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    uand les premiers coups ébranlèrent les piliers millénaires qui soutenaient le royaume caverneux, les guetteurs arrivèrent des confins obscurs pour donner l’alerte. Dans les « tours pendues » taillées dans les grandes stalactites par les maîtres sculpteurs Korrigans, les « hurleurs » s’époumonèrent à qui mieux-mieux !

     

    D’imposantes cornes lancèrent leurs plaintes lugubres portées par l’écho au long des cavernes. Des Korrigans-estafettes sautèrent prestement sur le dos de leur gros rat noir et  s’élancèrent vers le cœur du monde souterrain.

     

    Après une course folle dans les couloirs sombres, ils déboulèrent dans une immense caverne, au centre de laquelle se dressait le « pilier roi ». Une stalagmite géante que l’exubérante folie des nains avait transformée en un magnifique château. Ses tours ouvragées s’enroulaient autour de la colonne rocheuse et allaient se perdre dans l’obscurité de la voûte.


     

        Le vieux roi, qui sommeillait sur son trône, fut brutalement tiré de ses songes. L’affaire était très grave ! L’humain, dans sa soif éperdue de piller les richesses de la terre, avait de nouveau fait incision dans le monde souterrain.

        Le conseil des sages mandé en toute hâte, se perdit en palabres inutiles et, pendant ce temps l’homme creusait toujours ! À bout d’arguments, tous se mirent d’accord sur au moins une chose : s’il existait un Korrigan qui puisse résoudre l’épineux problème, c’était bien Antelmus le Mystique, grand détenteur des secrets de ce monde et de l’autre. Ils trouvèrent le ténébreux Korrigan, au fond de son antre, dans un capharnaüm de grimoires poussiéreux, de parchemins, d’éprouvettes et de cornues. Dérangé dans ses œuvres obscures, il écouta néanmoins d’un air bourru. Le récit achevé, tous attendaient dans un silence pesant que le sorcier prenne la parole. Sa voix caverneuse les fit tous sursauter :

     

     Il n’y a qu’une chose qui puisse faire reculer les fols d’humains et les éloigner à tout jamais de notre royaume ...


     

    La petite délégation retenait son souffle ...

    - Il faut ouvrir le « puits aux ombres » !

    Dans un ensemble parfait, une plainte douloureuse monta de toutes les gorges. Le remède n’était-il pas pire que le mal ?

     

    - Mais les êtres de folie vont s’échapper !

    - Évidemment, gronda Antelmus, nous avions un pacte avec les anciens du peuple des hommes ! Mais les temps ont changé, et les fils ont oublié les leçons des pères ! A présent, seule la peur les fera partir, lâchez les dragons-cauchemars et ils se souviendront pourquoi, ils doivent tant craindre l’obscurité !

    Tous se regardèrent mais n’osèrent piper mot. Tout était dit. La troupe, Antelmus en tête, descendit le long des escaliers sans fin, vers les profondeurs oubliées du monde souterrain. Ils arrivèrent en fin à la caverne du « puits aux ombres », là où les peurs du monde prennent leur source. Le couvercle du gouffre sans fond fut descellé.

    La petite compagnie entendit avec effroi d’innombrables gorges exhaler un soupir de joie mauvaise.

    S’éleva alors une multitude de formes effrayantes. Elles étaient que noirceur mais semblaient pourtant palpiter d’une vie malsaine. Malgré le sort de protection, les Korrigans sentaient la peur autour d’eux lancer ses griffes, comme une bête affamée, avide de de s’insinuer  en eux.


     

    Certains claquaient des dents et tous tremblaient.

    - Restez groupés et ne fuyez surtout pas ! leur intima Antelmus. Ça serait votre perte !

    Le vieux sorcier leva les mains et, en une gestuelle compliquée, traça dans l’air oppressant d’étranges signes cabalistiques.

    Les ombres serpentèrent alors sur le sol de la grotte pour aller former une plaque d’obscurité. Puis, soudain, répondant à l’ordre silencieux, elles jaillirent pour se répandre dans les galeries, vers la surface.

    - Le sort en est jeté, dit sombrement Antelmus.

    Le silence était sinistre et tous retenaient leur souffle, quand ils entendirent enfin portés par l’écho, les hurlements d’effroi des mineurs.

    Longtemps, longtemps plus tard, le silence retomba !

    Les hommes avaient fui à jamais le monde d’en-dessous. Envolés les rêves d’or, les espoirs de richesse. La mine se rendormit. Son entrée fut oubliée et envahie peu à peu par les ronces et les genêts. Mais derrière les entrelacs de végétation veillaient dorénavant de terrifiants gardiens  ... Les cerbères de la peur.

     

    © Le Vaillant Martial

     


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  • Les Seigneurs de La Lande


     

    T

    oute la maisonnée était réunie pour le dîner autour de la table, alors qu’au dehors le vent hurlait comme pour libérer une fureur trop longtemps contenue. Le repas se passa dans une étrange atmosphère. Là où d’ordinaire la bonne fée électricité dispensait gaiement sa chaude clarté dans toute la maison, à présent des ombres dansantes s’accrochaient partout comme de grosses mains griffues.

    Les petits recoins si familiers prenaient alors des allures de royaumes d’obscurité. La vieille lampe à pétrole semblait avoir perdu son combat contre les ombres. C’est du moins ce que se disait Benoit en lorgnant par-dessus son assiette au-delà du cercle de lumière vers la noirceur inquiétante.

    - Je plains celui qui encore sur la lande à cette heure ! lança brusquement le grand-père, assis en bout de table. Vous ne les entendez donc pas crier ? dit-il à la ronde.

    - Tu parles du vent, Papy ? demanda Benoît, lorgnant vers les volets.

    - Du vent ? oui dam ! ...et des autres ! tu vois quand j’avais à peu près ton âge, les vieux chez nous appelaient ça un « temps à hurleurs » !

    Le grand-père fit semblant d’ignorer le regard noir que lui lançait sa fille, la mère de Benoît, occupée à la vaisselle, et continua son histoire.


     

    Si le vent soufflait si fort les soirs de tempête c’était, disait-on, parce que les bouqueteux galopaient sur la lande et le cinglaient méchamment à grands coups de leur fouet. Il criait alors sa douleur en une plainte infinie. Ce qui était sans doute le plus terrifiant était d’entendre les petits démons hurler leur plaisir jusqu’à dominer les mugissements lugubres du vent.


     

    Benoît écoutait, fasciné, comme à chaque fois que son grand-père lui contait une histoire. Mais ce soir, la tempête qui sévissait et l’obscurité qui régnait autour d’eux dans la maison conféraient au récit une saveur particulièrement sinistre. Benoît, l’angoisse au ventre, écouta comment les démoniaques petits korrigans, mi-hommes, mi- boucs, dépouillaient les infortunés voyageurs surpris par la nuit sur la lande.

    Au fil des siècles, ils avaient ainsi, dit-on, accumulé d’immenses richesses sur lesquelles ils veillaient jalousement. Et même on affirmait que les « bouqueteux » appelaient la tempête pour pouvoir en toute quiétude transporter leurs précieux butins vers une nouvelle cachette.

    - Et vu comme souffle le vent, m’est avis qu’ils sont en pleine besogne !

    Devant la mine déconfite de Benoît, le grand-père repartir d’un éclat de rire

    - Ne t’inquiète donc pas, ils ne vont pas venir te cacher sous ton lit ! Tiens dis-moi plutôt l’heure qu’il se fait à la pendule !

    - Mais tu n’as plus ton oignon ? demanda la mère du gamin, toi qui ne perds jamais rien, tu aurais égaré ta précieuse montre ? fit-elle d’un air goguenard. 

    - Je ne l’aie pas perdue, je sais même parfaitement où elle est !

    Benoît fut le seul à surprendre l’œillade furtive que lança son grand-père à la fenêtre.

    Bien plus tard, alors que la maisonnée dormait, blotti, sous la grosse couette, il écoutait le bois des charpentes craquer et se plaindre de la furie des vents.

    Il adorait son grand-père, et l’idée que quelqu’un lui fasse du mal, fût-il un démon de Korrigan, lui était parfaitement insupportable. Il décida brusquement d’en avoir le cœur net !



     

    La tempête fut une précieuse alliée, il se retrouva dehors au beau milieu de la tourmente emmitouflé dans un gros anorak, un chaud  cache-nez autour du cou sans avoir réveillé qui que ce soit.

    La lune semblait jouer une partie de cache-cache endiablée, apparaissant et disparaissant sans cesse, voilée par les sombres nuées qui traversaient le ciel en une course effrénée.

    Benoît s’lança dans la nuit. Courant comme un forcené, oublieux des dangers du terrain, il sentit tout à coup le vide sous ses pieds et partit bouler cul par-dessus tête dans un fossé.

    Alors qu’à moitié assommé il se remettait à peine de sa chute, un éclat de rire terrifiant à glacer les os dans la nuit. Une voix caverneuse empreinte de moquerie s’éleva :

    - Holà, frères boucs ! Laissez choir votre ouvrage et venez voir le petit drôle que le « grand hurleur » nous amène ! ...

     

    L’instant d’après la lueur d’une lanterne éclairait un spectacle qui le laissa bouche bée. Autour de lui, en un cercle désordonné, se tenaient les « bouqueteux » de la légende !

    - Ce n’est pas un temps à perdre un enfant dans la nuiteuse, que viens-tu donc fouiner par ici ? 

    Benoît regarda, fasciné, celui qui avait parlé et puisa le peu de courage qui lui restait pour répondre :

    - Je viens faire un échange !



     

    Un silence stupéfait accueillit ses paroles. Les Korrigans se regardèrent, puis, dans un ensemble parfait, éclatèrent de rires tonitruants.

    Le « bouqueteux » qui l’avait débusqué demanda l’air narquois :

    - Échange, dis-tu, mais-tu donc à qui tu as affaire ? Youhadenngivri nus sommes ! Nous prenons, oui da ! Vol, pillage et rapine ! Point d’change en cela Nous sommes seigneurs sur la lande, nous appelons les tempêtes et devant nous l’humain tremble et se terre !

    - Je veux que vous rendiez la montre de mon grand-père ! fit Benoît têtu.

    - La montre, tu parles de cette mécanique qui a la prétention de débiter la ronde infinie du temps en petits morceaux ? Mesurer le temps ... Quelle faribole ! Décidemment je ne comprendrai jamais l’humain, et en admettant qu’en notre possession se trouve la montre, tu comptes l’changer contre quoi ?

    Les yeux des bouqueteux brillèrent de convoitise quand Benoît sortit de sa poche un petit filet où scintillaient doucement une dizaine de grosses pièces dorées.

    - Ma foi, ça semble un bon échange ! fit le bouqueteux, l’œil calculateur, un sourire au coin de lèvres... suis nous !

    Entouré par l’étrange petite troupe, Benoît arriva devant une énorme masse sombre qui se détachait sur le fond bleu de la nuit. Il reconnut le tertre que les gens de la région nommaient « la panse du géant ».

    Il frissonna de la tête aux pieds car le lieu avait une bien sinistre réputation dans le pays. L’un des bouqueteux s’approcha et, dans une langue que ne comprit pas l’enfant, lança une formule qui devait être magique, car l’entrée d’une caverne s’ouvrit alors sur son flanc.

    Bien malgré lui, il pénétra à son tour dans le tertre et, le long d’un tunnel aux blocs de pierre cyclopéens, s’enfonça loin sous la terre. Ils débouchèrent enfin dans une immense salle où les leurs des lanternes accrochèrent alors mille brillances, mille reflets dorés, et devant ses yeux ébahis, Benoît contempla le fabuleux trésor des Youhadenngivri.

    Des monceaux de pièces venues du fond des temps s’entassaient là, à même la pierre. D’impressionnants coffres ventrus, débordant de bijoux sans prix, de colliers de perles scintillantes, de vaisselles ciselées d’or et de vermeil, s’empilaient en un joyeux désordre et émergeaient de cette montagne d’or. Par un hasard inespéré, un léger mouvement dans ce trésor inestimable accrocha son regard.



