• Les deux tailleurs et les Korrigans

       Deux tailleurs avaient ouvert leurs ateliers dans la même rue. Bien que concurrents, ils vivaient en bonne intelligence, sans vraiment se fréquenter, se contentant quand ils se croisaient de se saluer et d’échanger quelques mots. Ils tiraient l’aiguille tout le jour et parfois une partie de la nuit, s’usant les yeux  sans jamais rechigner à la besogne.

       Aucune fille dans le pays n’avait voulu, même les plus laides, les plus pauvres, les plus stupides (  J c’est vous dire ...), et ils avaient été contraints de rester célibataires. Ils ne représentaient pour aucune le beau parti auquel elles aspiraient.

       Il est vrai qu’ils n’exerçaient qu’un modeste métier, qu’ils n’étaient ni vraiment riches ni vraiment beaux et qu’ils souffraient en plus de la même difformité, tous les deux étaient bossus.

       Quand l’un ou l’autre marchait dans la rue, il était confronté à la méchanceté des passants, surtout à celle des enfants qui se retournaient en riant et lançaient parfois des quolibets.

       Que fallait-il faire ? Disparaître en emportant sa difformité. Se cacher. Ne plus exister, devenir transparent tout en continuant à travailler. L’idéal eût été d’être utile, efficace, mais de ne pas se montrer.

       Les deux tailleurs n’avaient pas d’amis, leurs bosses faisaient peur. Ils auraient pu se fréquenter et se comporter comme des frères, puisqu’ils se ressemblaient. Mais ils s’y refusaient. Un bossu se promenant tout seul ne passait jamais inaperçu. À deux, il  leur semblait que tout serai plus compliqué. Et puis voir l’autre envoyait à sa propre image, à sa propre bosse, à sa propre souffrance.

    Chacun préférait donc éviter son double et se recroqueviller dans sa solitude.

       Heureusement les deux bossus exerçaient un métier qu’ils aimaient. Et comme ils ne pratiquaient pas de tarifs trop élevés, chacun avait une clientèle fidèle. L’un se prénommait Ronan et l’autre Tudal.

       Le premier était toujours souriant. Quand il était seul dans son atelier, on l’entendait chanter de la rue. Il  aimait plaisanter avec ses clients et leur raconter des histoires qui les amusaient. Il se montrait parfois généreux avec les plus modestes en leur accordant une petite ristourne, et s’arrangeant ensuite pour se rattraper sur ceux qui étaient moins regardants sur les prix.

       Tual, quant à lui, était un homme aigri et au visage fermé. Il ne faisait jamais preuve de la moindre générosité avec personne. Il aimait tant l’argent qu’il n’hésitait pas à voler ses clients dès qu’il le pouvait. Son habilité était si grande qu’aucun ne s’en rendait compte.

       Une nuit d’été, Ronan rentrait d’un bourg voisin, où il était allé livrer un costume de noce confectionné pour le fils d’un fermier. Le vêtement avait plu au garçon et ses parents satisfaits avaient aussitôt payé le tailleur.

    C’était la pleine lune. Ronan était fatigué, mais heureux. Il marchait lentement, profitant de la douceur de la nuit, et traversait une vaste lande où se dressait une succession de menhirs.

     Soudain, il perçut de petites voix fluettes. Intrigué, il s’approcha et vit un groupe de korrigans[1] qui chantaient et dansaient gaiement autour d’un feu, en répétant le même refrain

    Lundi, mardi, mercredi,
    Lundi, mardi, mercredi ...

     

       Caché derrière un menhir, il les observa un moment, en veillant à ne pas être vu. Puis il revint sur ces pas afin de s’éloigner des danseurs et de pouvoir les contourner à distance. Il craignait, s’ils le repéraient d’être entrainé dans leur ronde folle et contraint, comme dans les contes de son enfance de tourner avec eux jusqu’au petit matin. Mais il posa son pied par mégarde sur une branche de bois mort. Le craquement alerta les korrigans. Ils interrompirent leur danse et crièrent :

     

    Lundi, mardi, mercredi,
    Lundi, mardi, mercredi ...

     

       Au bout d’un moment, il fut las de répéter toujours les mêmes paroles.

     - Votre chanson est trop courte, elle ne comprend que trois mots, leur fit-il remarquer.

    - C’est que nous ne dansons que les trois premiers jours de la semaine, expliqua celui qui était leur chef.

    - Il faudrait inventer d’autres paroles.

    - Nous n’avons pas beaucoup d’imagination.

    - Moi j’ai une idée.

    - Alors, dis-là, nous vite !

     Ronan hésita et se mit à chanter

     

    Jeudi, vendredi, samedi

     

    Puis il ajouta :

    - Comme ça, vous pourrez danser trois jours de plus

    - Bravo ! crièrent les korrigans avec enthousiasme.

    - Et en plus, les paroles rythment avec les nôtres, se réjouit le chef.

    Ronan dansa et chanta avec le nouveau refrain :

     Lundi, mardi, mercredi
    Jeudi, vendredi, samedi
    Lundi, mardi, mercredi
    Jeudi, vendredi, samedi

        Au bout de la nuit, les korrigans s’arrêtèrent enfin.

    - Tu mérites une récompense pour avoir enrichi notre chanson, décida le chef, que désires-tu ?

    - Je ne sais pas ...

    - Eh bien, je te propose de choisir entre un sac rempli d’or et la suppression de ta bosse.

     Le bossu sourit.

    - S’il est possible de la supprimer, je choisis sans hésiter de m’en débarrasser !

      Au signal du chef, les korrigans saisirent Ronan et le jetèrent en l’air plusieurs fois en le faisant tourner. Quand ils le reposèrent dans l’herbe, il était un brin étourdi mais droit comme un I. Il passa ses mains dans son dos et constata qu’il avait bien perdu sa bosse.

    - C’est le plus beau cadeau qu’on m’aura jamais fait, dit-il avant de remercier les korrigans.

       Et il s’en fut, heureux, tandis que l’orient rougissait. Il rentra chez lui et se coucha. Ce jour-là son atelier resta fermé.

    Le lendemain, il rencontra Tudal qui ne cacha pas sa surprise.

    - J’ai l’impression que tu as grandi. Et ta bosse, qu’en as-tu fait ?

    - De quoi parles-tu ? je n’ai jamais été bossu ?

    - Cesse de plaisanter, tu avais encore une bosse, la dernière fois que je t’ai aperçu. Aurais-tu fais un pacte avec le Diable pour qu’il t’en débarrasse ?

     Ronan raconta sa rencontre avec les korrigans, et la nuit passé en leur compagnie.

    - « Je vais aller le voir, se dit Tudal, mais je serais moins sot que lui, je choisirai le sac rempli d’or. »

     Il attendit la nuit. La lune se leva et il se rendit sur la lande. Les korrigans étaient là. Il s’approcha d’eux sans hésiter.

    - Joins-toi à nous, crièrent-ils en l’encerclant.

     Il accepta et chanta :

    Lundi, mardi, mercredi
    Jeudi, vendredi, samedi
    Lundi, mardi, mercredi
    Jeudi, vendredi, samedi

     Très vite, il les interrompit pour leur dire :

    - Votre chanson est un peu courte. Il faudrait la rallonger.

    - Peux-tu ajouter quelques paroles ? demanda le chef des korrigans.

    - Oui

    - Elles doivent obligatoirement rimer avec les autres

    - Très bien !

     Tudal réfléchit et proposa quatre mots qu’il chanta :

    Et puis aussi manchedi

     

       Une partie des korrigans ne comprit pas. Mais l’essentiel était que le vers rimât avec le reste de la chanson. Ils applaudirent et se remirent à danser et à chanter :

    Lundi, mardi, mercredi
    Jeudi, vendredi, samedi
    Et puis aussi manchedi

     Lundi, mardi, mercredi
    Jeudi, vendredi, samedi
    Et puis aussi manchedi

     

       Le jour finit par poindre. Le chef des korrigans donna l’ordre de s’arrêter et dit :

     - La nuit dernière, nous avons récompensé un autre bossu en lui proposant de choisir entre richesse et beauté. Il a eu la sagesse d’opter pour la beauté. Et toi que veux-tu ?

