna à sa clairière avec le sentiment d’avoir poussé la porte d’une rêverie oubliée par quelque promeneur assoupi l’été passé. Tout et si étrange au cœur de Brécilien.

    Les tisons ravivèrent très vite le feu et au matin, lorsque les compagnons de Jaouen pénétrèrent la clairière, tous deux affichaient un sourire satisfait au vu de la fouée fumante tout autant que du plaisir d’avoir passé la Noël parmi les leurs. Lorsqu’ils échangèrent quelques nouvelles, Jaouen se garda bien d’évoquer son incroyable aventure.

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    Le surlendemain, après que les trois charbonniers eurent étouffé leur fouée pour en extraire me charbon de bois, les deux compères de Jaouen s’affairaient à la mise en sac du combustible destiné aux forges. Jaouen quant à lui étalait les cendres l’esprit encore habité par les évènements de la veille dont il n’était plus tout à fait certain de les avoir vécus.

    Soudain au centre du cercle encore fumant, in vif éclat le rira de sa réflexion. Il s’agenouilla. Du revers de la main, il dégagea ....

    Oooh ! Était-ce possible ? Là-bas deux autres étaient occupés à charger les sacs d’une charrette à bras tout en échangeant quelques plaisanteries grivoises. Ils ne prêtaient aucune attention à Jaouen qui porta de nouveau un regard ébahi sur sa découverte. Bouche bée ! Il n’en croyait pas ses yeux !

     

    Mais pourtant ... Si c’était bien deux pépites. Deux énormes pépites d’or ! Et pas des petites, des grosses ! Grosse comme le poing fermé de Mathurin ... La brute locale de la lutte Bretonne. Dame Gast,  C’est dire !!! Peut-être en y avait-il d’autres ? Fiévreusement, il remua la cendre en vain. Alors d’un coup, il comprit. Ça ne servait à rien de chercher plus, il n’y aurait que deux pépites pas une de plus. L’air de rien, il jeta un rapide coup d’œil vers ses compagnons.

    Ni vi, ni connu, Jaouen glissa son secret au fond de sa poche en prenant soin de mettre par-dessus son mouchoir et sa discrétion.

     

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    - Dis-nous, Jaouen, t’as bien une tête de simplet à sourire bêtement de la sorte depuis le matin se moquaient ses deux aînés.

    - Vas-tu donc pas cesser, hein ? Quel benêt tu fais ! On dirait un qui a marché sur l’herbe d’oubli.

     

    Mais Jaouen se moqua bien de ses fanfaronnades de se ses compères. Il n’était plus vraiment là. Il était loin. Jaouen loin dans ses pensées. IL ne connaissait pas grand-chose au monde, c’est vrai, pourtant, il savait bien qu’on ne trouvait pas de pépites en terre de Brécilien. Ces fabuleuses pépites, elles avaient à voir avec sa rencontre merveilleuse. C’était à ne pas en douter. Il avait ramené bien plus que de simples tisons ardents. Le dieu des chênes lui avait fait don de deux tisons magiques. Et chacun avait produit une pépite. S’il avait su, Jaouen, il en aurait pris trois ou quatre. Quatre ou cinq, une dizaine ! Des brassés de tisons ardents.

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    Il était loin dans ses pensées Jaouen, il était encore plus loin dans ses projets. Il ne se voyait plus charbonnier. Plus du tout. Il se voyait dans une belle demeure. Maître d’un manoir tiens ? Un manoir avec des cheminées dans chacune des pièces. Et chaque soir, il tirerait à la courte paille, avec lui-même pour savoir qui de lui ou de lui aurait le plaisir de surveiller une belle flambée dans l’âtre, tout à déguster de bons vins et savourer quelques volailles rôties qu’il aurait chassées sur ses terres. Car il irait chasser à cheval dans le matin brumeux, accompagné de ses chiens ...