     

     

    Était-ce possible ? Là, sa chaine enroulée sur la poignée ouvragée d’une grande d’une grande épée à deux mains, se balançait la montre de son grand-père !

    Ne croyant pas à sa bonne fortune, Benoît s’lança, ignorant superbement les richesses qu’il foulait aux pieds pour approcher enfin de l’épée et décrocher avec précaution l’objet de sa convoitise.

    Il descendit du tas d’or tout à sa joie d’avoir retrouvé la montre volée.

    - N’oublie pas marche ! lui rappela le bouqueteux !

    - Ah, c’est vrai ! fit Benoît, distrait, en plongeant la main dans sa poche pour ressortir le filet aux pièces dorées qu’il balança sans façon par-(dessus son épaule.

    Le filet et les pièces allèrent se perdre dans l’incroyable fatras.

    - Nous aimons à sentit le noble métal en nos mains, fit le bouqueteux sur un ton de reproche.

    - Je ne savais pas ... répondit Benoît, penaud en regardant vers le trésor. Dites, vous pouvez me ramener chez moi, si ma mère se réveille avant que je ne sois rentré, je vais me faire gronder !

    - Le troc fut bon ! qu’’il en soit donc ainsi, adieu, l’enfant !

    Sur le dos d’un grand bouqueteux, Benoît revint chez lui, souriant de plaisir malgré les gifles du vent qui lui fouettaient le visage.

     

    Quant au matin, sur un coin de la table, le grand-père découvrit sa  montre chérie, il n’en crut pas ses yeux et se demanda qui avait pu réussir le tour de force de reprendre son bien aux seigneurs de la lande. Benoît se disait que c’était quand même bien cher payé : imaginez donc : dix belles pièces, emballées dans un délicat papier doré, du plus délicieux chocolat au lait ...  !


    © Le Vaillant Martial

     

     

     

     

     


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  • Le lutin de la mare

    Teuz ar Pouliet

     

    Tout au bout d’un chemin bordé de châtaigniers se trouvait une belle et grande ferme, entourée de vastes près à l’herbe tendre où paissaient des vaches bien grasses. Son propriétaire, un brave et honnête homme du nom de Jalm Riou, était connu de tous pour sa bonne compagnie et la volonté qu’il mettait à l’entretien de son affaire. De très tôt le matin à très tard le soir, il courait partout, traire les vaches, couper le foin, retourner la terre, semer les graines, tirer l’eau du puits. Vraiment Jalm Riou n’était pas de ceux qui restaient à ne rien faire.

    Mais ... Jalm Riou était aussi et surtout connu pour être le père de sa fille, Barbaïk, Ah Barbaïk. Qui ne connaissait pas Barbaïk !!! Surtout chez les jeunes hommes du pays ... et les moins jeunes aussi. Lequel d’entre ces messieurs n’avait pas un jour, désiré la convoiter. Il faut savoir que Barbaïk était sans aucun doute la plus jolie fille du pays. Ses cheveux avaient la couleur des blés, ses yeux la couleur du ciel au petit matin lorsque le vent a chassé les nuages ... ça arrive dans ce pays, il n’y a pas que la pluie. Qu’allez-vous croire ?


     

    Le dimanche matin, lorsqu’elle venait écouter la messe, Barbaïk paraissait toujours avec de belles robes plissées. Des robes aux broderies délicates. Sa coiffe était composée des dentelles les plus fines, les plus précieuses. C’est dire si elle faisait des jalouses, la ravissante Barbaïk. À l’arrivée de la toute belle, sur son passage, l’ensemble des femmes hochait la tête, le visage pincé ... Oh ! Elles l’avaient mauvaise, ces persifleuses. Elles étaient jalouses que l’on puisse afficher autant de beauté.

    « Elle aura vendu son âme au diable, cette prétentieuse ! » chuchotait-on dans son dos.

    Mais elle se moquait bien de tous ces commérages. Barbaïk. La seule chose qui importait à ses yeux était d’être la plus élégante. La plus élégante, mais aussi la plus belle pour aller danser. Car c’était-là son autre plaisir et Barbaïk ne manquait pas de soupirants, tout autant que de cavaliers pour la faire tourner, virer, giguer ... danser, danser jusque tard dans la nuit. On peut imaginer le nombre d’amoureux dont elle transperçait le cœur.

    Parmi ceux-là, il y en avait un qui l’aimait plus que tous les autres réunis. C’est dire !!! C’était Jégu le garçon de ferme du père de Barbaïk. Un sacré besogneux que ce Jégu. À lui seul, il abattait le travail de trois hommes, un mulet et deux bœufs. Par contre et c’était-là son drame, il était un brin rustre et laid comme un Korrigan sorti du berceau. De ce fait l’amour qu’éprouvait Jégu pour la fille de son patron n’avait d’égal que l’indifférence de cette dernière à son égard.

    Il avait bien essayé, une fois ou deux ... révéler ses sentiments, évoquer cette flamme qui le brûlait intérieurement ... depuis si longtemps. Mais dès qu’il croisait le regard de Barbaïk, Jégu sentait son courage fondre comme un beurre salé au soleil. Il balbutiait quelques mots incompréhensibles, se mettait à suer à grosses gouttes et prenait la fuite en prétextant quelque travail urgent. Barbaïk s’en amusait gentiment. Et l’autre derrière un muret, au fond d’une étable dans un coin isolé, de se lamenter et manger son chapeau, tant il s’en voulait d’être à ce point nigaud et laid.


     

    Mais, elle se moquait bien de tous ces commérages, Barbaïk. La seule chose qui importait à ses yeux était d’être la plus élégante. La plus élégante, mais aussi la plus demandée pour aller danser. Car c’était-là son autre plaisir. Et Barbaïk ne manquait pas de soupirants, tout autant que de cavaliers pour la faire tourner, virer, giguer ... danser, danser jusque tard dans la nuit. On peut imaginer le nombre d’amoureux dont elle transperçait le cœur.

    Parmi ceux-là, il y en avait un qui l’aimait plus que les autres réunis. C'est-à-dire !!! C’était ...c’était Jégu, le garçon de ferme du père de Barbaïk. Un sacré besogneux que ce Jégu. À lui seul, il abattait le travail de trois hommes un mulet et deux bœufs. Par contre, et c’était là son drame, il était un brin rustre et laid comme un Korrigan sorti du berceau. De ce fait, l’amour qu’éprouvait Jégu pour la fille de son patron n’avait d’égal que l’indifférence de cette dernière à son égard.

    Il avait bien essayé une fois ou deux ... révéler ses sentiments, évoquer cette flamme qui le brûlait depuis si longtemps. Mais dès qu’il croisait le regard de Barbaïk, Jégu sentait son courage fondre comme beurre salé au soleil. Il balbutiait quelque mots incompréhensibles, se mettait à suer à grosses gouttes et prenait la fuite prétextant quelque travail urgent. Barbaïk s’en amusait gentiment. Et l’autre, derrière un muret, au fond d’une étable, dans un coin isolé, de se lamenter et manger son chapeau, tant il s’en voulait d’être à ce point nigaud ... nigaud et laid.


     

    Et ainsi passait le temps sans qu’il ne parvienne à se révéler. Un soir qu’il ramenait les vaches du pré, les drôlesses s’arrêtèrent un temps sur les bords de la mare où elles aimaient à boire. Jégu, assis sur un gros caillou, laissait filer ses pensées vers la belle Barbaïk. Il était bien malheureux Jégu. Il poussait de gros soupirs ... énormes soupirs.

    « Et bien mon ami ... Rroââââ !!! Si tes soupirs sont à la mesure de tes prrrroblèmes, je te plains mon garçon, dit une voix nasillarde sorti des joncs.

    Jégu sursauta, surpris qu’il était. Il se pensait seul, tout seul avec ses vaches. Et comme il interrogeait, de savoir qui était là ? Qui se cachait ?

    « C’est moââââ ... Teuz-âââr-Poulier, le lutin de la moââââre. »

    « J’te vois point, copain », reprit Jégu, dressé sur son derrière.

    « Rrrregarde bien les roseaux, tu me verras sous la forme d’une jolie grenouille verrrte. Rrhoâââa, Rhoioââââa !

    « Tu te moques de moi ! Je suis bien sot, c’est entendu. Mais j’en sais assez pour ne pas ignorer que les grenouilles ne parlent pas ! »

    « RRooäâ !... Et tu n’as pas tort. Jégu « garçon de ferme ». Cependant si pour l’heure, je suis bien lutin ! Je prends la forme que je veux, quand je suis invisible si je le souhaite. »

    « Tu t’amuses de moi coquin ! C’est bien vilain ... et d’abord comment connais-tu mon nom ?.... Si tu as le pouvoir que tu dis, montre-toi sous ton vrai jour, que je sache à quel plaisantin j’ai à faire. »

    « Ma foi, si c’est là ton bon plaisir ! »

    A ces mots, Zbouinng, une jolie grenouille verte jaillit d’un bond hors des joncs et vit se poser entre les cornes d’une vache au regard passif.

    Pouf !!!! Au profit d’un petit nuage scintillant, la grenouille se transforma en lutin fort élégant, tout de vert vêtu, portant guêtre et souliers de cuir cirés. Sur la tête un haut chapeau à ruban et boucle dorée.

     

     


     

    Jégu resta pantois, bouché bée.

    « Allons, ressaisis-toi, Jégu « garçon de ferme » reprit le teuz. Je suis ici pour ton bien. Je connais ce petit secret qui te ronge et te tourmente. Je voudrais bien d’être utile, si cela te convient. Rien ne t’oblige. »

    « Et d’où te vient cet intérêt pour moi ? demanda Jégu d’un air soupçonneux. Mon âme n’est pas à vendre ! »

    « Que voudrais-tu que j’en fasse, s’amusa le Teuz, je ne suis pas le Diable tout de même. Te souviens-tu de ce jour, tu étais si seul et malheureux dans un recoin de l’étable. Tu te lamentais sur ton sort, te maudissais de ne pas pouvoir dire à ta belle combien tu l’aimais ... Ce même jour, souviens-toi, tu as découvert une pauvre musaraigne prise au piège qu’avait posé Jalm Riou le fermier. »

    « Oui je me rappelle, elle faisait bien pitié cette pauvre bête, avec ses petites moustaches frémissantes un peu comme les tiennes d’ailleurs. »

    « Mon ami, tu ne crois pas si bien dire. Cette musaraigne n’était autre que moi ! Et ce jour-là, tu m’as sauvé des griffes du chat, lequel n’aurait pas manqué de me trouver. Sans toi, c’est un peu de féerie, qui aurait disparu. Pour te remercier de m’avoir sorti d’un si mauvais pas je veux faire de toi rien de moins que l’époux de la belle Barbaïk, puisque tu l’aimes. De ce fait, lorsque Jalm Rioux se sentira trop vieux pour tenir son domaine, tu en deviendras le maître. Qu’en dis-tu mon bon compère ? »

    « Ah ! Teuz-ar-Pouliet, si tu fais cela, je te serai éternellement reconnaissant et je ne saurai jamais rien te refuser ! »

    « Tu n’auras rien à e devoir, répondit le nain. Ne me tourmente plus et continue selon ton habitude. Peu à peu les choses iront à ton avantage. Rentre chez toi confiant. »

    Comme il l’aurait fait à l’intention d’un prince ou d’un roi. Jégu retira son chapeau poussiéreux pour saluer l’étranger personnage d’une révérence maladroite. Puis tout lourdaud qu’il était, il prit le chemin de la ferme devancé de ses vaches. Guilleret, il se mit à sautiller dans le pré, avec l’élégance d’un ours, cueillant par-ci, par-là d’éparses pâquerettes.


     

    Ce même soir avant le repas, Barbaïk confia à Jégu, son désir, le lendemain, de se lever au premier chant du coq. Plus vite elle aurait fini de nettoyer l’étable, nourrir les bêtes, plus tôt elle pourrait se faire belle à l’occasion des fêtes données en l’honneur de Saint-Nicolas. Fêtes durant lesquelles on ne manquerait pas de danser aux heures avancées de la nuit.