    - Eh bien, je choisis de prendre ce que l’autre a laissé, ‘empressa de répondre Tudal.

        Les korrigans l’attrapèrent et le jetèrent au-dessus d’eaux en lui faisant faire des pirouettes. Quand ils le reposèrent, il était tout étourdi et avait deux bosses : la sienne et celle de Ronan.

        C’est ainsi que Tudal fut puni pour ne pas avoir pris le temps de s’exprimer plus clairement. Et il rentra chez lui sans or, bossu par devant et bossu par derrière.

    © Le Vaillant Martial



    [1] Nains dans la tradition Bretonne. Bienveillants ou malveillants, ils peuvent faire preuve d’une grande générosité, mais sont aussi capable d’horribles vengeances. 

     


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  • La pierre qui brûlait

       Cette année-là, l’hiver semblait s‘être invité plusieurs semaines en avance. La neige s’était mise à tomber sans discontinuer depuis des jours sur le petit village de Pierre-Fendre. Un blizzard glacial soufflait en violentes rafales dans les rues désertes. Les rares habitants qui osaient sortir par ce temps se hâtaient vers leur destination, craignant autant le froid mordant que les loups poussés par la faim, descendaient de plus en plus souvent de la forêt et s’enhardissaient jusqu’aux premières maisons du village à la tombée de la nuit ...
     

       Planté sur un piton rocheux comme une vaillante sentinelle, un vieux château fort surgissait de la cime des sapins enneigés et surplombait le village. Nous n’étions qu’à quelques jours de Noël et en cette occasion particulière, comme chaque année, le seigneur des lieux ouvrait toutes grandes les portes de son château pour accueillir les villageois à sa table. Les cuisines de la vieille bâtisse étaient le théâtre d’une joyeuse effervescence.

      Une armée de cuistots, de marmitons, de valets et autres tournebroches s’affairaient aux préparatifs du somptueux festin qui se déroulerait dans quelques jours ... Sur  les immenses tables s’entassaient déjà d’impressionnants pâtés, de succulentes terrines, des croustades de viande encore fumantes. Des faisans attendaient d’être plumés et le poisson pêché du jour d’être écaillé. Dans une autre partie des cuisines, la bonne odeur du pain cuit s’échappait des fours rougeoyants tandis que les pâtissiers rivalisaient d’adresse pour façonner de vertigineuses pièces montées.

       Un drôle de gamin, véritable feu follet, courait effrontément entre les jambes des gens des cuisines, manquant à tout instant de faire chuter l’un deux ! Le petit rouquin qui répondait au nom de Benoît, avait été recueilli par le seigneur quand ses gens d’armes avaient découvert les parents de l’enfant morts, égorgés par les loups dans la petite ferme qu’ils habitaient à l’immense forêt.

       L’enfant n’avait dû son salut qu’à la présence d’esprit de sa pauvre mère qui, au moment de l’attaque, eut le temps de le cacher dans un gros chaudron qui pendait au fond de la cheminée ... Les soldats trouvèrent le poupon sain et sauf, braillant comme un beau diable au fond de la marmite. Était-ce pour cela ? Nul ne le sait, mais, quand il fut en âge de quitter le giron de sa nourrice, le seigneur le colla comme aide à tout faire aux cuisines !... Et ma foi, s’il n’était pas bien grand, ni très costaud, il faisait de son mieux pour s’acquitter de sa tâche. Tant et si bien qu’à force de petits services rendus à l’un ou à l’autre, les gens des cuisines avaient fini par adopter ce « petit lutin » comme ils l’appelaient.

     

       Le lendemain trouva Benoît en pleine corvée de bois en compagnie des bûcherons du château au cœur de la forêt. Les robustes gaillards s’échinaient sur les troncs tandis que l’enfant confectionnait des fagots de ramilles et de bois mort. Il était à son ouvrage au pied d’un grand chêne quand il entendit une petite voix qui l’appelait. Il eut beau regarder de tous côtés, et chercher son origine, il ne vit personne ...

    - Lève le nez, petit d’homme ! entendit-il ! Il s’exécuta et découvrit juché sur une branche, un homme minuscule qui le fixait. Il fut tellement étonné qu’il partit à la renverse et se retrouva le derrière dans la neige. L’autre éclata d’un rire de crécelle ! Une fois la surprise passée, l’humeur de Benoît balançait entre colère et gène. Se relevant en prenant bien garde de ne pas rechuter, l’enfant toisa la petite créature.

    - Que veux-tu, petit bout d’homme ? lança Benoît de la voix la plus assurée qu’il pouvait.

    L’autre, nullement impressionnée, sauta de branche en branche et se planta devant le gosse.

    - Je ne suis pas homme, mais Korrigan ! s’exclama –t-il fièrement au nez de Benoît, et les détruisent nos demeures !...

    Devant la mine incrédule de l’enfant, le Korrigan s’expliqua :

    - Nous vivons sous les racines des arbres dans les cavernes, et en cognant comme des sourds contre les troncs, ceux qui t’accompagnent font s’écrouler la terre et la pierre sur nos têtes. !...

    - Mais nous ne savions même pas que vous existiez ! rétorqua Benoît en guise d’excuse. Le froid est si pénible qu’il faut beaucoup de bois pour ceux du village ...

    - Peut-être, concéda le Korrigan, en attendant, nombre de nos demeures sont détruites et si cela continue, il  nous faudra quitter cette forêt qui nous a accueillis bien avant que ceux de ta race n’envahissent la contrée !...

    Devant le désarroi de l’enfant, le Korrigan se calma, sembla réfléchir, et lui dit :

    - Nous autres du petit peuple n’avons jamais eu ce problème de bois pour nous chauffer ... car nous avons un grand secret !

    - Benoît était accroché à ses lèvres et attendait qu’il poursuive quand ils entendirent les bûcherons qui l’appelaient. 

    - Il est temps pour toi de partir, jeune humain ! je vais parler à l’Ancien, le roi de mon peuple. Ce soir à la nuit tombée, si tu peux venir jusqu’ici, je t’attendrai.

     

        Sur ces mots, le Korrigan disparut et Benoît, encore sous le coup de sa mésaventure, alla rejoindre les bûcherons. Dans l’air gelé de cette fin d’après-midi, les hommes épuisés et les charrettes croulantes de bois prirent la direction du château. De retour eux cuisines, l’enfant assis sur un tabouret à même l’âtre de la cheminée, contemplait les flammes dansantes qui dévoraient les grosses bûches de chêne. Il n’avait pipé mot à personne de ce qu’il venait de vivre. Malgré la douce chaleur du feu, l’idée d’affronter la nuit polaire mais surtout la menace des loups, lui glaçait littéralement le sang ! Finalement, s’emmitouflant du mieux qu’il pouvait, il sortit du château sans se faire remarquer et s’enfonça dans la nuit.

     

       Benoît avançait avec peine dans l’épaisse couche de neige qui avait recouvert le chemin. Il pénétra enfin dans la forêt qui semblait encore plus sinistre par cette nuit sans lune. Les arbres dénudés étaient comme autant de monstres effrayants qui se dressaient sur sa route. Soudain dominant les mugissements des bourrasques de neige qui lui cinglaient le visage et les rafales de vent, il entendit un hurlement terrifiant !

       Les loups, Ô Marie mère de Dieu, non, pas eux ! Songea-t-il, au comble de la terreur ; Surmontant la peur qui menaçait de le paralyser, il redoubla d’efforts pour avancer dans cette neige qui s’ingéniait à le ralentir. Il arriva enfin au vieux chêne mais le korrigan n’était pas là ! Il maudissait le lutin de l’avoir entrainé dans cette histoire !