     

    - Oh Jaouen !!! T’es où donc Jaouen, T’es vraiment un drôle ce jour. Quoi qu’t’as bu, dis mon gars, Jaouen, t’es avec nous ?

     

    Non, il n’était plus avec Jaouen. Il était parti. Il les avait laissés là. Il n’avait donné aucune explication. Jaouen était parti sans se retourner sur son passé. Il a pris la route de Paris loin vers l’Est. Il est allé vendre ses deux pépites  d’or. Pour ne courir aucun risque, le malin avait pris soin de bien les noircir avant de les dissimuler dans un sac de charbon de bois qu’il portait par-dessus son épaule. Jaouen reçut beaucoup d’argent en échange de ces deux pépites. L’argent lui suffit pour acquérir un manoir et quelques terres qui allaient avec. Et dans le grand salon aux tentures épaisses, chaque soir, Jaouen profitait à volonté de bonnes flambées laissant courir son regard sur  les poutres ornées de peintures délicates. Il aimait à regarder mourir le feu, en songeant à cette vie misérable de charbonnier, bienheureux de s’en être affranchi.

     

    Ces instants d’oisiveté alternaient avec de longues chevauchées dans les prés et les bosquets alentour. Il finit pas sombrer dans une paresse insouciante.

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    C’était l’avant-veille de Noël, Jaouen avait couru la campagne tout le jour, il rentrait au petit trot, traversant un bois. Devant lui, la forêt nue semblait se voiler de brume. A l’instant de fendre les première nappes, Jaouen sentit une diffuse odeur de brûlé. Ce n’était pas de la brume. De la fumée. Il y avait un feu. Son passé ressurgit, il pensa  à la proximité des charbonniers ; La nappe était trop vaste, trop épaisse, elle gagnait l’ensemble des sous-bois. Un feu de broussailles peut-être ? Les yeux lui piquaient et son cheval manifestait une évidente nervosité. Jaouen gagna la lisière au plus vite et il comprit.

    Au loin, une épaisse colonne noire de fumée montait du manoir en flammes. La bâtisse brûla toute la nuit. Au matin, il n’y avait plus rien. Rien que des cendres fumantes. Jaouen était désespéré. Il était revenu à son point de départ, si ce n’est que le cercle de cendres était plus vaste.

    Et comme il fouillait sans conviction, cette étendue de cendres en quête de quelque objet sauvé du brasier. Il songea à regret au plaisir ressenti u nan plus tôt, à la vue des pépites découvertes dans cette même poussière du passé qu’il piétinait. UN an ! Un an tout juste ce soir !!! Et pourquoi la Crezée de Trécilien ne serait pas, cette année encore, leu de célébration du bel hiver !!! Jaouen n’avait plus d’autre bien que son cheval. Il monta en selle, se mit en route pour le pays mystérieux de Brécilien.

     

    Ils traversèrent la campagne du pays Gallo, franchirent vallons et collines. Ils avaient pour compagnons le soleil rasant d’hiver et des airs de violons évoquant quelques balades éperdues au cœur des landes grises.  Aux portes de Brocéliande, malgré la fraicheur du soir, le cheval écumait, son cavalier était fourbu.

     

    Joyeux le cocher des forges de Paimpont chantait l’Angélus. Jaouen abandonna son cheval pour continuer à pied. Après avoir emprunté au garçon d’écurie une lanterne, un seau de fer et quelques vêtements élimés, il salit ses mains à la manière de charbonniers. Ceci fait, il tourna le dos à l’étang des Forges et s’enfonça dans la forêt longeant le ruisseau de Trécilien.

     

    L’air du soir embaumait les arbres mouillés. La petite lanterne convenait fort bien à cette nuit de Noël. De son pas régulier, Jaouen brassait l’épais tapis de feuilles mortes. Parfois son pied butait, râpait sur d’invisibles racines, un gros caillou mouillé. Il suivait le chant discret du ruisseau pensant l’avoir perdu ... Pour le retrouver  plus loin grâce au son clair d’une courte cascade. Il erra un temps infini en quête d’une lueur, l’éclair d’un brasier. Il s’arrêtait souvent, l’oreille tendue avec l’espoir de quelques chants diffus, de musiques étranges ...