    Le dimanche au petit matin, une nappe de brume couvrait la campagne et Barbaïk était encore tout ensommeillée. Lorsqu’elle poussa la porte grinçante de l’étable, elle fut bien surprise de constater que cette dernière était déjà propre et les vaches satisfaites de mangeoires bien pleines. De plus le lait avait été tiré. Ainsi libérée de ces contraignantes corvées, Barbaïk, pu regagner sa chambre, s’occuper d’elle à tout loisir.

    Lorsqu’au moment de se rendre à la grand’messe, elle croisa Jégu, elle remercia ce dernier pensant qu’il était à l’origine de cette aide bienvenue. Le bourru, ne comprenant rien à cette affaire balbutia quelques mots sans plus cherche à en connaître les détails.

    La gêne du garçon de ferme ne fit que conforter Barbaïk dans ses pensées. Et chaque matin la même scène se produisait. Enchantée, Barbaïk découvrait l’étable, sans qu’elle n’ait plus rien à y faire.

    De ce fait, elle retournait profiter quelque peu de la tiédeur de sa couette. Et lorsqu’à neuf heures tapantes, elle arrivait dans la cuisine, pour s’y’ activer, elle trouvait cette dernière ordonnée comme jamais. Les terrines étaient prêtes, le pain chaud sorti du four ... le poêle à bois chargé avec sa réserve de bûches.

    « Vraiment Jégu c’est bien aimable à vous, d’ainsi me soulager des tâches les plus lourdes. »

    Et le brave Jégu de n’oser contrarier la belle dans ses convictions. Il finit tout de même par se demander si le Teuz-ar-pouliet n’était pas pour quelque chose dans la tournure que prenaient les événements. Outre le ménage, Barbaïk n’avait plus à s’occuper de rien. Cela ne dura pas bien longtemps. 

    Le matin suivant, même le ménage était fait, les meubles cirés et les draps frais. La soupe à mijoter, le lard et le pain coupé, le couvert dressé ... Il n’y avait plus qu’à appeler les gens aux champs, qu’ils viennent pour s’attabler devant un bon repas ! »

    « Il ne dort donc jamais, se demandait-elle. En tous cas, c’est un bonheur qu’un homme comme celui-ci. Je n’ai d’autre souci que de m’occuper de moi et de ce qui me plait. »

    Tout ce que désirait Barbaïk, il suffisait qu’elle s’en confie à Jégu pour être satisfaite dans l’heure suivante. Si bien qu’il devint son confident.

    Elle lui rapportait ses petites contrariétés : « Cette andouille s’est moquée de moi l’autre jour. Ce lourdaud m’a écrasée le pied en dansant ... la grande gigue là-bas, elle porte des plus jolis rubans que les miens ... » Tous ces malheurs futiles de jeune fille désœuvrée se voyaient réparés par d’anodines vengeances dont Barbaïk se persuadait qu’elles étaient du fait de Jégu.

    La naïve finit par considérer le garçon de ferme avec beaucoup d’attachement. Il était l’auteur de tout ce qui lui arrivait de bon, une sorte d’ange gardien, un vengeur masqué.

    Quant à lui, malgré son esprit ballot, Jégu avait compris depuis longtemps le rôle du Teuz-ar-Pouliet dans cette machination.

    Un beau soir que Jégu rentrait des champs, le lutin vint trouver son protégé.

    « Mon bon ami, le fruit est mûr, il ne reste plus qu’à le cueillir. Va demander la main de celle que tu désires depuis si longtemps. Tu verras ton souhait exaucé, je te l’assure. »

    C’est ainsi que Jégu fit sa demande, et Barbaïk, auparavant si moqueuse en pareille situation, l’couta jusqu’au bout de sa déclaration. Lorsqu’il eut terminé, elle le considéra longuement. Certes pour un amoureux, il était bien rustre et bien vilain. Comme mari c’était une autre histoire. Son acharnement au travail était tel qu’elle se trouverait libéré de toute contrainte. C’était déjà le cas. Elle pourrait se consacrer à sa petite personne, rester les bras croisés à  faire la conversation avec ses amies.

    Au moindre souci, elle saurait pouvoir compter sur le dévouement sans limites de ce mari serviable.

    « Va donc demander à mon père, je me rangerai à son avis » répondit-elle enfin.

    Disant cela Barbaïk savait d’avance que Jalm Riou serait favorable à ce mariage. En effet, le fermier, déjà usé par des années de labeur, considérait qu’après sa mort seul Jégu serait capable de gérer la ferme et un époux n’était pas fait pour être beau.

    La noce eut lieu le mois suivant. Une bien belle noce. Les cloches sonnaient à toute volée. Les tables avaient été dressées pour recevoir mille invités. Ça sentait bon le cocon grillé et le cidre bien frais.

    Les meilleurs sonneurs, les meilleurs chanteurs avaient traversé les landes les plus vastes, les bois les plus profonds, pour être de la fête. Alors, on dansa, on chanta durant trois jours et trois nuits, sans jamais s’arrêter. Derrière les tonneaux de vin, dont ils avaient abusés, certains crurent apercevoir de petite personnes, hautes comme trois pommes, coiffées d’étranges chapeaux à grelots. Ils jouaient du violon, soufflaient dans les binious. Eux aussi dansaient comme des fous. Mais à trop boire, on finit par voir n’importe quoi !!!


     

    Il faut croire que Jam Riou attendait que sa fille soit bien mariée pour, enfin, s’autoriser un peu de repos ... éternel. Heureux le brave homme mourut après les noces de sa fille. D’un coup, ce fut une plus lourde charge de travail pour le nouveau maître de maison. Par chance Jégu pouvait encore compter sur le Teuz-Ar-Pouliet.

    Le lutin, fidèle en parole, restait aux côtés de Jégu. En ces temps particuliers, son aide était précieuse. Il se faisait à la fois garçon de charrue et bœuf attelé à cette dernière. Il réparait outils et harnais, travaillant et cousant le cuir tel un véritable cordonnier. De son nez frémissant, il humait l’air, connaissant d’avance le temps qu’il ferait. Ainsi il informait lorsqu’il fallait bêcher, récolter, faucher ... S’il y avait urgence à ramasser  le foin, en cas d’orage. Teuz-Ar-Pouliet soufflait dans une petite corne qu’il portait à la ceinture. Aussitôt un merle noir surgissait. Ce dernier s’envolait vers des contrées mystérieuses. Dans l’heure à suivre, il revenait accompagné de petits hommes vêtus à la mode ancienne. Et tous de prêter leur service avec entrain.

    « Teuz-Ar-Pouliet, demande un jour Jégu. Ton aide est si précieuse ! Je te dois tant ! Comment pourrais-je te remercier ? »

    « N’y compte pas, je t’ai déjà dit. Pourtant si tu insistes, une chose me ferait grand plaisir, à moi et mes mais ...’

    « Demande, mon bon compère » fit Jégu trop heureux de pouvoir manifester enfin sa gratitude.

    « Chaque soir, un bol de bouillie au lait me ravirait moi et mes compagnons. »

    «  ... ? De la bouillie !!! C’est là tout ce que tu désires ? Mais ... C’est fort dégoutant. Ne souhaites-tu pas ajouter un peu de lard fumé pour accompagner ce menu si frugal ? Pour ne pas dire austère ? »

    «  De la bouillie avec un peu de lait nous suffira, mon bon ami. Dans un petit bol à oreilles si joliment décoré de notre nom ... comme ceux que l’on fabrique à Quimper ... »

    Jégu alla donc acheter autant de petits bols en faïence qu’il y avait de lutins ouvriers. Et pour ceux travaillant aux champs, ceux s’occupant des bêtes, pour ceux de la forge comme pour les lutins cordonniers, il fit peindre autant de prénoms qu’ils étaient à rendre service. Ceci fait, il se rendit auprès de sa jeune et belle épouse, laquelle depuis peu, était d’humeur plutôt mauvaise.

    Le travail ne manquant pas à la ferme. Teuz-Ar-Pouliet avait d’autres chats à fouetter que de tenir le foyer.

    Toutes ces tâches étaient de nouveau sous la responsabilité de Barbaïk. Au début elle s’était étonné avec amabilité de ne plus trouver les petits pains chauds au lever, la cuisine préparée, les meubles cirés, le linge lavé, étendu, repassé ... comme cela durait Barbaïk en fit le reproche le plus amer à son mari. Et l’autre de rétorquer qu’il avait déjà bien assez à s’occuper depuis qu’il était maître du domaine. Elle-même devait prendre sa part du travail. Il n’y avait rien à ajouter et toc !

    Du coup, Barbaïk s’était vue dans l’obligation de reprendre à son compte ces corvées épuisantes qui desséchaient les mains, abimaient les ongles et nuisaient à son si joli teint de peau.

    Lorsque Jégu vont lui demander de préparer, chaque soir, de petits bols de bouillie, agrémentés de lait chaud qu’il faudrait poser à l’entrée de l’étable, Barbaïk entra dans une colère noire !!!

    « Ne crois-tu pas que j’ai assez à m’occuper pour que tu m’en ajoutes encore, juste avant le coucher !!! D’où te viens cette fantaisie. »

    Alors Jégu, d’un ton bourru confia l’histoire de sa rencontre avec le Teuz-Ar-Pouliet. Comment, et pourquoi ce lutin providentiel avait apporté son aide à un simple garçon de ferme. La jeune épouse n’allait pas gober de tels mensonges. Il fallait que Jégu présente son compère. Voyant paraître l’autre, avec sa verte redingote, son chapeau à boucles, ses souliers cirés et ses guêtres à boutons dorés, Barbaïk crut perdre la tête. Il fallut lui tapoter les joues l’oindre d’une eau fraîche pour qu’elle retrouve ses esprits.

    « Vous ... Vous m’avez dupée, souffla-t-elle. Me voici dorénavant obligée de vivre aux côtés d’un nain de jardin et d’un homme rustre. Cela sans contrepartie d’une vie facile. Une vie que j’espérais à m’amuser et à danser. »

     Teuz-Ar-Pouliet, offusqué de pareils propos, lui fit remarquer que nul ne pouvait vire ainsi. Le plaisir prenait toute sa valeur s’il était confronté au labeur... Dès cet instant Barbaïk nourrit cet insolent personnage une grande colère intérieure. Mais lorsque son regard s’arrêta sur la face rougeaude de Jégu, ses cheveux gras, épars, sur un front bas aux sourcils épais, elle partit en courant se lamenter seule de son malheur. Toute la journée, Barbaïk ruminait sa rancœur... Elle ne décolérait pas « Jamais je ne te pardonnerai, maudit Teuz. Sans toit et ton mauvais tour, j’aurais encore le loisir de me rendre chaque dimanche aux fêtes dansées du pays. Des jeunes gens beaux et charmants viendraient à moi me complimenter, me courtiser, je m’entendrais dire combien je suis le plus belle. Au lieu de ça, je n’ai plus d’autres droits que celui de plaire à mon  vilain époux. Méchant Teuz ... tu me le paieras !!! »

    Et le soir même, comme lui avait demandé Jégu, Barbaïk, à l’attention des Teuz, prépara une bouillie et fit chauffer le lait. Une fois les bols remplis, elle les disposa sur un grand plateau de cuivre qu’elle plaça ... sur les  braises rougies d’un bon feu de cheminée. Elle l’y laissa le temps nécessaire à ce que l’ensemble devienne brûlant, su brûlant au toucher qu’il lui fallut porter le tout à l’aide d’un épais torchon de lin. À l’entrée de l’étable, elle déposa le large plateau garni de petits bols ardents puis elle s’empressa de se cacher derrière une étroite fenêtre. Là, elle pourrait se satisfaire du spectacle à venir. Elle n’eut pas longtemps à attendre.

    Attirés par la bonne odeur de bouillie, les Teuz se précipitèrent sur ce bon repas, qui plus est servi dans des bols marqués à leurs noms !!! Et là, ce fut la débandade ... Les uns se brûlèrent les pieds au contact du plateau, les autres, les mains ... ça criait, ça hurlait ... ça sautillait sur un pied puis sur l’autre en soufflant dessus ... ça courait dans tous les coins, les vaches meuglaient. Barbaïk derrière sa fenêtre riait aux larmes, le spectacle était cocasse.