       Que vais-je faire ? se dit l’enfant, au comble du désespoir. Les hurlements se rapprochaient. Sans nul doute, les loups avaient flairé son odeur. Les premières branches étaient bien trop hautes pour l’enfant et, faute de mieux, il se résigna et se blottit contre l’arbre, entre ses grosses racines.

       Le froid glacial l’engourdissait. Il était transi de la tête aux pieds et commençait à ne plus sentir le bout de son nez. Il avait dû s’assoupir quand une longue plainte lugubre le sortit de sa torpeur !  C’était la fin, les loups l’avaient trouvé et l’entouraient de toutes parts. Mais comme il attendait, terrifié, l’attaque ne vint pas, il réalisa subitement que les loups étaient assis ou couchés et faisaient cercle autour de lui en l’observant avec intensité.

    Au comble de l’étonnement, il entendit soudain l’un des loups s’exclamer :

    - Alors bout d’homme, tu es venu dans la nuiteuse et cela malgré la froidure !? C’est bien tu es très courageux ! 

       Devant un tel phénomène, il en resta muet de stupéfaction ! C’est alors qu’il aperçut, pointant entre les oreilles d’un énorme loup gris, le museau goguenard du Korrigan ! Le lutin sauta de sa monture et s’approcha du garçon. Montrant les loups le Korrigan expliqua :

    - Ce sont des amis, tu n’as rien à craindre de leur part ! J’avais peur que tu te perdes dans cette tourmente, et je les appelés pour qu’ils te suivent à la trace ...

     

       Planté sur un piton rocheux comme une vaillante sentinelle, un vieux château fort surgissait de la cime des sapins enneigés et surplombait le village. Nous n’étions qu’à quelques jours de Noël et en cette occasion particulière, comme chaque année, le seigneur des lieux ouvrait toutes grandes les portes de son château pour accueillir les villageois à sa table. Les cuisines de la vieille bâtisse étaient le théâtre d’une joyeuse effervescence.

       Une armée de cuistots, de marmitons, de valets et autres tournebroches s’affairaient aux préparatifs du somptueux festin qui se déroulerait dans quelques jours ... Sur  les immenses tables s’entassaient déjà d’impressionnants pâtés, de succulentes terrines, des croustades de viande encore fumantes. Des faisans attendaient d’être plumés et le poisson pêché du jour d’être écaillé. Dans une autre partie des cuisines, la bonne odeur du pain cuit s’échappait des fours rougeoyants tandis que les pâtissiers rivalisaient d’adresse pour façonner de vertigineuses pièces montées.

       Un drôle de gamin, véritable feu follet, courait effrontément entre les jambes des gens des cuisines, manquant à tout instant de faire chuter l’un deux ! Le petit rouquin qui répondait au nom de Benoît, avait été recueilli par le seigneur quand ses gens d’armes avaient découvert les parents de l’enfant morts, égorgés par les loups dans la petite ferme qu’ils habitaient à l’immense forêt.

       L’enfant n’avait dû son salut qu’à la présence d’esprit de sa pauvre mère qui, au moment de l’attaque, eut le temps de le cacher dans un gros chaudron qui pendait au fond de la cheminée ... Les soldats trouvèrent le poupon sain et sauf, braillant comme un beau diable au fond de la marmite. Était-ce pour cela ? Nul ne le sait, mais, quand il fut en âge de quitter le giron de sa nourrice, le seigneur le colla comme aide à tout faire aux cuisines !... Et ma foi, s’il n’était pas bien grand, ni très costaud, il faisait de son mieux pour s’acquitter de sa tâche. Tant et si bien qu’à force de petits services rendus à l’un ou à l’autre, les gens des cuisines avaient fini par adopter ce « petit lutin » comme ils l’appelaient.

       Le lendemain trouva Benoît en pleine corvée de bois en compagnie des bûcherons du château au cœur de la forêt. Les robustes gaillards s’échinaient sur les troncs tandis que l’enfant confectionnait des fagots de ramilles et de bois mort. Il était à son ouvrage au pied d’un grand chêne quand il entendit une petite voix qui l’appelait. Il eut beau regarder de tous côtés, et chercher son origine, il ne vit personne ...

    - Lève le nez, petit d’homme ! entendit-il ! Il s’exécuta et découvrit juché sur une branche, un homme minuscule qui le fixait. Il fut tellement étonné qu’il partit à la renverse et se retrouva le derrière dans la neige. L’autre éclata d’un rire de crécelle ! Une fois la surprise passée, l’humeur de Benoît balançait entre colère et gène. Se relevant en prenant bien garde de ne pas rechuter, l’enfant toisa la petite créature.

    - Que veux-tu, petit bout d’homme ? lança Benoît de la voix la plus assurée qu’il pouvait.

    L’autre, nullement impressionnée, sauta de branche en branche et se planta devant le gosse.

    - Je ne suis pas homme, mais Korrigan ! s’exclama –t-il fièrement au nez de Benoît, et les détruisent nos demeures !...

    Devant la mine incrédule de l’enfant, le Korrigan s’expliqua :

    - Nous vivons sous les racines des arbres dans les cavernes, et en cognant comme des sourds contre les troncs, ceux qui t’accompagnent font s’écrouler la terre et la pierre sur nos têtes. !...

    - Mais nous ne savions même pas que vous existiez ! rétorqua Benoît en guise d’excuse. Le froid est si pénible qu’il faut beaucoup de bois pour ceux du village ...

    - Peut-être, concéda le Korrigan, en attendant, nombre de nos demeures sont détruites et si cela continue, il  nous faudra quitter cette forêt qui nous a accueillis bien avant que ceux de ta race n’envahissent la contrée !...

    Devant le désarroi de l’enfant, le Korrigan se calma, sembla réfléchir, et lui dit :

    - Nous autres du petit peuple n’avons jamais eu ce problème de bois pour nous chauffer ... car nous avons un grand secret !

    - Benoît était accroché à ses lèvres et attendait qu’il poursuive quand ils entendirent les bûcherons qui l’appelaient. 

    - Il est temps pour toi de partir, jeune humain ! je vais parler à l’Ancien, le roi de mon peuple. Ce soir à la nuit tombée, si tu peux venir jusqu’ici, je t’attendrai.

        Sur ces mots, le Korrigan disparut et Benoît, encore sous le coup de sa mésaventure, alla rejoindre les bûcherons. Dans l’air gelé de cette fin d’après-midi, les hommes épuisés et les charrettes croulantes de bois prirent la direction du château. De retour eux cuisines, l’enfant assis sur un tabouret à même l’âtre de la cheminée, contemplait les flammes dansantes qui dévoraient les grosses bûches de chêne. Il n’avait pipé mot à personne de ce qu’il venait de vivre. Malgré la douce chaleur du feu, l’idée d’affronter la nuit polaire mais surtout la menace des loups, lui glaçait littéralement le sang ! Finalement, s’emmitouflant du mieux qu’il pouvait, il sortit du château sans se faire remarquer et s’enfonça dans la nuit.

        Benoît avançait avec peine dans l’épaisse couche de neige qui avait recouvert le chemin. Il pénétra enfin dans la forêt qui semblait encore plus sinistre par cette nuit sans lune. Les arbres dénudés étaient comme autant de monstres effrayants qui se dressaient sur sa route. Soudain dominant les mugissements des bourrasques de neige qui lui cinglaient le visage et les rafales de vent, il entendit un hurlement terrifiant !

       Les loups, Ô Marie mère de Dieu, non, pas eux ! Songea-t-il, au comble de la terreur ; Surmontant la peur qui menaçait de le paralyser, il redoubla d’efforts pour avancer dans cette neige qui s’ingéniait à le ralentir. Il arriva enfin au vieux chêne mais le korrigan n’était pas là ! Il maudissait le lutin de l’avoir entrainé dans cette histoire !