    Mais il n’y avait rien à entendre. Rien d’autre que les bruits de la nuit, si familiers aux charbonniers. Rien de plus que l’impact clairsemé des larmes de pluie suspendues aux arbres tombant au sol.

    Au cœur de cette incertaine veillée de Noël, une église  lointaine invitait à la messe de minuit.

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           Pour qui cherche le merveilleux, se perdre en Brécilien, c’est trouver son chemin. Et comment mieux  se perdre qu’à voir surgir un grand cerf monté par un elfe légère, agrippée à ses bois ... Et l’improbable équipage de disparaître dans les taillis suivi d’un lièvre portant sur son dos un individu étrange, pipe au bec, coiffé d’un haut de forme à grelots.

    - Dépêchons-nous ! Dépêchons-nous ! rouspétait ce dernier, les réjouissances auront débuté sans nous.

     

    En trois bonds tous disparurent dans une même direction. Jaouen n’eut pas le temps de s’étonner. Il s’empressa de les suivre guidé par les bruissements qu’il percevait encore et au chant clair du grelot. Bientôt, il perçut des notes de  musique. Des notes lumineuses. Elles venaient à lui, errant dans l’air du soir. Elles flottaient dispersées. Elles étaient cent. Elles étaient mille à virevolter comme autant de lucioles dorées dans la ramure invisible des arbres. Et plus Jaouen approchait, plus les notes suspendues illuminaient la nuit. Il marchait au cœur de mélodies légères et les sylphes et les nymphes marchaient dans ses pas. Il entra dans la clairière comme dans un rêve retrouvé. Au centre, un  brasier s’élevait en une large colonne de feu. Des flammes de toutes les couleurs jaillissaient et les rondes des danseurs évoquaient un théâtre d’ombres révélant les silhouettes de créatures fantastiques.

     

    Son chapeau malmené entre les mains. Jaouen s’avança non sans crainte. Il fut tout de suite emporté dans une farandole, puis par une autre. Personne ne paraissait tenir compte de sa condition d’humain. Il passait de main en main. On lui saisissait le bras. Tournicoter dans un sens ... Virer de l’autre.

     

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      Les gigues endiablées se succédaient sans que Jaouen ne puisse s’en extraire. Il était pareil à l’imprudent tombé dans la mer du haut des falaises, prisonnier de tourbillons d’eaux écumantes, balayé sans fin par des vagues déferlante sur la côte. Lui, Jaouen, n’allait pas se noyer, juste mourir d’épuisement. Combien de malheureux avaient ainsi péri de s’être aventuré en terre magique, condamnés à danser jusqu’au chant du coq noir. Au coq gris disparaissait la folle compagnie, au chant clair du coq blanc, le téméraire gisait sans vie.

    Jaouen chancelait, ses jambes fléchissaient ... Il y eut soudain une grande clameur.

     

    Le Dieu des chênes venait de paraître. Majestueux. L’être de bois vint prendre place face au foyer. Et comme il esquissait le geste de s’asseoir, sur un trône invisible, de son corps d’écorce sèche grandirent branches et racines allant s’ancrer dans le sol formant ainsi un trône végétal digne d’un roi. L’énorme tête noueuse toisa l’assemblée féerique et malgré une absence apparente d’yeux elle exprimait une grande satisfaction du bon déroulement des festivités. La clameur redoubla d’intensité avant de retomber d’un coup. Le Dieu des chênes venait de remarquer la présence de Jaouen il le fit venir à lui.

    - Encore toi, donc !