     

    Le lendemain, Jégu n’en vit pas l’ombre d’un. Il avait beau appelé le Teuz-Ar-Pouliet, hurler son nom aux quatre vents, plus jamais il n’eut l’occasion de voir le bout de son nez. De ce jour, à la ferme, les choses allèrent de travers. Seul, Jégu ne pouvait tout faire. Barbaïk dû  se résoudre à accompagner son fermier de mari dans les travaux les plus durs les plus pénibles.

    Aussi chaque soir, après avoir soufflé la chandelle, épuisée d’une rude journée de labeur, Barbaïk, au seuil de son premier sommeil, croyait entendre une lointaine ritournelle. Elle venait du fond de la nuit, là-bas, dans la solitude des sous-bois.

                     Dré traytouréz, Barbaïk Riou,           Par trahison, Barbaïk Riou
                       En duez rostet hon tridigou               A rôti nos petits pieds
                       Hoguen, cetu an disparti                    Mais, voici le départ,
                      Kenavo ! Ha mollos dezy !                 Adieu, malheur à elle !

     

    Au village, les mauvaises langues disent que la jolie Barbaïk a toujours à son service dix petits nains, bons travailleurs. Dix petits nains pour l’aider au quotidien. Ce sont les dix doigts, les dix doigts de ses mains.

    © Le Vaillant Martial

     

     

     


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  • Le champ des Korrigans


     

    Y’ a fort longtemps, au sud de la péninsule armoricaine. Terre et Océan s’épousaient en d’autres rivages. Des rivages bien différents de ceux que nous connaissons aujourd’hui.

    Morbihan « Petite mer » n’existait pas.

     

    En lieu et place de cette multitude d’îles clairsemées, abritées de tempêtes, s’étendait une campagne paisible couverte en partie de futaies et bosquets touffus. De-ci de–là, s’étendaient des villages, de jolies fermettes aux toits de chaume accolées à des charmants potagers et autres pâtures verdoyantes.

    Isolé dans le creux d’un vallon, comme banni du monde, il y  avait un p’tit bout de champ. Une parcelle délaissée couverte d’herbes folles. Un antique muret de pierres sèches, en partie effondré, marquait encore ses limites. Jadis, on y avait accédé par un sentier, tombé dans l’oubli, devenu raidillon escarpé où se plaisaient à gambader quelques lapins peu farouches.

    De mémoire d’homme, jamais ce champ, reclus comme il l’était, jamais il n’avait été défriché.

    Et pour cause ...

    Dans le pays, on n’était pas sans savoir ... Il se murmurait, de bouche à oreille, que ce champ, là-bas, perdu au creux du vallon, ce champ était « habité » hanté par des esprits facétieux, des êtres malfaisants. Aussi chacun se gardait bien de s’en approcher !


     

    Seulement voilà, c’est partout la même histoire. Y’en a toujours un plus malin que les autres ! Un futé qui pense qu’il fera mieux que tout le monde. Justement Fañch était de cette espèce d’homme. Un gars têtu, un rien bourru, ne croyant en rien se défiant de tout. Ni Rozenn sa femme, ni Alanig son fils n’aurait affirmé le contraire. 

    Une fin de journée, tandis qu’il passait aux environs en quête de quelques champignons à glaner, le hasard de ses pas, mène Fañch aux abords de ce lopin de terre envahi de chiendent. C’était l’automne, il faisait encore bon. Les derniers rayons de soleil baignaient l’endroit d’une douce lumière dorée, les buttes aux alentour protégeaient la petite parcelle sauvage d’éventuels vents impétueux. Fañch jugea ce petit coin tranquille bien agréable. Il s’agaçait tout seul que l’on puisse ainsi laisser à l’abandon cette friche si propice à la culture, car cela ne faisait aucun doute, la motte de terre qu’il prit en main l’attestait ... c’était une terre grasse et fertile. Situé comme il l’était, le rendement de ce champ, jusqu’alors délaissé, ne pouvait être que des meilleurs.

    - Habité pour habité, autant que ce soit par moi et par le fruit de mon travail, grommela Fañch Si personne n’en veut de ce champ, ce sera donc le mien ! J’en prends possession dès maintenant, n’en déplaise aux esprits chagrins ou facétieux.

    ... Aussi, sans attendre, il enjambe le muret décrépi et pose le pied de l’autre côté. Brusquement il s’arrête net, suspendu dans son élan, il reste à califourchon sur la petite clôture de pierre moussue, un pied en dehors, un pied en dedans, il reste là, immobile entre deux mondes, à l‘écoute ; Fañch regarde à droite, Fañch regarde à gauche ... et comme rien ne se passe, comme personne ne l’interpelle ... ma foi, il pénètre dans le champ et fait quelques pas, d’abord  incertains, puis prenant de l’assurance, il se met à arpenter la pâture, les bras ouverts, tournoyant sur lui-même, le visage fendu d’un large sourire. Il parade tel un vainqueur resté seul debout dans l’arène.


     

    - Ha Haaaa ! Et bien ce n’est pas si terrible : Pas de quoi trembler dans mon bragou braz ! Et comme il promène son regard sur son nouveau bien, il s’accroupit. D’une poigne décidée il saisit un premier bouquet d’herbes folles qu’il arrache d’un geste ferme ... La terre est molle, je vais aller vite en besogne, Pense-t-il tout haut.

    C’est alors ... C’est alors qu’une voix derrière lui, une voix le fait sursauter !

    Hé !!! L’homme ... Qui est-tu, l’Homme ?...
    Et, que fais-tu là, dans ce champ ?

     

    Fañch se retourne avec la vivacité d’un garnement pris la main dans le sac. D’abord il ne voit rien ... Et puis ... à mieux y regarder, noyé dans la broussaille, il devine ... il découvre parmi les herbes un étrange bonhomme haut comme trois pommes ... disons quatre, au plus. Son œil est aussi noir que narquois. La trogne ingrate du bougre est pourvue de longues oreilles pointues. Si ce n’étaient deux petites cornes brunes sur le front et l’étrange chapeau qu’il porte en tête, Fañch pourrait se croire en présence d’une vieille chauve-souris dépourvue d’ailes. Mais il sait bien, Fañch, il sait bien que cette créature grimaçante, face à lui, n’est autre qu’un authentique Korrigan. Pas ceux des légendes, un Korrigan. Pas ceux des légendes, un Korrigan tout en chair, tout en os et peut être bien aussi ... tout en mauvaise humeur.

    Alors, l’homme ? C’est-y le vent qu’a emporté ta langue à rester muet comme les pierres ?

    - N ... Non ! non pas ! Bredouilla Fañch. Je suis un simple paysan du nom de Fañch... et là, tout de suite, Bah j’arrache quelques mauvaises herbes ! Rien de bien méchant, voyez-vous.

    Et qui donc t’a donné la permission ?

    - Ma foi ... personne, ne s’étrangle Fañch.

     

    Jarnicoton ! Pourtant ça à l’air marrant, dis-moi ...
    Mais attends, on va se faire un plaisir de t’aider ...

     

    Le Korrigan n’a pas sitôt fini sa phrase ... dans un bruit sourd, un gros trou s’ouvre dans le sol, laissant paraître un profond terrier. Un terrier plus sombre que la nuit, d’où sort à la que leu leu, une dizaine de Korrigans. Et tous de ricaner, de grimacer. À peine ont-ils le nez dehors qu’ils se mettent à courir en tous sens. Et comme ils courent, ils arrachent à pleines brassées les mauvaises herbes, pas une ronce n’en réchappe. En un rien de temps, il ne reste pas la moindre brindille. Le champ est à nu. Alors les Korrigans disparaissent de la même manière qu’ils sont venus ... Et le terrier, sur eux de se refermer.

     

    Seul demeure Fañch dans le crépuscule, il est hébété.

     

    - Ma doué ! Quelle affaire ! Je ne comprends rien à ce sortilège ... cependant je m’en sors pas si mal. Mieux ne vaut pas s’attarder en ce lieu étrange. La nuit porte conseil. J’aviserai demain sur ce qu’il convient de faire.  



     

    Cette nuit-là, il ne dormit pas beaucoup. Aux premières lueurs du jour, sa décision était prise.

    Dans le matin frais, Fañch, sans en avoir rien dit à sa femme, retourne au champ. Il veut en avoir le cœur net. Sans surprise il trouve les lieux comme il les avait laissés la veille. Tout est dégagé, sans une mauvaise herbe. Juste la terre à nue, avec de-ci de-là, des pierres et des gros cailloux.

    - Crénom ! Je n’ai donc pas rêvé, s’étonne lui-même, les mains sur les hanches à contempler le champ défriché.

    - Pourquoi s’arrêter en si bon chemin, je pourrais maintenant retirer toutes ces pierres qui encombrent

    Non sans une petite hésitation vite dissipée, Fañch en jambe le muret croulant. Une fois de l’autre côté, il s’accroupit pour se mettre à l’ouvrage. Il vient à peine d’extraire la caillasse ...

    Hé !!! ... Qui es-tu, l’homme ... Que fais-tu dans ce champ ? Interroge la même voix nasillarde que la veille.

    - ... Dame ! ... Je c’est encore moi Fañch le paysan. Je viens dégager ce champ  de toutes ces vilaines pierres !

    - Tiens donc !... et qui donc, t’a donné la permission ?

    - Bah ! Personne répond Fañch, plein de confusion.

    Ventrebleu ! Pourtant, ça me semble marrant, dis-moi ...
    Mais attends donc, on va se faire un petit plaisir de t’aider

    Le Korrigan n’a pas sitôt terminé sa phrase que la terre s’ouvre en un terrier plus vaste que celui de la veille. Un trou obscur duquel s’échappe, à la queue leu leu, une centaine de Korrigans, ni plus ni moins. Tous de ricaner, de grimacer. À peine dehors, ils se courbent, s’arcboutent s’éreintent à extraire du sol terreux toutes les pierres, tous les cailloux qu’ils trouvent et tandis que les uns déterrent, les autres en une longue procession dégagent l’endroit et transportent rocailles à l’écart là-bas vers la côte.

    Ils les assemblent, les uns derrière les autres, en de jolis alignements dont il est dit qu’ils se visitent encore aujourd’hui. Toujours est-il qu’à la fin du jour, le champ est propre. Et les cent Korrigans de disparaitre comme ils sont venus. 



     

     Bigre ! C’est là un des mystères les plus heureux. Je n’ai rien à faire sinon le premier geste ... Pour la suite, s’ils s’occupent de tout sans même que je leur demande ! Je m’en sors fort honnêtement.

    Le soir, Fañch ne peut tenir sa langue plus longtemps. Il révèle à sa femme sa curieuse aventure. Celle-ci le dévisage effarée.

    - As-tu perdu la tête, mon mari !!! Tu t’es aventuré sur le champ ensorcelé, là-bas, au fond du vallon ! Es-tu devenu fou ? Tu vas attirer le malheur sur nous, je te le dis tout net. Tu n’ignores pas que les choses  trop facilement acquises ne profitent jamais. Des Korrigans, des Korrigans s’exclame l’épouse hystérique  les bras levés au ciel, n’invoquant du regard rien de plus que les poutres du plafond. Tu n’y penses pas ! Les Korrigans répète-t-elle sans cesse.

    Si tu sais ce qu’ils te feront aujourd’hui, tu n’es jamais certain de ce qu’ils te feront demain !!! S’il te reste une once de jugeote, mon mari n’y retourne pas !!!

    Fañch se trouve bien embarrassé. La mine renfrognée, il promet à  sa femme ce qu’elle demande.

    Pourtant le lendemain, il n’en fait qu’à sa tête.

    Fañch retourne u champ avec pour projet, cette fois de le labourer. Il fait juste un discret détour, histoire d’emprunter une bêche à cet effet. Arrivé à pied d’œuvre, il se met à l’ouvrage. La bêche s’enfonce dans la terre meuble. Il vient à peine de retourner la première motte ... comme il le redoutait un peu, Fañch est à nouveau interpellé.