       Que vais-je faire ? se dit l’enfant, au comble du désespoir. Les hurlements se rapprochaient. Sans nul doute, les loups avaient flairé son odeur. Les premières branches étaient bien trop hautes pour l’enfant et, faute de mieux, il se résigna et se blottit contre l’arbre, entre ses grosses racines.

       Le froid glacial l’engourdissait. Il était transi de la tête aux pieds et commençait à ne plus sentir le bout de son nez. Il avait dû s’assoupir quand une longue plainte lugubre le sortit de sa torpeur !  C’était la fin, les loups l’avaient trouvé et l’entouraient de toutes parts. Mais comme il attendait, terrifié, l’attaque ne vint pas, il réalisa subitement que les loups étaient assis ou couchés et faisaient cercle autour de lui en l’observant avec intensité.

    Au comble de l’étonnement, il entendit soudain l’un des loups s’exclamer :

    - Alors bout d’homme, tu es venu dans la nuiteuse et cela malgré la froidure !? C’est bien tu es très courageux ! 

       Devant un tel phénomène, il en resta muet de stupéfaction ! C’est alors qu’il aperçut, pointant entre les oreilles d’un énorme loup gris, le museau goguenard du Korrigan ! Le lutin sauta de sa monture et s’approcha du garçon. Montrant les loups le Korrigan expliqua :

    - Ce sont des amis, tu n’as rien à craindre de leur part ! J’avais peur que tu te perdes dans cette tourmente, et je les appelés pour qu’ils te suivent à la trace ...

       Sans plus de cérémonie, le Korrigan invita Benoît à le suivre. L’enfant marchait derrière lui, jetant des regards inquiets aux loups qui faisaient escorte. Après une marche harassante dans la neige, ils arrivèrent au pied d’un énorme chaos rocheux. Comme un œil lumineux dans la muraille sombre, une chaude clarté perçait la nuit et indiquait l’entrée d’une grotte.

    - C’est l’entrée de notre royaume ! fit le Korrigan en l’invitant à le suivre. Ils furent joyeusement accueillis par une troupe de Korrigans qui allèrent s’enquérir des loups. Comme de braves chiens, les bêtes féroces remuèrent la queue à la vue des lutins qui avec force caresses, leur prodiguèrent soins et nourriture. L’enfant cheminait à la suite du Korrigan, émerveillé par toutes les choses qui s’offraient à ses yeux. Ils passèrent ainsi de couloirs en vastes salles éclairées de mille lampions jusqu’à une grande caverne  où, en son centre, sur un imposant trône de bois et d’or ciselé, siégeait un Korrigan qui paraissait sans âge.

    - Je te présente, Artémus Brimbolion, notre bon roi sous la terre ! fit le Korrigan, très protocolaire.

       L’enfant qui ne savait trop quelle attitude adopter, risqua une révérence assez pitoyable devant le roi du petit peuple, mais ce témoignage de respect sembla contenter le vieillard qui l’invita à s’assoir et s’adressa à lui.

    - Jeune humain, si te fait mander, c’est pour te parler. Nous comprenons que les tiens aient besoin de bois pour se chauffer, mais s’ils continuent à couper les arbres en détruisant notre monde d’en dessous, nous serons contraints de disparaître. J’ai donc pris la décision de te confier un grand secret !.....

        Le roi des Korrigans fit un signe et on lui apporta un panier. À l’intérieur, il se trouvait un tas de cailloux qui, à part le fait qu’ils étaient noirs comme suie, semblaient très ordinaires.

    - Voici la solution pour nos deux peuples ! fit le souverain. Mais devant la mine incrédule du gamin, le roi laissa échapper un rire. Tu es bien comme ceux de ton peuple ! Vous vivez dans l’ignorance des merveilles qui vous entourent ! Mais toit, au moins, tu as l’excuse de ton jeune âge ! 

    Il jeta alors l’une des grosses pierres noire dans une coupe remplie de braises rougeoyantes et celle-ci s’enflamma comme par magie !

    - Quel est ce prodige !? s’exclama l’enfant, vous savez donc faire brûler les cailloux !

        A ces mots, tous les Korrigans présents partirent d’un bel éclat de rire, laissant Benoît confus et honteux de ne pas comprendre la cause de cette hilarité générale. Sur un signe d’apaisement du roi, les rires se calmèrent.

    - Nom, jeune humain, nous n’avons pas ce pouvoir, mais cette roche est très particulière. Il s’en trouve partout sous la terre, en vastes gisements. Nous l’appelons « charbon », et si tu acceptes de nous aider, nous t’indiquerons les endroits où il y en a en quantité. 

    - Vous aidez, je veux bien mais comment ? interrogea l’enfant. 

    - Sois notre porte-parole auprès de ceux de ton peuple ! Persuade-les de ne plus couper d’arbres et de nous laisser en paix ! 

    - Je vous promets de faire tout mon possible pour convaincre les miens mais je ne sais pas s’ils me croiront !? 

    - Va à présent, retourne vers les tiens, et fais de ton mieux pour nous aider ! 

     

       Arrivé à l’entrée de la caverne, le petit Benoît contempla un bien étrange spectacle. Un traîneau de belle taille, chargé d’énormes sacs de charbon, l’attendait dans la neige. Mais le plus extraordinaire était son attelage, composé de gigantesques sangliers sauvages cependant aussi placides que des bœufs !...

    - C’est un cadeau de notre roi, avec tout ce charbon, les tiens pourront se chauffer aussi bien qu’avec des bûches ! Je vais te conduire vers eux. Tiens prends ceci, fit son petit guide en lui remettant un parchemin. Sur cette carte sont indiqués d’une croix plusieurs gisements de minerai de charbon. Au lieu de cogner sur les arbres, les tiens pourront toujours se cacher l’échine dans les mines ! plaisanta le Korrigan, et du moins nous laisseront ils en paix.

       Le voyage de retour vers le château se passa comme un charme, tant le Korrigan semblait connaître chaque pouce de la forêt, chaque piège du chemin, et menait son attelage de main de maître. Devant les sentinelles médusées, l’incroyable équipage franchit le pont-levis à tombeau ouvert et s’arrêta dans une gerbe de neige au milieu de la cour pavée. À peine le temps de décharger les sacs, et l’étrange attelage s’en fut, emmené par le Korrigan qui hurlait comme un petit diable, juché sur l’échine du sanglier de tête.

       Le jeune garçon fut emmené devant le seigneur qui écouta patiemment son histoire et fut bien obligé de le croire devant le merveilleux prodige de ces pierres qui brûlaient. Une fois qu’il eut longuement observé la carte et le spectacle des surprenantes pierres noires, il s’exclama :

    - Benoît mon enfant, je ne doute plus à présent que ce fut une bonne fée qui te mit sur notre route ! Demande-moi ce que tu veux et tu l’auras ! 

    Benoît ne voulait rien pour lui, trop heureux d’être fêté en héros, mais fit deux souhaits :

    - Seigneur, bon maître, je voudrais que tous les habitants de Pierre-Fendre aient leur comptant de charbon pour l’hiver et que l’on charge un plein traineau de nourriture pour demain.

     

       Le brave seigneur accepta de bon cœur et le lendemain l’enfant partit en traineau en direction de la forêt. Personne ne l’accompagnait comme il l’avait souhaité. Quand il revint au château, trois jours avaient passé et nous étions la veille de Noël. Il y avait dans l’air un je ne sais quoi de particulier. Les villageois étaient en cette veille de nativité, tout disposés à croire aux miracles ! Tout compte fait, cet hiver ne serait pas si rigoureux que cela, et tant pis si les anges du ciel s’appelaient en fait : farfadets ou Korrigans, du moment que les cheminées du château et des chaumières fumaient joyeusement grâce aux mystérieuses pierres noires.
     