     

    Le souffle court, Jaouen balbutiait. Les pieds en dedans, le regard baissé, il se montrait confus de cette nouvelle intrusion, justifiant à nouveau sa présence inopportune par un manque d’attention à l’égard de sa fouée. Cette nuit encore, le mauvais sort l’avait désigné pour veiller la meule de bois. Cette nuit encore, il s’était endormi ... Au réveil, la meule ne fumait plus. Si par bonté, il avait pu profiter de quelques tisons ardents ... Sept ou huit ... Peut-être une dizaine. Le temps était si humide.

     

    - Une douzaine de bonnes braises ne seraient pas de trop ? Le feu aurait ainsi toutes ses chances de reprendre au plus vite ? Sans vouloir abuser. J’ai avec moi un baquet de fer d’une bonne contenance.

    - Ainsi, donc ta fouée s’est à nouveau éteinte. Tu fais un piètre charbonnier ... Et bien soit, pique dans le feu charbonnier, Pique dans le feu et tire les bûches que tu veux ...

     

    Déjà, Jaouen avait en main, un tisonnier qu’il planta vivement dans le rondin le plus proche. Et le Dieu des chênes d’ajouter comme une sentence ....

    - Nous verrons si tu dis vrai ?

     

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    Jaouen crut vaciller ... Il se ressaisit et sortit un premier tison du feu. Il jeta celui-ci dans son baquet de fer puis en tira un second rejoignant le premier. Lorsqu’il pique le troisième ... Lorsqu’il piqua le troisième ..., il tenta vainement de le ramener à lui ... Rien n’y faisait ! Jaouen s’arc-boutait, tirant de toutes ses forces tant qu’il pouvait ! Par quelques mauvais sorts la pièce rougeoyante ne bougeait plus. La chaleur du foyer devenait insupportable. Elle lui chauffait la face, le brûlait au point qu’il voulut lâcher le pique, fiché dans la bûche incandescente, mais ses mains, ses deux mains semblaient rivées au tisonnier ! Des flammes commençaient à lécher le métal  chauffé ... Autour du brasier, l’ensemble des peuples de la forêt  dansait, sautait en de larges cercles, emporté par la folle musique où se mêlaient trompes et cornes, lyres et bombardes, violes et balafons  et personne n’entendit Jaouen, tant la clameur festive était grande.

     

    Au matin une brume diaphane couvrait la Crezée de Trécélien. En son cercle subsidiait un cercle de cendres fumantes. Un peu à l’écart, dans une herbe mille fois foulée, un vieux seau versait sur le côté. Son contenu, quelques morceaux de bois, finissaient de s’y consumer.

     

    Une légende rapporte qu’à cet endroit, un chêne a poussé. Il a grandi, il s’est épanoui, au milieu de la Crezée de Trécélien.

     

    La vérité est tout autre. Y’en a qui disent avoir vu au plus profond d la forêt, une bien étrange silhouette. Elle hante depuis des siècles les sous-bois de Brocéliande.

     

    Certains évoquent une créature longue effilée, pareille à un homme, si ce n’est sa peau pareille à l’écorce des arbres, noueuse, crevassée. Ses bras et ses cheveux évoqueraient de longues branches tortueuses. Cet être mystérieux rôde erre et se lamente doucement. Si on ne le voit pas, on peut l’entendre, on peut l’entendre au son creux d’un baquet de fer qu’il traîne avec lui. Chaque fois qu’il heurte une racine, un  rocher le bruit se propage et résonne bien loin dans la forêt.

     © Le Vaillant Martial

     

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 17 Novembre 2016 à 14:04

    On ne s'en lasse pas de ces histoires ..toujours de belles leçons de vie 

    Merci à toi 

    2
    Jeudi 17 Novembre 2016 à 17:14

    Merci ô fidèle, lectrice .... Bonne continuation

    3
    Jeudi 17 Novembre 2016 à 17:54

    Il est un peu trop tôt pour aller dormir et rêver wink2

    mais j'ai apprécié la lecture du soir !

    bonne soirée Martial

    4
    Jeudi 17 Novembre 2016 à 18:20

    Truagez dit, novezh vat, Mitou.

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