    Hé ! Hé Ho, toi l’homme !... qui es-tu donc,
    Et que fais-tu à t’activer ainsi dans ce champ ...

     

    - Bah ... C’est toujours moi, Fañch, répond le paysan dont le regard trahi toujours à l’égard du Korrigan un sentiment de crainte. J’étais chez moi désœuvré à m’ennuyer ferme ... je me suis dit qu’a venir retourner la terre  de ce champ, ça pourrait m’aider à tuer le temps ... alors je bêche.

    Voilà une idée peu commune
    Mis qui t’a donné la permission, mon garçon ?

     

    - Bien, à vrai dire, personne.

    Mortecouille ! Pourtant ça semble marrant dis-moi
    Mais attends donc, on va se faire un petit plaisir de t’aider !

    Et sans attendre, de réponse, alors qu’une bouche béante s’ouvre dans le sol, révélant un rideau de racines étirées, des dizaines, des centaines ... mille Korrigans grimaçants et facétieux jaillissent, trottinant à la queue leu leu, et sans attendre, ils retournent la terre, motte par motte sans laisser paraître la moindre peine. Avant la fin du jour, ils ont terminé et s’en retournent d’où ils sont venus.

    Fañch fait de même, il gambade, sautille à l’image d’un jeune faon découvrant la douceur du printemps. Autant dire qu’il est heureux comme jamais depuis longtemps. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ... Quand la chance vous sourit ainsi !



     

    Le lendemain, ma foi, le lendemain, il emporte un gros sac de graines avec le projet d’en semer la totalité. Ce qu’il entreprend dès son arrivée. La première poignée se répandait à peine sur le sol, que déjà, il était interpellé.

    Ho, toi !! ... Qui es-tu, L’homme. Que fais-tu dans ce champ Interrogea la même voix désormais coutumière.

    - Bonjour, c’est moi Fañch, Fañch le paysan, je me suis dit qu’il serait dommage d’avoir labouré ce champ en vain. Autant profiter d’y semer quelques graines, comme ça pour voir ... c’est le propre des graines de germer en terre, n’est-ce pas ? J’en ai justement apporté à cet effet.

    Certes, mais ...
    Qui t’a donné la permission, mon garçon

    - Ma foi ... pas grand monde de plus que la veille ou les jours précédents.

     

    Saperlotte !

    L’affaire semble pourtant des plus marrantes, dis-moi ...
    Attends un peu, on va se faire un petit plaisir de t’aider !!!

     

        Et de la terre s’ouvrit une faille béante d’où jaillissent cinq mille Korrigans, pas un de plus, pas un de moins. Tous de ricaner et de grimacer, cinq mille masques facétieux s’agitant en tous sens ... Chacun veut prendre deux ou trois poignées pour contribuer à la tâche. Au terme d’une jolie pagaille, le sac en charpie baye lamentablement entre les mains de Fañch. La totalité des graines est semée. Les cinq mille Korrigans repartent d’où ils sont venus.

     Ma Doué benniguet. Si c’est là une diablerie, elle ne fait de mal à personne. Mon idiote de femme à bien tort de se soucier de la sorte. Elle aura vite changée d’avis au vu de la récolte que je ne manquerai pas de faire l’été prochain.

     

    Et Fañch s’en retourne chez lui sans rien dire de comment il occupé sa journée.

    Ainsi le champ a été défriché, labouré, semé. Ne reste plus au temps qu’à produire son œuvre.
    Passent les jours, passent les semaines ... Le ciel apporte à la terre ce qu’elle réclame.




    Au terme de l’hiver Fañch emprunte régulièrement le sentier oublié. Dès qu’il voit une opportunité d’échapper à ses tâches quotidiennes, il s’empresse d’aller contempler le fruit de son audace. Animé d’une impatience grandissante, il guette l’apparition des premières pousses ... Peu à peu, le brun de la terre laisse paraître, çà et là, un vert tendre et lumineux. Bientôt à la faveur d’un souffle léger, un beau champ de blé ondule, en un léger murmure marié au chant d’oiseaux printaniers.

    Vient enfin la période tant attendue de la récolte. Fañch ne tient plus en place. Un beau jour d’été, tandis  qu’il se réjouit de la taille des épis, il décide le moment venu. Il  reviendra le lendemain, récolter son dû. Et c’est tout guilleret, qu’il s’en retourne chez lui, amusé d’avance quant à l’air ahuri qu’aura son épouse, le voyant arriver avec une récolte si abondante.

    Comme il disparait, sifflotant joyeusement dans le creux du sentier, sur le bas-côté, les hautes herbes s’écartent doucement ...Une petite tête chapeautée sort de sa cachette.

     


     

     

     C’est Alanig, le fils de Fañch. Intrigué par les disparitions répétées de son père, l’intrépide, par jeu innocent a entrepris d’espionner le cachotier afin  de percer son secret. Le voilà tout seul découvrant le champ ignoré de tous.

    - Que vient donc faire mon père ici à contempler ces blés .... Qu’ont-ils donc de si particulier ? se demande le gamin déçu de rien découvrir de plus merveilleux. Et tout naturellement, il déambule le long du muret ... puis l’enjambe et s’avance au milieu des blés laissant flotter ses bras tendus caressés l’étendue hérissée de délicats cheveux d’or.


     

       Pendant que  Fañch arrive chez lui, et comme il franchit le seuil, il salua joyeusement la maisonnée. Tandis qu'il vient baiser la joue de sa femme, il s'enquiert de son aventurier de fils dont Fañch souhaite lui confier une secret afin de solliciter son aide le lendemain

    - J'aurai be soin de bras. Nous allons te faire une surprise dont tu te réjouiras longtemps

    - Ton fils n'est pas avec toi . Je pensais le pensai en ta compagnie. Lorsque tu es parti, il s'est amusé à te suivre à tes dépens. Son regard d'enfant t'imagine pirate ou magicien, il veut percer ton secret.

    Fañch blêmit d'un coup !

    Alanig m'a suivi ? Souffle t'il

    Que de ma à ça, mon mari ??? Dame  qu'as-tu ? te voilà aussi blanc que le linceul d'une lavandière de nuit

     

    D’un coup, Fañch repart chamboulant tout sur son passage, laissant fuser derrière lui une volée de jurons à faire passer le pire des charrons pour un courtois lettré.

     



     

    Alanig éprouve la caresse des blés sur la paume de ces mains ... sans plus y réfléchir, il saisit un épi et le casse pour en mâchonner quelques grains sur l’extrémité de ses dents ....

    Ho, toi !!!  Qui es-tu, Petit d'homme
      Que fais-tu dans ce champ interroge une voix nasillarde perdue dans la blondeur des blés.

    Alanig sursaute, il se retourne vivement, mais ne voit rien ... rien, ni personne.

    - Il ... Il y a quelqu’un ?

             Bien sûr qu’il y a quelqu’un jeune gringalet.
             Mais je t’ai posé deux questions, semble-t-il.
             Chacune d’elle appelle une réponse, mon garçon

     

    Dans un léger mouvement de recul, Alanig répond néanmoins à cet invisible interlocuteur.

    - Je suis Alanig, je prenais juste un épi de blé pour en mâchouiller quelques grains.

        Je vois qui donc t’a donné la permission, dis-moi

    - Bah, personne !

     

     

      Damgast ! Mais tu as raison, ça semble bien bon, une histoire d’épi de blé à grignoter. Attends donc n va se faire un petit plaisir de t’aider.

     

    Et la terre s’ouvrit en une large buche affamée d’où jaillissent entre les racines étirées dix mille Korrigans, pas un de plus, pas un de moins. Tous de ricaner, de grimacer laissant paraitre leurs petites dents toutes aussi pointues que leurs larges oreilles. Dix mille masques facétieux, les yeux plein d’envie. Envie de grappiller, croquer, mâchouiller, grignoter en tous sens les bons épis de blé chapardés, filoutés, arrachés ....

     

    Chacun en veut pour sa bedaine. Au terme d’une jolie pagaille, le champ est en vrac, saccagé, ravagé dévasté ... La meute grouillante met un certain temps avant de s’engouffrer jusqu’au dernier dans la bouche aux relents d’humus demeurée grande ouverte.

     

    Là-bas dans le creux du sentier, Fañch apparait enfin, brisé en deux, les mains sur côtes, le souffle court, épuisé par sa course effrénée. Il découvre son fils, encore médusé de ce qu’il vient de vivre. Il se tient seul debout, bouche bée les bras ballants au milieu du champ vandalisé.

    - M... Mais !... Mon champ ! Mon beau champ de blé !!!... Que s’est-il passé ? Mon champ de blé !... répète-t-il la tête entre les mains.

    - Qu’a-t-on fait de mon champ ??? Est-ce toi se lamente Fañch, est-ce toi mauvais bougre ???

    - Non pas, mon père, je vous promets ! je m’y suis juste promené. Certes j’y ai aussi cueilli un épi pour en manger les grains, mais rien de plus, je vous assure. Ce sont eux ces horribles nains, je les ai vus de mes yeux vus ! Après qu’une voix m’ait demandé ce que je faisais là, ils ont surgi plus nombreux encore qu’une nuée d’étourneaux ... Ils sont tout arraché, tout mangé ....

    - Maudit garnement, quelle mauvaise idée as-tu eu de me suivre jusqu’ici sans rien me dire ... J’aurais pu te mettre en garde : Tu mérites ... tu mérites une bonne correction ....

     Et Fañch le paysan, rongé de colère, s’élance après son fils lui donnant des coups d’une trique ramassée au bord du sentier. Et que je te fouette par-ci et que je te fouette par-là. Et les deux de courir en travers du chant dévasté, poussant de hauts cris.

     Ho, vous deux !!! ... Qui êtes-vous donc ? Et que faites-vous dans ce champ à courir et hurler ainsi ? Interroge un Korrigan assis sur le muret.

     Dans sa colère Fañch ne se contrôle plus.

     - Oh vous, nabots ingrats, occupez-vous de vos affaires. Je suis le père de cet avorton et il me plaît de le corriger vertement pour les contrariétés qu’il vient de m’occasionner.

     Et qui t’a donné la permission, répond le Korrigan placide ?

    - Meuh ! Depuis quand, diable, un père doit-il demander la permission pour corriger son fils lorsqu’il le mérite ?

    - Bernique ! J’en sais fichtre rien mais ça semble marrant ton histoire. Attends un peu on va se faire un petit plaisir de t’aider. 

     À cet instant Fañch prend conscience de sa stupidité. Mais il est trop tard. Déjà la terre gronde. Au beau milieu du champ le sol s’affaisse sur lui-même laissant paraître l’entrée d’une caverne aussi noire que la colère de Fañch. De là se répandent des hordes de Korrigans hystériques. Ça court dans tous les sens chacun de ramasser au sol les restes de tiges de blé piétinées. Et tous de s’en servir à la manière d’une trique et tous de courir après le malheureux Alanig. Le gamin submergé par le nombre ne peut s’enfuir. Il reçoit sur le derrière autant de coups de triques qu’il y a de Korrigans dans le champ ... et plus encore, encore et encore. Aussi vite que cesse une giboulée de mars, les coups s’estompent enfin.

    La nuée de Korrigans regagne le ventre de la terre en trottinant. Fañch se presse auprès de son fils inanimé. Le fond de la culotte d’Alanig a disparu et ses fesses ont été tant martyrisées qu’elles ont triplé de volume. Arrive la femme de Fañch, essoufflée elle aussi d’avoir couru derrière son mari. Alerté par le départ précipité de ce dernier, elle s’était lancée à ses trousses, désireuse de savoir de quoi il en retournait. Ainsi elle découvre Fañch agenouillé, à se lamenter sur le sort du pauvre Alanig.

    - Ce n'est pas ce que je souhaitai se défend le paysan. Je vous lais récolter mon blé, rien de plus

     

     

     

    Rozenn comprend alors l’entêtement de son ballot de mari. Elle rentre dans une colère folle. Hystérique, la pauvre femme conjure le ciel, elle se prend la tête entre les mains, s’arrache les cheveux de rage ....

