• La Ballade de l'Ankou

    Vieux et jeunes, suivez mon conseil. - Vous mettre sur vos gardes est mon dessein ; - Car le trépas approche, chaque jour, - Aussi bien pour l’un que pour l’autre.

    - Qui es-tu ? dit Adam,
    - À te voir j’ai frayeur.- Terriblement tu es maigre et défait ;
    - Il n’y a pas une once de viande sur tes os !
    - C’est moi l’Ankou, camarade !
     - (C’est moi) qui planterai ma lance dans ton cœur ;
    - Moi, qui te ferai le sang aussi froid - Que le fer ou la pierre !
    - Je suis riche en ce monde ; - Des biens, j’en ai à foison ; - Et si tu veux m’épargner, - Je t’en donnerai tant que tu voudras.
    - Si je voulais écouter les gens, - Accepter d’eux un tribut, - (Ne fût-ce) qu’un demi-denier par personne, -Je serais opulent en richesses !

     

    Mais je n’accepterai pas une épingle, - Et je ne ferai grâce à nul chrétien, -Car, ni à Jésus, ni à la Vierge, - Je n’ai fait grâce même.
    Autrefois, les « pères anciens [i] » - Restaient neuf cents ans sur la brèche. - Et cependant, vois, ils sont morts, - Jusqu’au dernier, voici longtemps !
    Monseigneur saint Jean, l’ami de Dieu ; - Son père Jacob, qui le fut aussi ; - Moïse, pur et souverain ; - Tous, je les ai touchés de ma verge.
    Pape ni cardinal je n’épargnerai ; - Des rois, (je n’en épargnerai) pas un, - Pas un roi, pas une reine, - Ni leurs princes, ni leurs princesses.
    (Je n’épargnerai) archevêque, évêque, ni prêtres, - Nobles gentilshommes ni bourgeois, - Artisans ni marchands, - Ni pareillement, les laboureurs.
    Il y a des jeunes gens de par le monde, - Qui se croient nerveux et agiles ; - Si je me rencontrais avec eux, - Ils me proposeraient la lutte.
    Mais, ne t’y trompe point, l’ami ! - Je suis ton plus proche compagnon, --Celui qui est à ton côté, nuit et jour, - N’attendant que l’ordre de Dieu.

    N’attendant que l’ordre du Père Éternel !… Pauvre pécheur, je te viens appeler. - C’est moi l’Ankou, dont on ne se rachète point. - Qui se promène invisible à travers le monde ! - Du haut du Ménez, d’un seul coup de fusil, - Je tue cinq mille (hommes) en un tas !

     

    (Chanté par Laur ar Junter. - Port-Blanc, août 1891.)

    © Le Vaillant Martial



    [i] Les patriarches. 

    « Il n'est pas bon de simuler la mortL'Habit ne fait pas le Korrigan »

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