       Et comme dans toutes les belles histoires, le temps passa sans s’en faire ... Benoît devint un homme sage et respecté entre tous. Il avait le don de guérir les maladies et d’être aimé des bêtes sauvages. Il connaissait les secrets du temps, et pouvait à l’envie appeler le soleil comme la pluie. Il apprit aux humains et aux Korrigans à se respecter les uns les autres. Il était venu, comme une belle étoile, un certain soir de Noël, sceller l’amitié entre deux peuples et jamais personne ne trouva à s’en plaindre.

     

    © Le Vaillant Martial

     

     


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  • La légende du Hopper Noz « Le Crieur de Nuit »

     


     

       C’est le crépuscule. Tu trembles ?... Tu as peur ? Tu as bien raison !!! Telle la flamme vacillante d’un feu de bois sur le point de s’éteindre, le jour se meurt ... doucement, tout doucement. Et si au feu succède la braise rougie, encore source de chaleur, au crépuscule rien ne succède. Rien que la nuit froide. La nuit et son cortège de monstres grimaçants et de fantômes lugubres et autres feux follets facétieux. Chair de poule et claquement de dents.

       Malheur à toi, jeune inconsciente(e), si d’aventure, à la tombée du jour tu devais t’attarder près des falaises !!! Ce n’est assurément pas un endroit où se perdre. En toute hâte, regagne ta demeure si douillette. Dans cette fuite affolée, garde toi d’effleurer l’herbe d’oubli. Il t’en a été conté plus haut les méfaits. Allons file !... Ne te retourne pas ; Cours ! Cours vite te réfugier dans les jupons de ta mère


     

       Une fois arrivé, vérifie que l’on ferme la porte sur toi, à double tour, et surtout ... surtout ne remets plus le nez dehors, avant le matin suivant. Parce qu’à la nuit tombée, au dehors, jamais très loin, il est là, il  rode dans l’obscurité c’est ... le Hopper-Noz, le Houpoux, le « Crieur de Nuit ». Tu frissonnes un peu plus !... Et tu n’as pas tort.

       Écoutez... écoutez bien. Tendez l’oreille. Ce n’est pas la tempête qui hurle sur la lande désolée, non ... ce n’est pas la tempête, pas plus que la chouette effraie.


       C’est ... c’était il y a fort longtemps. Vos pères et vos mères n’étaient pas encore nés. C’est dire, si l‘on sait leur grand âge !!!

       C’était ... bien avant le règne des gommes. L’aube du monde. Au nord, il y avait quatre îles. Quatre îles perdues dans une étendue de brume et de glace. Océan de nulle part. De ces îles mystérieuses, un jour, sont arrivés les Dieux celtes oubliés, ceux-là même qui peuplèrent la verte Erin. Ainsi autrefois appelait-t-on la terre d’Irlande.

       De très anciennes paroles évoquent cette époque comme étant celle du règne des elfes. Les elfes, ces êtres merveilleux pourvus de grandes oreilles pointues. Certes nul n’est parfait.


     

       En ce temps-là, les elfes se composaient de communautés nombreuses et variées. Il y avait ... ceux qui aimaient à gambader au plus profond des bois et des forêts. Ils parlaient le langage des animaux, celui des arbres, des herbes folles. Jamais bien loin se trouvaient leurs voisins les elfes de la plaine. La tête couronnée de fleurs parfumées, ils dansaient, sautillaient des journées entières dans les prés, au milieu de nuées d’oiseaux.

       A barboter dans les torrents, les lacs et les étangs, tout autant qu’au fond des mers, on trouvait ceux de l’eau.

    N’oublions pas les Elfes gris, compagnons de la lune et des animaux nocturnes.

    Les Elfes noirs, originaire des racines du vieil arbre soutenant le monde.

    Les sibyllins elfes clairs, maîtres des vents ... Et combien d’autres encore.

       Tous, tous sans distinction, reçurent des anciens dieux l’initiation aux arts et au savoir. Très vite, chacun de ces peuples mit à profit ces riches enseignements pour développer une civilisation brillante et florissante. Musique, poésie, peinture et conversations savantes étaient leur usage quotidien. Les elfes en virent à effleurer la perfection. À tel point que .....

       « Mon dieu, mon dieu !... se dirent les Dieux, qu’avons-nous fait là)? Ces êtres aux oreilles pointues et à la beauté sans pareil sont de trop bons élèves. À si bien  maîtriser nos enseignements, ils font finir par nous égaler... Pire encore ... Ils vont finir par nous dépasser !!! »

        Non, non, non ... Il suffisait. Les Dieux en haut, les Elfes en bas. Chacun de son toit, chacun son chez soi. L’idée qu’ils ne puissent avoir des égaux, voir des rivaux, déplut tant aux Dieux qu’ils décidèrent de détruire ce qu’ils avaient mis en œuvre. Et c’est ainsi qu’ils provoquèrent la discorde, puis le chaos ...Le chaos au cœur du peuple elfique. Il ne fallut pas longtemps pour que l’ensemble des communautés en vienne à se livrer une bataille sans merci. Elle eut pour nom « La batailles des cents »

       Un conteur sans âge, dont les poils de barbe sont autant de récits sur lesquels il faut tirer, rapporte de ses errances imaginaires le souvenir de ce conflit  terrible.

       « Une lutte qui vit s’affronter les peules les plus puissants de la civilisation elfique. Pendant cent jours, pendant cent nuits, cent armées dressées, les unes contre les autres montèrent au combat. Les prairies, les vallons et collines se couvraient de bien plus de guerriers, en rangs serrés qu’elles ne comptaient de brins d’herbe. Le vent, le tonnerre et la foudre ne pouvaient se faire entendre tant la clameur des armées lancées les unes contre les autres était forte. Le son des corps et des trompes, le heurt des bois de lances contre les boucliers aux couleurs des différents clans, comme autant d’écailles de la peau d’un dragon gigantesque, se mouvant à perte de vue. Jamais, jamais on ne voyait luire le soleil tant les nuées de flèches se succédaient dans un ciel devenu invisible. Cent armées, dont aucune ne prenait le dessus sans se voir défaite à son tour le lendemain. Lendemains qui n’existaient plus. Le cycle des nuits et des jours avait été emporté par la folie d’un engagement ininterrompu. Assauts successifs, sans cesse recommencés, telles les vagues écumantes contre une épaisse jetée de pierres.
     

       Au matin du centième jour, aussi loin que portait le regard, les plaines étaient jonchées de hérauts endormis. Regards éteint à jamais. Cuirasse et cottes de mailles fendues, souillées d’une terre brune. Terre étouffée, couverte d’une épais voile ... froid et sans vie.

       On ne savait plus s’il s’agissait de la brime ou bien des âmes errantes qui flottaient ainsi, immobile dans un silence glaçant.

       Au constat de ces paysages désolés, l’un des Dieux fut pris d’un terrible remords. Cela peut arriver parfois. Conscient que rien ne pouvait apaiser sa culpabilité, il décida portant de réunir les dernière tribus survivantes.

       Tous se rassemblèrent au milieu d’un cercle de pierre. Seul, face à cette assemblée tristement diminuée, il exprima le souhait que soit nommé dans chaque clan, un héraut parmi les survivants qui auraient le plus souffert. Chacun de ses hérauts devrait se lancer sur les chemins et les routes traverser les mers, affronter les tempêtes, franchir les montagnes, les landes, l’immensité des plaines.

       Et sans aucun repos, jusqu’ à la fin des temps, d’où qu’il se trouve, des gouffres les plus profonds aux falaises les plus hautes, ce messager n’aurait de cesse de clamer aux oreilles du monde son désespoir et la triste histoire de son peuple. Mettre en garde qui conque serait tenté d’accomplir pareille atteinte à la vie. Et si jamais, certains refusaient d’entendre cet avertissement venu de la nuit des temps, ils devaient être punis pour leur désobéissance.