    À peine les premiers cheveux blonds effleurent-ils le sol ...  

    Hop-là !! qui es-tu femme. Que fais-tu dans ce champ ? interroge un vieux Korrigan adossé au muret tandis qu'il tire sur sa pipe.

     

    Rozenn est dans une telle furie. Elle hurle avant que son mari n’ait pu s’interposer.

    - Je suis furieuse ! Je suis furieuse envers mon idiot de mari ... et je m'arrache les cheveux de colère
     Et qui t'a donné la permission
    -
    Pas vous en tout cas !

    Saperlipopette ! Ça semble marrant, pourtant. Mais attends on va se faire un petit plaisir de t’aider !

     

    Et la terre de cracher autant de Korrigans que l’imprudente jeune femme a de cheveux sur la tête. Tous se ruent sur la désespérée. Ce sont autant de mains brunes et griffues tendues en quête de sa blonde chevelure. A la fin du jour, Fañch se retrouve seul au milieu d’un champ laminé. Sin fils gît, les fesses meurtries, au côté d’une épouse sans plus de voix qu’elle n’a de cheveux sur le crâne.

    Alors doucement Fañch se met à pleurer. Il pleure sur son sort, sur sa bêtise de ne pas avoir écouté les mises en garde. Les larmes coulent. Abondantes, elles roulent sur ses joues, elles perlent à son menton, tombent ... tombent sur le sol, elles humectent la terre qui tout de suite les absorbe.

     

                  L’homme qui es-tu ? Que fais-tu là ?
                           Demande un Korrigan accoudé au muret

     

    Abattu, le regard vide, le paysan murmure pour lui-même :

    - Je suis Fañch le paysan ...et je pleure mon champ dévasté, mon fils et mon épouse malmenés par ma faute.

    ... je pleure et je n’ai demandé la permission à personne

    Que la grand Crique me Croque ! Tout ça est bien triste
    Dis-moi, aussi n’allons-nous pas te laisser seul avec ta peine ...
    On se faire un petit plaisir de t’aider !

     

    Alors la terre ... la terre s’ouvre en une gueule béante vomissant de ses entrailles tous les Korrigans du monde souterrain. Ils se répandent, masse grouillante et innombrable. Tous se mettent à pleurer. Ils pleurent toutes larmes de leurs corps de Korrigans fourbes et facétieux. Une abondance de larmes se déverse sans fin. La terre finit par ne plus pouvoir s’en abreuver. Et les pleurs deviennent ruisseaux, deviennent rivières.

    Ils se répandent dans la campagne inondent les champs et les sous-bois ... Se forment des étangs, des lacs clairsemés d’îles. Cette vallée de larmes salées ira jusqu’à la côte rejoindre l’océan pour s’y déverser. Ainsi les eaux se mêleront ... pour ne plus se retirer.

    Voici l’origine du golfe du Morbihan « petite mer »

    Il n’y a pas si longtemps, l’été dernier, une barque bleue gréée de jaune glisse, paisible, sur les eaux du golfe. Après l’avoir amorcée comme il se doit René « P’tit Fagot de bois » prend sa ligne et la lance par-dessus bord. La ligne descend doucement dans les eaux sombres...

    De sous la coque du bateau, une voix nasillarde interpelle le pêcheur ...

    Hé, toi, qui es-tu ? Et que fais-tu là, sur ta pâte bleue qui craque de tous les côtés ?

    - Ma foi, je suis René « P’tit Fagot de bois » Je viens pêcher le bar sauvage ! 

    Bah, attends mon gars ... On va t’aider !
    Ici dame, y en a qu’ont des secrets

    © Le Vaillant Martial
     

     


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  • Le petit peuple des Mousses


     

    L

    e vieux chêne trônait fièrement dans la forêt. Il dépassait la plupart des arbres de quelques mètres et affichait un tronc bien plus large que ceux qui l’entouraient.

    C’est qu’il était âgé, de plusieurs milliers d’années. Il avait vu la forêt naître et grandir. Au fil du temps, il en était devenu le gardien. Sa large ramure s’étalait sans gêne repoussant toute concurrence et affirmant son autorité.

    Sa large ramure s’étalait sans gêne repoussant toute concurrence et affirmant son autorité. Des grosses branches noueuses exprimaient une force indispensable et les rides profondes de son écorce lui conféraient un air de sagesse qu’aucun habitant de la forêt n’aurait pu de même contester.

    Au pied du vieux chêne courait d’immenses racines s’étalant dans toutes les directions. Sous cette ramification apparente s’étendait un autre réseau bien plus gigantesque encore. Les racines du vieux sage se glissaient sous l’entière sylve jusqu’à sa périphérie où les dernières radicelles chatouillaient le monde des hommes à plusieurs kilomètres de là. À travers cet immense tissu racinaire, le chêne tirait son savoir et tout comme il diffusait sa rassurante tranquillité.

    Il était le centre, le cœur de cette vieille forêt de Thuringe, témoignant des essences passées là où maintenant l’épicéa s’était répandu formant une masse uniforme quelque peu mêlée de sapins, de hêtres et de bouleaux. Pas loin d’ici un autre bout de cette étendue boisée présentait un paysage différent. La forêt de Hainich  avec ses vieux hêtres, tilleuls et frênes qui lui donnaient des airs de forêts primitive avait comme un parfum des rêves anciens.


        L’immense forêt allemande courait de colline en colline offrant aux regards une marée verte semblant presque se mouvoir. Pour qui ce serait attardé longtemps sur ce relief, il aurait décelé certainement cet arbre qui forme une large tache au centre de celui-ci. Il en aurait deviné la cime sans pouvoir néanmoins prendre pleinement conscience qu’il apercevait là le cœur battant de la forêt. Car toutes les forêts possèdent un cœur. Un arbre millénaire qui distille sa bienveillance dans le sol et qui au fil de siècles a tissé un lien particulier avec l’ensemble des êtres des bois. L’abattre est un sacrilège.

    On a bien souvent vu des forêts périr lentement après un tel acte inconscient. La pure folie qu’est la cupidité des hommes est sourde et le cri de la nature muet. Après une telle mise à mort, c’est d’abord les oiseaux qui se taisent, ensuite le gibier qui tombe malade, enfin l’ensemble des végétaux qui se met à pourrir. Seule la ronce demeure, recouvre tout et rend le territoire mal aimé. Elle offre pour nourriture ses baies noires dont l’homme se délecte sans savoir qu’elles sont en réalité le prix du sang payé par les ancêtres et les petits êtres qui vivent sous les ramures, dans les moindres interstices que les arbres, les arbustes, le sol nourricier leur offrent comme abris.

    Abattre un arbre n’est pas anodin. Avec lui s’en va la vie de milliers de créatures. Des millions lorsqu’il s’agit d’un  gardien. Fort heureusement pour la sylve de Thuringe, le vieux chêne est toujours debout.

    Ses feuilles bruissent encore et emportent le chant des Sylphes tout alentour. Une douce musique qui rassure l’ensemble des créatures vivant au sein de ce havre de paix.

    A la base du vieux chêne, une épaisse mousse est l’objet de la convoitise du plus mystérieux secret de ces bois. Deux minuscules êtres escaladent une grosse racine leurs dos chargés d’un panier rempli de lichen. Ce sont des lutins.

    Des petits hommes des mousses. Les anciens mes nommaient ainsi à cause de leur dépendance envers cette matière qui recouvre les sous-bois. Ils confectionnent leurs vêtements à partir celle-ci jusqu’à leur chapeau qu’ils ornent parfois d’une plume, d’une fleur ou de tout autre élément leur permettant quelque originalité. Les petits hommes des mousses affichent entre eux une ressemblance étonnante et il est difficile pour l’œil profane de les distinguer et si ce n’est un détail de leur physionomie, souvent la taille de la barbe ou un ornement particulier accolé à leur tenue. Entièrement vêtus de vert, ils ont la peau variant du gris au verdâtre, sans doute à cause de leur nourriture, toujours élaborée à base de mousse et de lichen. Un lichen que l’on retrouve dans les longues barbes grises de leurs anciens. La mousse tapisse aussi l’intérieur de leurs demeures. Des habitations naturelles au sein des arbres, dans de petits creux entre les racines qui permettent à ces bonhommes hauts comme deux ou trois pommes de s’y abriter la nuit venue et d’échapper aux crocs des loups. Certains s’accommodent encore d’une cavité rocheuse et on raconte même que quelque gnome intrépide se serait installé dans l’une ou l’autre brèche murale d’une ferme ou maison jouxtant la forêt.

    Le jour, il est rare de croiser les Petits Hommes. Ceux-ci se font très discrets et les légendes parlent bien plus des Petites Femmes des Mousses. La raison est simple. La récolte de la matière qui sert à confectionner vêtements et literie est la tâche des petites Dames, leurs compagnons piquant plus volontiers un roupillon dans un endroit calme et frais de la forêt.

    Les deux êtres transportant ces gros paniers, escaladant les racines du vieux chêne ne sont donc pas des Petits Hommes, mais bien en réalité des Moosweibchen comme on dit là-bas. Elles regagnent leurs demeures pour quelque préparation à base de cette mousse fraichement récoltée.

    Osé tranquillement sur une branche, un écureuil observe la scène. Il a le regard accroché aux mouvements saccadés des deux Petites Dames se démenant  pour passer au-dessus de la grosse racine. Soudain l’animal se met à bouger et à descendre le long du tronc. En deux, trois bonds, il rejoint les deux cueilleuses de mousse. De son dos jaillit une créature qui se laisse glisser jusqu’au sol.

    - Salut à vous, s’exclame le petit bonhomme à la barbe grisonnante. J’appartiens au clan di vieil Hêtre de Hainich et sers d’éclaireur aux miens.

    - Salut à toi, répondent les deux petites Dames. Bienvenue chez nous, poursuit l’une, je devine que toi et les tiens arrive. Je me réjouis de cette fête.

    Le lutin siffla entre ses doigts et derrière lui apparut une cohorte de gnomes qui, un instant plus tôt, était totalement dissimulé dans les tas de mousse et d’herbes fraîches qui tapissent l’endroit. Certains à dos d’écureuil, d’autres marchant d’un bon pas, tous rejoignent les cueilleuses et la petite bande maintenant vers l’entrée d’une cavité sous le chêne millénaire.


     

    C’est là une coutume pour cette race de gnomes que de se réunit à chaque pleine lune afin d’échanger leurs plus invraisemblables histoires et légendes. Ces soirées contées sont un trésor précieux qui se transmet de génération en génération.

    Certains faits remontent à des siècles voire bien plus loin encore, au temps d’avant les hommes, au temps où les gardiens de nature s’étaient éveillés à la vie.

    La petite troupe pénétra dans la crevasse qui menait à l’intérieur du vieil arbre. Un court moment d’obscurité totale fit soudain place à une scène extraordinaire. L’arbre creux était tapissé en son intérieur d’une myriade de petites lueurs éclairant les lieux d’une douce et chaude lumière. Des cavités servaient d’abri aux différentes familles de gnomes qui y résidaient. On y montait par de nombreux et menus entrelacs de marches. On pouvait voir aux abords de ces abris certaines Petites Femmes occupées à tisser la mousse pour leurs besoins particuliers. L’une d’elle mesurait avec précision la longueur des bras d’un enfant. Elle devait sans doute lui confectionner une chemise ou un pull qui lui tiendrait chaud tout en le dissimulant au regard des prédateurs. Car les Petits Hommes des Mousses étaient bien souvent victimes de griffes et de crocs de bêtes affamées ou de créatures bien plus sombre encore ...

    Au rez-de-chaussée, d’une largeur de plusieurs mètres, autant dire l’équivalent d’une de nos places de village pour ces petits êtres, se tenait justement un marché. Les badauds venus des autre tribus et bourgs de lutins s’affairaient à y dénicher le dernier modèle de pipe sculptée ou le fil de mousse des tribus du Nord, réputé pour sa solidité  à toute épreuve qui devait beaucoup à leur manière unique de tisser en mêlant au végétal la soie d’une certaine espèce d’araignée. Ce fil particulier avait e nombreuses utilisations.

    Beaucoup de villages en plaçaient autour de leur territoire et le garnissait de clochettes. Voilà bien une alarme aussi discrète qu’efficace qui les avertissait de la venue des loups ou de toute visite inopportune. Le fil solide servait aussi à remonter les seaux remplis d’eau des minuscules puits ou à s’attacher sur le dos ces mêmes récipients plein de la rosée des matins bleutés.

     


     

     

     D’autres gnomes profitaient de la grande assemblée pour goûter le vin de miel de Mestre Kurze. Celui-ci élaborait également des boissons à base de nectar qi vous enivraient l’esprit en quelques gorgées. Autant dire que devant son échoppe, l’humeur était aux rires et aux chansons. Ce que ne manquaient pas d’accompagner les musiciens jouant de la viole et du pipeau.

    Les enfants eux, s’engouffraient tous à droite du marché pour se délecter d’autres délices. Il. Il y avait là, les succulents bonbons au sirop de mousse, les sucettes au miel doré et des friandises qui faisaient frétiller les regards et saliver les gourmands. Assis dans le coin, adossés à la paroi on voyait de jeunes gnomes avaler goulument des gaufrettes de noisette noyées d’un coulis de baies de sureau tandis que d’autres avaient le nez plongé dans une fleur de lamier gorgée de nectar sucré. Les visiteurs se noyèrent dans la foule pour découvrir à leur tour les mille merveilles des échoppes en provenance des quatre coins de la forêt de Thuringe.

    Le soir venu, le marché fit place à un tout autre événement. C’était le temps de la veillée. La lune était pleine au dehors et ses rayons se posèrent sur la cime du chêne. Les petites lueurs intérieures prirent une teinte plus rougeâtre et moins dense. C’était le signal. Les marchands remballèrent leurs affaires et démontèrent leurs échoppes et de longues tables furent déposés auxquelles s’installèrent les centaines de Petites Gens. Au centre, une estrade surélevée permettait aux différents orateurs de captiver la foule.

    Soudain trois coups résonnèrent et le brouhaha cessa. Un gnome, dont la barbe de lichen affichait une longueur démesurée coulant depuis l’estrade jusqu’entre les câbles, se tenait à présent au milieu du Petit Peuple des Mousses. C’était le plus vieux d’entre eux et c’est à lui que revenait l’honneur d’ouvrir la grande veillée.

    - Amis de toute de la Thuringue, Peuple des Mousses du Nord, du Sud, de l’Ouest et de l’Est, entonna le sage. Je vous souhaite la bienvenue et déclare la Cent mille trois cent cinquante troisième Grande Veillée ouverte !

    Un tonnerre d’applaudissements accompagné de sifflements de joie s’élança dans l’assemblée, les nains battant les tables de leurs cupules de glands remplies de bonne mousse.

    Le noble vieillard fit signe de se taire

    - Amis, voici venu le temps de nos contes et légendes. Écoutez bien ces histoires aussi merveilleuses que frémissantes, aussi extraordinaires que terrifiantes. Elles sont mises en garde et vérités portées par le vent et le temps jusqu’à vos oreilles. Que la mousse qui y réside ne vous empêche nullement d’entendre ! J’invite Gründrind de Goldlauer à venir vous conter son histoire.

    Un gnome de grande taille dépassant d’une bonne tête la plupart de ses semblables se leva et se dirigea d’un pas lent vers l’estrade. Il salua l’ancêtre puis se tourna vers la salle. Il fit signe à chaque clan et fut longuement applaudi ce qui témoignait de sa grande renommée parmi les siens. Puis lorsque les clameurs retombèrent, il s’éclaircit la gorge et déclara :

    - Chers amis, j’ai l’honneur d’ouvrir cette Grande Veillée. Cette tradition m’est chère, vous le savez. Les récits transmis de génération en générations sont porteurs de nos valeurs, de nos malheurs aussi. Nous ne redoutons nulle chose plus effrayante que le Chasseur. L’histoire que je vous conte s’est déroulé il y a bien longtemps déjà.

    - Un jeune bûcheron venait de s’installer dans la région. Il avait bâti de ses mains une cabane de rondins et y vivait seul depuis quelques mois, œuvrant de sa hache aiguisée en accompagnant les hommes des villages voisins quand le besoin s’en ressentait. S’il était avare en paroles, il ne l’était point en courage. Chacun admirait sa force tranquille, sa main sûre et sa façon bien à lui d’abattre la cognée sur les arbres, d’en débiter le bois sans jamais montrer la moindre fatigue. Or, il lui arriva une chose terrible qui le décida à quitter la région.

    - Un soir qu’il était à boire en quelque compagnie à l’auberge du Vert Cochon, il surprit la conversation de deux autres bûcherons.

    - L’un deux prétendait avoir croisé le chemin de l’être  le plus terrible de la forêt : Le Chasseur Sauvage. Il décrivait avec précision ce dernier, fournissant moult détails autant sur sa physionomie repoussante que sur ses vêtements épais, grossiers, et, vous vous en doutez, maculés de sang. Car le Chasseur Sauvage porte bien son nom. Il est celui qui terrifie la forêt depuis des lustres. Aucun gibier ne lui échappe lorsqu’il lance sa horde de chiens fantômes, hurlant à tout va, galopant derrière la biche affolée ou le sanglier ayant perdu toute sa fierté légendaire. On retrouve ses proies la tête tranchée, le corps absent, une traînée de sang laissant supposer la direction prise par cette meute infernale et leur sombre maître. Une piste qu’aucun chasseur, bûcheron ou homme des bois ne songeraient un instant à suivre. On raconte que le Chasseur Sauvage revient à chaque fois que gronde l’orage, que c’est dans cette colère des cieux qu’il frappe sans merci.

    Le voilà qui écoute attentivement ses voisins, et entre deux gorgées susurre un « Balivernes ! ». Le mot est lancé, rien qu’un murmure, mais assez clairement prononcé pour que les deux hommes se tournent vers l’énergumène et le prenne à parti. Comment cet étranger, ce gougnafier ose douter de leur bonne foi ? Pis encore, comment peut-il balayer d’un simple mot accompagné d’un haussement d’épaules hautain la pire créature cauchemardesque hantant la forêt de Thuringe ? La discussion s’envenime, les noms d’oiseaux commencent à voler ... Le jeune bûcheron se redresse et de toute son imposante stature domine à présent l’assemblée des fêtards. ON redoute quelques coups, on s’apprête à fuir le colosse. Mais celui-ci se contente de serrer les dents et les poings avant de lâcher :

    - Puisque vous croyez tous à vos sornettes, que votre Chasseur Sauvage m’invite à l’une de ses chasses, qu’il partage avec moi ses proies favorites et qu’il me prouve ainsi son existence.

    Ayant prononcé ces mots, le jeune homme arrache son manteau du banc où il l’avait posé. Une fois dehors, il s’enfonce dans un taillis en direction de sa cabane.

     Les rayons de la lune éclairaient la forêt laissant percevoir les ombres des troncs, les ramures des sapins. Le bûcheron remarque très vite qu’un silence anormal pèse sur le bois. Il ne croise aucun animal sur le chemin qui le mène à son habitation. Il n’entend pas la chouette hululer alors qu’en cette nuit de lune claire, elle aurait dû s’en donner à cœur joie. Il ne décèle aucun vol de chauve-souris ni même les déplacements feutrés des musaraignes et autres petits rongeurs dont l’activité nocturne ne peut échapper d’habitude à une oreille exercée à la vie forestière. Un étrange sentiment lui noue la gorge. Déchirant le silence, un rire diabolique lui parvient soudain. Ce son pénètre le cœur et quelques hurlements lui échappent tandis que les poils de ses bras se hérissent. Il sent sa nuque se raidir, ses muscles se tendre. Son corps est en alerte, son esprit est en panique. Le son inhumain lui fait prendre ses jambes à son cou. Au loin des aboiements s’éloignent dans les profondeurs de la forêt ...

    Le voici qui aperçoit enfin son foyer. Il bondit à l’intérieur et referme la lourde porte qu’il barricade d’une solide planche. Tout en sueur, il s’assied à la table, saisit de sa main puissante la bouteille de schnaps et en boit quelques traits rapides au goulot. Puis s’agenouillant près de l’âtre, il y jette quelques bûches. Par-dessous, il glisse quelques brindilles, du bois sec et cassant qu’il allume. Une flammèche se met aussitôt à luire et bientôt la cheminée remplit d’une chaleur réconfortante qui amoindrit l’angoisse du propriétaire des lieux. Il expire bruyamment. Relâche ses muscles. Son dos se voûte quelque peu ... La lumière de l’âtre a maintenant rempli la pièce. Du regard il balaye les murs, fixe un instant sa hache posée près de la porte. De là, il jette un regard vers la fenêtre, plisse les yeux tentant de percevoir la forêt et ce qui pourrait s’y cacher. « Balivernes ! », lâche-t-il à nouveau.

    Et le voilà qui se met à rire ... jusqu’à ce que ses yeux se posent sur le plancher et qui il y aperçoive une petite tache rouge. Levant le visage vers le plafond, il découvre horrifié le cadavre de trois gnomes, entièrement dépecés et pendus à des crochets eux-mêmes plantés dans la poutre de soutènement. Le colosse pore la main à la bouche, un cri s’étouffe en lui. Il recule précipitamment jusqu’à la porte. Se saisissant de sa précieuse hache, il quitte les lieux et s’enfuit loin, bien loin de notre forêt. Voilà ce qu’il en coûte de réclamer sa part au Chasseur Sauvage ...

    Le Petit Homme demeure là, debout, fixant tour à tour les rangs des siens plongés dans le silence. Sur leurs visages blêmes, il décèle la peur. Au bout d’une interminable minute, il se met en mouvement et descend les quelques marches pour se fondre dans la foule et regagner sa place.

    L’ancêtre remonte les planches. C’est qu’on ne plaisante jamais avec une histoire de Chasseur Sauvage. Cette créature est responsable de trop de morts parmi les Petits Êtres de des Mousses pour qu’on puisse se permettre le moindre ricanement, le plus petit élan de joie. L’atmosphère est lourde e c’est par un geste néanmoins cordial que le Sage invite le prochain orateur à prendre place à ses côtés.

     

    - Amis de la Forêt, je vous demande d’accueillir notre prochain conteur, Maître Heilkrant, savant manipulateur des simples, connaisseur des secrets des plantes, mais également féru de légendes. Qu’il prenne la parole et puisse nous enchanter.

    Un gnome bedonnant au visage garni d’une barbe verte taillée avec soin monte sur l’estrade et s’adresse à son tour à la foule :

    - Je vais tenter de vous faire oublier l’affreuse et malheureusement véridique histoire qui vient de nous être contée. Le récit qui vous sera ici dévoilé est bien plus joyeux et aidera sans doute à détendre quelque peu l’atmosphère. Si les hommes nous ont oubliés pour la plupart, il en demeure quelques-uns qui nous tendent la main. Ceux-là nous déposent parfois ces quiches de pain à l’orée de la forêt, ce qui fait notre régal.

     L’histoire se passe dans l’ouest de Thuringe. Un petit Homme des Mousses portait une brouette remplie lorsque sa roue de bois claqua sèchement contre une pierre. La brouette se  renversa et lorsque notre ami tenta de la redresser, il découvrit que celle-ci était fendue sur le côté et que l’essieu s’était rompu. Désœuvré, le Petit Homme s’assit par terre et par dépit se prit la tête entre les mains. Il était tout à son désespoir lorsqu’un humain se présenta à lui.

    - N’aie pas peur Petit Homme, dit celui-ci. Quelle est donc la cause de tes soucis ? Je vois  à ton air renfrogné que quelque chose te contrarie. J’ai entendu tes soupirs ... Si je peux t’aider, cela sera avec un grand plaisir.

    - Eh bien l’homme, voilà qui me remplit de joie. Rares sont les humains qui se soucient de nous. Déjà que la plupart ne nous voient même pas. Il faut une oreille attentive et un cœur ouvert aux esprits de la forêt pour que tu m’aies entendu ... répliqua le gnome.