       Aux âges ont succédé les âges. La valeur en grain de sable de chaque grève, de chaque plage que comporte le monde, s’est écoulée lentement par le grand sablier du temps. Les Appeleurs déambulaient délivrant leur mise en garde. Aux elfes succédèrent les hommes.

    Peu à peu, le message diffusé se mâtinait de mots aux accents nouveaux. Si bien que le sens premier devint plus confus ... Un peu comme une formule magique chuchotée de bouche à oreille, se serait déformée au fur et à mesure qu’elle aurait été transmise.

       Ainsi évolua le si précieux message, dont la lente métamorphose du propos eut pour effet d’en faire perdre le sens. Ne restaient plus que des fragments de mots, petits bouts de syllabes ....Une succession de râles. Des cris lancés au hasard de l’obscurité par d’errantes créatures solitaires, à la mémoire érodée par le temps. Les messages oubliés finirent par n’exprimer qu’une plainte animale. Animaux dont ils prirent aussi l’habitude, qu’ont certains, de ne sortir que la nuit. Á ces appels nocturnes, dénués de sens, ne répondait que l’écho, entraînant toujours plus profondément dans la folie ... les alfs oubliés. »

       Voici, voici la terrible origine du Hopper-Noz, le « crieur de la nuit » Celui que l’on nomme aussi Yannig-an-aod, « Petit Jean-de-la-grève » ... Un messager oublié.

    Cric ! Crac !...L’histoire retourne au fond du sac. Et ... une autre en ressort !

       D’autres pensent ... d’autres rapportent, que ces tourmenteurs du rivage sont peut-être bien les âmes vagabondes des marins péris en mer. Tous ces trépassés dont on n’a jamais retrouvé les corps. Pêcheurs, Terre-Nova. Pirates et Cap horniers ... Ça en fait du monde ! Les ensevelis, dans les sables mouvants au fond des baies dans les vasières.

       Les noyés dans les eaux noires. Autant de corps disparus équipage fantôme de Davy Jones. Des corps en peine d’une sépulture décente. Condamnés qu’ils sont à divaguer pour l’éternité, le long des rivages, sur les grèves, au milieu des grands rochers. Ils unissent leur plainte lancinante à la rumeur des vagues mourantes sur le sable.


     

     

    Peut-être Potr-en-or est-il l’un deux de ceux-là ? Potr-en-or, le gars de la côte »

    « Iou ! Iou Iou ! » Fait-il le soir venu.

       Potr-en-or prévient les équipages du danger que court leur navire à l’approche des îles du golfe du Morbihan, chacun connait Potr-en-or.


       Rien n’enthousiasmait plus René Petit-fagot-de-bois que d’aller au bar » Damgast !... Nous ne parlons plus du bar où boire ! Plutôt du poisson. Celui que l’on pêche pour le cuire au four sous une bonne croûte de sel.

       C’était la fin du jour, et le ciel, il y a peu flamboyant, prenait des tons crépusculaires. Pour ce qui est de savoir om se situe l’histoire, il n’y a rien à espérer. Le pêcheur, lorsqu’il s’agit d’évoquer son lieu de pêche, voit sa mémoire défaillir.

       Un soir donc qu’il dérivait avec sa plate, dans le courant de la marée montante, notre homme n’avait d’yeux pour sa ligne. Au bout s’y débattait la perspective d’un bon repas. Il était tant à son affaire qu’il ne vit pas, là-bas, de fourbes récifs à fleur d’eau. La barque y filait tout droit. René-petit-fagot-de-bois ne dut son salut qu’au regard perçant de Potr-en-or, le gars de la côte toujours vigilant. Avec vivacité, ce dernier se précipita, bondissant d’île en île, pour avertir du danger. Il termina sa course folle à califourchon sur l’une des riches les plus avancées. Là, les mains en porte-voix, le hurleur lança son « Iou ! Iou ! Iou ! » Plus puissant qu’une corne de brume.

    « Iou ! Iou ! Iou ! » Fit-il une paire de fois.

       Cornegidouille !!! Comprenant l’imminence de la catastrophe, dans la soudaine panique d’une manœuvre désespérée, le malheureux pêcheur abandonna sa ligne pour sauver sa barque. Et la ligne de tomber à l’eau, suivie d’une bordée de jurons. René Petit-fagot-de-bois sentit les saillants écueils effleurer la coque sans, toutefois, l’endommager. Du coin de l’œil, il put voir ainsi filer son dîner. Le poisson, trop heureux d’un tel dénouement, salua le Potr-en-or avant de disparaître dans les eaux noires.

       Si ce soir-là, du Houpoux  on n’entendit plus la voix, celle de René-Petit-Fagot-de-bois roula bien tard sur les eaux paisibles du golfe endormi. Et c’est heureux pour les oreilles chastes des enfants qu’ils fussent couchés tôt.

       Ah ! Oui, vraiment ... Mieux vaut ne pas traîner dehors sitôt venue l’heure où s’épanouit la lune. Écoutez... tendez l’oreille, au loin près de la côte. N’entendez-vous pas mêlé au grondement sourd de l’océan ... ?

    « Yiiiou-iouuuu Yiiou-iouuu !!!» fait celui-ci.

     

    Un appel lointain s’évanouit dans le silence de la nuit... Et de nouveau :

    « Yiiiou-iouuuu Yiiou-iouuu !!!»

       Un jeune berger, lanterne à en main, parcourait la lande à la recherche d’un mouton égaré ...

    « Yiiiou-iouuuu Yiiou-iouuu !!!»

       « Ohé ? Fait le jeune pâtre, étonné d’entendre quelqu’un à pareille heure de la nuit. Qui appelle ?... Houhou ! » Répondit naïvement l’ignorant.

       « Yiiiou-iouuuu Yiiou-iouuu !!!» répliqua l’autre dont la voix trahit qu’il s’était rapproché.

       « Par ici !!! Je suis-là !... Je t’entends, compagnon, mais ne te vois point. Il fait trop sombre !!!... As-tu besoin d’aide ? Serais-tu égaré, prisonnier de la tourbe jusqu’aux genoux ?... Hé-hooo » lance-t-il au hasard, tout en dirigeant sa lampe de gauche à droite pour mieux discerner alentour.

       « Yiiiou-iouuuu Yiiou-iouuu »  crie le Hopper-Noz maintenant tout proche.

       Soudain gagné par l’inquiétude, le jeune berger s’étrangle d’un faible « Ohé » tout chevrotant. Il n’en faut pas moins à Yannig-an-Aod pour jaillir des ténèbres et se jeter sur l’imprudent. Ne jamais répondre trois fois au Hopper Noz ! Seule restait la lune pâle et froide.
     

       Ce n’est que dans la matinée du lendemain que l’on découvrit le mouton comme à son habitude, paisible, à paître dans les prés-salés. Mais du jeune berger, on ne trouva rien, rien d’autre que son chapeau abandonné.

       Les nuits suivantes, tous eurent le frisson d’entendre là-bas, outre l’inquiétant « Yiiiou-iouuuu» du Houpoux, d’entendre ce dernier souffler dans un pipeau ... Un pipeau de berger. Plus que notes de musiques, c’était, pour les oreilles meurtries une cacophonie discordante bien éloignée des divines mélodies qu’avaient enseignées, au matin du monde, les anciens dieux celtes.


     

     

    « Hou-houu ... Hou-Houu !!! » font d’autres.

    Tout dépend des régions. Tout dépend des lieux.

    Grèves, guets ou fontaines. Marais, puits ou étangs ...

     

    « Hou-houu ... Hou-Houu !!! »

       Les parents, à cet avertissement, saisissent par le bras, leur progéniture, de celle qui aurait l’humeur trop vagabonde et d’ordonner qu’elle se terre près de la cheminée, à l’écart des porte et des fenêtres fermées. Sait-on jamais ... Combien d’enfants désobéissants a-t-on vus emportés par le Hopper Noz !