    - Et il en est ainsi, répondit l’homme. Je suis de ceux qui vous laissent les offrandes à chacune de leurs promenades. Ce genre d’homme qui s’émerveille devant le cri du geai, du martèlement du Pic épeiche, qui passent des heures en silence afin d’observer le jeu des écureuils et qui sourient lorsque leur regard se pose sur la parisette, cette herbe magique qui leur assure à chaque  fois de retrouver le chemin qui mène à leurs foyers. Ainsi je ne m’étonne point de te rencontrer, c’est la forêt qui m’a guidé ici et qui me permet de t’aider. Viens avec moi à la lisière des bois et jai chez moi de quoi réparer ta précieuse brouette.

     

     

     

    Le lutin accepta la proposition de l’homme. L’humain glissa la petite brouette dans sa besace et souleva le gnome pour l’assoir sur son épaule. Puis, il prit la direction de sa demeure. Au bout d’une demi-heure de marche, au détour d’un sentier forestier, ils déboulèrent face ç une petite maison de bois toute simple. Le Lutin remarqua aussitôt le toit creusé et son piteux état.

    Une fois à l’intérieur, l’homme proposa au gnome un morceau de gâteau et un peu de tisane. Les deux êtres échangèrent quelques mots. L’humain expliqua au gnome qu’il vivait seul ici depuis des années. Il se nourrissait des plantes et des baies qu’offraient la forêt et des légumes de son potager. Hélas cet hiver, son toit avait cédé sous le poids de la neige et il ne disposait pas de l’ ’argent nécessaire à sa réparation. Peut-être devrait-il bientôt quitter cet endroit, mais l’idée même de partir loin de cette forêt lui déchirait le cœur. Sur ces paroles, il se leva et invita le Petit Homme à le suivre dans son atelier. Là, l’homme sortit ses outils et se mit à travailler la minuscule brouette. D’abord il rabota légèrement les côtés. Ensuite il s’attaqua à l’essieu qu’il remplaça par un morceau de son meilleur bois qu’il tailla à l’exacte mesure. La pièce s’emboîta parfaitement. Il plaça alors la petite roue.

    Enfin il ponça le tout avec minutie afin que son propriétaire ne s’y coupe point en la manipulant, qu’aucune mauvaise écharde ne puisse le blesser. Le gnome fut bluffé par le résultat ! Sa brouette était comme neuve. Il remercia l’homme et quitta la demeure le sourire aux lèvres.

    Dans un dernier salut, il lança à son ami :

    - Homme, tu m’as aidé et je t’aide à mon tour. La forêt te remercie pour ton écoute, l’attention que tu lui portes et l’amour qui t’anime. Regagne ton atelier, je t’y ai laissé un petit cadeau...

    Le gnome disparut, l’homme retourna à son atelier. Il regarda tout autour de lui sans déceler  le moindre paquet déposer à son attention. Une pointe de déception le pique au cœur. Il se dit que le lutin lui avait certainement joué une de ses blagues. Il haussa les épaules et se dirigea vers on étable afin de le débarrasser des copeaux et de la poussière de bois du à son travail sur la jolie brouette ... Ce n’était plus du bois, mais bien de l’or : Il venait de découvrir le cadeau que lui avait laissé le Petit Homme de Mousses. Avec cet or, il réparerait sa toiture et sa chaumière durerait plus longtemps encore, l’assurant de vivre le reste de sa vie auprès de ce qu’il aimait profondément sa chère forêt de Thuringe ...

     

     La fin de l’histoire fut accueillie cette fois par un élan de joie. Les chopes cognant sur les tables, Les Petits Hommes échangèrent entre eux leurs propres expériences avec des humains. Et c’est dans un tumulte naissant que Heilkraut descendit les marches et se dirigea vers sa place, maintes fois salué et complimenté pour son récit.

    Le vieux Sage calma les langues déliées

    En reprenant parole

     - Mes amis, mes amis, je demande à nouveau le silence. La lune avance haut dans le ciel et il nous reste encore un récit afin de clore cette Grande Veillée et vous laisse le temps à tous de rejoindre vos demeures avant que ne pointe l’aurore. J’accueille maintenant Haraün, du clan du Nord. Puisse-t-il nous régaler d’un dernier d’un dernier conte de notre peuple.

    C’est une Petit Homme aux vêtements de mousse sombre qui rejoint l’Ancêtre. S’il est revêtu d’habits d’ombre, son visage n’affiche lui que lumière. Souriant, les yeux pétillants de malice, on reconnait de suite en lui, un bon Farceur, ce genre de gnomes à aimer chiper le déjeuner des bûcherons, leur faire entendre les voix imitée de leurs épouses ou allant parfois jusqu’à pénétrer dans leurs habitations pout y dissimuler les menus objets. C’est avec un sourire franc et les bras généreusement ouverts qu’il s’adresse à l’ensemble de son auditoire :

    - D’abord, je tenais à remercier très chaleureusement les habitants du vieux chêne pour leur accueil en cette Veillée lunaire. Notre clan est très heureux de retrouver les autres membres du Peuple des Mousses et de pouvoir partager ce moment privilégié.

    Mon histoire, je la tiens d’un Ancien. Elle s’est passée il y a plusieurs lunes déjà et met en scène une belle dame bien connue de tous, la Buschgrossmutter.

    Un jour que trois des nôtres s’étaient aventurées bien loin de leurs abris une tempête de grêlons les surprit. Courant pour se mettre à couvert, Les Petite Femmes se glissèrent sous un amas de gros rochers. La pluie mêlée de grêle présenta vite un nouveau danger pour nos cueilleuses. L’eau s’infiltrait dessous les rochers et risquait de se noyer. S’aidant les unes les autres, elles escaladèrent l’étroite crevasse qui les surplombait tentant de rejoindre la lumière du jour qu’elles apercevaient bien loin au-dessus d’elles. Plusieurs minutes s’écoulèrent avant qu’elles ne regagnent la surface, dans un état de fatigue intense. Heureusement pour elles, l’orage était déjà passé. Elles profitèrent de ce répit pour se reposer un temps.

    Une heure passa


    Nos trois Mooscweibchen s’étaient remises debout et cherchaient un moyen de descendre des rochers autre que la crevasse bien plus facile à escalader qu’à dégringoler. L’une d’elles dénicha un étroit chemin de terre qui semblait mener vers le bas. Les voilà donc qui se suivent, grimpent sur les pierres leur barrant le chemin, évitant de poser le pied dans la boue collante et glissante du sol détrempé

       Elles arrivent finalement en bas des rochers pour se retrouver nez à nez avec un danger d’une tout autre mesure que la tempête qui les avait surprises. Juste là, en face d’eux, se trouvait une créature endormie : un loup solitaire.


     

    Tous ici connaissent l’appétit vorace des loups qui n’hésitent pas à croquer l’un des nôtres quand l’occasion se présente. Si les meutes chassent volontiers de plus gros gibiers, un loup solitaire représente un réel danger pour les gens de notre peuple. Souvent affamés ces jeunes loups sont aussi vifs que cruels. Sans se consulter nos trois amies se détournent de l’animal pour se diriger tout doucement vers le petit amas de buisson à sa gauche. La première s’est déjà glissée sous un épineux, la deuxième sur ses talons, toutes deux remarquent que la troisième, une intrépide n’est plus avec elles. Jetant un coup d’œil au loup, elles constatent avec stupeur que leur compagne dont la mousse avait certainement pénétré le cerveau par l’une de ses oreilles se tenait sur la tête du loup endormi.

    L’imprudent, la folle, l’inconsciente tentait maintenant de soulever l’une des paupières du monstre. Une fois remontée elle la laissa retomber retenant quelque esclaffement et jetant un regard amusé à ses amies. Aux signes de celles-ci la sommant de les rejoindre, elle ne répliqua que d’une grimace avant de réitérer l’étrange expérience.

     

    Elle souleva à nouveau la paupière du loup et la laissa choir comme la première fois. Exécutant une petite danse improvisée sur la tête de l’animal. Elle se laissa glisser jusqu’au bout de son museau. Prenant appui sur les poils de la moustache du loup, elle répéta une troisième fois l’exercice périlleux du soulèvement de paupière.

    Mais cette fois, celle-ci relâchée, elle ne retomba pas. Un œil jaune fixait la lutine. Et de la gueule du loup, un grognement se fit entendre. La gnome fut propulsée d’un coup de museau dans les airs avant de s’aplatir aux pieds de ses compagnes. Elles couraient à droite, le loup les y attendait. Elles fonçaient sur la gauche, l’animal y était déjà. Ce petit jeu ne dura pas. Les trois lutines se jetèrent sous un arbuste épais  et broussailleux afin de se blottir en son milieu.

    Alors que le loup grognait de plus en plus fort dévoilant d’énormes crocs baveux, tournant autour de ses proies, la gnome qui s’était sottement comportée recula et chuta. Elle se retrouva sur le derrière assise sur un ... pied !

    Les trois Petites Femmes posèrent un regard sur cette chaussure marron apparue là au milieu du buisson. Ils longèrent une cheville et rencontrèrent le tissu verdâtre d’une robe. Là-haut, après avoir suivie le vêtement qui se confondait avec les végétaux, elles reconnurent les traits rassurant de Mère Buisson ! Quelle chance de tomber sur une fée en pareil moment ... La gentille Dame se baissa et cueilli t les trois Petites Femmes. Elle les glissa dans la poche de son tablier avant de sortir de l’arbuste et de faire face au loup.

    Prenant une poignée de myrtilles dans sa main, elle les jeta à la gueule de l’animal. Les baies éclatèrent au contact de son museau et une poussière bleutée l’entoura soudain. Voilà le loup qui se met à gonfler comme un ballon ! Ses pattes quittent le sol et l’animal s’élève à un bon mètre dans les airs. La fée souffle alors longuement et dans un jappement de terreur, le loup s’envole au loin. Les gnomes sont sauvés. Elles ne manquent pas de remercier la fée, de s’excuser du comportement de leur amie qui affiche maintenant un air aussi embarrassé qu’admiratif des pouvoirs de l’esprit de la forêt.

    Elles ont eu bien de la chance, vous ne pensez pas ? Alors amis, restez prudents ! Les dangers de la forêt sont aussi nombreux que ses bienfaits. Il n’est jamais bon s’égarer  ou jouer de témérité. Sur ce, bonne soirée !

    Le Maître de la Veillée prend
    Une dernière fois la parole

     

    - Chers compagnons, je remercie nos trois conteurs de cette Veillée lunaire. Voilà des histoires remplies de souvenirs et de leçons. Qu’elles vous accompagnent sur le chemin de votre retour. Mais avant de vous laisser regagner vos pénates, je vous convie à un dernier verre de cette délicieuse mousse accompagné de quelques airs de nos troubadours. Ceci afin que vos cœurs et cos esprits se remplissent de joie. Je déclare la Cent mille trois cinquante-troisième Grande Veillée refermée.

    A ces mots, les gnomes lâchèrent un tonitruant « Hurrah ! » avant de cogner leurs chopes et de se souhaiter plein de bonnes choses d’ici la prochaine pleine lune. Au bout de quelques mélodies, de chants fredonnés et de verres avalés, tous se lèvent, s’embrassent longuement avant de quitter l’abri du Vieux Chêne. Certains s’enfonçant alors dans la forêt, d’autres de grimper sur le dos de leurs écureuils afin de repartir vers leurs foyers. La tête remplie de ces légendes du Petit Peuple des Mousses.

    La Thüringer Wald, forêt de Thuringe se situe au cœur de l’Allemagne. Cette contrée est faite de collines boisées d’épicéas s’étendant sur des dizaines de kilomètres. Au nord de celle-ci, anciennement unie à la forêt de Thuringe, la forêt de Hainich présente une toute autre apparence. On y trouve de jolies hêtraies, des frênes, des érables, des tilleuls.

    Dans cette contrée verdoyante de l’Allemagne, on évoque souvent, à commencer par les frères Grimm, des histoires à propos de ces Petites femmes des Mousses et de petits hommes couverts de mousse de la tête aux pieds.

     © Le Vaillant Martial

     

     

     

     


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