       Ce cauchemar sur pattes déploie ses bras démesurément longs. De ses mains griffues, il attrape les rejetons affolés. On le croirait au marché. Il se sert, comme à l’étal, sélectionne un fruit plus mûr, plus charnu qu’un autre, sauf que le crieur de nuit n’est pas un client difficile. Il saisit tout ce qui passe à sa portée, le visage fendu d’un large sourire gourmand, sourire carnassier orné de petites dents jaunies et pointues. Et de jeter les désobéissants, les fortes têtes dans son grand chapeau. Un immense chapeau gris, plus large qu’une roue de charrette. Il est dit si  profond que l’on pourrait y mettre un puits ... c’est dire. Il y ferait noir et humide !!!

       Ainsi le Hopper Noz est devenu un épouvantable d’épouvantail. Un croque-mitaine au ventre rebondi de chair tendre. Un loup-garou affublé de bottes de sept lieues lui permettant de fondre sur les enfants joufflus en un rien de temps ... Cric ! Crac !... Sitôt le soleil couché.

       Chuuuut !... Écoutez, là-bas, près des falaises ....

     

    N’y allez surtout pas !


     

     

    © Le Vaillant Martial 

     


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  • Les Seigneurs de La Lande


     

    T

    oute la maisonnée était réunie pour le dîner autour de la table, alors qu’au dehors le vent hurlait comme pour libérer une fureur trop longtemps contenue. Le repas se passa dans une étrange atmosphère. Là où d’ordinaire la bonne fée électricité dispensait gaiement sa chaude clarté dans toute la maison, à présent des ombres dansantes s’accrochaient partout comme de grosses mains griffues.

    Les petits recoins si familiers prenaient alors des allures de royaumes d’obscurité. La vieille lampe à pétrole semblait avoir perdu son combat contre les ombres. C’est du moins ce que se disait Benoit en lorgnant par-dessus son assiette au-delà du cercle de lumière vers la noirceur inquiétante.

    - Je plains celui qui encore sur la lande à cette heure ! lança brusquement le grand-père, assis en bout de table. Vous ne les entendez donc pas crier ? dit-il à la ronde.

    - Tu parles du vent, Papy ? demanda Benoît, lorgnant vers les volets.

    - Du vent ? oui dam ! ...et des autres ! tu vois quand j’avais à peu près ton âge, les vieux chez nous appelaient ça un « temps à hurleurs » !

    Le grand-père fit semblant d’ignorer le regard noir que lui lançait sa fille, la mère de Benoît, occupée à la vaisselle, et continua son histoire.


       Si le vent soufflait si fort les soirs de tempête c’était, disait-on, parce que les bouqueteux galopaient sur la lande et le cinglaient méchamment à grands coups de leur fouet. Il criait alors sa douleur en une plainte infinie. Ce qui était sans doute le plus terrifiant était d’entendre les petits démons hurler leur plaisir jusqu’à dominer les mugissements lugubres du vent.


     

    Benoît écoutait, fasciné, comme à chaque fois que son grand-père lui contait une histoire. Mais ce soir, la tempête qui sévissait et l’obscurité qui régnait autour d’eux dans la maison conféraient au récit une saveur particulièrement sinistre. Benoît, l’angoisse au ventre, écouta comment les démoniaques petits korrigans, mi-hommes, mi- boucs, dépouillaient les infortunés voyageurs surpris par la nuit sur la lande.

    Au fil des siècles, ils avaient ainsi, dit-on, accumulé d’immenses richesses sur lesquelles ils veillaient jalousement. Et même on affirmait que les « bouqueteux » appelaient la tempête pour pouvoir en toute quiétude transporter leurs précieux butins vers une nouvelle cachette.

    - Et vu comme souffle le vent, m’est avis qu’ils sont en pleine besogne !

    Devant la mine déconfite de Benoît, le grand-père repartir d’un éclat de rire

    - Ne t’inquiète donc pas, ils ne vont pas venir te cacher sous ton lit ! Tiens dis-moi plutôt l’heure qu’il se fait à la pendule !

    - Mais tu n’as plus ton oignon ? demanda la mère du gamin, toi qui ne perds jamais rien, tu aurais égaré ta précieuse montre ? fit-elle d’un air goguenard. 

    - Je ne l’aie pas perdue, je sais même parfaitement où elle est !

        Benoît fut le seul à surprendre l’œillade furtive que lança son grand-père à la fenêtre.

       Bien plus tard, alors que la maisonnée dormait, blotti, sous la grosse couette, il écoutait le bois des charpentes craquer et se plaindre de la furie des vents.

       Il adorait son grand-père, et l’idée que quelqu’un lui fasse du mal, fût-il un démon de Korrigan, lui était parfaitement insupportable. Il décida brusquement d’en avoir le cœur net !

       La tempête fut une précieuse alliée, il se retrouva dehors au beau milieu de la tourmente emmitouflé dans un gros anorak, un chaud  cache-nez autour du cou sans avoir réveillé qui que ce soit.

       La lune semblait jouer une partie de cache-cache endiablée, apparaissant et disparaissant sans cesse, voilée par les sombres nuées qui traversaient le ciel en une course effrénée.

       Benoît s’élança dans la nuit. Courant comme un forcené, oublieux des dangers du terrain, il sentit tout à coup le vide sous ses pieds et partit bouler cul par-dessus tête dans un fossé.

       Alors qu’à moitié assommé il se remettait à peine de sa chute, un éclat de rire terrifiant à glacer les os dans la nuit. Une voix caverneuse empreinte de moquerie s’éleva :

    - Holà, frères boucs ! Laissez choir votre ouvrage et venez voir le petit drôle que le « grand hurleur » nous amène ! ...

        L’instant d’après la lueur d’une lanterne éclairait un spectacle qui le laissa bouche bée. Autour de lui, en un cercle désordonné, se tenaient les « bouqueteux » de la légende !

    - Ce n’est pas un temps à perdre un enfant dans la nuiteuse, que viens-tu donc fouiner par ici ? 

    Benoît regarda, fasciné, celui qui avait parlé et puisa le peu de courage qui lui restait pour répondre :

    - Je viens faire un échange !

       Un silence stupéfait accueillit ses paroles. Les Korrigans se regardèrent, puis, dans un ensemble parfait, éclatèrent de rires tonitruants.

    Le « bouqueteux » qui l’avait débusqué demanda l’air narquois :

    - Échange, dis-tu, mais-tu donc à qui tu as affaire ? Youhadenngivri nus sommes ! Nous prenons, oui da ! Vol, pillage et rapine ! Point d’change en cela Nous sommes seigneurs sur la lande, nous appelons les tempêtes et devant nous l’humain tremble et se terre !

    - Je veux que vous rendiez la montre de mon grand-père ! fit Benoît têtu.

    - La montre, tu parles de cette mécanique qui a la prétention de débiter la ronde infinie du temps en petits morceaux ? Mesurer le temps ... Quelle faribole ! Décidément je ne comprendrai jamais l’humain, et en admettant qu’en notre possession se trouve la montre, tu comptes l’échanger contre quoi ?


    -
    Je veux que vous rendiez la montre de mon grand-père ! fit Benoît têtu.

    - La montre, tu parles de cette mécanique qui a la prétention de débiter la ronde infinie du temps en petits morceaux ? Mesurer le temps ... Quelle faribole ! Décidément je ne comprendrai jamais l’humain, et en admettant qu’en notre possession se trouve la montre, tu comptes l’échanger contre quoi ?

       Les yeux des bouqueteux brillèrent de convoitise quand Benoît sortit de sa poche un petit filet où scintillaient doucement une dizaine de grosses pièces dorées.

    - Ma foi, ça semble un bon échange ! fit le bouqueteux, l’œil calculateur, un sourire au coin de lèvres... suis nous !

       Entouré par l’étrange petite troupe, Benoît arriva devant une énorme masse sombre qui se détachait sur le fond bleu de la nuit. Il reconnut le tertre que les gens de la région nommaient « la panse du géant ».

       Il frissonna de la tête aux pieds car le lieu avait une bien sinistre réputation dans le pays. L’un des bouqueteux s’approcha et, dans une langue que ne comprit pas l’enfant, lança une formule qui devait être magique, car l’entrée d’une caverne s’ouvrit alors sur son flanc.

       Bien malgré lui, il pénétra à son tour dans le tertre et, le long d’un tunnel aux blocs de pierre cyclopéens, s’enfonça loin sous la terre. Ils débouchèrent enfin dans une immense salle où les leurs des lanternes accrochèrent alors mille brillances, mille reflets dorés, et devant ses yeux ébahis, Benoît contempla le fabuleux trésor des Youhadenngivri.

       Des monceaux de pièces venues du fond des temps s’entassaient là, à même la pierre. D’impressionnants coffres ventrus, débordant de bijoux sans prix, de colliers de perles scintillantes, de vaisselles ciselées d’or et de vermeil, s’empilaient en un joyeux désordre et émergeaient de cette montagne d’or. Par un hasard inespéré, un léger mouvement dans ce trésor inestimable accrocha son regard.

    - Échange, dis-tu, mais-tu donc à qui tu as affaire ? Youhadenngivri nus sommes ! Nous prenons, oui da ! Vol, pillage et rapine ! Point d’change en cela Nous sommes seigneurs sur la lande, nous appelons les tempêtes et devant nous l’humain tremble et se terre !

    - Je veux que vous rendiez la montre de mon grand-père ! fit Benoît têtu.

    - La montre, tu parles de cette mécanique qui a la prétention de débiter la ronde infinie du temps en petits morceaux ? Mesurer le temps ... Quelle faribole ! Décidemment je ne comprendrai jamais l’humain, et en admettant qu’en notre possession se trouve la montre, tu comptes l’changer contre quoi ?

        Était-ce possible ? Là, sa chaine enroulée sur la poignée ouvragée d’une grande d’une grande épée à deux mains, se balançait la montre de son grand-père !

       Ne croyant pas à sa bonne fortune, Benoît s’élança, ignorant superbement les richesses qu’il foulait aux pieds pour approcher enfin de l’épée et décrocher avec précaution l’objet de sa convoitise.

    Il descendit du tas d’or tout à sa joie d’avoir retrouvé la montre volée.

    - N’oublie pas marche ! lui rappela le bouqueteux !

    - Ah, c’est vrai ! fit Benoît, distrait, en plongeant la main dans sa poche pour ressortir le filet aux pièces dorées qu’il balança sans façon par-(dessus son épaule.

    Le filet et les pièces allèrent se perdre dans l’incroyable fatras.

    - Nous aimons à sentit le noble métal en nos mains, fit le bouqueteux sur un ton de reproche.
    -
    Je ne savais pas ... répondit Benoît, penaud en regardant vers le trésor. Dites, vous pouvez me ramener chez moi, si ma mère se réveille avant que je ne sois rentré, je vais me faire gronder !
    -
    Le troc fut bon ! qu’’il en soit donc ainsi, adieu, l’enfant !

       Sur le dos d’un grand bouqueteux, Benoît revint chez lui, souriant de plaisir malgré les gifles du vent qui lui fouettaient le visage.

        Quant au matin, sur un coin de la table, le grand-père découvrit sa  montre chérie, il n’en crut pas ses yeux et se demanda qui avait pu réussir le tour de force de reprendre son bien aux seigneurs de la lande. Benoît se disait que c’était quand même bien cher payé : imaginez donc : dix belles pièces, emballées dans un délicat papier doré, du plus délicieux chocolat au lait ... !


     

     

     © Le Vaillant Martial

     

     

     


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  • u temps où les fils d’Azell siégeaient encore au haut conseil de Kaër Magoth, la vie était sereine en ces lieux de douce pénombre ... Dans les galeries ou sur les passerelles vertigineuses qui chevauchaient l’immensité obscure des profondeurs, on pouvait s’attarder pour sentir et écouter les vents qui hurlaient et mugissaient lugubres, s’enroulant autour des palais mégalithes pour aller se perdre à l’infini. Tout n’était que joie et tranquille harmonie. 

        Vint pourtant le jour où un vent de discorde souffla sur Kaër Magoth, la cité sous la terre ... Pour des raisons depuis longtemps oubliées, les tribus, jusqu’alors unies dans l’entente et la concorde allèrent de reproches en calomnies. Les sept bâtons de pouvoir furent jetés au sol et foulés au pied. Les tribus s’en furent avec armes et bagages et Kaër Magoth fut vidée des chants et des rires qui l’emplissaient de vie ...

       Les temps ont passé et j’ai entendu dire, pour ma plus grande joie, que quelques familles korriganes ont de nouveau investi les tours de la veille cités sous la terre. Le vieux poulpiquet que j’avais pris pour guide n’a pas réussi à les dénicher, mais je prie les dieux que cela soit vrai ! Oui-da, et voir un jour Kaër-Magoth rejaillir sous les fastes d’antan !...


     

    ’ Habitation située sous les menhirs est d’ordinaire de forme circulaire. La plupart du temps elle est en forme de dôme évidé dont on a conservé l’axe central, qui et souvent soit la racine rocheuse du menhir, soit la terre qui se trouve en dessous et sert de pilier à l’ensemble. Quatre contreforts en arcs-boutants partent en rayons de celui-ci et consolident l’ouvrage. Pour descendre au logis, un escalier en colimaçon s’enroule autour du pilier qui est souvent évidé en cheminée.

       Le boudoir comme son nom de l’indique pas, n’est pas l’endroit où l’on boude, mais plutôt le petit salon où l’on se retire pour fumer et où l’on suspend saucisses, boudins et autres amuse-bouche ...

       En bon gardien, le crapaud domestique veille à ce qu’aucune bestiole indésirable ne vienne boulotter le garde-manger, vers, blattes, cloportes étant légion dans l’antre d’un Korrigan.

       Creusée à même la terre ou la roche, nous trouvons des niches ou alcôves de couches. C’est un habitacle de forme sphérique, dont la paroi est enduite d’un mélange de glaise et de paille pour éviter l’humidité, et servir d’isolant. L’entrée est souvent fermée d’un panneau en bois ouvragé percée en son milieu d’une petite porte ronde.


     

    Dans le « Grimoire des brumes », l’un des livres de la connaissance du bon peuple, on trouve écrit :

    ... Il est dit « Quand le sceau du vase des chimères fut brisé, on vit jaillir le guide noir, et ses deux sœurs aimantes, l’obscurité et la noirceur, l’accompagnaient lui tenant la main. Et derrière eux s’en venait, en une sarabande lugubre, le cortège des ombres ... »

    Depuis lors, la ténèbre habite les entrailles de la terre ...

       Les Korrigans ont imaginés toutes sortes de moyen pour repousser cette obscurité loin de leurs territoires souterrains. Du plus simple briquet à lampe à pétrole la plus perfectionnée, l’imagination débordante du Korrigan a vu émerger des méthodes d’éclairage aussi utiles qu’ingénieuses.



     N Teuz peut conserver parfois son couvre-chef au coin du feu ..... En effet dans certaines maisons humaines là où, au coin d’un feu mourant, les teuz ont l’habitude de passer partie de la nuit, il arrive que la bouche de la cheminée ne soit pas protégée de la pluie par un chapeau. Je ne sais pas pour vous, mais quant à lui, le Korrigan déteste se prendre des gouttes de pluie froide sur le nez, quand,  au dehors  il tombe des cordes ... (Quand il pleut les Korrigans ont un truc pour passer entre les gouttes sans se faire mouiller, mais ils le gardent jalousement).

    © Le Vaillant Martial

     


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